De quelques personnages

 

Les douze Apôtres

 

 

Les douze Pairs de France

 

Les couleurs des vêtements et des armes peuvent-elles permettre de reconnaître qui est qui ?

 

Le repas suivant le sacre de Charles VIII

" Le banquet va être pour l'enfant Charles un moment bienvenu de détente, même si l'étiquette particulière à ce jour ne peut perdre ses droits, ni la science du décor.

Au fond de la grande salle du rez-de-chaussée, sur une longue table légèrement surélevée par une estrade, au centre sous un large dais, devant un mur tendu de tapisseries, en compagnie des seuls pairs de France, vient prendre place le souverain. Devant lui, sur la table, à droite, la couronne du sacre a été posée sur un coussin de drap d'or ; à gauche, une grande nef d'argent doré contient les serviettes de bouche du prince.

Ses voisins de droite sont, dans l'ordre, l'archevêque qui vient de le sacrer, les évêques-ducs de Laon et de Langres, les évêques-comtes de Châlons et de Noyon. Ce n'est vraisemblablement pas de ce côté qu'il trouvera des auditeurs à son gré une fois les propos polis échangés.

Mais à gauche, du côté des pairs lais, l'étiquette lui a donné la jeunesse, puisque ses voisins immédiats sont le duc d'Orléans et le duc d'Alençon. Plus loin, le sire de Beaujeu, comte de Clermont, le vieux comte-dauphin d'Auvergne et le comte de Bresse doivent avoir beaucoup de sujets de conversation. Bien délaissé se trouve, tout au bout, le petit comte de Vendôme, François, qui a treize ans et " qui était mal dispos ". (Yvonne Labande-Mailfert, p. 60)

 

 

Les pairs, six laïcs et six ecclésiastiques, rappelaient l'origine élective du trône de France en soutenant la couronne au-dessus de la tête du monarque lors du sacre.

Les Pairs Laïcs
Le duc de Bourgogne - Le duc de Normandie - Le duc de Guyenne
Le comte de Flandre - Le comte de Toulouse - Le comte de Champagne

Les Pairs Ecclésiastiques
L'archevêque de Reims - L'évêque de Laon - L'évêque de Châlons
L'évêque de Langres - L'évêque de Noyon -L'évêque de Beauvais


http://his.nicolas.free.fr/Institutions/PageInstitution.php?mnemo=PairsFrance

Couronnement de Lothaire - Grandes Chroniques de France, enluminées par Jean Fouquet, Tours, vers 1455-1460
Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 6465, fol. 163 (Livre de Lothaire)
À Reims, le 12 novembre 954, Lothaire est couronné par l'archevêque Artaud.

Le roi est à genoux les mains jointes : choisi par Dieu et désigné par une tradition de succession héréditaire,
le nouveau monarque est béni, avant de recevoir sa couronne, par l'archevêque de Reims
qui se tient devant lui. Tout autour sont disposés en arc de cercle les six pairs ecclésiastiques
et les six pairs laïques, reconnaissables aux insignes royaux ou à leurs blasons.

De gauche à droite viennent ainsi l'évêque de Soissons (avec une croix processionnelle),
l'évêque de Châlons, le comte de Champagne qui tient la couronne royale.
L'évêque de Laon arrive ensuite avec la sainte ampoule
puis l'évêque de Langres avec le sceptre et la main de justice,
encadré par les ducs de Guyenne et de Normandie qui portent les étendards.
Viennent ensuite l'évêque de Noyon avec la ceinture royale,
le comte de Flandre avec l'épée, l'évêque de Beauvais avec la dalmatique
et le comte de Toulouse portant les éperons. Un personnage caché tient la bannière royale ou oriflamme.
Les pairs laïques portent une armure surmontée d'un tabard, un manteau court à leurs armes,
et les pairs ecclésiastiques, mitre en tête, sont vêtus d'une chape dorée et d'une armure.
Les ducs ont la tête ceinte d'une couronne et les comtes d'un large ruban d'or.


http://expositions.bnf.fr/fouquet/enimages/chroniques/intro.htm

 

 


Des peintres : Jean Fouquet, Léonard de Vinci...

 

 

Selon Howard Comeau, dans la tapisserie La Fontaine, notre peintre a voulu rendre hommage à Léonard de Vinci dans un rébus : Léo + nardo (le nard est peut-être, parmi des œillets, cette plante aux feuilles pointues dont est entouré le lion, 'figure de bord' en bas à gauche) accompagné de La Joconde sous les traits impassibles de la lionne sagement assise et nous regardant, bouts des pattes joints. Le tableau est daté des années 1503-1507, date du début du séjour du peintre à Florence et Léonard ne l'a jamais livré à son commanditaire, mais apporté en France en 1516. Raphaël en a fait un dessin vers 1504 et s'en est inspiré pour sa Maddalena Doni vers 1505.

Son titre La Joconde signifiant la femme souriante est basé sur un calembour visuel. Jean Perréal peut donc lui aussi s'en "amuser".

Et, situé juste derrière ce lion, ne serait-ce pas Jean Perréal lui-même ce chien dont le regard semble vouloir lire dans la pensée même du maître italien ou bien encore participer à son regard à la recherche de la vérité ? A l'imitation de 'l'élève enseigné' (en symétrie par rapport à la fontaine, en haut à droite) dont le regard suit la même direction que celui du 'maître enseignant' au doigt levé juste devant lui.

Un quatrième personnage se cache peut-être dans cette image : François Ier de La Rochefoucauld qui vivait au moment où les tapisseries ont été tissées et dont on retrouve les initiales en haut au centre dans la tapisserie 3, Le Passage de la rivière. En effet, la bécasse pourrait être ce personnage car en ancien français, "foucault " était un des noms populaires de la petite bécassine. Littré précise : "l'orthographe ne devrait-elle pas être foulqueau ? car ce paraît être un diminutif de foulque, du latin fulica."

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_de_La_Rochefoucauld

François Ier de La Rochefoucauld, comte de La Rochefoucauld († 1541). Chambellan des rois Charles VIII et Louis XII. Parrain de François Ier, il le tint sur les fonts baptismaux le 12 septembre 1494 à Cognac ; son prénom fut attribué au futur roi. Il épousa Louise de Crussol.

Bourdillon : Nom de personne d'origine française, dérivé de bourdon = bâton ; bois de chêne refendu servant à faire des futaies, des douves de tonneaux.
Jean Bourdichon ? (je recherche...)

 

une autre bécasse, tapisserie 3

 


Philippe WALTER et François CARDINALI, L'Art-Chimie, éd. Michel de Maule, 2013, p. 112-114.

" La chronologie d'une recette d'atelier

L'analyse chimique conduit également à mettre en relation différentes peintures qui apparaissent réalisées de la même manière. C'est le cas de La Joconde et du Saint Jean-Baptiste : la technique de réalisation des deux visages est identique. Pourtant, même si les sources anciennes manquent pour préciser la date de sa commande, la peinture de Saint Jean-Baptiste est traditionnellement considérée comme une oeuvre très tardive du maître et les deux tableaux n'auraient donc pas été peints à la même époque. Cela nous conduit à considérer à nouveau le sens chronologique d'une recette d'atelier.
Nous avons déjà souligné qu'une pratique particulière pouvait permettre d'identifier un groupe humain de la Préhistoire et de meure en relation son site d'habitation avec des réalisations rupestres. Peut-on en faire de même ici ? Les deux tableaux ont la même taille, les visages ont les mêmes caractéristiques. Se trompe-t-on alors sur leur date de création ? Auraient-ils été peints en même temps ? Nous n'avons aucune preuve absolue mais les analyses peuvent inciter à e considérer de nouveau les dates de réalisation. Quelques éléments permettent d'imaginer qu'elles sont contemporaines. Edoardo Villata, professeur à l'université catholique du Sacré-Cœur de Milan, a comparé certains détails du Saint Jean-Baptiste avec le retable de L'incarnation du Christ, œuvre de Piero di Cosirno, actuellement à la Galerie des Offices de Florence et réalisé en 1505-1506. Ces éléments pourraient faire penser que l'œuvre de Léonard a servi de modèle et existait donc en 1505. Une feuille du Codex Atlanticus datable de 1509 montre également un dessin reproduisant la main du saint dans sa position si particulière.
L'enquête doit se poursuivre…

