Jacky LORETTE


Mary Tudor - Suffolk
… Dame à la Licorne

 

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D'après Jean Perréal, Mary Tudor,
Florence, musée des Offices,
Cabinet des Dessins et Estampes, inv. 3911 F.
(Dessin reproduit dans l'Epistola consolatoria de morte Ludovica XII, regis Francorum
de Joanne Benedicto Moncetto de Castellione, Paris, 1515.
)

 

A toutes les Marie,

de tous lieux,

de tous temps.

 

" Qui est là ? Ah très bien : faites entrer l'infini."
Aragon, Une Vague de rêves, 1924

 

Rien ne doit préserver La Dame à la Licorne de notre regard inquisiteur et sobrement audacieux d'analyste de l'art et de l'histoire.

Chaque œuvre mérite le maximum d'explications, de recherches, d'hypothèses. Ce n'est pas l'épuiser, la rendre exsangue ; au contraire, c'est lui redonner vitalité et doubler son mystère qui n'est autrement qu'indifférence de notre part.

Je plains tous ces visiteurs qui regardent La Dame ou La Joconde sans connaître leur secret.

Car un secret découvert, il reste à découvrir un autre secret, la motivation de l'artiste et du commanditaire.

Les œuvres sans secret n'ont pas de beauté. Il y a des œuvres qui vous avouent humblement qu'elles ne possèdent aucun secret. D'autres, à l'exemple de La Dame, vous le clament à pleins yeux, à pleines mains, à pleines larmes ou pleins sourires.

Je suis née d'un secret qui me rend belle, nous dit La Dame à la Licorne et au Lion.


 

 

" Peu de gens savent voir, bien voir, voir pleinement. "
Pierre Bonnard, peintre

 

" La création vient de plus loin que ses auteurs, sujets supposés, et déborde leurs œuvres, objets dont la clôture est fictive. "
Michel de Certeau, avant-propos de La Culture au pluriel, Union Générale d'Editions, 1974.

 

— J'aime les légendes aussi, cher Levi Colombia … si elles n'existaient pas, j'essaierais d'en inventer, mais je ne peux m'empêcher de souscrire aux analyses d'une raison bien documentée.
— Et quand elle est impuissante à répondre aux questions ?
— Alors il faut faire un tout du côté de l'intuition !

Hugo Pratt, Corto Maltese, Mu, Casterman, 1992, p. 31.

 

Entendons-nous bien. Rien dans ce que vous allez lire n'est définitivement arrêté. Il y a ce que je crois vrai, ce que je crois possible. Mais " nous irons partout où, chemin faisant, nous sentirons qu'il faut que nous allions pour ne pas laisser dans l'ombre un seul des grands aspects de ce grand débat. "

Lucien Febvre, Michelet et la Renaissance, Flammarion, 1992.

 

" L'historien doit absolument corriger l'impact de l'accrochage dans les musées s'il veut comprendre le fonctionnement de l'œuvre dans l'époque où elle a été peinte. On voit aujourd'hui les œuvres de manière anachronique…
Cet anachronisme nous permet une proximité qui avait disparu pendant des siècles, et dont le peintre ne pouvait imaginer qu'on la retrouverait un jour. " (p.172)

" Il est fort possible que l'artiste ait caché dans l'intimité du tableau quelque chose que le commanditaire n'a pas à voir, ou qu'au contraire, à la demande du commanditaire, il y mette quelque chose que le spectateur ne verra pas. Les enjeux sont à chaque fois différents.
Il est possible aussi que l'artiste ait mis dans le tableau quelque chose dont lui-même ne sait éventuellement pas le sens. " (p.183)

Daniel Arasse, Histoires de peintures, Denoël, 2004.

 

 

Avant - propos

 

 

La thèse défendue ici est celle avancée par M. André Arnaud et exposée dans la revue Galerie des Arts n° 209 d'Octobre 1981, numéro spécial Magie de la tapisserie.

Les tapisseries de La Dame à la Licorne ont été tissées pour Antoine Le Viste, peut-être à Bruxelles, Tournai ou Bruges. Elles peuvent être l'œuvre du peintre Jean Perréal, dit Jehan de Paris. La mystérieuse Dame serait Mary Tudor, troisième épouse de Louis XII et sœur d'Henry VIII, qui fut reine de France d'août à décembre 1514. Sa Suivante serait Claude de France, épouse de François 1er.
Les six tapisseries actuellement visibles au Musée du
Moyen Âge et des Thermes de Cluny à Paris, rescapées d'une série de huit tapisseries, racontent divers épisodes de la vie de Mary en France.

