Mary TUDOR BRANDON

duchesse de SUFFOLK

 

De tout ce qui respire et qui a conscience
il n'est rien qui soit plus à plaindre que nous, les femmes.
Euripide, Médée, vv. 230-231

L'amour ne règle pas le sort d'une princesse :
La gloire d'obéir est tout ce qu'on nous laisse.
Jean Racine, Andromaque (Hermione, III, 2)


Qui aux Dames ne porte honneur
C'est qu'il n'a point d'honneur au cœur.
Chrétien de Troyes, Perceval le Gallois ou Le Conte du Graal

 

 

Jean Bourdichon
Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne
entre 1503 et 1508

 

 

La date exacte de la naissance de Mary Tudor, cinquième enfant d'Henry VII et d'Elisabeth d'York, n'est pas enregistrée. On suppose qu'elle est née le 18 Mars 1496.

Erin Sadlack écrit que le 18 mars 1496 est certainement la date de naissance de Mary.
Mary Green opte pour Mars 1496 parce que le premier enregistrement se rapportant à Mary (le paiement d'un salaire trimestriel à une nourrice, Anne Skeron) a lieu en Juin et puisque ces paiements sont effectués deux fois par an, Mars est la date la plus probable. (Lives of the Princess of England, vol. 2, Londres, Henry Colburn, 1854).
Maria Perry cite une note dans le Livre d'Heures de Margaret Beaufort fixant la naissance de Mary le 18 Mars 1495 : " Hodie nata Maria tertia filia Henrycis VII, 1495 " (cité dans The Sisters of Henry VIII, 8. Boulder, CO : Da Capo Press, 1998).
Cependant, au XVIe siècle, le Nouvel An a commencé le 25 Mars ; la datation moderne retient l'année 1496.
CSP. V (Calendar of State Papers and Manuscripts Relating to Englih Affairs Existing in the Archives and Collections of Milan) enregistre une lettre écrite le 2 Mars 1499 qui rapporte qu'Henry VII rejette une demande de mariage de Ludovic Sforza entre Mary et son fils, prétextant qu'elle n'a que trois ans (I, 790).
Walter Richardson choisit 1495 sur la base d'une lettre d'Henry VIII à Léon X où il écrit que Mary a treize ans en 1508 (Mary Tudor, The White Queen, 3) (Letters and Papers, Foreign and Domestic, of the Reign of Henry VIII preserved in the Public Record Office, the British Museum, and elsewhere. Eds. J. S. Brewer et al. 22 vols. London: HMSO, 1862-1932. I.ii, 3139).
Cependant, la phrase latine d'Henry relative à Mary est vague : " cum vix annum tertium decimum " (à peine treize années) (cité dans James Gairdner, " Spousells of Princess Mary ", xv. In The Camdem Miscellany. Vol. 9. New York : Johnson reprints, 1895). La lettre d'Henry n'est pas concluante car elle mentionne que Charles, né le 24 Février 1500, est âgé de neuf ans à l'époque. Compte tenu du calendrier anglais, Henry considère peut-être que l'année de naissance de Charles est 1499. Il est impossible de dire si Henry a raison au sujet de la différence d'âge de quatre ans entre Mary et Charles ou tort au sujet des dates de naissance.
Un dernier élément est donné par la visite d'Erasme à Eltham dans le courant de l'année 1499. Il mentionne que Mary est âgée de quatre ans, il affirme que le prince Henry, né en 1491, a neuf ans : son calcul ne peut être considéré que comme une estimation. (Stabat in medio Henrycus annos natus novem, iam tum indolem quandam regiam prae se ferens, hoc est animi celsitudinem cum singulari quadam humanitate coniunctam. A dextris erat Margareta, undecim ferme annos nata, quae post nupsit Iacobo Scotorum regi. A sinistris Maria lusitans, annos nata quatuor. Nam Edmondus adhuc infans in ulnis gestabatur. Epîtres, 201).
http://www.gutenberg.org/cache/epub/8400/pg8400.html

 

Comme les autres enfants royaux, elle est mise en nourrice jusqu'à ce qu'elle soit sevrée puis placée sous la garde d'une nurse car les princesses royales n'allaitent pas leurs nourrissons ; on ne sait combien de temps Mary voit sa mère avant de sortir de la petite enfance.

Ses prénom et nom sont très (trop) souvent confondus avec ceux de sa nièce, Mary 1ère, fille d'Henry VIII et de Catherine d'Aragon, The Bloody Mary, la Sanguinaire ou la Sanglante, ou encore la Catholique, reine d'Angleterre de 1553 à 1558.

 

Sa mère, Elisabeth d'York (1466-1503), dite Bessie, était la fille d'Édouard IV d'York et d'Élisabeth Woodville. Son mariage, le 18 Janvier 1486, avec le roi Henry VII Tudor mit fin symboliquement à la Guerre des Deux-Roses.
Elle mourut six ans avant Henry VII, épuisée par de nombreuses maternités. Elle eut huit enfants dont trois seulement lui survécurent. Edmund et Catherine décédèrent avant 1 an, Elisabeth à 3 ans, Arthur à 15 ans. Seuls survécurent Margaret, Henry et Mary.

 

Arthur Tudor

Margaret Tudor

Henry VIII adolescent

 

Elle mourut le jour de son 37ème anniversaire, d'infection puerpérale, neuf jours après avoir donné naissance à Catherine Tudor, née et morte le même jour, le 2 février 1503.
Elle est la seule reine anglaise à avoir été épouse, fille, sœur, nièce et mère de rois anglais.

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lisabeth_d'York

http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_VII_d%27Angleterre

Son père, Henry VII Tudor (1457-1509) (roi d'Angleterre dès 1485) était :
— le fils d'Edmond Tudor, comte de Richmond, et de Marguerite Beaufort ;
— le petit-fils d'Owen Tudor et de Catherine de Valois (veuve d'Henry V, roi d'Angleterre), fille de Charles VI le Bien-Aimé ou le Fol (1337-1380) et d'Isabeau de Bavière (1371-1435) ;
— l'arrière-petit-fils de ce Charles VI (1368-1422), roi de France ;
— l'arrière-arrière-petit-fils de Charles V le Sage, roi de France, et de Jeanne de Bourbon (1338-1378).
Mary descend donc de la branche dite de Valois de la dynastie capétienne.

