L'APOCALYPSE d'ANGERS

 

 

 

Hieronymus Bosch -1485
Saint Jean l'Evangéliste à Patmos
Gemaldegalerie - Berlin

A Patmos, se visite une grotte où Jean aurait dicté L'Apocalypse à son disciple Prochoros.


Il existe d'autres textes apocalyptiques dans la Bible :

Ezéchiel, Amos, Joël, Zacharie, Daniel ont écrit des Apocalypses,

sans compter les textes apocryphes plus tardifs.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tapisserie_de_l%27Apocalypse

http://alptraum.free.fr/f/graphisme/apocalypse/angers.htm

 


1- Hypothèse

(15 Août 2008)

 

Pour obtenir de la papauté résidant à Avignon (depuis Clément V élu en 1305) qu'elle y demeure ad vitam aeternam, Charles V, roi de France, et son frère cadet Louis 1er d'Anjou, poursuivant le vœu de Philippe IV le Bel, (http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_IV_de_France - Cf. § Conflit de pouvoir avec le pape) veulent lui offrir un présent magnifique, dont le 'message biblique' et les qualités esthétiques doivent séduire et convaincre le pape assis sur le trône, et à qui ce cadeau sera offert :

 

- Grégoire XI, pape de 1370 à 1378

Quel présent ferait le plus plaisir à un pape dont la pensée avouée publiquement est de regagner Rome ?
— de l'argent ? L'Eglise est riche, elle lève des impôts.
— des titres ? Grégoire XI est déjà pape.
— des territoires ? La papauté possède le Comtat Venaissin depuis 1274 et Avignon sera acheté à la reine Jeanne de Naples en 1348 par Clément VI.
— une œuvre d'art ? Alors, ce doit être la plus belle, la plus grande, du jamais vu ! Sur un texte qui clôt la Bible et annonce le renouveau, Une immense tapisserie qui réchauffera et animera les murs du vaste Palais et les cœurs. Et combattre le parti pro-Rome, Car, en face, les adversaires s'activent, depuis longtemps. Aussi, il est grand temps de les contrer.

 

La tenture doit plaire, séduire, convaincre par la magnificence de ses dimensions, de son esthétisme, de son message : L'Apocalypse " est du moins la plus ancienne tapisserie que l'on connaisse de celles qui furent tissées en France, probablement la plus vaste qui ait jamais été réalisée sur des métiers et, ce qui importe beaucoup plus, elle a été conçue pour être un chef-d'œuvre. " (René Planchenault, Petites notes sur les tapisseries d'Angers, Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites, 1973),

L'impression que doit ressentir le pape à la vue de la tenture entière et de chaque scène contemplées doit prouver que les intentions royales françaises sont 'fraternelles', sans arrière-pensées, comme au temps de Boniface VIII et de Philippe le Bel. La France n'est-elle pas " la fille aînée " de l'Eglise, son défenseur le plus sûr, depuis le baptême de Clovis ! Loin de Rome et de son atmosphère de guerilla et de troubles claniques, hors d'une Italie dont les Etats sont en continuelle guerre, la papauté ne peut que vivre en paix en Avignon, " Altera Roma ".

Mais l'entreprise de séduction tourne court : Grégoire XI quitte Avignon le 13 Septembre 1376 et entre solennellement à Rome le 17 Janvier 1377.

 

La tenture ne sera pas tendue aux murs du Palais des Papes d'Avignon (seulement le 2 décembre 1400 à la cathédrale Saint-Trophime d'Arles lors du mariage de Louis II d'Anjou avec Yolande d'Aragon) ; des fleurs et autres ornementations peuvent dès lors (à partir de la scène 30) apparaître dans les fonds rouges et bleus des scènes restant à tisser.

" Et leurs cadavres seront sur la place de la grande ville, qui est appelée,
dans un sens spirituel, Sodome et Égypte..."



2- Mais pourquoi L'Apocalypse de Saint Jean ?

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_%28ap%C3%B4tre%29

http://fr.wikipedia.org/wiki/Apocalypse

Et non La Passion du Christ, La Vie de Marie ou autres légendes chrétiennes ?

C'est que L'Apocalypse expose en termes codés mais traduisibles la lutte entre les premiers chrétiens et Rome, entre les Judéens et l'Empire romain et ses sbires, collaborateurs divers.

Le message que la tenture doit transmettre : il faut se méfier de Rome, de l'Empereur de Rome qui partout veut imposer la loi romaine. Ce qui valait pour le temps de Jean vaut aussi pour le temps de Grégoire XI.

" Les Apocalypses nous livrent des réalités qui nous dépassent. De plus, elles sont généralement d'un moment où les pouvoirs en place s'en prennent à ceux qui croient en Dieu et rejettent les idoles. Pour ces raisons, les auteurs 'dévoilent' des lumières en termes un peu codés… Ainsi l'Apocalypse de Jean. Nous sommes en plein clair-obscur. A déchiffrer par les chrétiens d'Asie Mineure, soumise au pouvoir romain. A déchiffrer par nous aussi, aujourd'hui, devant les pouvoirs actuels. Toujours hostiles à ce qui vient les déranger alors qu'ils ont besoin, comme nous d'être aidés à se réformer. "

" Si ce dévoilement qu'est l'Apocalypse vaut pour tous les temps et jusqu'après les temps, c'est sans doute autour de la fin des années très dures des persécutions antichrétiennes, de Néron à Domitien (54 à 96), que cette prophétie nous a été donnée. " (Chevalier Jean-Baptiste, Lumière d'espérance : une lecture de l'Apocalypse de saint Jean, pp.15-16)

Réunir, comme le souhaite Pétrarque par exemple, dans la même ville de Rome, la capitale de l'Empire et celle de la Chrétienté, reviendrait, pensent nos deux commanditaires, à soumettre la papauté à l'autorité de l'Empire, obliger le pape à obéir à l'empereur.
Les papes, en Avignon, territoire 'libre', indépendant, ne seraient donc soumis à aucune entrave dans leur 'gouvernement' religieux.

 

L'évêché d'Avignon et le Comtat Venaissin au début du 14e siècle
1 : limites du diocèse d'Avignon
2 : territoire pontifical

3- les forces en présence

 

3.1- Grégoire XI, le dernier pape français

Le 29 décembre 1370, Pierre Roger de Beaufort, 41 ans, est élu pape à l'unanimité des voix, grâce à ses qualités : modestie, piété et érudition (il est expert en droit). Sous le nom de Grégoire XI, il restera dans l'Histoire comme celui qui a ramené la Cour pontificale à Rome après trois quarts de siècle passés en Avignon. Il sera aussi le dernier pape français, jusqu'à nos jours.

Il doit sa situation en grande partie à son oncle, le défunt pape Clément VI, qui l'a poussé vers une carrière ecclésiastique. A onze ans, il est chanoine de Rodez et de Paris et à 19 ans, nommé par son oncle cardinal de Sainte Marie la Neuve.

Comme le futur pape n'est pas prêtre, il faut l'ordonner à la hâte avant son couronnement, qui a lieu le 5 janvier 1371. Grégoire XI défile dans les rues d'Avignon, chevauchant un coursier blanc dont les rênes sont tenues par le duc Louis d'Anjou, frère de Charles V.

Grégoire XI n'entend pas rester en Avignon et veut réussir là où Urbain V a échoué en rétablissant la papauté à Rome. Le 13 septembre 1377, il quitte Avignon. Après un long voyage jusqu'à Marseille, il embarque le 2 octobre, bien que le début de l'automne soit une période peu propice pour la navigation. La traversée est interrompue par plusieurs tempêtes, mais le pape arrive sain et sauf à Rome le 16 janvier 1377. Il meurt dans la nuit du 26 au 27 mars 1378. Dernier pontife français, il restera également dans l'Histoire comme le dernier pape incontesté d'Avignon.

 

Javier Coll dit de lui : " Mystique et religieux, il fut inspiré par la visionnaire Catherine de Sienne. En 1376 il embarque à Marseille sur le navire d'une flotte espagnole. Après avoir essuyé une forte tempête, Grégoire débarqua à Corneta et entra dans Rome. Le pape essaya d'être médiateur dans un litige entre Jeanne de Naples et Frédéric II, roi de Sicile. Le résultat fut que Jeanne perdit ses prétentions, et un lourd impôt fut décrété, qui eut de quoi satisfaire le pape. Mais Grégoire revint très vite en Avignon, où le luxe et la luxure l'attiraient comme un aimant. La trésorerie papale diminuait cependant, tandis que les frais entraînés par les cardinaux augmentaient. Pour se refaire, Grégoire demanda que l'Inquisition se renforce, afin d'accaparer les biens des hérétiques. Les survivants, pauvres de Lyon et des Albigeois, furent parmi les principaux accusés et subirent une extermination presque totale. De nouvelles richesses emplirent les coffres de l'Église.

Lassés de tant d'abus, le peuple italien et les nobles se soulevèrent contre le pouvoir ecclésiastique, formant une ligue entre Florence, Milan, Bologne, Pérouse, Modène, Gênes et Rome. Grégoire réagit en jetant l'anathème sur les Florentins. Il monta une armée contre eux mais ne réussit pas à prendre la ville. Il l'assiégea et saccagea les alentours. Les Florentins demandèrent une trêve, envoyant une ambassade à l'impératrice Catherine de Sienne, qui parvint à un pacte après avoir versé une forte somme d'argent. Le clergé italien, ému par tant de tumulte, exigea la présence de Grégoire à Rome, menaçant de le remplacer. Il partit immédiatement et arriva à Rome en 1377, mais il ne fut pas bien reçu, ses coffres étant de nouveau vides. Il alla demander du soutien auprès du monarque anglais, mais ni lui ni aucun des prélats ne voulut payer davantage d'impôts. Sans aucun recours, le pape, malade, alla se réfugier à Anagni, puis revint à Rome pour y mourir. À son décès, les Romains pressèrent les cardinaux de ne plus élire un pape français disposé à revenir en Avignon.

" (Histoire noire de la papauté, 2005, traduit de l'espagnol par Marie-Christine Seguin, éd. Yago, 2011)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A9goire_XI


3.1- les pro-Avignon

 

3.1.1- Charles V


http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_V_de_France

 

Extrait du site
http://www.bnf.fr/enluminures/texte/tx1_01.htm

" Sur le plan culturel, le règne de Charles V constitue un moment d'apogée. Dans le domaine de l'urbanisme et de l'architecture, d'importants travaux sont alors entrepris, qui permettront notamment l'amélioration du système défensif de Paris (enceinte de Charles V, achèvement de Vincennes, construction de la Bastille, aménagements du Louvre et de l'hôtel Saint-Pol). Le sculpteur André Beauneveu est appelé à la Cour et se voit confier l'exécution des tombeaux royaux à Saint-Denis.

Mécène, il collectionne les manuscrits, s'entoure de savants, se passionne pour l'astrologie. Le mécénat de Charles V est tout spécialement actif dans le domaine des lettres : outre les textes d'intérêt historique comme les 'Grandes Chroniques de France' dont il ordonne la continuation et la mise à jour, le "sage roi" inaugure, à des fins d'utilité publique, une politique mûrement réfléchie de traductions en français de divers textes importants touchant aux domaines intellectuels les plus variés (théologie, philosophie et philosophie politique, morale, histoire, sciences naturelles, astronomie et astrologie, histoire et géographie).