Je voudrais que chaque lectrice, chaque lecteur, entende ce qu'André Malraux nommait " le chant de la métamorphose " qui naît du dialogue d'œuvres d'art d'autres lieux, d'autres cultures et d'autres époques que je ferai se côtoyer avec La Dame à la Licorne " et ses timides damasquinages " dans mon " musée imaginaire ".

Toute œuvre d'art peut être analysée sous différents axes : formel, conceptuel, historique, politico-économique, ethno-culturel, sociologique, biographique et psychologique, psychanalytique.

J'essaierai toujours d'articuler mon interprétation aux conditions dans lesquelles La Dame a été commanditée, conçue, tissée et regardée, à partir de 1515 pour la série initiale des 7 tapisseries, de 1525 pour la tapisserie Pavie (Le Toucher actuel). Sans oublier que La Dame, à mon avis, était destinée à rester secrète, non montrée au " public ". Je donnerai donc " la parole " aux différentes interprétations dont j'ai pris connaissance, même si certaines n'obtiennent pas mon adhésion. Mais j'estime, à l'instar de Daniel Arasse décrivant la " trame figurative du tableau " (Le Sujet dans le tableau, Flammarion, 1997) que " non seulement le tableau trame sa signification par des relations de surface, d'entrelacements, de proximité, d'éloignement, mais le peintre peut aussi ourdir cette trame, sa composition peut lui offrir l'occasion de stratégies de dissimulation, de pièges ". Serio ludere, jouer sérieusement, ce proverbe de la Renaissance me convient parfaitement quand j'imagine notre peintre concevoir les cartons de La Dame.

 

La Dame à la Licorne n'a pu être commandée que par un membre de la famille Le Viste. Ce sont ses armes, reconnues en 1882 par Georges Callier, qui ornent les tapisseries : de gueules à la bande d'azur chargée de trois croissants d'argent montants.

Pour autant, les armes Le Viste contreviennent à la règle fondamentale du blason qui interdit d'employer ensemble, juxtaposés ou superposés, deux émaux appartenant au même groupe comme le bleu (azur) de la bande et le rouge (gueules) du champ qui sont tous deux des couleurs. Il eût fallu un métal (or ou argent) en place du rouge. Ou alterner autrement le rouge, le bleu et le blanc. En Europe, au Moyen Âge et à la Renaissance, le bleu est considéré comme une couleur chaude, voire même comme la plus chaude.

 

" La licorne fascine les Occidentaux depuis mille cinq cents ans. Pourquoi ?

Le succès de la légende de sa capture par une jeune fille vierge est étrange et plus curieux encore le symbolisme religieux auquel ce récit est associé dès les origines. Les représentations plastiques surtout font apparaître l'incongruité de cette figure de l'Incarnation : le Verbe en bête féroce et sensuelle, Marie en séductrice perverse.

Mais c'est grâce à ce caractère scabreux même que ce qui demeure énigme pour l'histoire érudite des textes ou de l'art peut sans doute se résoudre.

C'est en rêvant et en se rendant attentif aux affinités inconscientes du thème que l'on découvre sa secrète et efficace figure : il s'agit d'un scénario érotique complexe et prégnant, souvent dissimulé, parfois affleurant, de plus en plus ouvertement signifié au fil des temps.

Selon nous, la transposition religieuse, anodine dans le contexte universellement allégorique du récit ancien, n'a connu un tel essor que parce qu'elle permettait de couvrir le plaisir de peindre une image à la fois si forte et tellement voilée du désir. La méconnaissance obstinée de ce caractère érotique, voire sa dénégation explicite dans les commentaires modernes, peut être comprise comme un signe de plus de l'efficience durable de ce masque séduisant.

Ne serait-ce que sous la forme banale de l'affirmation la licorne est symbole de pureté, alors que de toute évidence rien en elle ne peut faire signe en ce sens, si ce n'est l'équivoque de sa blancheur. C'est l'emblème en réalité qu'elle en est devenue, en raison de son lien ambigu avec la jeune fille. "

Jean-Pierre Jossua, La Licorne : images d'un couple, éd. du Cerf, 1994, pp. 9-10.

 

Ces animaux quoi nous regardent, malicieusement (une licorne, un lion, des lapins, des chiens, un renard) veulent nous dire : attention, regardez bien. Regardez-moi bien ! Liens entre le peintre et les " regardants " (terme employé par le peintre Nicolas Poussin pour désigner le spectateur d'une œuvre d'art). Clins d'œil complices. Trop de détails, jusqu'alors, ont été négligés. Volontairement !

Mary décrite, peinte, dans sa présence charnelle, physique, psychologique. Dans chaque pièce, elle n'est pas l'Allégorie de l'un des Cinq Sens, mais Mary Tudor, jeune femme de 18 ans au corps doux et beau, dans la hardiesse de son jeune âge et la réserve de sa place et de son rôle dynastiques.