Une autre découverte enrichit encore cette réflexion. Considérée comme perdue, La Bataille d'Anghiari, créée par Léonard de Vinci en 1505 sur un mur de la salle du Grand Conseil au Palazzo Vecchio de Florence, n'existait plus que sous forme de copies. Début 2012, un groupe de chercheurs, dirigé par Maurizio Seracini, pense avoir retrouvé l'œuvre de Léonard derrière une autre peinture, La Bataille de Marciano, réalisée par Giorgio Vasari vers 1560. Pour arriver à ces conclusions, ils ont perforé, au niveau de restaurations, la peinture la plus récente afin de mettre en évidence un mur caché qui est recouvert de matières colorées jaune, orange et noir, etc. Les investigations n'ont pu être réalisées qu'avec des instruments d'ordinaire réservés à l'exploration médicale, comme des endoscopes très fins, tellement les trous effectués sont petits dans le souci de préserver totalement l'intégrité de la peinture de Vasari. Ces chercheurs ont aussi pratiqué des analyses chimiques qui ont une nouvelle fois révélé l'existence d'un pigment noir de manganèse. Or la fresque de Vinci est contemporaine de La Joconde. On peut dès lors penser que ce pigment puisse devenir un traceur des activités de Léonard autour des années 1502-1505 lorsqu'il séjournait à Florence. De nouvelles recherches sur la nature de ce pigment permettront peut-être de mieux comprendre la motivation de l'artiste. "

Dans le livre d'Aldolfo Salvatore Cavallo, les plantes touchant le lion ne sont pas nommées à la page 112. Il pourrait s'agir de la plante nommée en anglais spikenard, nardino en italien et nard en français. http://fr.wikipedia.org/wiki/Nardus_stricta

Nardino : patronyme italien. Diminutifs : Nardo, Nardi, aphérèses de noms comme Leonardo ou Bernardo (Léonard, Bernard). Autres dérivés de Nardi : Nardino, Nardini (porté aussi en Corse), Nardone, Nardoni, Narducci, Narduzzi.

Ces deux lions (lion mâle + lionne femelle) formeraient à eux deux l'androgyne que Léonard de Vinci a déjà représenté (Jean-Baptiste) ou l'hermaphrodite (dessin ci-contre).

Léonard de Vinci

Qui est ce chien dont on ne voit que la tête et dont l'œil droit est en alignement parfait avec celui de l'écureuil à gauche (Jean Fouquet et/ou Anne de Bretagne) et celui du chien à droite (Jean Perréal) ?

L'écureuil cherche sa pitance dans un noisetier, arbre symbole de fécondité, de patience et de constance car la noisette demande 8 mois pour croître et mûrir.

C'est un arbre associé à la magie : il offre son bois pour la baguette des sourciers, des sorciers et des chercheurs d'or. Le caducée d'Hermès aurait été en coudrier, de même que le bâton de Moïse et de Thor.

 

 

 

 

LES SORCIERS ÉCUREUILS

Nous appliquons la lune,
Nous étendons la brume
Sur la blessure
Inguérissable des clairières,
Sans poids.

Le soir sous la lune
Nous avons des ébats que même la lune
Ne voit pas.
Nous faisons danser
En rondes brunes
Les haltes des rivières
L'ébat des bois

Venus sans grands projets
Veulent de grands jets ;
Nous voulons un monde
En grandes robes de soirée,
Pour servir la rosée.

Nous ne sommes pour personne, nous sommes !
… lutins remuants ! Les hommes
Sont trop lourds pour savoir
Que pour nous un instant les eaux
Et l'ombre ont dansé.

Armand Robin, Le Monde d'une voix


 

D'autres personnages...

 

 

Le Traître

Anténor, Judas, le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire (la licorne-Louis XI, que les grossièretés ne rebutaient nullement, semble lui dire : baise mon cul ! )

* voir encadré ci-dessous

Le Fatigué

Joseph, tous les malades, les fatigués

(le bâton et la plume forment une croix : l'homme "porte sa croix")

Le Voyageur

Ulysse

 

L'Ecrivain

Le Philosophe

Tous les écrivains, poètes, dramaturges et philosophes du monde

Tous les Jean écrivains : Grégoire de Tours, Jean Pico de la Mirandole...

Tous les artistes prénommés Jean : Jean Hey, Jean Prévost...

 

Le Démembré

L'émasculé

Saturne, Osiris, Orphée,
Dionysos-Zagreus enfant

 

* Il est possible aussi que cette scène quand même étrange de cette tapisserie évoque un autre événement que William Shakespeare mettra en scène dans la seconde partie de sa trilogie sur Henry VI (1421-1471), roi d'Angleterre de roi d'Angleterre de 1422 à 1461, puis de 1470 à 1471.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_VI_(Shakespeare)

" La deuxième partie de la trilogie décrit l'effervescence politique en Angleterre, les conflits entre grands seigneurs, les émeutes populaires de Jack Cade et le mariage malheureux du roi et de Marguerite d'Anjou, fille du roi René, dont la nature passionnée se satisfait mal de cet époux chaste et pieux. Le bon sens, la noblesse et le dévouement sont vaincus par l'orgueil, la ruse et l'avidité." " (Wikipédia)
http://www.opensourceshakespeare.org/views/plays/play_view.php?WorkID=henry6p2&Act=4&Scene=7&Scope=scene

Basimecu, nom formé par corruption pour " Baisemycu ", grossier sobriquet qu'apparemment la populace de Londres donnait au dauphin français, l'héritier du trône, le futur Charles VII. C'est un jeu de mots sur l'expression française " baise mon cul " qui signifie " embrasse mon cul ". Jack Cade veut signifier que le dauphin a ridiculisé les Anglais en les chassant hors de France.

 

Seconde partie, acte IV, scène 2

Un chef du peuple :
Et de plus, que nous voulons avoir la tête du lord Say, qui a vendu le duché du Maine.

Jack Cade :
Et cela est juste ; car par là l'Angleterre a été estropiée, et marcherait bientôt avec un bâton, si ma puissance ne la soutenait. Camarades rois, je vous dis que le lord Say a mutilé l'État, et l'a fait eunuque ; et pis que tout cela, il sait parler français, et par conséquent c'est un traître.

seconde partie, acte IV, scène 7

[Enter a Messenger]
Messenger :
My lord, a prize, a prize ! here's the Lord Say, which sold the towns in France ; he that made us pay one and twenty fifteens, and one shilling to the pound, the last subsidy.
[Enter Bevis, with Lord Say]
Jack Cade :
Well, he shall be beheaded for it ten times. Ah, thou say, thou serge, nay, thou buckram lord! now art thou within point-blank of our jurisdiction regal. What canst thou answer to my majesty for giving up of Normandy unto Mounsieur Basimecu, the dauphin of France ? Be it known unto thee by these presence, even the presence of Lord Mortimer, that I am the besom that must sweep the court clean of such filth as thou art…

[Entre un messager]
Le messager :
Milord, une capture ! une capture ! le lord Say ! qui vendait les villes en France, et qui nous a fait payer vingt-un quinzièmes et un shilling par livre dans le dernier subside.
[Entrent Bevis et Lord Say]
Jack Cade :
Eh bien, pour cela il sera décapité dix fois. Te voilà donc, lord Say, lord de serge, lord de bougran. Te voilà dans le domaine de
notre juridiction souveraine ! Qu'as-tu à répondre à ma majesté, pour te disculper d'avoir livré la Normandie à monsieur Basimecu, le dauphin de France ? Qu'il te soit donc déclaré par-devant cette assemblée, et par-devant lord Mortimer, que je suis le balai destiné à nettoyer la Cour d'immondices telles que toi…

Shakespeare's characters' names :
http://www.geocities.com/Athens/Troy/4081/ShakespeareNames.html

Charles VII, le dauphin de France :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_VII_de_France
"Devenu dauphin à la suite de la mort prématurée de ses deux frères aînés, Louis en 1415 et Jean en 1417, Charles devient héritier du trône de France, en 1417, il est fait duc de Touraine, reçoit le duché de Berry et le Poitou. À cette époque - il n'a que 15 ans - on dit de lui qu'il manque de caractère et qu'il a horreur de la violence.
Devant les menaces qui se précisent contre sa personne, en pleine guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, l'héritier de la couronne doit quitter Paris, aux mains des Bourguignons, le 29 mai 1418. Il se réfugie à Bourges avec quelques fidèles, ce qui lui vaut au début de son règne le surnom péjoratif de petit roi de Bourges. " (Wikipédia)

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J'ai pétri de la boue et j'en ai fait de l'or.
Charles Baudelaire

Honoré de Balzac reprend l'expression " baise mon cul " dans Les Joyeulsetez du Roy Loys le unziesme qui se passe au Plessis-les-Tours. Le thème en est la convoitise sensuelle de l'or. Pour s'approprier l'or de Louis XI, il faut dire trois fois " baise mon cul " sans perdre son sérieux en tendant la main vers un gros tas d'or. Aucun des trois personnages avares appelés par Louis XI (Cornélius Hoogworst, Peccard et Marchandeau) ne peuvent s'empêcher de sourire.

Le Roy Loys le unziesme estoyt un bon compaignon aymant beaucoup à iocqueter ; et, hormis les interests de son estat de Roy et ceulx de la religion, il bancquetoyt trez fort et donnoyt aussy bien la chasse aux linottes coëffées qu'aux conils et hault gibier royal. Aussy les grimaulds qui en ont fait ung sournois monstrent bien qu'ils ne l'ont pas cogneu, veu qu'il estoyt bon amy, bon bricolleur et rieur comme pas ung.