Lorsque Edward IV d'Angleterre, duc d'York, remonte sur le trône en 1471, Henry Tudor, âgé de 28 ans, dernier rejeton de la branche des Lancastre, doit fuir en Bretagne jusqu'en 1485 où il apprend le breton.

Sir Roland de Vieilleville or Veleville, né en 1474, serait le fils d'Henry VII et d'une jeune Bretonne de petite noblesse dont il porte le nom. Sa mère décédée, Roland, âgé de 13 ou 14 ans, suit son père en Angleterre où il est confié à une famille amie. Il est fait chevalier en 1497 après la bataille de Blakheath. Marié à une noble galloise, Agnès Griffith, il est nommé en 1509 connétable du château de Beaumaris au Pays de Galles, un poste qu'il occupe jusqu'à sa mort, le 25 Juin 1535. Il a une fille, Jane Velville, qui se marie avec Robert Tudor ap Vychan. Leur fille, Katherine de Berain, est communément appelée " la mère de Galles ".

http://www.happywarrior.org/genealogy/roland.htm

http://en.wikipedia.org/wiki/Roland_de_Velville

http://en.wikipedia.org/wiki/Beaumaris_Castle

http://www.castlewales.com/beaumar.html


Armes royales Tudor - 1486 - British Library

A gauche : deux anges soutiennent le blason d'Henri VII : il porte des fleurs de lys et des lions
et est surmonté d'une couronne.
Les roses rouges et blanches représentent les maisons royales d'York et de Lancastre.
Le lévrier blanc et le dragon rouge sont des symboles d'Henry VII.

A droite : extrait d'un poème en latin à la louange d'Henri VII et célébrant de la naissance du prince Arthur.

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Les historiens de Mary, notre Dame, lui concèdent le caractère obstiné des Tudors. Son premier et unique acte de défi fut sans aucun doute son mariage avec Charles Brandon, duc de Suffolk, (peut-être) contre la volonté de son frère Henry VIII. Elle mit ainsi sa devise en application : la volonté de Dieu me suffit.
De retour en Angleterre, dans l'ombre de l'Histoire, elle ne réapparaît que pour les grandes cérémonies officielles : réceptions à la Cour, Camp du Drap d'or. L'épisode douloureux de sa petite-fille Lady Jane Grey la rappelle au souvenir des historiens.

 

Son biographe Walter C. Richardson (Boyd Professor of History at Louisiana State University), la présente comme une personne honnête, moralement droite dans toutes ses actions (Mary Tudor, The White Queen, éditions Peter Owen, Londres, 1970).

Didier Erasme a vu Mary enfant. A un ami, il relate dans une lettre son arrivée au palais de Greenwich :
"Stabat in medio Henrycus annos natus novem, iam tum indolem quandam regiam prae se ferens, hoc est animi celsitudinem cum singulari quadam humanitate coniunctam. A dextris erat Margareta, undecim ferme annos nata, quae post nupsit Iacobo Scotorum regi. A sinistris Maria lusitans, annos nata quatuor. Nam Edmondus adhuc infans in ulnis gestabatur." "Je me trouvais à la maison de campagne de Lord Mountjoy lorsque Thomas More vint me voir et m'emmena faire une promenade avec lui jusqu'au prochain village où tous les enfants du roi, excepté le prince Arthur, qui était alors l'aîné, étaient élevés. Quand nous entrâmes dans le hall, les serviteurs, non seulement du palais, mais aussi de la maison de Mountjoy étaient tous assemblés. Au milieu se tenait le prince Henry, alors âgé de neuf ans, et ayant déjà quelque chose de royal dans le maintien, où l'on pouvait apercevoir une certaine dignité conjointe à une grande courtoisie. A sa droite était Margaret, âgée d'environ onze ans, qui épousa par la suite Jacques, roi d'Ecosse ; à sa gauche jouait Mary, une enfant de quatre ans. Edmund était encore un bébé dans les bras.
"

Haec niuei tantum fastigia protulit oris,
Sensim at dehiscens turgidos rumpit sinus.

En voilà une autre qui dévoile sa pointe neigeuse,
Et, lentement, rompt son calice turgescent.

Frank Cadogan Cowper (1877-1958) - The New Learning - 1910
Erasmus and Thomas More Visit the Children of Henry VII at Greenwich, 1499
Erasme (à l'extrême droite) et Thomas More (incliné, en rouge)
visitent les enfants d'Henry VII à Greenwich en 1499.
Une des six peintures exécutées en 1910 pour "The Houses of Parliament " de Londres.



Ainsi Erasme chante-t-il Mary en latin, dans son Ode pour dire les mérites de l'Angleterre, de son roi Henry VII et des enfants royaux de 1499, après sa visite à la nursery du palais royal d'Henry VII. Quelques distiques plus loin, il poursuit :

 

Nescio quid Maria praeclari spondet ab ipso
Nunquam occidentis syderis cognomine.

 

J'ignore ce que Mary fera de son illustre prénom
Provenant d'une étoile qui jamais ne se couche.

 

Mary, entre Margaret et Henry

http://www.explore-parliament.net/nssMovies/01/0164/0164_.htm

 

La vie de Mary, sœur préférée d'Henry VIII, est captivante. La naissance d'un fils de Louis XII aurait changé quelque peu le cours de l'Histoire européenne. Son mariage avec Brandon fit de cette princesse destinée à être reine ou impératrice une duchesse oubliée dans son Suffolk où son action fut des plus importantes pour la population.

La présence à la Cour de son père " d'ennemis " yorkistes (Lambert Simmel, devenu fauconnier royal et Lady Catherine Gordon, l'épouse écossaise de Warbeck, devenue dame d'honneur de la Reine) et le remariage de la veuve de son frère Arthur, Catherine d'Aragon, retenue en Angleterre, avec son beau-frère Henry VIII, ont permis à Mary de réaliser très jeune que les vies des enfants royaux ou prétendus tels, n'étaient pas gouvernées par les règles habituelles des simples gens.