Pour ces traductions, il fait appel à une équipe d'intellectuels de grande volée (Raoul de Presles, Nicole Oresme notamment, mais aussi Jean Corbechon, traducteur de Barthélemy l'Anglais). Il constitue parallèlement une collection de livres d'une ampleur sans précédent, dispersée entre diverses résidences mais installée principalement au château du Louvre, sur trois étages de la tour nord-ouest, dite de la Fauconnerie. Un premier inventaire de la 'librairie' du Louvre fut dressé dès 1373, par Gilles Malet, garde des livres du roi. Le récolement de ce premier inventaire, en 1380, décrit 910 articles. Une autre partie des livres du roi, les plus luxueux, formait une sorte de mémorial à la gloire de la dynastie et était abritée derrière les épaisses murailles du donjon de Vincennes avec d'autres objets précieux des collections royales.

Les commandes royales stimuleront l'enluminure parisienne qui connaîtra un nouvel essor à la fin du 14ème siècle. Le faste de Charles V fut imité par ses frères, Louis d'Anjou, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et surtout Jean de Berry. Certains grands seigneurs encouragent comme lui les traductions, tel Gaston Phébus, à qui fut dédiée une traduction occitane du "Liber de proprietatibus rerum" de Barthélemy l'Anglais. L'art de la Cour rayonne sur toute l'Europe. Son influence s'étend jusqu'à Barcelone. "

 

Ses arguments :
Par l'intermédiaire d'ambassades, Charles V multiplie ses interventions auprès du pape pour le faire renoncer à son départ pour Rome :
- Pourquoi avoir construit ce palais - forteresse ?
- Il peut gouverner la chrétienté d'Avignon aussi bien que de Rome.
- Le danger des Grandes Compagnies a disparu.
- Il faut faire cesser la guerre entre la France et l'Angleterre.
- Aller à Rome est se rapprocher de l'Empire allemand et s'éloigner de la France.
- En Italie, règnent le banditisme et les guerres permanentes.

 

3.1.2- Louis 1er d'Anjou

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Ier_de_Naples


René Planchenault évoque Louis 1er en ces termes : " Que le duc d'Anjou ait fait choix d'un tel sujet étonne quelque peu de la part de ce personnage que l'histoire dépeint comme plutôt brutal, réaliste, pas toujours scrupuleux. " Il n'héritera du "royaume de Sicile" ( ainsi appelait-on celui de Naples) et pourra faire valoir ses prétentions sur celui de Jérusalem que le 30 août 1383, le titre royal de Naples étant 'roi de Sicile et de Jérusalem'.

Voyons dans Louis 1er d'Anjou un prête-nom pour son frère Charles V.

Selon René Planchenault, l'œuvre semble achevée en 1380.
Dans les comptes de Louis 1er, ont été relevés :
- le 7 Avril 1377 : un paiement de mille francs à Nicolas Bataille pour la confection de deux pièces
- le 6 Juin 1379, un marché de trois mille francs pour trois autres pièces à terminer pour Noël 1379
En Janvier 1378, un acompte a été versé à Hennequin de Bruges pour les " pourtraitures et patrons ", c'est-à-dire les maquettes et les cartons.
Soit, peut-être : deux pièces en 1377, deux autres en 1378 et les trois dernières en 1379 pour une présentation au pape dès 1380.

 

3.1.3- les intentions des pro-Avignon

Le mot 'apocalypse' est à prendre dans son sens littéral : " ce qui va arriver bientôt ", " révélation ", "dévoilement ".

(1- 1 Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a donnée pour montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt, et qu'il a fait connaître, par l'envoi de son ange, à son serviteur Jean,
2 lequel a attesté la parole de Dieu et le témoignage de Jésus-Christ, tout ce qu'il a vu.)

(22- 10 Et il me dit : Ne scelle point les paroles de la prophétie de ce livre. Car le temps est proche.)

 

" Jean est volontairement clair, avec des mots durs à entendre. Alors ? L'Apocalypse nous donne le sens de l'histoire avec ce qui est essentiel : la réalisation du dessein de Dieu dans cette histoire ; et elle ouvre sur le Ciel. Ne pas voir l'histoire ainsi avec Jésus vainqueur, au centre de toute l'Apocalypse, c'est se laisser entraîner dans un enchevêtrement d'événements qui apparaissent uniquement sous un aspect souvent terrifiant (sens donné à l'Apocalypse), parce que cette Révélation est souvent détournée de son véritable contenu - et cela fait beaucoup de mal - alors que Jésus nous la donne comme un livre d'espérance pour tout ce que nous avons à vivre. " (CHEVALIER Jean-Baptiste, Lumière d'espérance : une lecture de l'Apocalypse de saint Jean, p.121)

 

(22- 18 Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu'un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre ;
19 et si quelqu'un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l'arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre.)

 

Aux lettres envoyées au pape par Catherine de Sienne, Brigitte de Suède et Francesco Petrarca qui emploient les mots mêmes de l'Apocalypse, il fallait répondre par les 7 lettres transmises aux 7 Eglises d'Asie Mineure.
" L'Apocalypse est le grandiose commentaire de la promesse de Jésus à ses apôtres au jour de son Ascension : 'voici que moi, je vais être avec vous toujours jusqu'à la fin du monde' (Mt 28.20). Déjà les chapitres deux et trois annoncent la réalisation de cette promesse. Jésus ne dicte-t-Il pas à Jean des lettres aux Eglises dans lesquelles Il dit : 'Je viens. Je viendrai' ? " (EMONET Pierre-Marie, L'Eglise dans les images de l'Apocalypse : son mystère contemplé dans les tableaux et les couleurs, pp.141-142)

 

" Les accents proprement apocalyptiques de ces lettres sont des matériaux mis au service d'un but autrement important : dégager du culte tout un enseignement eschatologique incluant une théologie, une christologie, une pneumatologie, une ecclésiologie et une morale dont le principe même est sacramentel." (Pierre Prigent, Apocalypse et Liturgie, p.44)

 

Il fallait offrir au pape, à profusion, comme Dieu offre à profusion : " Dieu multiplie les moyens pour réveiller les hommes au milieu des événements qui leur arrivent " (P.M. Emonet, p.49) : messages et présents portés par 7 'messagers', chiffre de la perfection.


(8- 2 Et je vis les sept anges qui se tiennent devant Dieu, et sept trompettes leur furent données.
3 Et un autre ange vint, et il se tint sur l'autel, ayant un encensoir d'or; on lui donna beaucoup de parfums, afin qu'il les offrît, avec les prières de tous les saints, sur l'autel d'or qui est devant le trône.)

(21- 18 La muraille était construite en jaspe, et la ville était d'or pur, semblable à du verre pur.
19 Les fondements de la muraille de la ville étaient ornés de pierres précieuses de toute espèce: le premier fondement était de jaspe, le second de saphir, le troisième de calcédoine, le quatrième d'émeraude,
20 le cinquième de sardonyx, le sixième de sardoine, le septième de chrysolithe, le huitième de béryl, le neuvième de topaze, le dixième de chrysoprase, le onzième d'hyacinthe, le douzième d'améthyste.
21 Les douze portes étaient douze perles; chaque porte était d'une seule perle. La place de la ville était d'or pur, comme du verre transparent.)


Le projet de l'Apocalypse, qui est le projet de Dieu, est le même que celui de Charles V et son frère Louis 1er : " en plaçant au terme de son livre ces deux derniers chapitres, Jean n'entend pas donner seulement une description de l'Eglise dans le Ciel. Il veut suggérer avant tout que cette Cité est la seule capable de combler les aspirations des hommes. Qu'il y a pour eux une Demeure, la Maison de Dieu, où la mort avec son cortège de douleurs et de tourment est définitivement évacuée et où toute larme est tarie ! C'est bien cela que tout homme, consciemment ou non, recherche. " (P.M. Emonet, p.20)
" … ce qui est premier ans l'esprit et le cœur du Créateur, c'est la fin de son œuvre, l'effet désiré. C'est cet effet désiré qui appelle les autres causes pour le réaliser. Ce que Dieu décide de créer depuis l'éternité c'est l'Eglise. " (P.M. Emonet, p.21)


Le style de l'Apocalypse est de traduire le mystère de Dieu par des images fortes, avec de nombreux emprunts à l'Ancien Testament. Hennequin de Bruges (connu également sous le nom de Jean de Bruges), à partir du manuscrit que lui a prêté le roi Charles V (pour éviter, peut-être toute image à l'orthodoxie aléatoire), fait de même pour convaincre les papes (avec le sens de 'vaincre', 'abattre', des adversaires pro-Rome). " Jean est donc le créateur d'une œuvre que le Christ de la gloire l'a chargé d'écrire : un 'cinquième' évangile. Mais cet évangile-là diffère des autres. Il révèle les rapports absolument nouveaux que le Christ céleste, intronisé à la droite du Père et dans l'Esprit, entretient désormais avec l'Eglise. Il est donné à saint Jean de 'voir et d'entendre' les deux familles, celle de la Jérusalem céleste et celle qui chemine sur terre, assemblées autour de l'Agneau afin de célébrer ses souffrances et ses gloires. C'est 'l'Heure' où l'Eglise militante rencontre l'Eglise triomphante, et ensemble, elles célèbrent leur Epoux commun. " (P.M. Emonet, p.121)

La version 'angevine' (Hennequin de Bruges) de l'Apocalypse de Jean met l'accent sur le danger de Rome et sur la nécessité de construire, d'établir, loin de la 'Grande Prostituée', une nouvelle capitale papale, degré ultime d'une épiphanie victorieuse.

 

 

" Un inventaire des biens de Charles V, dressé en 1380, énumère une vingtaine de tableaux et de nombreuses grisailles. Parmi ces œuvres figuraient certainement celles du fameux Jean de Bruges, peintre au service du roi dès 1368 qui le chargea de faveurs, lui donnant d'abord une maison à Saint-Quentin, puis des rentes régulières et enfin un salaire annuel confortable, à partir de 1380, date où il apparaît dans les comptes pour la dernière fois.

Comme ses semblables, les autres artistes de cour, Jean de Bruges ne travaillait pas exclusivement pour le roi, mais acceptait d'autres commandes, parfois surprenantes, comme peindre une chaise à porteurs pour la comtesse d'Artois, durant les années 1371-1373, parfois prestigieuses, comme la réalisation des modèles de la tenture de l'Apocalypse d'Angers (entre 1374 et 1381).

Le commanditaire en était Louis d'Anjou et il semble bien qu'un compagnon ait collaboré avec le maître, avant de mener à bien, sous son contrôle, cette commande particulièrement ambitieuse.

Fabienne JOUBERT [dans L'Artiste et le commanditaire aux derniers siècles du Moyen Age (XIIIe-XVIe siècles) - Collectif, PU Paris-Sorbonne, 2001, pp. 174-175] a mis en évidence les qualités de l'un et de l'autre en insistant sur le caractère monumental des réalisations de Jean de Bruges.

Fabienne JOUBERT, " Création à deux mains : l'élaboration de la tenture de l'Apocalypse d'Angers ", Revue de l'Art, 1996, n°114. p. 48-56.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rvart_0035-1326_1996_num_114_1_348294

Disposés dans un cadre naturel, ses tableaux mettent en scène des personnages de belle stature, peu nombreux, ce qui aide à la clarté de la narration. Son compagnon préfère les "effets pittoresques et utilise le cadre naturel pour en tirer des mises en scène plus anecdotiques, avec rochers et bouquets d'arbres", à l'image de nombreuses enluminures ; ses personnages, plus nombreux, donnent à son récit un caractère plus animé mais aussi plus bavard.