C'est lui qui disoyt, quand il estoyt dans ses bonnes, que quatre chouses sont excellentes et opportunes en la vie, à sçavoir : fianter chauld, boire frais, arresser dur et avaller mou.
[…]

La farce de Baise mon cul feut, dict-on, inventée par ledict sire. Ie la rapporte, bien que ce ne soyt le suiet de ce conte, pour ce que elle faict veoir le naturel comicque et facétieux du bonhomme Roy.

Il y avoyt à Tours trois gens avaricieux notés. Le premier estoyt maistre Cornelius, qui est suffisamment cogneu. Le second s'appeloyt Peccard, et vendoyt des doreloteries, dominoteries et ioyaulx d'ecclise. Le troisiesme avoyt nom Marchandeau, et estoyt un vigneron trez riche. Ces deux Tourangeauds ont faict souche d'honnestes gens, nonobstant leurs ladreries.

Ung soir que le Roy se trouvoyt chez la Beaupertuys en belle humeur, ayant beu du meilleur, dict des drosleries et faict avant les vespres sa prière à l'oratoire de Madame, il dit à Le Daim son compère, au cardinal La Balue et au vieulx Dunois qui roussinoyt encores :

— Faut rire, mes amys !... Et ie crois que ce seroyt bonne comédie à veoir que avare devant sacq d'or sans pouvoir y touchier... Holà ! Oyant ce, ung sien varlet comparut. - Allez, dit-il, querrir mon threzorier, et qu'il apporte céans six mille escuz d'or, et tost. Puis vous irez apprehender au corps, d'abord mon compère Cornélius, le dorelotier de la reue du Cygne, puis le vieulx Marchandeau, en les amenant icy, de par le Roy.

Puis se remirent à boire et à iudicieusement grabeler de ce que valoyt mieulx d'une femme faisandée ou d'une qui se savonne glorieusement ; d'une qui est maigre ou d'une qui est en bon poinct ; et, comme ce estoyt à la fleur des sçavans, ils dirent que la meilleure estoyt celle qu'on avoyt à soy, comme ung plat de moules toutes chauldes, au moment précis où Dieu envoyoyt une bonne pensée à icelle communiquer. Le cardinal demanda qui estoyt le plus précieux pour une dame : ou le premier ou le darrenier baiser. A quoy la Beaupertuys répondit que c'estoyt le darrenier, veu que elle sçavoyt ce qu'elle perdoyt, et, au premier, ne sçavoyt ianiays ce qu'elle gagnoyt.

Sur ces dires et d'aultres qui ont esté adhirés par grant malheur, vindrent les six mille escuz d'or, lesquels valoyent bien trois cent mille francs d'auiourd'hui, tant nous allons diminuant en toute chouse. Le Roy commanda qui les escuz fussent mis sur une table et bien esclairés ; aussy brillèrent-ils comme les yeulx des convives qui s'allumèrent involontairement ; ce dont ils rirent à contrecueur.

Ils n'attendirent pas longtems les trois avares, que le varlet amena blesmes et pantois, hormis Cornelius, qui cognoissoyt les phantaisies du Roy.
— Ores çà ! mes amys, leur dit Loys, resguardez les escuz qui sont ces dessus ceste table.
Et les trois bourgeoys les grignottèrent de l'œil ; et comptez en dà que le diamant de la Beaupertuys reluisoyt moins que leurs petits yeulx vérons.
— Ceci est à vous, adiouxta le Roy.
Sur ce, ils ne mirèrent plus les escuz, mais commencèrent à se toiser entre et eulx, et les convives cogneurent bien que les vieulx cinges sont plus experts en grimaces que tous aultres, pour ce que les physionomies devinrent passablement curieuses, comme celles des chats beuvant du laict ou de filles chatouillées de mariaige.
— Dà ! fit le Roy, ce sera tout à celuy de vous qui dira trois foys aux deux aultres : — " Baise mon cul ! " en mettant la main dans l'or ; mais, s'il n'est pas sérieux comme une mousche qui ha violé sa voisine, et s il vient à soubrire en disant ceste gogue, il payera dix escuz à Madame. Néanmoins, il pourra recommencer trois foys.
— Ce sera tost gaigné ! fit Cornelius, lequel en sa qualité de Hollandoys avoyt la bousche aussy souvent close et sérieuse que le caz de Madame estoyt souvent ouvert et riant. Aussy mit-il bravement la main sur les escuz pour veoir s'ils estoyent de bonne forge, et les empoigna gravement ; mais, comme il resguardoyt les aultres pour leur dire civilement : " Baisez mon cul !... " les deux avares, redoutant sa gravité hollandoyse, luy respondirent : — A vos soubhaits ! comme s'il avoyt esternué. Ce qui fit rire tous les convives et Cornelius luy-mesme.

Lorsque le vigneron voulut prendre les escuz, il sentit telles démangeaisons dans ses badigoinces que son vieulx visaige d'écumoire lairra passer le rire par toutes les crevasses, si bien que vous eussiez dict une fumée sortant par les rides d'une cheminée, et ne put rien dire.

Lors ce feut le tour du dorelotier, lequel estoyt ung petit bout d'homme guoguenard et qui avoyt les lèvres serrées comme le cou d'un pendu. Il se saisit d'une poignée d'escuz, resguarda les aultres, voire le Roy, et dit avecques un air raillard : — Baisez mon cul !
— Est-il breneux ? demanda le vigneron.
— Il vous sera loysible de le veoir, respondit gravement le dorelotier.
Là dessus, le Roy eut paour pour ses escuz, veu que le dict Peccard recommença sans rire, et pour la troisiesme foys alloyt dire le mot sacramentel, lorsque la Beaupertuys luy fit ung signe de consentement, ce qui luy fit perdre contenance, et sa bousche se fendit en esclats comme ung vray pucelaige.
— Comment as-tu faict, demanda Dunois, pour tenir ta face grave devant six mille escuz ?
— Oh ! monseigneur, i'ai pensé en premier à ung de mes procez qui se iuge demain ; et, en second, à ma femme, qui est une brosse bien chagrinante.

L'envie de gaigner ceste notable somme les fit essayer encores, et le Roy s'amusa pendant environ une heure des chiabrenas de ces figures, des préparations, mines, grimaces et aultres pastenostres de cinge qu'ils firent mais ils se frottoyent le ventre d'ung panier ; et, pour gens qui aymoyent mieulx la manche que le bras, ce feut une douleur bien cramoisie que d'avoir à compter chascun cent escuz à Madame.

Quand ils feurent partis, Nicole dit bravement au Roy :
— Sire, voulez-vous que i'essaye, moy ?
— Pasques Dieu ! respartit Loys Unze, non ! Ie vous le baiseray bien pour moins d'argent.

C'estoyt d'un homme mesnagier, comme de faict il feut tousiours.

Honoré de Balzac, Les Contes droslaticques, colligez ez abbayes de Tourayne et mis en lumière par le Sieur de Balzac pour l'esbattement des Pantagruelistes et non aultres - premier dixain, 1832

http://books.google.fr/books?id=zs4UAAAAQAAJ&pg=PA40&hl=
fr&source=gbs_selected_pages&cad=3#v=onepage&q&f=false

pp. 125-142 - dessins de Gustave Doré

 

On retrouve dans ce conte la correspondance entre l'excrément et l'or. Lire à ce propos les pages suivantes :
http://www.mac-lyon.com/static/mac/contenu/fichiers/divers/delvoye/rub1/5/rub1_5.4.html

http://www.mac-lyon.com/static/mac/contenu/fichiers/divers/delvoye/rub1/5/rub1_5.3.html

Louis XI entre mythe et histoire par Isabelle Durand-Le Guern :
http://crm.revues.org/1703

 

" Il est difficile de surestimer l'importance capitale de Pic de la Mirandole dans l'histoire de l'humanité. Il fut le premier à revendiquer avec audace une nouvelle place pour l'homme en Occident, l'homme en tant que Mage, se servant tant de la Magie que de la Kabbale pour agir sur le monde et pour contrôler son destin par sa science. Chez Pic, il est possible d'étudier à la source le lien organique entre l'émergence du mage et la religion. " Frances A. YATES (Giordano Bruno et la tradition hermétique, Dervy, 1988, p.146)

 

 

L'Androgyne

Hermès, Jeanne d'Arc

Le Porteur de Lumière

Prométhée, Mercure, Hermès, Saint Michel, tous les Initiés

tous les Chevaliers : Roland, Godefroi de Bouillon, Saint Guilhem...

les 9 Preux

Le frère

les fils de Laocoon, Hector et Pâris

 

Le Décapité

tous les décapités : Saint Denis

 

 

Tous les pèlerins

les rois d'Ecosse (Jacques III)

 

Le Borgne

Jean Le Viste (oncle d'Antoine)
ou le jeune Antoine Le Viste

 

Cyclopes

Existe-il des êtes vivants n’ayant qu’un œil ? Nous attendrons plus tard pour faire appel aux Cyclopes. Laissons Ulysse naviguer encore un peu ou dormir dans les doux bras de Circé.