Sa vie ne fut guère différente de celle des autres princesses de son temps. Elle reçut la plus grande part de sa jeune éducation au château d'Eltham, dans le Kent. Près de Londres, à la campagne, c'était un endroit idéal pour que les enfants aient une vie saine loin de l'air impur de la ville et des distractions de la Cour. Garda-t-elle souvenir de la visite qu'Erasme y fit, en compagnie de Thomas More, au début de l'été 1499.
La grand-mère de Mary, Lady Margaret Beaufort, comtesse de Richmont, ancienne responsable de l'éducation des filles d'Edward IV, gouvernait la Cour de son fils et sa famille, la nursery royale et l'école. Elle supervisait les activités de ses petits-enfants, sélectionnait leurs serviteurs et choisissait leurs distractions.
A 5 ou 6 ans, Mary reçut ses propres domestiques, parmi lesquels un médecin, une costumière, un maître d'école et une femme de chambre. Comme tous les enfants royaux, Mary apprit le latin, le français, la musique, la danse et la broderie. Comme la connaissance du français était essentielle, il était enseigné aux enfants royaux depuis le premier âge. Depuis 1498, une "demoiselle française", très probablement Jane Popincourt qui devait scandaliser la Cour quinze années plus tard en devenant la maîtresse du duc de Longueville, avait été nommée comme compagne de jeu et dame de compagnie des deux princesses, vraisemblablement pour leur enseigner le français par la méthode de la conversation quotidienne. En 1512, John Palsgrave fut engagé pour perfectionner son français et quand finalement elle partit pour Paris en 1514, Mary était parfaitement à l'aise à la fois avec la langue et les manières de se conduire françaises apprises en même temps.

Mary grandit à une époque où la place de la femme était encore à la maison, sa principale fonction étant d'avoir des enfants. La pensée médiévale de l'infériorité féminine persistait encore : son premier devoir d'enfant était d'obéir à son père, et adulte, d'aimer son mari et lui obéir, prête et disposée à exécuter sa volonté. L'appétit charnel impudique étant prétendu un vice masculin, elle devait s'y soumettre avec patience et tolérance mais sans aucun désir personnel. Servez donc votre lion, exhortait le bon Erasme, accommodez-vous à ses manières, évitant d'exaspérer sa colère. Pensez en vous-même : là où vous êtes le lion, je suis la lionne ; là où vous êtes maître, je suis maîtresse. Même More, dans son Utopia accepte le principe de la prééminence des maris. Pour les théologiens de la Renaissance, les femmes possédaient la même influence satanique qu'Eve.

En novembre 1498, Mary, âgée de deux ans, reçut sa première " proposition de mariage " : le duc de Milan, Ludovico Sforza, dit Le Maure, demanda sa main pour son fils, Massimiliano, comte de Pavie, qui avait à peu près l'âge de Mary. Une alliance anglo-milanaise aurait été alors plus avantageuse pour Le Maure, depuis que l'Italie était sous la menace d'une nouvelle invasion française par Louis XII, qui venait juste d'accéder au trône et s'apprêtait à justifier sa revendication sur le duché de Milan. Le refus d'Henry VII fut courtois mais ferme.
L'éducation de Mary fut interrompue en 1508 par ses fiançailles et son mariage par procuration avec le Prince Charles de Castille, fils de Philippe de Bourgogne et de Jeanne d'Espagne, qui eurent lieu après huit années de négociations difficiles. En raison de la jeunesse de Charles, la " consommation " de l'union fut reportée pour quatre ans supplémentaires, après lesquels Mary serait conduite à son mari à la Cour de sa tante Margaret, Régente des Pays Bas.

http://special-1.bl.uk/treasures/festivalbooks/BookDetails.aspx?strFest=0073

 

Josquin des Prés mit en musique un poème de Jean Lemaire de Belges relatifs au traité de Calais scellant l'alliance entre l'Angleterre et la Bourgogne (21 décembre 1507) Cette chanson fut donnée en public lors de l'annonce du traité à Malines (1er janvier 1508) qui solennisait les fiançailles de Mary d'Angleterre et de l'archiduc Charles, futur Charles Quint.

Plus nulz regretz, grans, moyens ne menuz
De joye nudz ne soyent ditz m'escriptz
Ores revient le bon temps Saturnus
Ou peu congnuz furent plaintifs et cris
Long temps nous ont tous malheurs infiniz
Batuz, pugniz, et fais povres maigretz
Mais maintenant d'espoir sommes garniz ;
Joinctz et unis n'ayons plus nulz regretz

Sur nos preaux et jardinetz herbus
Luyra Phebus de ses rais ennobliz
Ainsy croistront noz boutoneaux barbus
Sans nulz abus et dangeraux troubliz

 

Le 30 Juin 1514, l'ambassadeur Gerard de Pleine décrit ainsi Mary dans sa lettre à Marguerite d'Autriche : "Je vous certifie que c'est l'une des belle filles que l'on sçauroit voir, & ne me semble point en avoir oncques veu une si belle, elle a tres bonne grace & le plus beau maintien soit en devises, en danses ou autrement que possible est d'avoir, & elle n'est riens melancholique ains tout recreative.J'eusse cuydé qu'elle eust esté de grande stature et venue, mais elle sera de moyenne stature, et me semble proportionnée mieulx qu'aultre princesse que je sache en Chrestienneté."

Et plus loin : " Il me semble qu'elle ayme Monsieur merveilleusement elle a ung tableau où il est tres mal contrefait, il n'est jour de monde qu'elle ne le veulle voir plus de dix fois comme l'on m'a affermé, & si me semble que qui luy veult faire plesir que l'on luy parlé de Monsieur. "

Plus loin encore : "Le personnaige est si bien qualiffié que il n'y a que redire ne en bonté ne en beauté ne en eaige & la pareille n'est point en Chrestienté. Monsieur est & sera heritier de plusieurs grands Royaulmes & Seigneuries pour parvenir ausquelles, cette alliance luy duit fort & n'en scauroit faire nulle dont il puist estre seur d'estre si bien ny si grandement aydé a secouru. " (Jean Godefroy, Lettres du roy Louis XII et du cardinal Georges d'Amboise, Vol. IV. Bruxelles, 1712, pp. 338-340)

 