Jean de Bruges, dans l'état actuel des connaissances, fait figure d'artiste exceptionnel. Chez lui, s'effectue une sorte de synthèse des apports évoqués, depuis l'héritage de Jean Pucelle, dans le traitement de certaines perspectives architecturales, en passant par un naturalisme nordique qui se combine avec les apports italiens avignonnais, ceux de Simone Martini et de Matteo Giovannetti de Viterbe, pour la justesse de la représentation des matières.

N'en doutons pas, la manière de faire de Jean de Bruges devait correspondre exactement aux goûts et aux aspirations de la clientèle princière qui était la sienne, tout en respectant la tradition française des formes élégantes et ornées. La culture parisienne, empreinte d'italianisme, ouverte au nouveau regard venu de Flandre, allait s'imposer au reste de l'Europe et contribuer à la diffusion de ce qu'il est convenu d'appeler le "gothique international".

Yves BOTTINEAU-FUCHS, Peindre en France au XVe siècle, Actes Sud, septembre 2006, p. 74

 

 

3.1.4- Rome = Babylone = La Grande Prostituée

 

- l'œuvre de Dieu a été pervertie :

17- 1 Puis un des sept anges qui tenaient les sept coupes vint, et il m'adressa la parole, en disant : Viens, je te montrerai le jugement de la grande prostituée qui est assise sur les grandes eaux.
2 C'est avec elle que les rois de la terre se sont livrés à l'impudicité, et c'est du vin de son impudicité que les habitants de la terre se sont enivrés.
3 Il me transporta en esprit dans un désert. Et je vis une femme assise sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes.
4 Cette femme était vêtue de pourpre et d'écarlate, et parée d'or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d'or, remplie d'abominations et des impuretés de sa prostitution.
5 Sur son front était écrit un nom, un mystère: Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre.
6 Et je vis cette femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus. Et, en la voyant, je fus saisi d'un grand étonnement.
7 Et l'ange me dit: Pourquoi t'étonnes-tu? Je te dirai le mystère de la femme et de la bête qui la porte, qui a les sept têtes et les dix cornes.

 

17- 9 Les sept têtes sont sept montagnes, sur lesquelles la femme est assise. (= les 7 collines de Rome)

 

17- 15 Et il me dit: Les eaux que tu as vues, sur lesquelles la prostituée est assise, ce sont des peuples, des foules, des nations, et des langues.
18 Et la femme que tu as vue, c'est la grande ville qui a la royauté sur les rois de la terre. (= l'Empire romain)

 

- la première bête :

13- 1 Puis je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème.
2 La bête que je vis était semblable à un léopard; ses pieds étaient comme ceux d'un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité.

 

- les persécutions de Rome contre les Judéens :

13- 5 Et il lui fut donné une bouche qui proférait des paroles arrogantes et des blasphèmes; et il lui fut donné le pouvoir d'agir pendant quarante-deux mois.
6 Et elle ouvrit sa bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom, et son tabernacle, et ceux qui habitent dans le ciel.
7 Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints, et de les vaincre. Et il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue, et toute nation.

(allusion entre autre à Caligula qui voulut imposer la présence de sa statue dans le Temple de Jérusalem)

 

- la deuxième bête :

13- 11 Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d'un agneau, et qui parlait comme un dragon.
12 Elle exerçait toute l'autorité de la première bête en sa présence, et elle faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête, dont la blessure mortelle avait été guérie.

la Bête de la mer

 

- mais le désastre de Rome est annoncé :

17- 15 Et il me dit: Les eaux que tu as vues, sur lesquelles la prostituée est assise, ce sont des peuples, des foules, des nations, et des langues.
16 Les dix cornes que tu as vues et la bête haïront la prostituée, la dépouilleront et la mettront à nu, mangeront ses chairs, et la consumeront par le feu.
17 Car Dieu a mis dans leurs cœurs d'exécuter son dessein et d'exécuter un même dessein, et de donner leur royauté à la bête, jusqu'à ce que les paroles de Dieu soient accomplies.

18- 21 Alors un ange puissant prit une pierre semblable à une grande meule, et il la jeta dans la mer, en disant : Ainsi sera précipitée avec violence Babylone, la grande ville, et elle ne sera plus trouvée.

Quatrième trompette : l'Aigle de malheur

 

- il faut sortir de Rome, fuir :

18- 4 Et j'entendis du ciel une autre voix qui disait: Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin que vous ne participiez point à ses péchés, et que vous n'ayez point de part à ses fléaux.
5 Car ses péchés se sont accumulés jusqu'au ciel, et Dieu s'est souvenu de ses iniquités.

 

la chute de Babylone

 

- il faut s'établir en une cité nouvelle :

21- 1 Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus.
2 Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s'est parée pour son époux.
3 Et j'entendis du trône une forte voix qui disait: Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux.

La Nouvelle Jérusalem

 

- pour une renaissance : l'Eden retrouvé, terme de la grande victoire de Dieu :

21- 9 Puis un des sept anges qui tenaient les sept coupes remplies des sept derniers fléaux vint, et il m'adressa la parole, en disant: Viens, je te montrerai l'épouse, la femme de l'agneau.
10 Et il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne. Et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel d'auprès de Dieu,

- l'eau de vie :

22- 1 Et il me montra un fleuve d'eau de la vie, limpide comme du cristal, qui sortait du trône de Dieu et de l'agneau.

 

- l'arbre de vie :

22- 2 Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, rendant son fruit chaque mois, et dont les feuilles servaient à la guérison des nations.

 

- la 'maison' du pape est à Avignon :

10 Et il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne. Et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel d'auprès de Dieu, ayant la gloire de Dieu.
11 Son éclat était semblable à celui d'une pierre très précieuse, d'une pierre de jaspe transparente comme du cristal.
12 Elle avait une grande et haute muraille. Elle avait douze portes, et sur les portes douze anges, et des noms écrits, ceux des douze tribus des fils d'Israël :
13 à l'orient trois portes, au nord trois portes, au midi trois portes, et à l'occident trois portes.
14 La muraille de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des douze apôtres de l'agneau.
15 Celui qui me parlait avait pour mesure un roseau d'or, afin de mesurer la ville, ses portes et sa muraille.
16 La ville avait la forme d'un carré, et sa longueur était égale à sa largeur. Il mesura la ville avec le roseau, et trouva douze mille stades ; la longueur, la largeur et la hauteur en étaient égales.
17 Il mesura la muraille, et trouva cent quarante-quatre coudées, mesure d'homme, qui était celle de l'ange.
18 La muraille était construite en jaspe, et la ville était d'or pur, semblable à du verre pur.
19 Les fondements de la muraille de la ville étaient ornés de pierres précieuses de toute espèce: le premier fondement était de jaspe, le second de saphir, le troisième de calcédoine, le quatrième d'émeraude,
20 le cinquième de sardonyx, le sixième de sardoine, le septième de chrysolithe, le huitième de béryl, le neuvième de topaze, le dixième de chrysoprase, le onzième d'hyacinthe, le douzième d'améthyste.
21 Les douze portes étaient douze perles; chaque porte était d'une seule perle. La place de la ville était d'or pur, comme du verre transparent.
22 Je ne vis point de temple dans la ville ; car le Seigneur Dieu tout-puissant est son temple, ainsi que l'agneau.
23 La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour l'éclairer; car la gloire de Dieu l'éclaire, et l'agneau est son flambeau.
24 Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre y apporteront leur gloire.
25 Ses portes ne se fermeront point le jour, car là il n'y aura point de nuit.
26 On y apportera la gloire et l'honneur des nations.
27 Il n'entrera chez elle rien de souillé, ni personne qui se livre à l'abomination et au mensonge; il n'entrera que ceux qui sont écrits dans le livre de vie de l'agneau.

22- 20 Celui qui atteste ces choses dit : Oui, je viens bientôt. Amen ! Viens, Seigneur Jésus !
21 Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous !

 


3.2- les pro-Rome

 

L'installation de la papauté à Avignon est appelée "l'exil de Babylone" ou "la seconde captivité de Babylone" pour rappeler l'exode du peuple Hébreux chassé de Palestine après la destruction du Temple de Jérusalem par Nabuchodonosor II en – 586. Avignon, la Babylone rhodanienne.

 

3.2.1- Francesco Petrarca ou François Pétrarque

http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9trarque

Son souhait : que Rome devienne le centre duel de l'Empire et de la Chrétienté.

Lettre de 1363 à Urbain V :
" La reine des cités doit-elle demeurer toujours veuve? Et, ce qui est pire que le veuvage, doit-elle entendre dire que son époux habite avec d'autres, enchaîné par un amour étranger, et qu'elle ne peut ni le retenir ni le voir ? Sa présence assurerait à tous deux la gloire et le bonheur ! Pardonnez-moi, ô Père miséricordieux, la témérité de mon dévouement ; mais à quoi pensez-vous de vous endormir ainsi sur les bords du Rhône, sous les lambris dorés, tandis que le Latran, la Mère de toutes les Églises, est en ruine, sans toit, ouverte aux vents et à la pluie, que la sainte Maison de Pierre et de Paul est ébranlée, et que l'ancienne demeure des Apôtres ne présente plus qu'un amas informe de décombres et de pierres, d'où s'échappent de douloureux soupirs. Si à cause de ma bassesse je ne mérite point de réponse, Vous et Vos Frères ne répondrez-vous pas du moins au Prophète Aggée, et au Saint-Esprit qui parle par sa bouche ? Mais que pourrez-Vous répondre, en somme ? Est-ce le moment d'habiter dans de riches maisons quand celle-ci est déserte ? Daignez me croire ; ou, si vous me récusez, que le peuple chrétien de ce temps et des siècles à venir soit convaincu que mes paroles, bien que tombées d'une bouche dépourvue d'éloquence et de savoir, viennent de Celui qui est la Vérité infaillible et qui fait parler, suivant son bon plaisir, les pécheurs, les ignorants et jusqu'aux animaux : " Aussi longtemps que Rome sera privée de son époux, les choses humaines iront mal et le monde chrétien sera hors de sa voie. "

 


3.2.2- Catherine de Sienne

 

Catherine Beninsaca, née le 25 mars 1347 à Sienne, d'un père teinturier, entre dans l'ordre des sœurs de la Pénitence de Saint Dominique vers 1364. Sa piété et son charisme lui attirent quelques disciples, qu'on appelle "La Famille". En 1376, elle écrit au pape Grégoire XI, lui demande de venir à Rome et prêche la paix avec Florence. Sa grande ambition est de voir partir une nouvelle croisade, à laquelle elle aimerait participer. Grégoire XI la reçoit en audience au mois de juin, puis quitte effectivement Avignon courant septembre.

Patronne de l'Italie, de la prévention des incendies, des infirmières et infirmiers.

 

Lettres de Catherine de Sienne à Grégoire XI :
http://www.catho.org/9.php?d=fa

Lettre 1 : Cette lettre et les deux suivantes furent écrites dans les premiers mois de l'année l376 quelque temps avant le voyage de sainte Catherine à Avignon.