La Dame à la licorne a toujours fasciné celle ou celui qui la regarde. Mais chacune et chacun sent que l'explication des Cinq Sens est insuffisante et celle du renoncement à leurs appels, trompeuse.

J'ai toujours eu réticence à lire dans La Dame cet étiolement, ce délitement progressif du désir et du plaisir, même pour un épicurisme originellement ascétique. Les attitudes " abattues ", les visages tristes infèrent une autre philosophie. Si ce renoncement était désiré et libre, il y aurait joie et sourire sur les visages.

 

Qui sourit ? Qui pleure ? Et pourquoi ?

M

A

R

Y

 

 

Le Goût
L'Ouïe
La Vue
L'Odorat
Le Toucher

 

C

L

A

U

D

E

 

 

Contentement

 

et

 

tristesse

 

 

 

 

 

Le paradoxe du secret

 

" Pour ma part, je n'imagine aucunement l'art en dehors de son temps. Si je le considère comme un produit de la société où il naît, je ne crois pas un instant qu'il soit par là possible d'en expliquer entièrement le miracle. "

Aragon, Les collages, Hermann, 1965

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Dans l'introduction de son livre, Le Spectacle du secret (Droz, 2003), Arielle Meyer note :

— que " pour garder un secret, il faut " faire comme si " on n'avait pas de secret ",
— que " pour garantir l'imperméabilité du secret, il faut celer à la fois son contenu et son existence, reconduire donc par deux fois l'illusion " (p.16),
— que l'un des thèmes privilégiés du secret est " celui qui porte sur le désir et la sexualité. (p.17)
— et que " le secret est bel et bien un ressort dramatique essentiel […] et qui devient, en tant que pourvoyeur d'illusions, un formidable carburant narratif. " (p.20)

En conclusion du premier chapitre de son étude, elle dévoile le paradoxe du secret :
— en citant tout d'abord Andras Zempléni (La Chaîne du secret, Nouvelle Revue de Psychanalyse, n°14, 1976) : " Mais pour être authentifié comme moment de maîtrise, l'acte de séparation doit s'exhiber, se manifester de quelque manière, céder, en somme de la visée de séparation absolue. " (p.314) Ainsi s'élabore " la propriété la plus remarquable et paradoxale du secret : qu'il ne peut subsister comme tel sans se signaler, d'une manière ou d'une autre, à ceux qu'il vise. " (p.318)
— puis en concluant elle-même : " Poussé à l'excès, ce paradoxe reviendrait à affirmer qu'un secret trop bien gardé finirait par disparaître et n'être finalement plus un secret ; qu'il faudrait donc, d'une manière ou d'une autre, dévoiler l'existence du secret sans forcément en révéler la teneur pour que le secret perdure. Pour exister aux yeux des autres le secret doit s'afficher ; mais il n'est dès lors plus tout à fait secret : paradoxe absolu qui consiste à montrer qu'on cache. " (p.43)

Or, depuis 1981, la critique n'a examiné de près ni pris au sérieux l'hypothèse d'André Arnaud, personne n'a voulu réellement voir, ni "ça"-voir…

Comment cela se fait-il qu'à part Geneviève Souchal pour la mettre à bas (" Il se trouve des revues pour accueillir de telles élucubrations ! "), aucun/e critique d'art n'a, à ma connaissance, signalé la thèse d'André Arnaud ? Peut-être eût-il fallu pour être considéré qu'André Arnaud se préoccupât d'hermétisme, d'ésotérisme, de religion castratrice ! En quoi les amours de tous les personnages historiques convoqués dans La Dame " bloquent "-ils les critiques d'art ?

Enfin ! Elisabeth Delahaye, Directrice du musée de Cluny, dans son très beau livre La Dame à la licorne (Réunion des musées nationaux, 2007) cite André Arnaud. Merci pour André Arnaud et Mary Tudor-Suffolk.

 

Musée du Moyen Âge et des Thermes de Cluny à Paris

 

Voir la revue Dossier de l'art, n° 152, Mai 2008, consacrée à ce Musée parisien

http://www.musee-moyenage.fr/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_national_du_Moyen_%C3%82ge

 

 

1- en 1882                                     2- en 1959

3- en 1993                                     4- en 2013

http://www.musee-moyenage.fr/ressources/documentation/le-musee-en-cartes-postales.html

Un site pour découvrir toutes les tapisseries du Musée de Cluny (base Joconde) :
http://www.culture.gouv.fr/documentation/joconde/fr/decouvrir/expositions/cluny/theme_cluny.htm

- à gauche : cliquer sur l'un des trois items
- dans 'centres artistiques' : cliquer sur Paris'

 

 

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