Le 30 Juillet 1514, ces longues fiançailles de Mary avec le futur Charles Quint sont interrompues par Henry VIII. Officiellement, Mary renonce à son engagement envers Charles, évoquant comme raison le fait qu'il n'a pas ratifié le traité dans lequel il est engagé dans les deux mois comme il en a été convenu en 1508. Un traité de paix séparé est signé avec la France dans lequel le mariage de Mary avec Louis XII est stipulé. Selon une relation vénitienne, en apprenant la nouvelle, le jeune Charles se fait apporter un jeune faucon qu'il commence méthodiquement à plumer vivant. Devant la surprise de son entourage, il répond amèrement : " Vous me demandez pourquoi j'ai plumé ce faucon ! Il est jeune et n'a pas encore été dressé, et parce qu'il est jeune, il est tenu en petite estime, et parce qu'il est jeune, il ne criait pas quand je le plumais. Ainsi avez-vous fait de moi : je suis jeune, vous m'avez plumé selon votre bon plaisir, et parce que je suis jeune, je ne savais pas comment me plaindre, mais gardez en mémoire pour l'avenir que je vous plumerai ! "

http://tudorhistory.org/people/mary2/gallery.html

Louis XII désirait plus que tout un fils ! Pourquoi ne se remarierait-il pas pour la troisième fois ? Le pape Léon X y pense pour s'opposer à l'occupation de l'Italie et au démembrement des Etats de l'Eglise par l'Autriche et l'Espagne. D'où l'idée de réconcilier la France et l'Angleterre par l'entremise de son légat Wolsey, cardinal d'York, aumônier et conseiller d'Henry VIII. Mary remplacerait avantageusement, pour le gain de la France, une guerre en alliance avec l'empereur Maximilien et le roi d'Aragon-Castille Ferdinand ! L'Angleterre gagnerait en sécurité à ce que la France garde un pied dans la botte italienne.… Et ce mariage rapportait Thérouanne, Tournai et un million d'écus à la couronne anglaise !

Louis XII en prière ; derrière lui, debout, Charlemagne.
Le portrait de Louis XII a été peint par remplacer le visage original de Charles VIII.

Heures de Charles VIII de France,
manuscrit enluminé sur parchemin, XVe siècle, fol. 13v.
Atelier d'Antoine Vérard, Paris.
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Luis_XII_de_Francia_y_Carlomagno.jpg
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Luis_XII_de_Francia.jpg

Parmi les quatre femmes retenues, Louis XII choisit d'épouser Mary, surtout après avoir contemplé le portrait de Mary peint par Perréal ! En plus de Mary, Louis 12 lorgnait aussi en direction de sa sœur Margaret, la nouvelle veuve d'Ecosse, de Marguerite d'Autriche, d'Eléonore de Castille.

 

 

La Dame … et Mary d'Angleterre

Le Goût

anonyme français
National Portrait Gallery - Londres


L'Odorat

L'Ouïe

 

attribué à Jean Perréal
Musée des Arts Décoratifs - Paris



La Vue

 

Dessin de Mary Tudor, 1514-1515
La Royne Marie
Ashmolean Museum, Oxford
David Loades note : "this is the only authentic likeness." - c'est la seule image authentique.

Le Toucher-La Tente

 

Détail du portrait de mariage avec Charles Brandon, duc de Suffolk

 

 

En août 1514, Wolsey négocie une alliance avec la France : l'Angleterre conserve la ville de Tournai, et la sœur d'Henri VIII, la ravissante Mary, âgée de dix-huit ans, devient la troisième femme du roi de France, Louis XII. Les contemporains ne tarissent pas d'éloges à son sujet : pour un ambassadeur vénitien, she is a paradise ; elle est grande, blonde, le teint clair et coloré, très affable, gracieuse ; " elle ressemble à une nymphe descendue du ciel ". Ses manières sont exquises, tant dans la conversation que dans la danse. Elle sait chanter, jouer du luth et du clavecin.

Jehan Perréal la peignit en Angleterre où Louis XII l'avait envoyé. Le 13 août 1514, la cérémonie des fiançailles a lieu dans les appartements d'honneur du palais de Greenwich. Louis d'Orléans, duc de Longueville, envoyé du roi de France, échange avec Lady Mary une copie signée de l'engagement mutuel. La princesse a quitté sa robe de cour pour un déshabillé magnifique, elle prend place sur un canapé, le fiancé par procuration retire l'une de ses bottes rouges, s'assoit à côté d'elle pendant quelques instants et lui touche la jambe de son pied nu.

" Le Treshault, Tresexcellent, Teschristien Roy de France Loys douziesme de ce Nom...par Moy Loys d'Orleans, Duc de Longueville...prent Dame Marie a sa femme & Espouze, & mon dit Tresredoubte Souverain Seigneur vous Promet, & moy pour Luy vous Promestz, que d'oresenavant, & durant sa naturelle Vie, il Vous aura, tiendra, & reputera pour sa Femme & Espouze ; Et sur ce, en vertu et povoir dessusdit, il et moy pour Luy vous en baille sa Foy." Rymer, Foedera, vol. 6.i, 72.

"Je Marie...prens ledit Seigneur Roy a mon Marye & Espoux, & en Luy Je consens comme a mon Marye & Espoux : & a Luy & a Vous pour Luy je Promettz que d'oresenavant, durant ma naturelle Vie, Je l'auray, tiendray, & reputeray pour mon Marye & Espoux ; Et sur ce baille a Luy et a Vous pour Luy ma Foy." Rymer, Foedera, vol. 6.i, 72.

 

Un somptueux trousseau estimé deux cent mille écus lui est préparé : les deux-tiers de vêtements sont à la mode France, près d'un tiers sont anglais, le reste provient de Milan. Henry " livre " Mary à la France sans dot, son trousseau et ses meubles anglais sont récupérables. Outre d'innombrables meubles, tapisseries, objets du culte, vaisselle plate d'or et de vermeil, incrustée de saphirs et de perles, la future reine de France reçoit de merveilleux joyaux, son sceau d'argent gravé aux armes d'Angleterre et de France, son sceau personnel en or, portant une couronne et quatre roses, et trente robes faites des plus riches étoffes, dont la robe de mariée en drap d'argent.