" …C'est ainsi que je veux vous voir. Si jusqu'à présent vous n'avez pas été bien ferme, je vous demande et je vous conjure, pour le temps qui vous reste, d'agir en homme courageux, et de suivre le Christ, dont vous êtes le Vicaire. Ne craignez rien, Ô Père, des vents furieux qui se sont élevés, et de ces enfants dénaturés qui se sont révoltés contre nous. Ne craignez rien, parce que le secours de Dieu est prêt. Veillez aux choses spirituelles, mettez de bons pasteurs et de bons gouverneurs dans nos villes ; car ce sont les mauvais pasteurs et les mauvais gouverneurs qui ont fait naître la révolte. Appliquez vite le remède ; confiez-vous dans le Christ Jésus, et ne craignez rien. Avancez donc, et accomplissez avec un saint zèle les bonnes résolutions que vous avez prises ; retournez à Rome, et entreprenez une glorieuse croisade. Ne tardez pas davantage; vos lenteurs ont fait naître beaucoup d'embarras ; le démon a travaillé et travaille encore pour empêcher ce qui doit se faire, parce qu'il y trouve sa ruine. Courage, Saint Père, plus de négligence ; levez l'étendard de la sainte Croix ; c'est l'odeur de la Croix qui vous donnera la paix. Je vous supplie d'inviter les rebelles à une sainte paix, pour que toute la guerre se tourne contre les infidèles. J'espère que l'infinie bonté de Dieu vous enverra un prompt secours... Courage donc, courage venez, oui, venez consoler les pauvres serviteurs de Dieu, vos enfants. Nous vous attendons avec un ardent et tendre désir. Pardonnez-moi, mon Père, tout ce que je vous ai dit. Vous le savez, c'est de l'abondance du cœur que parle la langue. J'en suis sûre, vous serez l'arbre que je désire voir, et rien ne vous arrêtera. "


Lettre 3 :

" Je vois bien, mon bon Père, que vous êtes comme l'agneau est au milieu des loups; mais prenez courage, ne craignez rien, parce que la Providence et l'aide de Dieu ne vous manqueront jamais. Ne vous étonnez pas si vous rencontrez de grands obstacles, si le secours des hommes vous fait défaut, et si ceux qui devaient vous aider se tournent et conspirent contre vous. Ne craignez rien, mais plutôt espérez davantage, et ne renoncez pas à votre doux et saint désir. " (Dès l'année l372, Grégoire XI avait manifesté en plein Consistoire son intention de retourner à Rome. En 1374 il l'avait promis aux ambassadeurs de Rome, et l'avait annoncé aux princes chrétiens.)

 

Lettre 5 :

" Le monde est si bouleversé, comment lui rendre la paix? Je vous répondrai de la part de Jésus crucifié : il faut employer votre puissance à trois choses principales.
- Il faut d'abord arracher du jardin de la sainte Église les fleurs qui répandent l'infection de l'impureté, de l'avarice et de l'orgueil, c'est-à-dire les mauvais pasteurs et gouverneurs qui empoisonnent et corrompent ce jardin.
- votre retour à Rome, (répondez à Dieu, qui vous appelle à venir habiter la ville de saint Pierre, le glorieux chef dont vous êtes le successeur)
- la proclamation de la croisade. "

 

Lettre 10 : elle réfute une lettre écrite par des faussaires pour empêcher le Pape de retourner à Rome.

" Très saint et très révérend Père dans le Christ, le doux Jésus, votre indigne et misérable petite fille Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, écrit à Votre Sainteté, dans son Sang précieux, avec le désir de vous voir fort et persévérant dans votre bonne et sainte résolution, malgré les vents contraires qui pourraient vous en empêcher, malgré le démon et les hommes. Quelques-uns, il me semble, veulent venir, comme le dit notre Sauveur dans son saint Evangile, couverts de la toison des agneaux, tandis qu'ils sont des loups affamés. Notre Sauveur nous dit qu'il faut nous méfier d'eux. Il me semble, mon doux Père, qu'ils agissent déjà au moyen d'une lettre, et outre cette lettre, ils annoncent l'arrivée de celui qui l'a écrite, disant qu'il frappera à la porte quand vous n'y penserez pas ; et ils ajoutent, pour feindre l'humilité si la porte m'est ouverte, j'entrerai, et nous délibérerons ensemble. Ils se revêtent ainsi d'humilité pour mieux persuader. "

 

L'Apocalypse écrit à l'Eglise de Laodicée en 3- 20 : " voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui : je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. " Même séquence reprise par Catherine.


Pour les pro-Avignon, il faut répondre aux lettres de Catherine de Sienne par un texte qui utilisent les mêmes mots mais en retournant ces 'flèches' contre celle qui les a employées. Les termes utilisées par Catherine sont ceux de l'Apocalypse de Jean : " de grandes persécutions et tribulations … mon Père, dans le Christ Jésus, venez bien vite, comme un agneau plein de douceur … vaincre nos ennemis au nom de Jésus crucifié … conseils du démon … vivre au contraire dans les délices, les grandeurs, les pompes et les vanités du monde … Il faut d'abord arracher du jardin de la sainte Église les fleurs qui répandent l'infection de l'impureté, de l'avarice et de l'orgueil …ne croyez pas le démon, qui voit la perte qui le menace, et qui s'applique à vous troubler et à vous faire changer pour que vous perdiez l'amour et la charité …"

 

 

3.2.3- Brigitte de Suède

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Brigitte_de_Su%C3%A8de

Fille de Birger, prince suédois, elle est née en 1302 en Suède. En 1318, elle épouse Ulf-Gudmarson, prince de Néricie et sénéchal de Néricie ; ils auront 8 enfants. Obéissant à une de ses visions qui lui promet qu'elle verra le pape et l'empereur revenir dans la ville Eternelle, (en 1368, Urbain V et Charles IV entrent ensemble dans Saint-Pierre), elle se fixe en 1349 à Rome et vit volontairement dans la pauvreté. Renommée pour ses 'prophéties', elle est consultée par les chefs d'État et les papes réfugiés à Avignon. Elle milite pendant près de 20 ans pour le retour de la papauté à Rome. En 1371-1372 elle part à Jérusalem et elle meurt à son retour à Rome, le 23 juillet 1373. Son corps, ramené par sa fille Catherine (sainte Catherine de Suède), est déposé dans son monastère à Vadsténa.
Patronne de la Suède et des pèlerins, Brigitte est également vénérée en Allemagne, Hongrie, Pologne et dans toute la Scandinavie Elle est considérée comme protectrice contre les orages, la grêle et les intempéries dans le Dauphiné.
Elle est souvent représentée avec un cœur accompagné de la croix rouge de Jérusalem, ou croix des Templiers, pour indiquer la grande dévotion qu'elle portait à la Passion du Christ.

 

Ses écrits : http://jesusmarie.free.fr/brigitte_de_suede.html

 

3.2.4- Le retour à Rome


(extrait du site
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/brigitte/index.htm#_Toc14618141 ) :


" Urbain V avait résolu, depuis longtemps, son retour à Rome ; il n'était plus nécessaire de lui demander, avec le poète, " s'il voulait ressusciter un jour au milieu des pécheurs d'Avignon ou bien au milieu des Apôtres et des Martyrs de Rome " ; il avait lui-même le désir ardent de revoir la Ville éternelle, les tombeaux sacrés des Princes des Apôtres et la terre arrosée par le sang d'innombrables Martyrs.

Déjà, au mois de mai 1365, l'empereur Charles IV avait visité le Pape à Avignon, et avait pris intérêt à son dessein de retourner à Rome. Depuis lors, toutes les pensées d'Urbain V étaient concentrées sur ce projet. Son magnifique palais et tous les embellissements qu'il y avait ajoutés lui-même ne lui suffisaient plus ; son cœur le portait irrésistiblement vers la ville aux sept collines. Au mois de septembre 1366, il annonça à l'empereur et aux Romains qu'il se mettrait en route à la Pâque suivante ; car, le premier août, les habitants de Rome lui avaient de nouveau exposé le triste état de leur ville, et il les avait fait secourir militairement par Albornoz.

Dès le commencement de l'année 1365, le Vicaire Apostolique Pierre, évêque d'Orviéto, avait reçu l'ordre de restaurer les bâtiments de la résidente papale, de nettoyer le jardin du Vatican et de le faire planter de vignes et d'arbres fruitiers. Le Cardinal Albornoz fit en même temps préparer le château de Viterbe, pour servir de résidence à Urbain V. Des galères venues de Venise, de Naples, de Pise et de Gênes devaient protéger, durant son voyage, le Pape, qui désirait se rencontrer, en Italie, avec Charles IV, au mois de mai 1367.

Tandis que la joie régnait en Italie et que de tous les points de cette contrée on offrait des secours au Pape, le mécontentement était fort grand à la cour d'Avignon et à celle du roi de France. Une violente opposition se forma dans le sein du. Sacré-Collège ; les Cardinaux résistèrent de toutes leurs forces ; accoutumés aux charmes de leur résidence et redoutant les difficultés du voyage ainsi que l'humeur des Romains, ils se refusaient à retourner à Rome. Mais Urbain V demeura inébranlable.

Le roi de France Charles V, qui avait succédé en 1364 à son père, mort prisonnier des Anglais, tenta également de détourner le Pape de son dessein, et lui envoya une ambassade à la tête de laquelle se trouvait Nicolas Orême, qui avait été son précepteur. Celui-ci harangua le successeur de saint Pierre devant le Consistoire ; il avait pris pour texte de son discours la réponse du Christ à son Apôtre qui lui demandait : Domine quo vadis (Seigneur où allez-vous) ? "Je vais à Rome pour y être de nouveau crucifié. " Il s'efforça d'établir que le Pape devait rester en France, parce qu'elle était sa patrie, le centre de l'Europe, qu'elle renfermait plus de piété et de sainteté que Rome, et que le pays était mieux gouverné que l'Italie.

Urbain V répondit en hâtant les préparatifs du voyage.

Le 30 avril 1367, il quitta Avignon qui, en dépit de son palais et de sa magnificence, n'avait été pour lui qu'une prison dorée, pour s'embarquer à Marseille. Trois Cardinaux restèrent à Avignon ; les autres le suivirent, par contrainte bien plus que de bon gré. Le Pape s'arrêta deux jours au château papal de Pont-de-Sorgue ; puis, accompagné des huit Cardinaux qui devaient s'embarquer avec lui, il s'achemina vers Marseille, où l'abbaye de Saint-Victor reçut son ancien Supérieur. Six Cardinaux prirent la route de terre, entre autres le Cardinal de Beaufort, qui devait plus tard succéder à Urbain V. Ils passèrent individuellement par la Lombardie, et traversèrent Bologne pour gagner Viterbe, où ils devaient attendre le Pape.

Urbain V ne s'embarqua que le 19 mai. Vingt-cinq galères formaient l'escadre qui devait le conduire dans cette Italie dont le Pape était absent depuis plus de soixante ans. Quand les navires eurent quitté la côte, les Cardinaux français exhalèrent leurs plaintes, au point que, malgré son calme, Urbain V ne put s'empêcher de dire : "Ces Cardinaux me tourmentent beaucoup ! " Après une longue traversée, l'escadre jeta l'ancre devant Corneto, le 3 juin au matin.

Tout était prêt pour recevoir le Souverain-Pontife. Le rivage, où l'attendait une foule nombreuse, était couvert de tentes, de tapis de soie, de cabanes de feuillage ; il ne manquait à ce rendez-vous que l'homme auquel le Pape était redevable de ses États. Le Cardinal Albornoz était retenu à Viterbe par la fièvre. Urbain V célébra la sainte Messe sous une tente et se rendit au couvent des Mineurs. C'est là que les envoyés des Romains vinrent lui présenter les clefs de la ville et celles du château Saint-Ange. Après un repos de trois jours, Urbain V partit pour Viterbe, où il arriva le 9 juin. Toute la population de la ville et des environs était en fête; Albornoz avait fait violence à la maladie pour recevoir le Pasteur suprême ; il pouvait lui remettre les États de l'Église en leur intégrité ; car tous les rebellés étaient vaincus, et toutes lés villes avaient reconnu la souveraineté pontificale. Le 24 août, ce grand homme succomba au mal qui le rongeait depuis longtemps. Urbain V était encore à Viterbe il sentit vivement la grandeur de, la perte qui frappait l'Église et sa propre personne.