 

« Je vais y jeter un œil ! » Un seul ? Cela suffira-t-il ? Que fera l’autre pendant ce temps ?

L’œil du dieu, l’œil du peintre, l’œil dans la tombe… Que d’yeux solitaires, abandonnés de l’autre qui ne sait plus qu’en penser dans sa ténèbre. Toute gémellité disparue. Que c’est triste, un œil seul.

 

Tout œuvre, d’art ou autre, qui ne présente qu’un œil me crée malaise. Comme d’un bras valide tandis que la manche vide opposée tient épinglée à la poche.

 

Ou bien c’est un œil qui cherche à voir, perdu dans une foule, une compagnie curieuse et pressée. Point d’autre espace libre pour l’autre œil. Il faut s’en contenter, le cerveau compensera la perte, rectifiera les images.

 

Des deux yeux, cherchons l’œil.

 

Tapisserie 2, huitième personnage en partant de la gauche. Jacques le Mineur. L’artiste l’a voulu caché, à peine visible. La raison : il serait le dernier et le plus méconnu des douze Apôtres. L’artiste (toujours lui, et son œil !) le dessine coincé, comme écrasé entre deux 'pierres' (la pointue et la carrée). L’a-t-il confondu avec Jacques le Petit, fils de Cléophas et de Marie, une des 'saintes femmes', frère de Josèt et de Jude, lapidé en 62. Qui était-il vraiment ? Le frère de Jésus, selon une lecture littérale du Nouveau Testament, son cousin, selon la tradition catholique depuis Jérôme ou son demi-frère, selon de nombreux Pères de l'Eglise ? Mystère. Mais il lui aurait été difficile de vivre caché. Il est considéré comme le premier évêque de Jérusalem où il subit le martyr : il est précipité du haut d'une tour du Temple, puis lapidé et achevé avec un foulon qui lui fracasse le crâne. Il est parfois représenté avec une massue. Regardons-le aujourd’hui comme le patron des droguistes et des chapeliers. Chapeau l’artiste !

 

Tapisserie 2 encore. Derrière le second chasseur (l’apôtre Jean), combien voyez-vous de chiens, serrés les uns contre les autres ? Vous dites : quatre. Eh non ! Il fallait en compter cinq !  Celui que vous n’avez pas vu vous exhorte pourtant à bien regarder, à bien lire les mots que l’artiste a écrits sur le cor rouge du chasseur et à tenter de deviner ce qu’il a pu mettre dans ce petit sac bleu à son côté droit. Il faut lire, difficilement, de droite à gauche les lettres JONES..AN..ON…E (de FECIT ?). L’artiste se prénommait-il Jean ou Johannes ?

 

Tapisserie 6, sous l’arche à droite, quatre personnages. Les trois bien visibles sont peut-être Anne de France, son époux Pierre de Bourbon et leur gendre Charles de Montpensier. Quant au quatrième, n’est-ce pas l’artiste lui-même sous l’apparence métonymique de l’œil du peintre ? Appelons-le Jehan de Paris ou plutôt Jean Perréal qui a travaillé à la cour de Moulins. Ah oui ! Le mystérieux Johannes du cor rouge ! Que résonnent pour lui les trompettes de la renommée…

 

 

Cet homme, dans le ciel, en haut à gauche...

 

1- Saint Michel chassant Adam et Eve du Paradis.

Masaccio, Adam et Ève chassés du Paradis, 1425-1427
Église Santa Maria del Carmine - chapelle Brancacci - Florence

 

2- Saint Paul : il tient une épée dans sa main droite et sa main gauche est levée parce qu'il est en train de tomber de son cheval (ici, la licorne " chevaline ").
Actes des Apôtres, chapitre 9, 1-6
Cependant Saul, respirant encore la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur, se rendit chez le souverain sacrificateur,
et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il trouvait des partisans de la nouvelle doctrine, hommes ou femmes, il les amenât liés à Jérusalem.
Comme il était en chemin, et qu'il approchait de Damas, tout à coup une lumière venant du ciel resplendit autour de lui.
Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?
Il répondit : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes. Il te serait dur de regimber contre les aiguillons.
Tremblant et saisi d'effroi, il dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Conversion_de_Paul


3- Cet homme est aussi saint Martin de Tours (316 ou 317 - 397) qui, selon la légende, un soir d'hiver 338 à Amiens, coupe son manteau, ou tout du moins la doublure de sa pelisse, pour un déshérité transi de froid. La nuit suivante le Christ lui apparaît en songe vêtu de ce même pan de manteau. Le reste du manteau, appelé " cape ", sera plus tard placé à la vénération des fidèles, dans une pièce dont le nom est à l'origine du mot : chapelle. Loin de ce cliché attendrissant, on connaît par Sulpice-Sévère, son disciple et biographe, sa rage iconoclaste pour effacer toute trace (temples, statues, arbres…) de paganisme et de culte gréco-romain et imposer sa foi.

Saint Martin - 1323
cathédrale Saint Gatien de Tours
(chapelle du tombeau des enfants d'Anne de Bretagne et de Charles VIII)

L'artiste veut, dans son évocation de La Passion, évoquer l'attribution des vêtements de Jésus pendant la Crucifixion.


4- Cet homme est aussi saint François de Paule
Parmi ses nombreux " miracles ", retenons " la traversée du détroit de Messine " sur son manteau étendu, après que le patron de barque Maso lui a refusé de le faire passer gratuitement avec quelques disciples. Ainsi deviendra-t-il le patron des marins italiens. Un morceau de ce manteau " magique " fut déposé dans le couvent des Minimes, Place Royale à Paris.
Réclamé au pape Sixte IV par Louis XI gravement malade, il arrive au château de Plessis-lez-Tours le 24 avril 1482 où il meurt en 1507.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_de_Paule

5- Et pourquoi pas François d'Assise !
qui lui aussi aurait donné tout son manteau ! Et où trouver des stigmates ? Regardons attentivement !

Reconnaissez avec Howard Saint-François d'Assise recevant les stigmates par la corne de la licorne (c'est-à-dire Jésus lui-même) qui " traverse " la main gauche et " perce " le flanc droit en déchirant le vêtement.

Giotto di Bondone - Saint François d'Assise recevant les stigmates - 1300
1- représentation en miroir : la droite du Christ correspond à la gauche de saint François (Louvre)
2- assimilation du saint au Christ : la droite du Christ correspond à la droite de saint François (église Santa Croce - Florence)
(in Jean-Claude SCHMITT, La Raison des gestes dans l'Occident médiéval, Gallimard, 1990)
Les peintures de Giotto montrent Jésus donnant lui-même les stigmates au saint.


Rutilio Manetti (1571-1639)
Sainte Catherine de Sienne reçoit les stigmates
collection particulière - Genève
Dans cette autre peinture, les stigmates sont donnés par une représentation du Christ.

Ainsi, côte à côte, le saint et Jésus, tous deux " martyrisés " !

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_d'Assise

6- Et voici venu François II, père d'Anne de Bretagne…
Où est l'hermine ? Sur sa tête, un chapeau de fourrure (d'hermine blanche) qui brille comme une couronne bretonne ! A la semblance d'un nid d'oiseaux…

7- " Maybe it is also François 1er, roi de France ? François de la Rochefoucauld ? " conclut Howard dans un courriel.

 

 

 

La Licorne

tous les rois de France, le cheval de Troie, le Veau d'or, tous les monstres (Cerbère...)

 

 

Lame VI : l'Amoureux

Cheveux blonds, mèche sur le côté.

La lettre hébraïque qui correspond à cette lame est WAU, c'est-à-dire le crochet, le clou.

Papus écrit que le WAU représente hiéroglyphiquement l'oeil et donc tout ce qui se rapporte à la lumière et à l'éclat.

 

Soit dans cette tapisserie, la pointe de la lance, le 'flambeau' de lumière et le personnage voisin à l'oeil unique.

Volonté de recherche de la Lumière, d'aspiration vers un perfectionnement moral. Volonté de dominer ses sensations et ses sentiments.

 

 

 

Le Monarque

Abraham, Noé, Moïse, Thot, Hermès Trismégiste, Priam, Pharamond, Clovis, Charlemagne, Saint-Louis ... Charles VIII, Louis XII

 

Le Législateur

Hermès Trismégiste, David, Salomon, Moïse, Solon, Siméon, les rabbins...

Avec le ciseau et le marteau pour graver dans la pierre

 

 

L'orateur

avec le geste de Saint Jean Baptiste prononçant ces mots : "Ecce Agnus Dei - Voici l'Agneau de Dieu"

Giovanni di Paolo di Grazia - 1455-1460 - Art Institute of Chicago

 

Le sculpteur

Phidias, Praxitèle...