Pendant le temps de ces préparatifs, Louis XII, impatient de la voir, et qui s'ennuie fort, écrit à Wolsey : "Et quant à ce que m'escrivez de la venue par deça de la Reyne ma femme, je vous mercye de la peine que vous prenez pour les choses qui sont requises et nécessaires pour sa dicte venue et de l'extrême diligence que vous y avez faict et faictes, ainsi que le sieur de Marigny et Jehan Perreal m'ont escript, vous priant continuer et l'abréger le plus que vous pourrez, car le plus grand désir que j'aye pour l'heure présente est de la veoir deça la mer et me trouver avec elle... Faites mes recommandations au roy mon bon frère, votre maître, et lui dites que je lui prie m'envoyer sa sœur le plus tôt que faire se pourra, et qu'il me fera, en ce faisant, singulier plaisir." (lettre extraite du recueil de Thomas Rymer, Fædera, Conventiones, Literæ, et cujuscunque Generis Acta publica inter Reges Angliæ, et alios quosvis Imperatores, Reges, Pontifices, Principes, vel Communitates, London, 1709)

Mary lui envoie trois lettres en français :

1- Lettre de Mary à Louis XII datée d'Août 1514 (entièrement de sa main)
(The British Library Board. MS Additional 34208, fol. 27r).
Copie moderne de la lettre holographe. La feuille (197 x 321 mm) comprend des lignes espacées de 13 mm. Le scribe a laissé quelques espaces où vraisemblablement il ne pouvait pas lire l'écriture, puisque, après le premier espace, le mot "tenire" est écrit dans les marges, comme une supposition. Les lacunes sont indiquées par [*].

Monsieur bien humblement a votre bonne grace je me recommande. Jay recu les lettres qu'il vous a pleu mescripre de votre main, et ouy ce que mon cousin le duc de Longueville ma dit de votre part, en quoy jay prins tres grant joy, felicite, et plaisir, dont et de l'honneur quil vous a pleu me faire, me tiens a jamais votre [*] et obligee, Et vous [ici : le dessin encadré d'une petite fleur de lys] aimerry le plus cordialement que faire puis. Et pour ce que par mon cousin vous entendnez come toutes choses ont pris [manque] fin et conclusion, et le tres singulier desire que jay [*] vous faire plus longue lettre pryant [*…*] monsieur noter createur vous donner sainct et long vie. de la main de votre humble compagne
Marie.

 

2- Lettre de Mary à Louis XII datée d'Août 1514 (lettre d'un secrétaire, Mary a seulement signé de sa main)
(The British Library Board. MS Additional 34208, fol. 28r)

Monsieur Humblement a votre bonne grace je me recomande. pour ce que le Roy mon S[eigneu]r et frere envoye presentement par devers vous ses ambassadeurs, jay desire & donne charge a mon cousin le Conte Worcestre vous dire aucunes choses de ma part, touchant les fyansailles dentre vous et moy en parrolle de present. Si vous supplie Monsieur le voulloir en ce ouyr et croyre come moy mesmes, et vous asseure Monsieur come je vous ay dernierement escript et synifie par mon cousin le duc de Longueville, que la chose que plus je desire & souhaite pour le jourdhuy sest dentendre de voz bonnes nouvelles, sante et bonne prosperite, ainsi que mon de cousin le Comte de Worcestre vous saura a dire plus a plain, il vous plaira au surplies Monsieur me mander et comandez voz bons & agreables plaisirs pour vous y obeir et complaire par laide de Dieu qui Monsieur vous doint bon vie et longue
De la main de votre bien humble compagne
Marie.

 

3- Lettre de Mary à Louis XII datée d'Août/Septembre 1514 (lettre d'un secrétaire, Mary a seulement signé de sa main) (The British Library Board. MS Coton Vitellius CXI, fol. 156r)
La feuille de papier (194 x 197 mm) contient en filigrane une main touchant une fleur à cinq pétales. En face de sa signature, dans le coin inférieur gauche de la lettre, son sceau est imprimé à la cire, un blason portant les armes de France et d'Angleterre, couronné. A l'extérieur du blason, se trouvent à gauche, une fleur de lys et à droite, une rose Tudor.

 

Monsieur bien humblement a votre bonne grace Je me Recommende monsieur Jay par monsieur levesque de lencolne receu les tresaffectueuses lettres quil vous a pleu naguaires mescripre qui mont este a tresgrant joye et confort vous asseurant monsieur quil nya riens que tant Je desire que de vous veoir Et le roy monsieur et frere fait toute extreme diligence pour mon alee de la la mer qui au plaisir de dieu sera briesve vous suppliant monsieur me vouloir ce pendant pour ma tressinguliere s consolacion souvent faire scavoir de voz nouvelles ensemble voz bons et agreables plaisirs pour vous y obeir et complaire aidant notre createur qui vous doint monsieur bonne vie et longuement bien prosperer de la main de

votre bien humble compaigne
Marie

In Erin Sadlack, The French Queen's Letters: Mary Tudor Brandon and the Politics of marriage in sixteenth-century Europe, New York, Palgrave Macmillan, 2011, pp. 164-167.

 

La traversée de la Manche fut tumultueuse. 13 navires participèrent au transport de Mary et de sa suite. 100 hommes sur 500 moururent au cours de la tempête.

Louis XII se rend à Abbeville avec sa cour, pour y attendre la princesse et célébrer leur union. Le comte de Worcestre, qui a suivi le roi de France de Paris à Abbeville, écrit le 3 octobre à Wolsey : "Je puis vous assurer que le roi a merveilleusement à cœur de contenter la reine. Depuis ce matin qu'il a appris son débarquement, tout son plaisir est de s'occuper des bijoux qu'il pourra lui offrir : il m'en a montré qui sont les plus beaux que j'aie jamais vus. "

Il cite entre autres sept gros diamants ou rubis et sept perles très grosses. Il ajoute que parmi ces pierreries il y a dix ou douze pièces d'un tel prix qu'on a refusé cent mille ducats d'une seule, sans parler de beaucoup d'autres moins considérables, qui peuvent bien valoir deux mille ducats.

" Quand il m'eut montré toutes ces belles choses, continue Worcestre, tout cela, me dit-il, sera pour ma femme. Il me fit voir un coffre rempli de colliers, de bracelets, de ceintures, de bijoux d'or; puis il ajouta en riant : je ne lui donnerai pas tout cela en une seule fois, mais à plusieurs reprises, car je veux mériter souvent ses remerciements et ses caresses. Il pense sans cesse à l'instant où il pourra la voir, et rien ne lui fait tant de plaisir que d'entendre parler d'elle ".

Un chroniqueur présent à Abbeville écrit : " La dicte dame est tres belle honneste & joyeuse & est pour prendre plaisir en tous esbatemens, elle ayme la chasse & tyre de larc a la facon dangleterre si bien que merveille… Je croy que ce sera une dame daudasse, car elle ne seffraye de rien, & cy commende sagement a ses gens se quelle veult avoir. " (H. Cocheris, Entrées de Marie d'Angleterre femme de Louis XII à Abbeville et à Paris, Paris : A. Aubry, 1859. In Erin Sadlack, note 156 p. 219.)