Le 16 octobre au matin, le Pape quitta Viterbe. Une foule de princes italiens l'accompagnaient avec des suites brillantes. Il entra dans Rome en grande pompe. Nicolas d'Este, marquis de Ferrari, ouvrait le cortège à la tête de mille cavaliers. Onze Cardinaux chevauchaient deux à deux, avec leurs chapelains et leurs maisons. Enfin venait le Pape. Amédée VI de Savoie tenait la bride de son cheval ; derrière lui, Rudolphe de Camerino s'avançait à cheval, et tenait l'étendard de l'Église déployé au-dessus de la tête du Pape. Galeotto Malatesta suivait avec trois cents cavaliers, et derrière lui venaient les Archevêques, les Évêques, les Abbés, une foule de barons et l'escadron de cavalerie du seigneur de Camerino. On estima à près de deux mille le nombre des prêtres et des moines.

Le cortège traversa ainsi la cité léonine au milieu des cris de joie du peuple et des acclamations de la foule qui formait la haie. Sur la place Saint-Pierre, les princes descendirent de cheval ; le comte de Savoie donna l'accolade de chevalier à douze nobles. Pendant ce temps, le Pape montait les degrés de la Basilique et répétait avec larmes les paroles du Prophète : " Nous étions assis sur le bord des fleuves de Babylone, et nous pleurions en pensant à Sion. "

Du haut de la chaire papale, il distribua des Indulgences à tous les assistants, et se dirigea ensuite vers le palais du Vatican qui avait été disposé pour le recevoir.

Le 18, Urbain V prit possession de l'église de Latran, et le 30 octobre, il célébra une messe solennelle au maître-autel de Saint-Pierre, où personne n'avait plus officié depuis Boniface VIII. Le jour où le Pape entra pour la première fois dans la Basilique pour donner sa bénédiction au peuple ivre de joie, deux femmes s'étaient mêlées à la foule pieuse qui remplissait l'immensité du temple. Dans cette agitation générale, elles priaient avec une si grande ferveur qu'elles semblaient appartenir bien plus au ciel qu'à la terre. C'étaient les deux grandes Saintes du Nord, que l'Église honore sous les noms de Brigitte et de Catherine. "

(extrait du site http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/brigitte/index.htm#_Toc14618141 )

Selon Claude Tresmontant : " il n'est pas du tout évident ni certain que l'Apocalypse ait été écrite d'un seul coup, d'un seul jet. Il est beaucoup plus vraisemblable que c'est un ensemble de visions, d'oracles, de lettres, qui ont été réunis, rassemblés, du vivant de l'auteur ou après sa mort. Personne ne sait où ont été composés et écrits ces divers documents. Peut-être à Jérusalem, autour de l'année 50, ce qui permettrait de comprendre que ces textes sont écrits en langage codé, chiffré, intelligible pour les frères et les sœurs de la petite communauté chrétienne de Jérusalem.

L'Apocalypse est au fond un livre simple, qui annonce quelques années à l'avance la prise et la destruction de Jérusalem par le feu; - qui commande à la petite communauté chrétienne naissante de s'enfuir au plus vite, avant qu'il ne sot trop tard, - ce qu'elle a fait ; - et qui annonce la venue de la nouvelle Jérusalem, qui remplace la première.

Iohanan de l'Apocalypse écrit en pleine terreur à des communautés chrétiennes persécutées à mort. C'est pourquoi il écrit en langage codé. La terreur était le fait de l'occupant romain, - des gouverneurs romains, - des rois judéens collaborateurs, - et du haut sacerdoce de Jérusalem, qui était à la botte du pouvoir romain.

La pensée de Jean-Iohanan de l'Apocalypse, c'est que le pouvoir, la puissance qui provient de Rome, de l'Empereur de Rome, se communique aux gouverneurs romains, qui sont les tentacules de l'hydre ; - il se communique aux rois judéens qui sont nommés par l'Empereur, maintenus ou destitués à son gré et selon sa fantaisie : c'est le monstre marin aux sept têtes ; - il descend jusqu'aux grands prêtres, qui sont choisis, nommés, désignés et destitués par les gouverneurs romains ou les rois judéens.

Tout ce système, de haut en bas, est un système foncièrement antichrétien, qui persécute à mort la petite communauté chrétienne naissante. " (pp.15-16)

Cette longue citation pour tenter d'établir un parallèle entre les motivations de Jean-Iohanan et Charles V - Louis 1er : fuir une ville pour échapper à la répression et survivre. Mais est-ce la 'lecture' que les deux frères faisaient de l'Apocalypse ?

A l'instar du prophète Daniel, Iohanan " parle de ce qu'il connaît, de ce qui est pour lui du passé et du présent ... ce que ses contemporains connaissent et voient de leurs yeux. Ce n'est donc pas à proprement parler de la prophétie, C'est une lecture, une interprétation théologique du passé récent et du présent. " (p.352)

La première bête qui monte de la mer, ce peut être l'empire romain ; ou l'ensemble du système 'empire romain - gouverneurs romains - rois judéens'. Les dix cornes : les dix gouverneurs romains que Jean a connus, pseudopodes ou tentacules de l'hydre romaine. Les têtes couronnées : les rois judéens de la sinistre dynastie des Hérodes (qui s'écrit 'Hôrôdôs' en hébreu, avec trois 'wauw' valant chacun 6 soit le chiffre de la 'Bête' : 666. Le nom d'insulte à l'égard de Dieu (13, 2) serait alors le nom d'Hérode.


La seconde bête qui monte de la terre (13, 11) peut représenter la dynastie judéenne des Hérodes. Ses deux cornes : le pouvoir politique (les rois) et le pouvoir religieux (les grands prêtres du Temple de Jérusalem) qui reçoivent leur puissance de l'empire romain. La statue de la bête veut peut-être rappeler celle à son effigie que l'empereur Caius Caligula a voulu en l'année 40 faire élever dans le Temple à la stupeur de toutes les communautés judéennes,

" La prostituée, la femme revêtue des couleurs de la robe du grand prêtre et des couleurs du rideau du Temple, d'or et de pierres précieuses, c'est Jérusalem. La bête sur laquelle elles assise, c'est probablement le dynastie judéenne des Hérodes. " (p.352)


Dans les textes des anciens prophètes hébreux du 8ème siècle avant notre ère, la prostitution (grec porneia) a une signification métaphysique : c'est l'infidélité du peuple hébreu assimilé à une femme, par rapport à son Créateur.

" Ce que Iohanan enseigne ici aux frères et aux sœurs des communautés chrétiennes, c'est que l'agneau sera vainqueur. C'est une prophétie, parce que dans ces années-là ce n'était pas évident. " (p.363)


" Iohanan annonce donc, autour des années 50-52, que finalement la bête (= l'empire romain) et les cornes de la bête (= les gouverneurs romains) vont haïr la prostituée (= Jérusalem), et qu'ils vont la dévaster et la brûler par le feu, malgré la collaboration servile des rois judéens de la dynastie des Hérodes.

Iohanan dit la même chose que Jérémie et Ezéchiel, plusieurs siècles plus tard, Il applique les prophéties de Jérémie et d'Ezéchiel au donné présent. C'est la même philosophie politique que celle des anciens prophètes hébreux, depuis Amos et Isaïe." (p.365)

 

Il existe deux femmes dans l'Apocalypse :
la prostituée : la femme Iezabel (2, 20), la femme assise sur la bête (17, 1), Jérusalem personnifiée (17, 18)
la femme de l'agneau (12, 1) est la petite communauté chrétienne, la nouvelle Jérusalem, le nouveau Temple de Dieu, la kallah, la nouvelle épouse, la chérie (19, 7), la nouvelle humanité en genèse. " Il n'y a pas lieu, me semble-t-il, de penser cette affaire en termes de punition ou de châtiment, mais bien plutôt en termes d'étapes successives de la Création. " (p.415) " Il n'y a pas d'eschatologie dans l'Apocalypse. " (p.453)


" En quoi donc l'Apocalypse est-elle une prophétie ? En ce qu'elle annonce, quelque vingt ans à l'avance, la prise et la destruction de la vieille Jérusalem, la ville de pierres, et la descente de la nouvelle Jérusalem, la ville faite de pierres vivantes, dans laquelle il n'y a plus de Temple. " (p.455) Une nouvelle Jérusalem 'construite', non avec es pierres, mais avec des femmes et des hommes.

 

 

Bibliographie

 

PLANCHENAULT René, Petites notes sur les tapisseries d'Angers, Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites, 1973

CHRISTE Yves, Traditions littéraires et iconographiques dans l'interprétation des images apocalyptiques, in L'Apocalypse de Jean, Traditions exégétiques et iconographiques. III-XIIIe siècles, 1979, Actes du Colloque de la Fondation Hardt (1976) Section d'Histoire de la Faculté des Lettres de l'Université de Genève, pp109-134

TRESMONTANT Claude, Enquête sur l'Apocalypse : l'auteur, la date, le sens, F.-X. de Guibert, 1994

EMONET Pierre-Marie, L'Eglise dans les images de l'Apocalypse : son mystère contemplé dans les tableaux et les couleurs, C.L.D. , 1999

CHEVALIER Jean-Baptiste, Lumière d'espérance : une lecture de l'Apocalypse de saint Jean, Siloë, 1998

 


L'Apocalypse et l'art :


Lire : L'Apocalypse, Joseph FORET, 1961

et visiter les sites suivants :
http://www.cfmgallery.com/Apocalypse/Apocalypse.html

Le dragon et les bêtes de l'Apocalypse : http://expositions.bnf.fr/bestiaire/it/dragon/15.htm

Jean Carzou : peintures murales de la chapelle de la Congrégation des Dames de la Présentation de Notre Dame, sur le thème de la Nouvelle Jérusalem et de l'Apocalypse

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Carzou

 

les diverses traductions :

L'historien grec Hérodote déclara que la ville était " tellement magnifique qu'aucune autre cité sur terre ne pouvait souffrir la comparaison " (Histoires). Ses murs et ses jardins suspendus comptent parmi les 7 merveilles du monde antique et Babylone incarne l'excellence et le savoir. Dans la tradition judéo-chrétienne, elle devint l'antithèse de Jérusalem, et fut liée au monde profane.

 

 

 

 

Pourquoi l'ensemble de la tenture
avait sa place à Avignon.

 

Sur les 7 pièces d'origine, seules 6 nous sont parvenues :
— le premier panneau est incomplet : il manque les pièces horizontales 1, 8 et 14.
— dans le second, il manque la scène verticale et une partie des scènes 15 et 20.
— le troisième et le quatrième panneaux sont complets.
— dans le cinquième, il manque les scènes 60, 67, 68 et 69.
— dans le sixième, il manque la scène verticale, les scènes 71, 72 et 75 et une partie des scènes 76,78, 79, 83 et 84.

En Septembre 1384, le si peu chrétien Louis d'Anjou meurt et n'a pu voir " sa " tapisserie intégralement. Composée de 7 grands panneaux d'une vingtaine de mètres chacun, la tenture devait mesurer au total 120 m de long et 5 m de haut. Elle fut entreposée dans une pièce du château d'Angers, " la chambre de la tapisserie " car il semble qu'aucune pièce ne fût assez grande pour la recevoir tout entière. Ce fait appuierait notre hypothèse.
Il faut attendre le 2 Décembre 1400 pour que la tenture soit accrochée à Arles, lors du mariage de Yolande d'Aragon, " la reine des quatre royaumes ", avec Louis II d'Anjou.