Michel Colombe à Tours
(photo d'Enzo Blanc)

 

Celui qui reçoit du Ciel
le récepteur de la manne dans le désert, Saint Rémi

Celui qui couronne
Saint Rémi

 

Tous les pêcheurs de poissons

Le plus âgé
Les Patriarches ?

 

 

Lame VI : l'Amoureux

Cheveux blonds, mèche sur le côté

 

 

Le Maître et l'Elève

Tous les Précepteurs, les Maîtres et tous leurs Disciples, leurs Adeptes
Socrate et Platon - Aristote et Alexandre
Alcuin et Charlemagne - Virgile et Dante

Le Maître regarde vers l'Est, vers la Lumière naissante

Raphaël - L'École d'Athènes - 1509-1512
Chambre de la Signature (les Stanze ) - musée du Vatican
détail de la fresque : Platon et Aristote

 

Lame V : le Pape

Attitude de celui qui enseigne, guide et conseille

 

Sites sur le Tarot : http://www.letarot.com/symbolique/index.html

http://www.letarot.com/sitemap.html

http://www.cabbale.org/-Le-Tarot-du-Sepher-de-Moise-R-.html

Visage androgyne, cheveux rejetés en arrière comme un voile que l'on écarte

pour que les yeux se dessillent, que le regard s'éclaire.

 

 

 

le Diable - Satan - Lucifer

 


Quelques définitions relatives au diable extraites du site : http://atheisme.free.fr/Themes/Diable.htm

" Diable : (du latin "diabolus, et du grec "diabolos", calomniateur) Le diable représente dans la religion chrétienne l'esprit du mal, le mauvais génie. Pour la théologie, il est un ange déchu qui s'oppose à Dieu. Depuis l'iconographie médiévale, le diable est le chef suprême des démons.

 


Ecole française du 15e s.
La Tentation de Jésus au désert


Il est dès lors représenté comme un monstre humain, griffu, à la figure terrifiante, avec de longues oreilles pointues, des cornes, une poitrine de femme, des pieds fourchus et une longue queue. Pouvant prendre des apparences séduisantes, il essaie de corrompre l'homme et de l'entraîner dans le péché.


" Satan : (de l'hébreu "haschatan", adversaire). Satan, qui apparaît souvent dans la Bible, est le chef des anges qui se sont rebellés dans la Genèse, devenant ainsi des démons. C'est lui qui tente Eve dans l'Eden en prenant la forme d'un serpent ou qui tente Jésus dans les évangiles.

On lui prête la faculté de changer d'apparence pour mieux séduire. Satan est représenté sous des traits différents, serpent, mi-homme mi-bouc (inspiré du dieu Pan), dragon, Léviathan. On lui attribuait la présidence du Sabbat des sorcières.
Satan est honoré en tant qu'adversaire de Dieu et de l'Eglise dans des cultes appelés satanisme.

 

" Lucifer : (du latin "lux", lumière et "ferre", porter, littéralement : "Porteur de lumière").

En tant que Dieu latin, Lucifer était le porteur de lumière, l'esprit de l'air et personnifiait la connaissance.
L'expression "Porteur de lumière" était aussi utilisée durant les premiers siècles après J.C. pour désigner le Christ.
Ce n'est qu'au Haut Moyen Age que le nom de Lucifer a été employé pour désigner Satan. Dans la Vulgate (première traduction de la Bible en latin par saint Jérôme), il est la transcription du mot hébreu Heylel en "Astre du matin" (planète Vénus).

Lucifer était le plus beau des anges, chef de la milice céleste. Par orgueil et avidité du pouvoir, il a voulu devenir l'égal de Dieu et s'est révolté contre lui. Chassé du ciel et envoyé en enfer, il est devenu Satan, le chef des démons.
Sa révolte est considérée par les gnostiques comme celle de la recherche de la connaissance que Dieu voulait cacher aux hommes.

 


Lucifer, sur le pont,
"menace" Jésus
(la licorne)

Portement de Croix - v. 1500
vitrail de la chapelle de l'Hôtel de Cluny
verrier : Amé Pierre ?

Comparons l'attitude des deux personnages :
- jambes identiquement vers la droite, jambe droite en avant
- tête tournée vers l'arrière
- mais le torse du second vu de face : position extrêmement difficile à tenir

La représentation du Diable que donne ici l'artiste se situe exactement dans la " transformation radicale de l'imagerie diabolique entre le XVe et le XVIe siècle : le passage de l'image traditionnelle du Démon — qu'il s'agisse de Satan ou de ses innombrables satellites — à une image d'un type nouveau et inattendu, celle d'un " Diable à visage humain ", si humain même qu'il peut effectivement devenir le portrait d'un contemporain, tel le cardinal Biago da Cesena dont Michel-Ange aurait fait le portrait pour représenter le Minos de son Jugement dernier. "
(Daniel Arasse, Le Portrait du Diable, Arkhê, 2009, p.25.)

 

Porteur de lumière, il serait, pour les sectes lucifériennes, plus puissant que Dieu, simple Démiurge (luciférisme). A ne pas confondre avec Lucifer, évêque de Cagliari, vers 370, qui provoqua un schisme (luciférianisme) par son attitude sévère envers les évêques partisans de l'arianisme.

Les termes de diable, Satan, Lucifer, démon, Belzébuth, Belial, Méphisto... sont souvent employés comme synonymes. Autres noms du diable ou de Satan : le prince de ce monde, le prince des ténèbres, le Malin, "le Mauvais", le "Tentateur", le chef des démons, le Maître de l'enfer... Dans la religion musulmane, le diable s'appelle Iblis ou Chaytan. "

 

Dans la Bible, les aspects infernaux et chtoniens du numinosum (qui est une union des contraires) sont présents sous les traits de Béhémoth [l'hippopotame] et de Léviathan [crocodile].

http://prof-themes.blogspot.com/2009/05/behemoth-et-leviathan.html

http://www.paranormal-encyclopedie.com/wiki/Articles/B%E9h%E9moth

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Pour nous orienter dans la Bible à la recherche du Diable : Jacques Duquesne, Le Diable, Plon, 2009

Ancien Testament :
La Diable est peu ou pas connu dans l'Ancien Testament.

Chroniques : I, XXI, 1-17 et Livre de Samuel : II, XXIV, 1-17 (même histoire mais inspirateur de la faute différent)
Genèse : un serpent ! et non le diable. Le serpent n'est qu'un animal (Gn III, 1) : la Création n'était donc pas parfaite à l'origine ! Le mal existait avant la faute de l'Homme (le péché originel)
Abel et Caïn : ni l'un ni l'autre
Le Déluge : idem (Gn, VI, 5-6)
Psaume 140
Proverbes : XXIII, 32
Exode : le bâton d'Aaron se transforme en serpent au détriment des magiciens égyptiens
Livre de Job
Isaïe : XL, 5
Zacharie : III, 1-2

Nouveau Testament :
34 fois le nom de Satan, 36 fois son évocation, 55 fois celle des démons, 7 fois le nom de Béelzéboul, 49 mentions d'esprits mauvais et impurs.

Daniel : VII, 13-9 - XI, 40-45 - XII, 1-2
Evangiles : tentation de Jésus
Le désert, lieu des démons : Is XIV, 17 - Mt XII, 43
Le jardin de Gethsémani : Jn XIV, 30
Nombres, 22, 22
Mathieu, IV, 1-11
Jean 12, 31 - 14, 30 - 16, 11

L'Antéchrist
Epîtres de Paul : II Co IV, 4 - II, 2 - Rom, VIII, 38
Epîtres de Jude : VI, 12 Ju, 6

L'Antichrist
I Jn, II, 18-23 - I Jn IV, 3 - I Jn IV, 6
L'Apocalypse
XII, 1-14, 20

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Dans un Catéchisme en images, édité en 1908 par la Maison de la Bonne Presse à Paris, Satan trône au-dessus de l'Enfer, une fourche à la main. Les damnés basculent jusqu'au bord d'une grande muraille du haut de laquelle les démons précipitent leurs victimes. Dans l'Enfer, des maux spécifiques correspondent à chacun des péchés capitaux :
- un paon ouvre le corps des orgueilleux, contraints par un démon de s'agenouiller devant le maître des enfers.
- un crapaud fait tituber les avares sous le poids d'une énorme bourse.
- un bouc se charge des luxurieux : leur ventre est déchiré par des bêtes féroces.
- les envieux sont mordus par des serpents.
- un pourceau surveille les gourmands, contraints à la faim et la soif perpétuelles.
- le lion règne sur les coléreux qui s'entredéchirent, excités par des diablotins.
- la tortue, enfin, garde les paresseux : attachés à des lits de braise, ils sont piqués par d'horribles scorpions.