L'arrivée de Louis XII et les préparatifs des fêtes de son mariage attirèrent à Abbeville une affluence considérable. Le lundi 8 octobre, de bon matin, le roi se mit en route avec toute sa cour et quinze cents chevaux pour aller au-devant de Mary. Cent trompettes précédaient le cortège : les officiers de la milice bourgeoise vêtus de pourpoints bleus à boutons et boutonnières d'or avec des houppelandes de drap écarlate, à parements de moire d'argent, chausses et bas écarlates et chapeaux galonnés ; les couleuvriniers, archers, cinquanteniers et arbalétriers, tous en uniforme ; le corps municipal, les mayeurs de bannières, en robes brun gris, et le clergé portant les reliques de Saint-Vulfran, de Saint-Vilbrod et de Saint-Scévold. On s'achemina en bon ordre jusqu'à la ferme de Saint-Nicolas, où le roi rencontra la princesse.

Elle était moult triomphamment accompagnée d'une foule de dames, de seigneurs d'Angleterre, des ducs de Valois, d'Alençon et de Bourbon ; des comtes de Vendôme, de Saint-Pol et de Guise, qui avaient été la recevoir à Boulogne, le 2 octobre, trempée, après une traversée mouvementée dans la tempête, et de deux cents archers anglais en hoquetons de drap rouge, avec boucliers, trousses de flèches et arc au poing.

La reine, à cheval, vêtue d'une robe de drap d'argent et d'une cotte de toile d'or. Sa coiffure, à la façon de son pays d'Angleterre, enrichie de pierres précieuses à l'entour de ses templettes.

Louis XII s'approche d'elle, lui adresse des paroles gracieuses comme moult bien le savoit faire, et l'embrasse. Marie d'Angleterre se place sous un dais de satin blanc semé de porcs-épics et de roses rouges et orné de franges de soie rouge et jaune, mêlées de fils d'or ; les bâtons d'argent qui le supportent enrichis d'or fin. Les seigneurs anglais, vêtus de drap d'or, marchent à la tête du cortège ; viennent ensuite les dames montées sur de belles haquenées, richement enharnachées de velours cramoisi, trois chars superbes et quantité de voitures pesamment chargées. Une foule considérable escorte la reine, jusqu'à la porte Marcadé. Au-dessus de cette porte, ornée de deux écus aux armes de France et d'Angleterre qu'un ange tient dans chacune de ses mains, se lit ce vers composé par le médecin du roi, Jean Ruel : Pulchra Maria vales lilia colligere.

La reine entra dans la ville au bruit des cloches et du canon. Elle y fut reçue moult honorablement par toute la noblesse de la province ; et pareillement s'y employèrent, selon leur endroit et possible, les manants et habitants d'Abbeville. Les rues où devait passer le cortège avaient été nettoyées avec le plus grand soin, et de distance en distance on avait dressé des théâtres où des comédiens représentaient des mystères et des allégories en l'honneur de la reine et du roi. Sur l'un de ces théâtres, l'on avait construit un navire avec ses mâts, ses hunes, ses avirons et son gréement complet de deux cents brasses de cordes. - Ici, un serpent à sept têtes jetait en abondance du vin blanc, à l'heure un petit devant et après que icelle dame passoit. Là, un lis entouré de roses duquel lis sortoit comme dessus vin blanc et vermeil. Plus loin, un beau verger, nommé le Verger-de-France d'où jaillissaient deux enfants habillés en lansquenets, qui portaient à la main des bannières de taffetas blanc fleurdelisées et conduisaient deux porcs-épics au-devant d'une belle jeune fille représentant Marie d'Angleterre. Sur un autre théâtre, Eve, vêtue d'une longue robe, se promenait dans le paradis terrestre, et en sortait par une porte dorée.
A chaque pas, de nouvelles merveilles fixaient les regards.

La reine descendit à l'église Saint-Vulfran pour y faire ses prières, et se rendit ensuite à l'hôtel de la Grutuze où logeait le roi. Le corps de ville lui fit présent de deux grands plats d'argent.

Monsieur d'Angoulême mena tous les princes d'Angleterre souper en son logis, où furent merveilleusement bien festoyés... Et le souper fait, retournèrent tous au logis du roi... Et estoit déjà la reine en la salle, et se commencoient les danses de toutes parts et durèrent bien tard. Mary se retira ensuite dans son hôtel, où elle fut conduite aux flambeaux par une galerie couverte construite exprès à travers les jardins.

Le lendemain, à neuf heures du matin, les deux époux reçurent la bénédiction nuptiale dans un appartement de la Grutuze, tendu de drap d'or, où l'on avait dressé un autel, en présence du nonce du pape, des cardinaux d'O et de Prie, de l'archevêque de Rouen, et des ambassadeurs de Venise et de Florence. La reine avait les cheveux pendants, et sur la tête un chapeau de pierreries, mais sans couronne ; elle ne devait en porter qu'après son sacre. "La Rose d'Angleterre fut mariée à un vieil homme édenté, scrofuleux, goutteux." Philippe Erlinger, Henri VIII, Perrin, 1982, page des illustrations.

Toute l'après dînée et le soir fut faite la plus grande chère du monde ; et le lendemain le roi disoit qu'il avait fait merveilles ; toutefois, je crois ce qu'il en est, ajoute Robert de Fleuranges, car il était bien mal aise de sa personne.

Blason de Mary, reine de France

" parti, de France moderne, qui est d'azur aux trois fleurs de lys d'or
et écartelé au 1 et 4 de France moderne d'azur aux trois fleurs de lys d'or
et au 2 et 3 d'Angleterre, qui est de gueules aux trois léopards d'or, armés, lampassés d'azur
"

 

Jean du Treul, qui a vu Mary et Louis à Beauvais rapporte au maire et aux échevins de Dijon : "et est une aussi belle dame que jamais dame nature créa ; et l'ayme tant le Roy". (Joseph Garnier, Correspondance de la Mairie de Dijon,"Analecta divionensia: Documents Inédits pour servir à L'Histoire de France Vol. I, Dijon, J-E. Rabutot, 1868). in Erin Sadlack, note 155 p. 219.)