Quelle salle conviendrait au Palais des Papes pour y accrocher les 7 grandes tapisseries, soit 98 scènes de 145 m environ au total ?

Trois lieux peuvent être retenus :

La salle des Festins également nommée Le Grand Tinel : 45 m en longueur et 10 m en largeur ; soit 110 m auxquels il faut enlever portes et fenêtres. (Le terme de tinel est employé en Italie et dans le midi de la France pour désigner les salles à manger, ou les réfectoires. Tinellum, vient du bas latin tina, qui veut dire tonneau.)

La Salle du Consistoire qui était le centre de l'activité diplomatique du Saint-Siège. S'y déroulaient les réceptions des ambassadeurs, des légats ; les proclamations des canonisations.

La Grande Chapelle et sa nef unique de 52 mètres de long sur 15 mètres de large et 20 mètres de haut ; mais les hautes fenêtres grignotent l'espace.

Chacune de ces trois salles pouvaient être agrandies ; une autre salle pouvait être construite pour recevoir L'Apocalypse.

http://www.palais-des-papes.com/

http://pagesperso-orange.fr/jean-francois.mangin/capetiens/fenetres_filles/papes_avignon.htm

 

9 papes au 14ème siècle

 

Au début du 14e siècle, avec l'installation de la cour pontificale, Avignon devient une autre capitale et un des grands centres urbains les plus riches de l'Occident. Comme Paris avec la cour royale de Louis IX et Philippe III, Naples avec Charles d'Anjou, puis Londres et Bruges.

 

L'installation du pape à Avignon en 1309 n'a pas été décidée sous la menace de Philippe le Bel, bien que l'influence française se soit fait sentir dans cet événement. Il s'installe dans le couvent des Dominicains, près du port des Périers, hors des remparts du sud. Seul le Comtat Venaissin (ex-marquisat de Provence des comtes de Toulouse), était terre pontificale. Avignon était de plus une possession du comte de Provence, roi de Naples et à ce titre vassal du Saint-Siège. Avignon offre de plus l'avantage d'être situé sur le Rhône, axe fluvial très fréquenté et de posséder une forteresse naturelle, le rocher des Doms. Avignon, plus que Rome, permet une communication plus facile avec les Etats chrétiens septentrionaux. Il demeurait ainsi aux marges du royaume pour traiter des affaires françaises, en particulier la suppression de l'Ordre des Templiers. Son élection contente Philippe le Bel : c'est un Français. Avant de choisir Avignon, il avait pensé à Lyon, Cluny, Bordeaux, Toulouse, Nîmes.

Le pape convoque un concile à Vienne en 1311 et fait durer les négociations avec la France. Il meurt peu après l'exécution du Grand Maître des Templiers et un mois avant Philippe IV, en avril 1314. Il n'a pas eu le temps de se rendre en Italie depuis qu'il a pris ses quartiers à Avignon en 1309. Ses successeurs décident d'y demeurer tant que règnera à Rome la guerre et le brigandage.

Jean XXII, ancien évêque d'Avignon, lui succéda en 1316 et préféra rester à Avignon qu'il connaissait bien, alors que les Etats pontificaux d'Italie étaient en pleine crise. Avignon se trouvait alors dans l'Empire et appartenait au comte de Provence.

De plus, le site escarpé permettait la construction d'une forteresse au sein d'un Comtat Venassin pontifical riche, sur un axe de circulation au centre de l'Europe et de la Chrétienté : "Là où se trouve le pape, là est Rome."

Plus de 600 curialistes assistent le pape et conçoivent une masse importante de documents difficiles à déménager.
Le climat est plus sain qu'à Rome. La population, plus paisible, passe rapidement à 30 000 habitants. La ville se couvre de bâtiments administratifs (les " livrées " des cardinaux), d'églises, d'hospices, de couvents. Avignon prend des airs de capitale chrétienne. Le palais pontifical s'agrandit, les salles sont décorées, la bibliothèque bien nourrie plaît aux humanistes comme Pétrarque et Bruni.

A 14ème siècle, les cardinaux français dominèrent la Curie, surtout les Méridionaux : sur sept papes avignonnais, il y eut 3 Aquitains, 3 Limousins, 1 Auvergnat. Ils distribuèrent à leurs famille des bénéfices : sur 134 cardinaux créés par eux, il y en eut 111 français dont 40 du Languedoc. 70% des membres de la Curie étaient français contre 23% italiens. Mais, paradoxe peut-être, ce furent deux papes français qui décidèrent le retour de la papauté à Rome, contre la volonté même de la plupart des cardinaux !

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La violente querelle qui oppose, au début du 14è.s. le roi de France Philippe IV le Bel au Pape Boniface VIII entraîne en 1305 l'élection au trône de Saint Pierre d'un prélat français, Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, qui prend le nom de Clément V (de 1305 à 1314).

Différentes raisons, dont l'affaire des Templiers, l'amènent à s'installer en 1309 en Avignon, ville vassale du Saint-Siège et voisine du Comtat Venaissin, propriété effective de l'Eglise depuis 1274. Il n'y séjourne que par intermittence et loge dans le couvent des Dominicains.

La nette prépondérance des cardinaux français, rapidement établie au sein du Sacré-Collège assure ensuite l'élection d'un ancien évêque d'Avignon, Jacques Duèse, originaire de Cahors, qui règne de 1316 à 1334 sous le nom de Jean XXII - (v.1245-1334). L'agitation violente de l'Italie, la turbulence des grandes familles et du peuple romains engagent le nouveau Pape à s'installer provisoirement en Avignon. Il fait adapter alors le Palais épiscopal, situé au voisinage de la cathédrale, aux nécessités de la cour pontificale et s'attache à l'agrandir, à le fortifier et à l'embellir.

 

Ce Palais, toutefois, paraît insuffisant aux yeux de Benoît XII - (avant 1285-1342) - (Jacques Fournier 1334 - 1342) qui en fait l'acquisition, le démolit et fait construire sur son emplacement, par son maître d'œuvre Pierre Poisson, une puissante forteresse, vaste et austère, reflétant ses goûts sobres d'ancien moine cistercien. Il supprime la commende des évêchés et des abbayes (1335) et s'attacheà réformer la curie et le clergé.

Du Palais épiscopal de Jean XXII ne demeure que le plan, sorte de quadrilatère irrégulier, imposé par la configuration accidentée et fortement pentue du Rocher des Doms, sur lequel il est bâti. Au centre, se trouve une cour aux allures de cloître. Les travaux du "Palais Vieux'' de Benoît XII débutent en 1335 par la construction à l'extérieur du Palais d'un donjon, la Tour des Anges, flanqué d'appartements privés et protégé d'un rempart, puis celle de la Grande Chapelle, parallèle à la Cathédrale. De 1338 à 1342, sont démolies et rebâties l'aile des Hôtes ou du Conclave, l'aile du Consistoire et l'aile des Familiers ; le cloître et ses galeries superposées sont refaits.

 

Avec ses tours élevées à chaque extrémité : Tours des Anges, Tour de la Campane, Tour de Trouillas, ce palais se présente comme une forteresse aux façades rythmées de puissants contreforts, A l'intérieur, les plafonds de charpente, les voûtes de bois et les carrelages colorés créent dans les salles immenses une atmosphère de simplicité majestueuse.

 

Son successeur Clément VI - (1291-1352) - (Pierre Roger 1342 - 1352), aristocrate fastueux, jugeant ce premier Palais insuffisant et indigne de la majesté pontificale, en fait bâtir par son architecte Jean de Louvres un second juxtaposé, " le Palais Neuf ", de style plus fleuri, que, dès 1343, décorent de fresques magnifiques Matteo Giovannetti (v. 1322-1368) de Viterbe et ses importantes équipes de peintres de toute l'Europe. Leurs fresques (Chambre du Cerf, chapelles Saint- Martial et Saint-Jean) témoignent de la grande qualité artistique de la première école d'Avignon.

 

Après la construction en 1342 de la Tour de la Garde-Robe, contre la face méridionale de la Tour des Anges, Clément VI entreprend en 1344 " l'Opus Novum " par la salle de la Grande Audience, surmontée de la Grande Chapelle. Une vaste et imposante Cour d'Honneur est délimitée par l'édification, en retour d'équerre, de l'aile des Grands Dignitaires.

En 1348, Clément VI achète la ville d'Avignon à la reine Jeanne de Naples, en fuite devant l'arrivée des armées hongroises après le meurtre de son mari André de Hongrie en septembre 1345. Louis le Grand, frère aîné d'André, saisit cette occasion pour essayer d'annexer le royaume de Naples. Il entreprend donc une expédition militaire et les premières troupes font leur entrée à Aquila le 10 mai 1347. Jeanne de Naples, mariée à Louis de Tarente, se réfugie à Avignon. Le pape lui propose d'acheter Avignon 80 000 florins pour lui procurer de l'argent. Il semble alors que la papauté est à Avignon pour toujours.

 

Innocent VI - (1282-1362) - (Etienne Aubert 1352 - 1362), préoccupé de pacifier les territoires italiens du Saint-Siège, poursuit l'œuvre de construction de son prédécesseur.

 

et Urbain V - (1310-1370) - (Guillaume Grimoard 1362 - 1370) fait étendre et embellir les jardins, la Roma, aujourd'hui disparus. Sermonné par Brigitte de Suède, il veut dès son élection retourner à Rome et accepte l'invitation du cardinal castillan Gilles Albornoz, légat et vicaire général dans les terres de l'Eglise, qui pense sa mission de pacifier les Etats pontificaux achevée. Il s'installe à Rome où il arrive le 3 Juin 1367. Il y rencontre l'empereur Charles IV. Il n'y séjourne que quelques mois car la paix italienne est fragile : menacé par des bandes de mercenaires au service de Pérouse révoltée, il doit regagner Avignon, tandis que la rébellion s'étend à Bologne, Viterbe, Forli, Faenza, Fermo, Ascoli Piceno et bientôt à la quasi-totalité de l'État pontifical. De plus, la reprise des hostilités entre la France et l'Angleterre le presse de revenir à Avignon pour tenter une conciliation. Il arrive le 27 Septembre 1370 où il est accueilli triomphalement. Il meurt le 19 décembre 1370.

 

Grégoire XI - (1329-1378) - (Pierre Roger de Beaufort 1370 - 1378), pressé par Catherine de Sienne, n'a d'autre pensée que de rétablir le siège de la Papauté à Rome, ce qu'il réalise en 1376.

 

Pendant le Grand Schisme d'Occident (1378 - 1417), deux pontifs vivent dans le Palais, Clément VII - (1342-1394) - (Robert de Genève 1378 - 1394) et Benoît XIII - (1328-1423) - (Pedro de Luna 1394-1423), " le pape de la lune " qui quitte définitivement Avignon en 1403, après un siège éprouvant de cinq ans.

http://www.avignon-et-provence.com/avignon-tourisme/papes/index.html

 

Après le départ des Papes, la Ville-Etat d'Avignon et le Comtat Venaissin demeurent propriété du Saint-Siège ; le Palais sert de résidence à des légats, puis à des vice-légats italiens jusqu'à la réunion de ces territoires à la France en 1791. Puis il devient une caserne jusqu'en 1906.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Papaut%C3%A9_d'Avignon

http://www.avignon-et-provence.com/avignon-tourisme/papes/

http://pagesperso-orange.fr/philippe.harambat/papes/liste7/listepapes7.htm

http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/1288768

http://fr.wikipedia.org/wiki/Comtat_Venaissin (lire aussi la partie "discussion")

 

Roman : Michel PEYRAMAURE, La Tour des anges, Laffont, 1997.