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Résoudre la question du Mal :

S'il existe un Dieu tout puissant, et si ce Dieu est bon, comment expliquer le Mal du monde ?
Au fil du temps, plusieurs réponses ont été apportées par diverses civilisations :

— Une solution souvent avancée présente le Dieu Créateur du monde comme un être capable de faire le Mal ou le Bien, selon ses caprices ou ses raisons. Certaines religions anciennes l'ont clairement affirmé. Le judaïsme et christianisme l'ont nié totalement. Mais il leur est arrivé de contribuer à propager ce sentiment : le judaïsme, en contant les actions d'un Yahvé prêt à frapper dur pour protéger le peuple élu ou Se faire obéir de Lui ; le christianisme, en annonçant un Dieu, juge et vengeur, épiant les actions des hommes - et même leurs " plus secrètes pensées " à en croire les catéchismes longtemps utilisés - pour les punir en ce monde et dans l'au-delà s'ils n'obéissaient pas à Ses commandements.

— Une autre explication largement répandue est l'existence d'une divinité du Mal opposée à une divinité du Bien.
Le judaïsme et l'islam qui ont foi dans le Dieu unique l'ont toujours fermement combattue. Parfois — triste ironie de l'Histoire — en pratiquant le Mal.

— Troisième réponse enseignée par bien des religions : l'existence de mauvais esprits, les diables, qui inspirent le Mal aux hommes et le pratiquent eux-mêmes. Ces diables, quelque nom qu'ils portent, sont inférieurs au Dieu bon et créateur. Mais, pour des raisons parfois obscures, Celui-ci ne parvient pas à les empêcher de nuire ou ne le souhaite pas. Parfois même, Il les utilise afin qu'ils exécutent de basses oeuvres.

— Dernière explication : tout le Mal vient des hommes, inspirés par le diable, soit qu'ils aient commis dès l'origine une faute capitale qui a disloqué un monde parfait, soit qu'ils enchaînent les fautes, de génération en génération.
Cette explication a été la plus répandue en Occident et dans l'Islam. Mais, nous venons de le voir, les Eglises récusent désormais, clairement ou à demi-mot, l'existence du diable.

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Amduscias

Chef de 29 légions, il a l'aspect d'un homme à tête de licorne mais il peut se montrer sous apparence humaine quand on l'invoque. Lorsqu'il parle, les arbres s'inclinent comme sous l'effet d'un vent violent. Il est le spécialiste de la musique bruyante.
Dessin extrait du Dictionnaire infernal de Jacques Auguste Simon Collin de Plancy (1793-1887). Louis Breton créa 69 illustrations de démons que M. Jarrault grava. http://fr.wikipedia.org/wiki/Dictionnaire_infernal

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— Un site intéressant : http://mythologica.fr/demon/satan.htm

 

Félicien Rops : " Son Satan semant l'ivraie — semeur géant marchant en sabots sur Paris et disséminant des corps de femmes — ravive savamment le geste antique [de la sparsio] pour mieux conjuguer le mythe de la Capitale, celui du Péché et, qui sait ?, celui de la Vérole. Quand l'érotisme fin de siècle se donne des allures apocalyptiques, il habille un squelette immense pour lui faire accomplir une largesse perverse. Il dresse en gloire une Fortune infernale. " Jean Starobinski, Largesse, Gallimard, 2007, p. 45.

 

Robert Muchembled, Une histoire du diable, Seuil, 2000

" Le diable, dont le nom signifie " le diviseur ", dans le Nouveau Testament, incarne l'esprit de rupture face à toutes les forces, religieuses, politiques et sociales, qui ont incessamment cherché à produire de l'unité sur le Vieux Continent.
Il se trouve de ce fait consubstantiel à la mutation de l'univers européen, partie prenante d'un mouvement qui est tout simplement celui de l'évolution et du triomphe sur le globe d'une façon originale d'être humain, d'une manière collective spécifique de gérer la vie, de produire de l'espoir, d'inventer des mondes.
On ne peut donc réduire le démon d'Occident à un simple mythe, que celui-ci soit religieux ou plus récemment laïcisé comme dans l'imaginaire romantique français du XIXe siècle. Ce qui ne signifie nullement qu'il soit réel, concret.
N'en déplaise aux théologiens dont le métier est de le prétendre, l'historien, qui a pour objectif de comprendre ce qui meut et fait tenir ensemble les sociétés, n'a pas besoin de ce postulat pour apprécier à leur éminente valeur les effets de la croyance.
Cette dernière constitue à ses yeux une réalité profonde car elle motive les actes individuels comme les attitudes collectives même s'il pense intimement que le diable n'existe pas, il doit chercher à expliquer pourquoi ceux qui croyaient à son pouvoir ont brûlé des sorcières au XVIIe siècle, ou bien pour quelles raisons on pratique aujourd'hui des rituels lucifériens pour lui rendre hommage " (pp. 8-9)

" Satan, Lucifer, Asmodée, Bélial ou Belzébuth dans la Bible ou la littérature apocalyptique, le diable prenait aussi de multiples autres noms, souvent même des surnoms, partout en Europe.
Beaucoup s'appliquaient à des démons mineurs, parfois héritiers de petits dieux du temps du paganisme : Old Horny, Black Bogey, Lusty Dick, Dickon, Dickens, Gentleman Jack, the Good Fellow. Old Nick. Robin Hood, Robin Goodfellow en anglais, Charlot en français, ou Knecht Ruprecht, Federwisch, Hinkebein, Eleinekin, Rumpelstiltskin, Hämmerlin en allemand.


L'usage de diminutifs (Charlot ou les terminaisons germaniques en -kin) ou de dénominations familières (" Vieux cornu" pour Old Horny) rapprochait ces diables des hommes, limitant sûrement la peur qu'ils pouvaient inspirer.
Pour un chrétien ordinaire de ces siècles, le monde invisible était peuplé d'une infinité de personnages plus ou moins redoutables, saints, démons, âmes des morts. Leur place respective dans l'univers n'était probablement pas parfaitement définie par rapport au Bien et au Mal, car les saints pouvaient se venger des vivants, alors que des démons étaient parfois appelés à l'aide par ces derniers. " (p. 25)


" D'autres caractéristiques du diable venues d'héritages divers sont relevées par les historiens.

Elles composent une image trop synthétique pour correspondre aux réalités, mais permettent de fixer des traits rappelés par les accusés de sorcellerie du XVIe et du XVIIe siècles, lorsqu'il leur faut répondre aux questions précises des juges.
Le démon était réputé capable de se présenter sous toutes les formes humaines imaginables, avec une préférence pour les états ecclésiastiques. Il pouvait aussi faire croire à ses interlocuteurs qu'il était un ange de lumière. Epousant la carrure d'un géant, parlant à travers une idole, soufflant son venin dans une rafale de vent, il ne manifestait pas toujours sa différence, sa monstruosité.

Au dieu Pan, il semble avoir emprunté des traits iconographiques te!s que les cornes, la toison de bouc qui couvre son corps, le puissant phallus et le grand nez.
Souvent noir, selon un symbolisme fréquent dans nombre de civilisations et pas uniquement chez les chrétiens, il pouvait parfois être rouge, habillé de cette couleur ou porteur d'une barbe flamboyante, quelquefois même vert.
Le concile de Tolède en 447, le décrivait comme un être grand et noir, cornu, griffu, aux oreilles d'âne, aux yeux étincelants et aux dents grinçantes, doté gros phallus et répandant une odeur sulfureuse. " (p. 27)

 

" La figure du diable prit en effet une importance croissante à partir du XIIIe siècle. Mais les idées ne peuvent pas grand-chose si elles ne suivent pas l'évolution des sociétés. Lucifer grandit au moment même où l'Europe cherche plus de cohérence religieuse et invente de nouveaux systèmes politiques, en prélude à un mouvement qui va la projeter hors d'elle-même, à la conquête du monde, dès le XVe siècle. " (p. 32)

" L'accumulation des traits négatifs et maléfiques du démon se marque réellement à partir du XIVe siècle parce que le fil de l'histoire ainsi racontée ne se limite plus à l'étroit monde monastique, mais se tisse de plus en plus profondément dans la trame d'univers laïques où se pose concrètement le problème du pouvoir, de la souveraineté, des modes de dépendance.
Le discours sur Satan change de dimension au moment même où s'esquissent des théories nouvelles sur la souveraineté politique centralisée devant lesquelles cède lentement l'univers des relations féodales et vassaliques. La contamination entre ces deux sphères apparemment si distinctes est évidente, notamment pour les pays les plus engagés dans une modernisation des rouages monarchiques, comme la France et l'Angleterre, ou pour ceux qui voient se développer de grandes entités urbaines, à l'exemple de l'Italie.

Chaque fois, l'art fournit le trait d'union nécessaire, en définissant la puissance de ceux qui commandent les œuvres puis en mettant en scène, entre autres thèmes, des enfers et des démons d'un genre surhumain jusque-là fort rare, voire inconnu.