Louis XII, déjà vieux et cassé, tâchait, à force de présents et de soins affectueux, de faire oublier son âge à la princesse. Le jour même du mariage, il lui donna un fort beau diamant avec un rubis de plus de deux pouces de long, qu'on estimait dix mille marcs, et le lendemain un autre rubis de deux pouces et demi de long, gros comme le doigt, suspendu par chaque extrémité à une chaîne d'or. Le jour suivant, il lui offrit un magnifique diamant d'où pendait une grosse perle ronde.
Il eut une attaque de goutte qui le retint plusieurs jours à Abbeville, et Mary ne le quitta pas un seul instant. " Elle est toujours avec lui, disaient les ambassadeurs dans leur lettre au roi d'Angleterre, et fait pour lui ce qu'il est possible qu'une femme fasse pour son mari ".

Selon les Mémoires de Robert de Fleuranges, Louise de Savoie se montre soupçonneuse à l'encontre de Mary, ce qui l'amène à commander à Claude de ne pas bouger de la chambre de Mary durant le jour tandis que Mme d'Aumont y passerait la nuit : "Et avoit tant faict ledict sieur, que madame Claude, sa femme, ne bougeoit de la chambre de la Royne, et lui avoit-on baille madame d'Aumont pour sa dame d'honneur, laquelle couchoit dans sa chambre."

 

*

Tapisserie  flamande du XVIe siècle à Hever Castle, Edenbridge, Kent,

illustrant le mariage de Mary et de Louis

sur les sites Pinterest et Delcampe.net

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attribué à Jean Perréal

Dans E M Bancel, Slatkine Reprints, Genève, 1970, p. 139.
(Jehan Perréal dit Jehan de Paris, peintre et valet de chambre des rois Charles VIII, Louis XII et François Ier : Recherches sur sa vie et son œuvre, Paris, H. Launette, 1885.)
Noté dessous, de gauche à droite :
"Jehan Perréal, Pinx ! - Marie d'Angleterre - Chromolith. R Engelmann. PARIS."

Les gravures sur bois sont de MM. Pannemaker père et fils.
Les chromolithographies ont été tirées par la Maison Engelmann.

 

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Gravuresur bois, d'après nature ou d'autres portraits du temps, dans Moncetto di Castiglione, Epistola..., 1515, Paris, H. Estienne. Reproduit dans l'opuscule de Jules Renouvier, Jehan de Paris, varlet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles VIII et Louis XII, Paris, Duplessis, 1861.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56121295/f5.image.r=jules%20renouvier

 

*


Portrait gravé dans Louis-Marie Lanté (né en 1789), auteur de Galerie française de Femmes célèbres par leurs talens leur rang ou leur beauté. Portraits en pied, d'après des originaux inédits, gravés par Georges-Jacques Gatine et coloriés. Avec des notices biographiques et des remarques sur les habillemens, Paris, imprimerie de Crapelet, 1827.
http://www.bn-r.fr/fr/notice.php?id=MON_FOL_301072


*

 

Mary, Virgini pariturae, la Vierge qui doit enfanter. Le roi voulait un fils ! Lors de l'entrée de Mary à Paris, le dernier échafaud devant la porte du château royal représentait la France comme un jardin où étaient assis le roi et la reine ; au-dessus figurait une scène de l'Annonciation. Gabriel : ... ecce concipies in utero et paries filium ... Marie : ... ecce ancilla Domini fiat mihi secundum verbum tuum.

Dans une enluminure Oraison faite a marie d'angleterre royne de France (BnF), toute la cour de France rend hommage à la nouvelle reine. La couronne qui lui est présentée porte au centre trois fleurs de lys, à gauche, trois roses blanches et à droite, trois roses rouges.
(dans Nicole Hochner, Louis XII. Les dérèglements de l'image royale, Champ Vallon, 2006, p. 269)


Divers portraits représentant Marie d'Angleterre, reine de France


- Peinte en 1514-1515, dans un manuscrit présenté à Marie d'Angleterre par l'Université : N° 9715, ancien fonds français.

- Portrait peint à la même époque dans le manuscrit 1251, suppl. français. Voir l'ouvrage intitulé : Lives of the princesses of England, par M. Everett Green. Londres, 1854. In-8°, t. V. p. 70.

- Peinte en 1515-1516, lors de son second mariage, et représentée avec Charles Brandon, marquis de Suffolk, son nouvel époux ; gravé par Mme Green, Lives, etc., en tête du volume cité.

- Tapisserie du 16e siècle représentant Marie et Suffolk ; citée par Mme Green. Ibid., p. 105, note 2.

- Gravé vers 1645, " d'après son portrait de Londres," dans la suite des Rois et Reines qui accompagnent la grande édition de Mézeray, Histoire de France.

- Gravé dans les Femmes célèbres de Lanté : Voir Green, vol. cité, p. 70.

http://www.archive.org/stream/revuearcheologi04pari/revuearcheologi04pari_djvu.txt

 

 

A lire le beau livre d'Isabelle RENAUD-CHAMSKA, Marie Madeleine en tous ses états, Cerf, 2008

 

 

 

 

Quelques présences de fleurs de lys sur les vêtements ou objets appartenant à la Dame

 

Mary appartient au corpus des 113 princesses dont Bartolomé Bennassar étudie l'histoire personnelle dans son livre Le Lit, le Pouvoir et la Mort, Reines et Princesses d'Europe de la Renaissance aux Lumières (Editions de Fallois, 2006).
Le lit, (celui, peu agréable, de Louis XII qu'elle dut accepter ; voire celui, plus acrobatique de François 1er qu'elle refusa) eût pu être " le passage obligé vers les avenues du pouvoir ", en tant que reine-mère ou régente à la mort prématurée du roi. Il n'en fut pas ainsi.
Le lit eût pû être pour elle, suite au " harcèlement procréateur, inspiré par les exigences des successions et des alliances ", la condamnation " à une mort précoce, tout en (l')excluant de toute espérance de pouvoir à l'instar de Maria de Portugal et Elisabeth de Valois, épouses de Philippe II et mortes à 18 et 23 ans, de Claude de France morte à 25 ans, mère de sept enfants.
Mary appartient aux 65 % (73 sur 113 soit les deux tiers) de princesses mariées avant leur vingtième année, pourcentage beaucoup plus élevé que celui de l'ensemble de la population. Elle eût pû partager le sort des 31 jeunes filles mariées avant leurs 16 ans, entre 10 et 15 ans. " Dès lors que la mariée était nubile, la consommation charnelle était immédiate. " Anne de Bretagne accoucha de son premier enfant à 15 ans, Louise de Savoie (née en 1476) à 16 ans (Marguerite naît en 1492), Claude de France (née en 1499) à 16 ans (Louise de France naît en 1515).