 

 

Pierre-Marie EMONET, L'Eglise dans les images de l'Apocalypse, CLD, 1999

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" L'Apocalypse se présente comme une épopée. Elle chante la geste de Dieu, tirant son Eglise des mines de la première création. Là nous sont contés les durs combats et les victoires des rescapés de cette glorieuse aventure. Le caractère épique de ce livre apparaît surtout dans les nombreuses liturgies qu'il contient. Des acclamations de triomphe et de joie de la part de ceux qui sont déjà les hôtes de cette Demeure de Dieu. Mais de semblables acclamations s'élèvent aussi de la part de ceux qui sont appelés " leurs frères " (Ap. 6.11) et qui sont en route vers Elle ! "

" Une robe blanche fut donnée à chacun d'eux; et il leur fut dit de se tenir en repos quelque temps encore, jusqu'à ce que fût complet le nombre de leurs compagnons de service et de leurs frères qui devaient être mis à mort comme eux. "

L'Église de l'Apocalypse est la seule créature de Dieu qui se présente à notre regard tout à la fois déjà parvenue à sa fin et pourtant encore dans son devenir : son achèvement est au Ciel, son devenir sur la terre.
[…] la forme de l'Eglise est d'abord au Ciel. " Cette blanche rose ", comme l'appelle Dante au trente-et-unième chant du Paradis, a donc son aboutissement au Ciel. […] L'être total d'une chose est dans son développement et son achèvement. La rose est parfaite dans l'éclat de sa fleur. L'Apocalypse, comme épopée de l'Eglise de Dieu, contient la fin et le devenir de la plus belle des créatures de Dieu. […] ces deux différents états, c'est la même " forme " qui est au travail. Une fois pour faire demeurer l'Eglise dans sa pureté, s'étant enfin libérée de toute atteinte du mal une autre fois la même "forme" est au travail pour la faire croître au milieu des épines, mais comme poussée vers sa gloire. L'Eglise, tout ensemble, semence et moisson ! " (pp. 10-11)

L'Eglise est à Avignon. Rome est une ville en pleine dissension. Que la papauté demeure à Avignon pour que "la " blanche rose " poursuive son plein épanouissement dans une sainte tranquillité !


" II y a dans ce livre un foisonnant bestiaire. Les formes hideuses engendrent dans les cœurs l'angoisse et le sentiment de répulsion. La note dominante pourtant est la paix consécutive à la victoire du Christ mort et ressuscité, Agneau égorgé mais debout. A l'heure de sa liturgie l'Eglise peut " voir et entendre " son Dieu. Jean, qui ne veut être que " frère et compagnon ", nous réconforte par le message que le Père, le Fils et l'Esprit-Saint lui ont donné pour le transmettre à l'Eglise de tous les temps et tous les espaces. " (p. 13)

Le " message " de l'Apocalypse est clair : retourner à Rome n'engendrerait que de nouvelles bêtes hideuses, ennemies de l'Eglise !


" En tout vivant de la nature déjà réside un mystère. L'intelligence en est fascinée. La poussée d'une plante vers la lumière, par exemple, peut bien s'expliquer par ce qui la précède : le soleil, la terre, l'eau. La minuscule graine s'en nourrit et par là s'accroît. Elle apparaît pourtant en plus causée par un secret qui la tire. Il y a pour elle un état futur qu'elle recherche comme son bien. Lorsqu'il est atteint, l'effort qu'elle exerçait pour y parvenir se continue pour s'y maintenir et s'y reposer. Tout nous dit qu'elle a trouvé sa demeure. C'est pour cela qu'elle existe.
Les deux derniers chapitres du livre de l'Apocalypse de Jean font voir vers quoi l'Eglise, qui chemine sur la terre, est attirée.

N'est-ce pas significatif que son état futur est nommé : " Demeure " : " Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il demeurera avec eux ; et eux seront son peuple et Dieu lui-même sera avec eux " (21.3).
C'est donc pour nous révéler qu'elle a trouvé son accomplissement et s'y repose que l'Eglise reçoit le nom de Demeure de Dieu. " (p. 17)

Et cette demeure est à Avignon, où la Fleur pourra vivre dans une douce sérénité. De plus, le rôle bénéfique du Rhône n'est-il pas évoqué dans l'Apocalypse :

" Après la lumière qui s'épand sur la Cité, Jean, pour achever sa description de l'Eglise au Ciel, recourt encore au symbole de l'eau : " Puis l'ange me montra un fleuve d'eau de la Vie, limpide comme du cristal " (Ap. 22.1). Cette image est trop souvent employée par Jean dans le quatrième évangile pour ne pas y voir l'Esprit-Saint : " Celui qui croit en moi, comme dit l'Ecriture, des fleuves d'eau vive couleront de son sein. Il disait cela de l'Esprit " (Jn 7.38). Comment ne pas rapprocher de ce dernier texte celui d'Ezéchiel ? Parlant de la vision du Temple que l'eau envahissait, il écrit : " C'était un torrent que je ne pouvais traverser car l'eau avait grossi pour devenir une eau profonde, un fleuve infranchissable. " (Ez 47.5).

Dans l'Apocalypse, ce fleuve féconde divinement la Cité :
" Au milieu de la place de la Ville et sur les deux rives du fleuve, un bosquet d'arbres de vie donne douze récoltes, produisant chaque mois sa récolte. Les feuilles des arbres servent à guérir les nations " (Ap. 22.2).

Le contexte, on le voit, nous ramène au Paradis de la Genèse, mais renouvelé. L'arbre de vie s'est multiplié. Non seulement son fruit donne la vie en abondance, mais encore les feuilles des arbres rendent la santé aux hommes. C'est bien le Jardin retrouvé. De plus, les portes tout autour de la Cité s'ouvrent à tous ceux qui cheminent vers Elle. " (p. 19)


Offrir une immense tapisserie suivant pas à pas, phrase à phrase, le texte de Jean de Patmos, c'était décupler la force des descriptions, des images que recèle le texte.
Ainsi ce passage qui est par les mots mêmes une illustration saisissante :

" Un grand signe parut dans le ciel : une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête.
Elle était enceinte, et elle criait, étant en travail et dans les douleurs de l'enfantement.
Un autre signe parut encore dans le ciel ; et voici, c'était un grand dragon rouge, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes.
Sa queue entraînait le tiers des étoiles du ciel, et les jetait sur la terre. Le dragon se tint devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer son enfant, lorsqu'elle aurait enfanté.
Elle enfanta un fils, qui doit paître toutes les nations avec une verge de fer. Et son enfant fut enlevé vers Dieu et vers son trône. "
(Ap. 12.1-5).

Rappel de cet épisode de la Genèse : Dieu dit au Serpent : " Je mettrai une inimitié entre toi et la Femme, entre ton lignage et le sien. Elle t'écrasera la tête et tu l'atteindras au talon " (Ge 3.15).

Charles V, roi de France, et son frère cadet Louis 1er d'Anjou ont dû le dire au pape Grégoire XI : il y a assez de place à Avignon pour que la Parole de Dieu s'y réalise et que le rassemblement prédit y prenne corps.
Tous seront là aux temps d'eschatologie :
- la Trinité et Marie
- les Anges (5.11)
- les 24 Vieillards (4.10) : 12 Patriarches de l'Ancien Testament et 12 Apôtres
- les 4 animaux
- toutes les créatures (5.13)
- 144 000 élus
- les produits de la création humaine : " l'opulence et la splendeur des nations " (Apo 21.26)

 

Vraiment, demeurer à Avignon jusqu'à ce que " le Christ vainqueur, avant de faire émerger l'Eglise toute sainte et pure au Ciel, la libère de toutes entraves " ainsi que l'évoquent les chapitres 19 et 20. Détruire les deux Bêtes, " la Politique et l'Idéologique, incarnations historiques du Dragon ", qu'un un ange debout dans le soleil précipitera dans l'étang de feu et de soufre ; puis le Dragon lui-même qu'un autre ange enchaînera et l'enfermera pour mille ans dans le grand abîme. Enfin détruire l'Hadès et la Mort dans l'étang de feu et de soufre. Et tous les morts sont jugés selon leurs mérites.

" La chenille est débarrassée de sa défroque. La chrysalide a terminé son effort. Le papillon s'envole, déployant ses ailes blanches ! " Voilà ce qu'en un message tissé et coloré le pape doit voir… Comme les anges du texte sacré, le pape a une action à accomplir, à Avignon même, qui aidera à écarter " les entraves qui pourraient empêcher la semence d'aboutir à la fleur et au fruit. L'action qui écarte ce qui, dans son développement, empêche l'éduction de la forme future. C'est, en effet, une opération de purification. " (pp. 125-126)

Et cet acte, continué par d'autres papes, aura enfin sa gloire : " l'Église qui est au Ciel, vers laquelle l'Église militante s'efforce et chemine sur la terre au milieu des épreuves, apparaît soudain. C'est Elle ! C'est le pur chef-d'œuvre de la Trinité qui l'a faite descendre dans le monde pour y naître et se former… "

" Et je vis la demeure de Dieu avec les hommes et des hommes avec Dieu " (Ap. 2 1.3). Et cette " Maison de Dieu " se situe dans une Ville qui, elle aussi, descend du Ciel illuminée par la gloire de Dieu et éclairée comme d'un flambeau par l'Agneau "

" La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour l 'éclairer ; car la gloire de Dieu l'éclaire, et l'agneau est son flambeau. " Ap. 21.23). (pp. 148-149)

 

 


Au cours de la lecture du livre suivant, j'ai cru percevoir des indices d'arguments que l'on a pu exposer au pape Grégoire XI pour qu'il demeure à Avignon :
- le rôle éminent du royaume de France, de ses rois, pour réaliser les Gesta Dei
- les faits peuvent s'accomplir à Avignon et non la fin du monde
- la crise de l'Eglise peut être gérée d'Avignon
- l'interprétation de cette crise à l'aide de l'Apocalypse pousse à une reconstitution de l'Eglise sur une autre base

 

Paul Airiau, L'Eglise et l'Apocalypse, Berg international éditeurs, 2000

pp. 30-31
Le roi de France, fils aîné de l'Eglise, cède la place, à partir du milieu du 19e siècle, à la France, fille aînée de l'Eglise… Elle doit réaliser les Gesta Dei.

La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre et le quatorzième centenaire du baptême de Clovis, en 1896, témoignent du passage du roi, incarnation de la nation, à la nation incarnation d'elle-même - mutation typiquement moderne. La France devient en même temps la nouvelle tribu de Juda, au service de l'Eglise.

Ce thème, déjà développé par Grégoire IX dans la bulle Dei Filius (1239), fut repris en 1851 par Antoine Blanc de Saint-Bonnet dans De la Restauration française (1851). En 1886, l'abbé J. Lémann accentue le parallélisme entre France et Juda contenu dans la bulle de Grégoire IX qui demandait son aide à Louis IX contre l'empereur Frédéric II. Cette bulle, éditée au 17e siècle, venait d'être publiée en partie l'année précédente par le P. Jean-Baptiste-Joseph Ayroles dans Jeanne d'Arc sur les autels et la régénération de la France. Il interpolait : de la comparaison (comme Juda, la France...), on passe à l'exégèse typique (Juda est la figure anticipée de la France). En 1896, l'abbé Jean-Baptiste Klein, dans Clovis fondateur de la monarchie française, dresse le même parallèle, et Pie X assume cette construction lors de la béatification de Jeanne d'Arc en 1908.