 

" D'emblée la question de la souveraineté - sous l'espèce d'une rébellion visant à accéder au pouvoir absolu - apparaît au cœur de l'épisode inaugural de l'histoire du monde " racontée par 63 miniatures anglaises et françaises de la fin du Moyen Age consacrées à Satan, d'après l'analyse menée par Jérôme Baschet.

Les signes de la puissance de Lucifer sont désormais très accentués, par sa taille supérieure aux autres démons, sa position assise, plus exceptionnellement le port d'une couronne, comme dans les Très Riches Heures du duc de Berry des frères Limbourg en 1413. L'insistance sur la grande stature de Satan est une caractéristique nouvelle du XIVe siècle.

En Italie, elle s'observe à Florence, à Padoue, à Tuscania, où le démon est même plus imposant que le Christ. Elle va de pair avec une monstruosité de plus en plus affirmée et l'évocation hallucinante d'un enfer grouillant dont il occupe le centre, comme un roi sur son trône. " (p. 35)

 

" Aux murs du Campo Santo de Pise, ou de l'église de San Gimignano en Toscane (les fresques sont dues à Taddeo di Bartolo, en 1396), sa gigantesque figure cornue domine celles des démons qui s'affairent à punir les pécheurs et des minuscules damnés qu'il broie de ses mains avant de les engloutir avec fureur.

A Florence ou à Padoue, deux serpents sortent de ses longues oreilles, et ses trois gueules happent chacune un damné : Dante semble s'être inspiré de la mosaïque de Florence pour décrire un empereur infernal aux trois faces dévorantes. Ventre bestial, le terrible diable avale et rejette sans cesse les pécheurs, sur lesquels s'acharnent les dragons ou les serpents lui servant de siège et les innombrables séides diaboliques occupés à martyriser sadiquement des corps infiniment douloureux.

L'enfer et le diable n'ont désormais plus rien de métaphorique. L'art produit un discours très précis, très figuratif, sur ce royaume démoniaque, plaçant en exergue avec précision la notion de péché afin de mieux pousser le chrétien à la confession. En d'autres termes, la mise en scène satanique et la pastorale qui s'y rapporte développent I'obéissance religieuse, mais également la reconnaissance du pouvoir de l'Eglise et de l'Etat, en cimentant l'ordre social par le recours à une morale rigoureuse. " (p. 36)

" Arme pour réformer en profondeur la société chrétienne, la menace de l'enfer et du diable terrifiant sert d'instrument de contrôle social et de surveillance des consciences en incitant à la réforme des conduites individuelles. " (p. 37)


Site sur les représentations de l'enfer :
http://www.faisceau.com/enf_ar_in1.htm


Géza Róheim, La Panique des dieux, (écrit en 1972), Payot, 2000,
traduit de l'anglais par Sylvie Laroche et Massimo Giacometti

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" Les êtres surnaturels prennent racine dans l'angoisse infantile. " (p. 130)

" Un démon n'est rien d'autre que la pulsion originelle à caractère agressivo-libidinal de l'enfant, l'attitude phallique primaire, le désir de pénétrer dans le corps de la mère. " (p. 101)

" La race humaine a émergé de ses ancêtres préhumains tout comme l'individu émerge de l'enfant, par le développement des mécanismes de défense érigés à l'origine par le moi pour se protéger contre les traumatismes infantiles de nature libidinale. Le caractère traumatique de ces expériences infantiles tient à l'état embryonnaire du moi infantile, ou en d'autres termes, à la prolongation de notre enfance Le coït est terrifiant parce que l'enfant n'est pas prêt pour l'orgasme mais simplement pour le plaisir préliminaire. Il est également terrifiant en raison de l'apparence gigantesque des êtres qui le pratiquent, c'est-à-dire en raison de la situation d'impuissance de l'enfant vis-à-vis de ses propres désirs. " (p. 131)


" Il existe trois versions différentes de chaque individu : 1. la personne réelle, 2. le démon, 3. l'ancêtre ; en d'autres termes, deux créatures peuvent être engendrées, en vertu du processus de fission, à partir d'un individu donné - un dieu par sublimation et un démon par projection de l'angoisse. " (p. 149)

" C'est parce que notre enfance dure plus longtemps que celle des autres animaux que nous avons besoin des êtres surnaturels. Si notre développement s'effectuait de manière harmonieuse, s'il n'y avait pas un écart funeste entre ce que nous désirons et ce que nous sommes en mesure de supporter, entre le ça et le moi, nous ne serions jamais devenus humains. Humanité veut dire manque d'harmonie.
La scène originaire constitue un traumatisme parce que l'enfant est obligé de nier ses propres désirs. Les désirs sont lourds d'angoisse, les adultes sont dangereux. " (p. 168)

 

" Tandis que les Indiens d'Amérique du nord désignent le Créateur par des expressions telles que " le Maître de la vie ", " l'Homme qui ne meurt jamais ", " Celui qui porte la vie pour les autres ", les Sémites ont Yahvé, " le Dieu vivant ", " le Dieu de ma vie ". Parmi les prénoms babyloniens, nous trouvons des expressions telles que " Samas a donné la Vie " ou " Assur est le Dieu de ma Vie ". Il est bien sûr évident que tous ces phénomènes sont inséparables de la relation : père-fils dans ses différents aspects. Ea est le père divin d'Adapa, l'être humain, mais il ne confère pas à son fils le privilège de la vie éternelle. Toutefois il n'est pas dans mon propos de me pencher ici sur cet aspect de la divinité.

Ce que je m'efforce de démontrer, c'est que la pulsion de vie que nous portons en nous est le germe d'où ont surgi les êtres surnaturels. Dans le langage de l'inconscient le concret remplace l'abstrait, le phallus représente la vie. Telle est la raison pour laquelle le serpent phallique est si souvent le symbole de la divinité, aussi bien chez les Sémites qu'en Amérique du nord. " (p. 225)


 

 

 

Les Tables de la Loi

 

Voyons dans cette forme
les diverses Tables de la Loi

La Table d'Emeraude
reproduite sur un rocher en traduction latine,
dans l'une des planches
illustrant l'Amphitheatrum Sapientiae Eternae,
de Heinrich Khunrath (1610)

 

Les tables de la Loi
contenant la profession de foi athonienne

 

 

La Table d’émeraude d’Hermès Trismégiste (traduction de l’Hortulain)

« Il est vrai, sans mensonge, certain, & très véritable. Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut : et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose. Et comme toutes les choses ont été, & sont venue d’un, par la méditation d’un : ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation. Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre ; la Terre est sa nourrice. Le père de tout le telesme de tout le monde est ici. Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre. Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel, et derechef il descend en terre, & il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde ; et pour cela toute obscurité s’enfuira de toi. C'est la force forte de toute force : car elle vaincra toute chose subtile, et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De ceci seront & sortiront d'admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici. C’est pourquoi j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j’ai dit de l'opération du Soleil est accompli, et parachevé. »

Texte Latin :
Verba secretorum Hermetis - Verum, sine mendacio, certum et verissimum : quod est inferius est sicut quod est superius; et quod est superius est sicut quod est inferius, ad perpetranda miracula rei unius. Et sicut omnes res fuerunt ab uno, mediatione unius, sic omnes res natae fuerunt ab hac una re, adaptatione. Pater ejus est Sol, mater ejus Luna; portavit illud Ventus in ventre suo; nutrix ejus Terra est. Pater omnis telesmi totius mundi est hic. Vis ejus integra est si versa fuerit in terram. Separabis terram ab igne, subtile a spisso, suaviter, cum magno ingenio. Ascendit a terra in coelum, iterumque descendit in terram, et recipit vim superiorum et inferiorum. Sic habebis gloriam totius mundi. Ideo fugiet a te omnis obscuritas. Hic est totius fortitudine fortitudo fortis; quia vincet omnem rem subtilem, omnemque solidam penetrabit. Sic mundus creatus est. Hinc erunt adaptationes mirabiles, quarum modus est hic. Itaque vocatus sum Hermes Trismegistus, habens tres partes philosophiæ totius mundi. Completum est quod dixi de operatione Solis.

 


Moïse présente les tables de la loi à Aaron et au peuple
Illustration du Livre du Deutéronome - Bible du XIIè s.
BM de Sens - ms. 1, p. 157

Les Tables de la Loi en Hébreu

 


Les tables de la Loi de forme si caractéristiques
sont devenues un symbole courant
pour donner force et autorité à la Loi.
Cette gravure des Droits de l'Homme de 1789
le montre bien.

Marc Chagall - Moïse reçoit les tables de la Loi
Musée National Message Biblique Marc Chagall - Nice

 

Gustave Doré

Carte postale - v.1906

 

 

Quels lourds secrets dans la Tour ?

 

Qui sont ces deux couples de personnages :

– l'un (deux hommes) au sommet ? Aux têtes trop grosses pour la taille de la tour, comme pour retrouver la naïveté des enluminures médiévales.

– l'autre (une femme et un homme, emprisonnés ?) derrière des barreaux,

 

Sur la tour 

Des spectateurs lors de l'entrée de Jésus à Jérusalem (Cf. page La vie de Jésus) ou comme il s'en trouve dans des miniatures médiévales :

détails des tapisseries

1- Le Couronnement de TarquiniusPriscus

2- La Chute de Troie

attribuées à Conrad et Henry de Vulcop

cathédrale de Zamora - Espagne

 

A la fenêtre aux barreaux

Après avoir confronté différentes solutions, la plus vraisemblable est la suivante : il s’agit de Cassandre, fille de Priam, roi de Troie, et de son geôlier. En effet, selon Lycophron de Chalcis, poète grec né vers ―320,dans son poème Alexandra, Priam qui considérait sa fille folle l’avait fait enfermer dans une tour pyramidale construite sur l'Atès, en plaçant cependant auprès d’elle un gardien ou messager pour lui rapporter les paroles mêmes deses prophéties.

Homère ne relate pas cette séquence troyenne car il ne mentionne pas les dons de prophétie de la belle Cassandre. Outre le poème de Lycophron, elle se retrouve dans L’Orestie d'Eschyle et dans Les Troyennes d'Euripide.

 

http://remacle.org/bloodwolf/poetes/lycophron/alexandra.htm

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lycophron

 

Deux raisons appuient cette interprétation :

― Le grand nombre des manuscrits de l’Alexandra existants prouve qu’il a été beaucoup lu.

― La même scène se retrouve dans la tenture La Guerre de Troie : Enlèvement d'Hélène conservée dans la cathédrale de Zamora en Espagne, tissée à Tournai sur des dessins des frères Conrad et Henry de Vulcop entre 1465 et 1475. Jean Perréal pourrait avoir été élève-apprenti dans leur atelier et avoir hérité ensuite d’une partie de leur fonds de dessins.

 

 

http://balat.kikirpa.be/photo.php?path=M185546&objnr=40001176&lang=fr-FR

 http://balat.kikirpa.be/object/40001176

 Cette question résolue, en apparaît aussitôt une autre : quel malheur annonce cette Cassandre en sa tour enfermée qui concernerait le couple royal par exemple, présent au centre de cette tapisserie ? S'il s'agit d'Anne de Bretagne et de Charles VIII, ce ne peut être que la mort de leurs six enfants, tous morts en bas âge. S'il s'agit d'Anne de Bretagne et de Louis XII, serait-ce la mort de deux de leurs quatre enfants, avant qu’elle meureà 36 ans en 1514 ?

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_de_Bretagne  

 

La cellule peut évoquer le matras clos alchimique : Le couple alchimique veut s'accoupler pour engendrer un fils, un "roi". Il pourrait s'agir du couple royal Anne de Bretagne – Louis XII désirant un fils.

Planche II du Donum Dei du 17e siècle :

un recueil de citations alchimiques extraites de manuscrits du 15e siècle.

 

D’autres personnages sont peut-être à envisager derrière ces barreaux :

 

Jeanne de France et Louis II d'Orléans (futur Louis XII)

Prisonnier après la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier qui met un terme à " La Guerre Folle " (1485-1488), Louis II d'Orléans - cousin du roi et futur Louis XII - est enfermé avec quelques serviteurs fidèles en forteresses à Sablé, puis à Lusignan, Poitiers, Mehun-sur-Yèvre, Loches, enfin à la grosse tour de Bourges pendant près de trois ans et où il recevait, à contrecœur, les visites de son épouse Jeanne de France), puis gracié par son beau-frère Charles VIII à sa majorité, trois ans plus tard. Il se voit restituer tous ses biens, octroyer 10 000 livres de pension et conférer le gouvernement de Normandie.

Jeanne de France, l'épouse délaissée par le prisonnier, était venu voir son mari dans chacun de ses prisons, et chaque fois rejetée. Jeanne supplia plusieurs fois sa toute puissante sœur, Anne de France, de lui faire rendre son époux par le roi encore mineur : " Ma sœur, je vous prie qu'ayez le faict de monsieur mon mary pour recommandé et qu'en veillez escrire à mon frère. "

La tour de La Chasse évoque-t-elle ces visites ?

 

— la légende d’Eve et deJudas expiant la mort de Jésus

 

— (pour rester dans l'explication " Histoire de France ") : deux des protagonistes du "scandale de la Tour de Nesle" ; l'une des quatre brus de Philippe le Bel et un de leurs amants : Marguerite de Bourgogne, épouse de Louis X le Hutin, et un de ses amants (avec Philippe d'Aulnay, chevalier de l'hôtel du roi) ; ou Blanche d'Artois (fille d'Othon IV), épouse de Charles IV le Bel (avec Gautier d'Aulnay, le frère de Philippe). Jeanne d'Artois (seconde fille d'Othon IV), épouse de Philippe V le Long, reste "sage" et ne dit rien.

 

Voyez-vous comme moi une ressemblance entre cette partie architecturale de la tapisserie 6 avec cette représentation de l'ancienne Tour de Nesle à Paris ?

 

 

Ainsi, sur la même tapisserie, en deux scènes contiguës, pourraient être mis en liaison directe ce rappel de "l'affaire de la Tour de Nesle" et la présence d'Anne de France et de sa fille Suzanne. "Adultère" dans la Tour et "Fidélité" sous la Porte Dorée ! Une "leçon" présentée dans Les enseignements d'Anne de France, duchesse de Bourbonnais et d'Auvergne, à sa fille Susanne de Bourbon.
Voir la page précédente consacrée à la présence d'Anne de France dans la tapisserie 6 :
cliquer ici

 

http://www.archive.org/stream/lesenseignements00anneuoft#page/n0/mode/2up

 

http://laguettedudonjon.free.fr/tourdenesle.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tour_de_Nesle

http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_de_la_tour_de_Nesle

 

De l'union de Louis X le Hutin et de Marguerite de Bourgogne est née Jeanne (1311-1349). A la mort de Louis X, se pose un problème de succession au trône de France, aucun enfant mâle n'étant né de cette première union, ni de la seconde avec Clémence de Hongrie. L'absence d'héritier mâle direct ne s'était encore jamais produite au royaume de France. Jeanne peut-elle être nommée reine ? De là est née la pseudo Loi salique.

 
Cimon et Péro. L'historien Valère Maxime raconte cette anecdote : Cimon, condamné à mourir de faim en prison, est nourri par sa fille Pero qui l'allaite en le visitant chaque jour. Ce sujet sera dessiné et peint sous le nom de Caritas romana, la charité romaine.

http://en.wikipedia.org/wiki/Roman_Charity

http://chariteromaine.blogspot.com/2008_03_01_archive.html

 

La Chasse et les œuvres de Sandro Botticelli

Jean Perréal a vu en Italie les œuvres de Sandro Botticelli. Il a pris quelques croquis dont on trouve traces dans La Chasse.

 

Le Printemps

Le nom du tableau provient de l'inventaire général de Giorgio Vasari effectué en 1550 : il l'identifia à une célébration de l'arrivée du printemps. Mais est-ce vraiment le thème voulu par Botticelli (mort en 1510) et son commanditaire ? Ne pourrait-ce pas être l'évocation de la mort prématurée de Simonetta Vespucci et de l'assassinat de Julien de Médicis ? Toujours méfiance et observation scrupuleuse !

La Mort de la licorne

 

de droite à gauche :

Mercure et les nuages au-dessus de sa tête : l'eau avec les cygnes au pied des remparts
les trois Grâces (?) aux mains liées : les trois femmes devant l'arche
Eros (?) et son arc : l'androgyne de La Fontaine (le bandeau sur la tête : la mèche rejetée en arrière)
Vénus (?) et la même posture inversée
l'arche dans la trouée des branches : l'arche délacée vers la droite
Flore et sa couronne de fleurs : Marie-Madeleine au turban et à la perle
la femme nue au voile : la femme sous l'arche
Zéphyr : les hommes dans la tour, les oriflammes dans le vent
(d'accord ?)

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Peut-on y voir aussi, de gauche à droite :
Julien de Médicis, Simonetta Vespucci entourée de Béatrice et Laure, Junon et l'Ange de la Mort... ?

 

Posture inversée de la déesse

Flora à la tête ceinte de fleurs

Marie-Madeleine au centre,
le même visage et la fleur centrale

 

 

La Nativité

autoportrait en " figure de bord "

 

La Fontaine

 

autoportrait en chien (Perro-réal) en " figure de bord "

 

 

Cet oranger veut-il rappeler les guerres menées en Italie par Charles VIII et Louis XII, auquel participa Jean Perréal ?

Jean Perréal suit Charles VIII pour illustrer l'expédition contre Venise.

Il reproduit tout ce qu'il voit sur son passage : villes, châteaux, fleuves, plaines, montagnes, les batailles et la joie glorieuse des vainqueurs.

Pour tout savoir sur Jean Perréal, cliquer ici

 

 

 

 

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