La France devient alors presque comparable à l'Eglise par son rôle dans le salut du monde, non pas en tant que corps mystique du Christ, mais comme propagatrice privilégiée de la foi et défenseur naturel du pape et de l'Eglise. Elle est bien sûr soumise aux assauts de Satan, mais l'archange Michel la protège.

Celle thématique s'était développée à partir des années 1860. Le P. Ayroles déclare ainsi que " saint Michel, protecteur de la synagogue l'est plus encore de l'Eglise, sa riche et pleine héritière. Protecteur de la nation juive et de toutes les tribus d'Israël, il l'était surtout de la tribu de Juda la protectrice de ses sœurs. Protecteur des diverses nations chrétiennes, il doit l'être spécialement de celle dont la tribu de Juda ne fut que la figure. Præfecta tribus prædicti regni præfigurationiva, nous a dit Grégoire IX.

" Selon une Vie des saints publiée en 1890, l'archange Michel trouve des soldats sur terre : les Francs. Il les aide contre les Allemands et leur procure la sainte ampoule pour que se réalisent les Gesta Dei per Francos. Mais "d'autres mécréants, plus tard, menacent la France : c'est l'Angleterre que Satan a lancée sur nous, car il savoure déjà sa prochaine apostasie, et il en voudrait souiller les fleurs de lys. " Michel inspire également Jeanne d'Arc qui sauve la France. Bien qu'il affirme à la nation élue qu'elle triomphera de ses ennemis par lui, " la Révolution ne veut pas entendre cet appel de salut ... Mais ô Michel, la Révolution n'est pas la France, reprenez votre glaive, frappez ce dragon, et continuez, par les Francs, les œuvres de Dieu dans le monde. " Léon XIII cautionne en partie ces lectures. Une prière implorant le secours du vainqueur de Satan est insérée à la fin de la messe de 1886.


pp. 37-38

Saint Augustin est en effet lu par les apocalypticiens du XIX siècle. Dix éditions de ses œuvres complètes voient le jour durant cette période : deux en français, huit en latin, où domine l'édition Migne. La Cité de Dieu connaît huit éditions en français, dans la première moitié du siècle, et trois éditions en latin, dans sa seconde moitié. L'influence de saint Augustin peut être repérée assez aisément. Le plan même de La Cité de Dieu se retrouve dans structure du Traité du Saint-Esprit de Mgr J.J. Gaume, " l'histoire générale des deux Esprits qui se disputent l'empire du monde et des deux Cités qu'ils ont formé ", selon son sous-titre.

Le tome I étudie le combat cosmique de l'esprit du bien et de ce celui du mal, religieux, social et politique, tandis que le tome II traite théologiquement de la troisième personne de la Trinité. Le système interprétatif augustinien se retrouve chez Dom Paul Benoît, dans La Cité antichrétienne au 19e siècle (1885-1886).

Le chanoine Cauly pose quant à lui que " l'esprit du monde et l'esprit de Dieu, toujours en présence, se disputent depuis l'origine de l'humanité. " Et Mgr Louis Baunard, bien que non apocalypticien, donne comme titre à la conclusion de son Siècle de l'Eglise de France (1900) " Les deux Cités ", l'une prospère matériellement et ruinée moralement, l'autre spirituellement florissante mais ruinée temporellement

Augustin est cependant réinterprété. Initialement, sa perspective mystique (deux cités remontant aux anges, animées par deux esprits différents et mêlées) n'applique pas la " Cité de Dieu " uniquement à l'Eglise. Il insiste sur le mouvement qui anime les relations entre les deux cités : la tension eschatologique traverse une histoire où rien n'est joué et où tout se décide déjà pour le dernier jour. Les deux cités ne seront vraiment réalisées que le jour du jugement, même si leur opposition remonte aux origines du monde (La Cité de Dieu, I, 35 ; X, 32 et XI, 1 ; XIV, 28).

Les intransigeants apocalyptiques inscrivent leur démarche dans une perspective mystique et réaliste. Pour Mgr Meurin, " la vraie Jérusalem descendue du ciel est toujours efficacement gardée par Celui qui la gouverne au nom du roi divin ". Les agents de la Cité du mal sont nommés, Augustin est relu à travers l'opposition radicale tissée entre la Révolution et l'Eglise. S'y ajoute l'attente de l'arrivée imminente de l'Antéchrist. Cette opposition frontale, où l'Histoire est évacuée, se rencontre dans l'Ecriture sainte, qu'il s'agisse de l'Apocalypse ou des livres prophétiques, et dans l'exégèse patristique et médiévale, où la thématique de la venue prochaine de l'Antéchrist est un " genre littéraire ".


p. 56

Dans son combat antimoderniste, le cardinal Louis Billot (1846-1931), quant à lui, s'intéresse aux fins dernières et à la parousie. Il s'inscrit également dans une perspective apocalyptique, en s'appuyant largement sur Bossuet.

Il lit l'Apocalypse historiquement, comme un livre de prophéties qui s'accomplissent, plutôt que comme l'annonce de la fin du monde. Réfutant le millénarisme théologique, il polémique contre les protestants, accusés de l'avoir ravivé. Il rejette aussi la thèse selon laquelle les premiers chrétiens attendaient une parousie imminente.

Enfin, il décrypte l'époque en y voyant l'accomplissement progressif des Ecritures : prédication quasi universelle de l'Evangile, persécution des chrétiens, unification néfaste du monde, culte de l'Antéchrist, retour des Juifs en Israël. Le combat interne occulte la question du règne social, mais ne l'oblitère pas. Il est supposé par le rejet de l'athéisme social, tandis que la réalisation prochaine et inéluctable des prédictions scripturaires compense seule l'échec apparent de l'instauration de la civilisation chrétienne.


pp. 95-96
La France chrétienne, la vraie France, doit respecter sa devise Gesta Dei per Francos, et n'est immortelle que par sa foi : " Dieu ne veut pas pour la France d'un destin médiocre : pour elle, c'est la grâce ou le sang " comme le rappellent les messages de Pie XII. (" au peuple de France ", Radiomessage pour les fêtes de Rouen, 26.06.1956. Pendant la guerre d'Algérie !)

pp. 131-132

Gérer la crise de l'Eglise

Prendre appui sur l'Apocalypse est donc une manière de réagir à la " crise de l'Eglise " et à une sécularisation accrue qui patrimonialise le catholicisme et permet une manipulation incontrôlable de son capital symbolique. Cela permet de trouver une solution à une situation de recomposition religieuse et sociale, et de rejeter une transigeance croissante de certaines sphères catholiques.

Les problèmes sont simplifiés, placés à un plan supérieur (le salut, le bien et le mal, Satan et Dieu), échappant par là à une emprise humaine absolue. C'est un constat d'impuissance face à une situation dangereuse pour la permanence de la vie religieuse habituelle. Mais le monde devient saisissable et l'action est rendue possible. Désormais, il faut intérioriser une norme éprouvée, traditionnelle, voire réinterprétée et renouvelée, et la répandre en la vivant.

L'ordre religieux, autrefois garanti par l'ensemble de la collectivité, est désormais assumé par les individus eux-mêmes, dans une perspective collective. Porter la norme en la vivant, c'est, d'une certaine manière, accepter le rôle de victimes expiatoires destinées à garantir le maintien de la société religieuse. La souffrance de ces victimes est d'ailleurs assumée : la pénitence volontaire est un engagement libre et amoureux, un appel à une collaboration fructueuse aux résultats invisibles, aux œuvres de Dieu.

La réparation, grand thème de la spiritualité catholique jusqu'au début du 20e siècle, plus ou moins gommée selon les milieux, commence ainsi à être relue. De même, l'appel à la soumission à l'Eglise et au retour aux pratiques dévotionnelles traditionnelles peut s'enraciner dans l'Apocalypse.

Une lecture de la réalité où Satan a un rôle majeur permet aussi de poser l'insuffisance permanente de l'action. Le problème est avant tout spirituel, et les résultats des actions spirituelles ne peuvent être mesurés immédiatement et humainement. Les catholiques présents ne sont que des combattants parmi d'autres, antérieurs et ultérieurs, d'une confrontation cosmique qui s'étend d'à peu près toujours jusque presque à jamais, mais où la victoire déjà remportée est à actualiser sans cesse. Avant que d'être socio-politique, l'action doit être spirituelle. Les réformes structurelles, les adaptations aux nouvelles conditions sociologiques (restructuration des paroisses, nouvelles formations des prêtres, etc.) sont ainsi dévalorisées.


pp. 134-135
L'Apocalypse, moteur de la crise de l'Eglise

Cet appui sur l'Apocalypse, réponse à la crise de l'Eglise, est aussi un facteur de la crise. Il est une forme religieuse dont l'institutionnalisation a été marginale, ou fortement critiquée, depuis les années 1950, et plus encore depuis Vatican II et sa réception. Manifestant une insatisfaction face aux propositions dominant dans la hiérarchie, il conteste l'institution. Il est ainsi une expression d'autonomie revendiquée et de liberté de pensée et d'agir. Le pratiquer dans une Eglise qui l'a rejeté et le rejette encore plus ou moins, c'est vouloir recomposer le catholicisme sur une base nouvelle, contre ce qui est perçu comme une sécularisation accrue.

En même temps, certaines évolutions du monde moderne, notamment les changements techniques, sont pleinement assumées. Certains catholiques, après l'avoir refusée, entrent ainsi dans la modernité (l'autonomie de l'agir et de la conscience, sans acceptation immédiate du discours et de la norme cléricale, en particulier épiscopale) et dans la postmodernité (le recours à l'émotion et au temporaire).

L'interprétation à l'aide de l'Apocalypse a alors pour fonction de permettre de supporter l'état présent de l'Eglise, perçu comme fort insatisfaisant. Elle pousse à une reconstitution de l'institution sur une autre base, afin de la rendre conforme à ce que ces courants attendent de l'Eglise. La contestation est implicite mais aboutit à des changements réels.

Les courants eschatologiques, en particulier charismatiques, voire certains groupes d'origine prophétique, ont ainsi pu créer une situation nouvelle. Leur poids numérique est suffisamment lourd pour qu'ils puissent effectivement participer à une recomposition du catholicisme. Ils compensent en effet, pour les évêques qui font appel à eux, la diminution du nombre de prêtres, car ils disposent de vocations plus nombreuses. Ils peuvent assurer le maintien, ou au moins la relative permanence, du dispositif paroissial, spécialement dans les espaces ruraux (le cas des chanoines de la Cotellerie est, malgré leur nombre peu important, probant).

 

Pour Umberto Eco (De l'arbre au labyrinthe, Grasset, 2010, p. 285), l'Apocalypse de Jean est " une allégorie à la puissance deux, c'est-à-dire une allégorie qui cite comme sens propre une autre allégorie, Ezéchiel 1, 10 - lequel pouvait citer à son tour des figures de la mythologie assyrienne. "

Apocalypse 4, 7 : Le premier être vivant est semblable à un lion, le second être vivant est semblable à un veau, le troisième être vivant a la face d'un homme, et le quatrième être vivant est semblable à un aigle qui vole.

Ezéchiel 1, 10 : Quand à la figure de leurs faces, ils avaient tous une face d'homme, tous quatre une face de lion à droite, tous quatre une face de bœuf à gauche, et tous quatre une face d'aigle.

Personnages de la mythologie assyrienne :
— Ningirsu, dieu sumérien de la guerre. Son symbole est un aigle aux ailes déployées et à tête de lion.
— Pazuzu, roi des démons du vent, représenté dans la posture d'un homme debout mais dont le corps ailé est celui d'un scorpion. Les pattes ressemblent à des serres et la figure est celle d'un lion.

 

 

 

 

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dernière modification le 10 FEVRIER 2016

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