La mort rapide de Louis XII et sa décision d'épouser (et de se faire épouser par) Charles Brandon à Cluny même la sauva peut être d'une mort prématurée liée aux nombreuses grossesses et aux accouchements difficiles. Pourtant, après avoir mis au monde trois enfants, elle mourut en 1533 à 37 ans. Bien jeune !
Si veuve, elle n'a pas joué un rôle politique de premier plan comme Marguerite d'Autriche ou Louise de Savoie, elle n'a pas eu la fin tragique de Jeanne la Folle, Catherine d'Aragon, Isabeau d'Autriche ou Marie Stuart.

Lettre de Mary à Henry VIII du 6 Mars 1515
British Museum



A la mort de Louis XII, Mary a refusé d'être à nouveau " sacrifiée à la raison d'Etat ", ce que de nombreuses princesses ont accepté " sans révolte apparente ". Sa ténacité, son courage et sa lucidité, l'amour d'un frère pourtant impitoyable, lui ont permis d'échapper au destin ainsi évoqué par Bartolomé Bennassar : " on exagérerait à peine en affirmant que, parmi les femmes des siècles passés, reines et princesses comptèrent souvent parmi les victimes les plus pitoyables. " Dans la solitude et la ténèbre de sa quarantaine à Cluny, l'exemple de sa belle-sœur, Catherine d'Aragon (déracinement loin de son pays natal, remariage avec son beau-frère Henry après la mort d'Arthur, trois enfants morts-nés et deux nourrissons morts prématurés de 1510 à 1514), lui a montré la voie de son salut. " Mais seules quelques jeunes femmes se trouvèrent vraiment en situation de pouvoir reconstruire leur destin. "

Marie eut pour Louis tant d'appas & d'attraits,
Qu'elle gagna le Cœur de ce vaillant Monarque ;
Mais elle vid changer par les mains de la Parque
Ses Myrthes amoureux en funestes Cyprés.

François Eudes de Mézeray, Histoire de France, depuis Faramond jusqu'à maintenant, Paris, 1643-1646-1651, 3 vol. T.II, pp. 378-379 http://cour-de-france.fr/article2596.html

 

Lire l'étude suivante :
Sylvène Edouard, " Corps de Reine. Du corps sublime au corps souffrant d'Élisabeth de Valois (1546-1568) ", Chrétiens et sociétés, 12, 2005, mis en ligne le 02 mars 2012 : http://chretienssocietes.revues.org/2186

Les lignes suivantes sont extraites de ce texte :
" Par la pratique d'un corps qui ne s'appartient pas, le corps d'Élisabeth de Valois fut un corps de reine dans le maintien strict de sa personne, dans l'étiquette de la Cour, dans la belle apparence des parures et des portraits. Ce fut aussi un corps de reine dans sa chair douloureuse, objet politique de chair et d'os, négocié et livré comme enjeu de la paix, avec le devoir de plaire pour garantir ses chances d'enfanter jusqu'à en mourir. "

" Le corps de la reine n'est pas seulement ce corps-idée, celui de la majesté. Il est aussi politique dans sa chair, tel un objet de négociation, livré ensuite comme garant de la paix, et incarnant cette paix. Il est aussi objet d'une séduction qui doit s'exercer sur le roi et la Cour pour accomplir son devoir d'être porteur d'héritier.
Le destin de la princesse Élisabeth, comme celui de chaque princesse, est de servir les intérêts de la Maison : elles sont d'emblée destinées un jour à être négociées. "

 

Barbara Harris observe que quelques femmes, telles que Margery Paston et Margaret Douglas, se sont mariées secrètement mais note que Mary est " probablement la femme la plus connue du début du 16è s. qui conteste ouvertement un mariage arrangé. (" probably the best known early-sixteenth-century woman who openly challenged the arranged marriage ") ("Power, Profit and Passion : Mary Tudor, Charles Brandon, and the Arranged Marriage" in Early Tudor England. Feminist Studies 15.1 (Spring 1989): 59-88.), 62-63 in Erin Sadlack, note 31 p. 212.

 

* * * * * *

 

Albert Carré pour le livret et André Messager pour la musique raconteront le mariage de Mary et de Louis XII dans La Basoche, œuvre en trois actes créée à l'Opéra-Comique le 30 Mai 1890. Vous saurez tout en consultant les sites :

http://perso.wanadoo.fr/anao/œuvre/basoche.html

http://perso.wanadoo.fr/anao/composit/messager.html

 

 

Voici des poésies dédiées à Mary et écrites par Frère Loys Du Bois ou Silvius, un bénédictin du Mans, de l'abbaye de la Couture. Il s'intitulait lui-même " philologus ", titre peu ordinaire au début du XVIè siècle. Il dut voyager ; il écrivait en latin, en italien et en espagnol. Il mourut en 1517.

Ces poésies, un sonnet italien et quatre quatrains espagnols, introduisent un livre imprimé en Février 1515 (Paris, Poncet Le Preux) qui contient une épître consolatoire de la mort de Louis XII que Benedetto Moncetti (commissaire apostolique délégué en France et en Angleterre pour la réforme des ermites de Saint-Augustin) dédie à Frère Loys Du Bois.

Sonetto di messer Lodovico Silvio Mauro, philologo di Cenomanese, alla regina Maria Anglesche, vidua, in la lingua italica toscana.

Fuge el consortio d'ogni altro animale,
Di fede armata e cincta di pietà,
La tortora che perso el compagno ha,
Nè al verde ramo più stende sua ale.

Vede a natura quanto fede cale
Se un cor sanza razon solitar sta
Privo d'ogni piacer, Amor che fa
Che'l nodo conjugal poi morte vale ?

Se in generoso pecto geme el core
Qual deste ad un che tene priva morte,
Sostentilo l'onesto e sacro amore

A viver comme vol tua dura sorte,
Non si da palma mai sanza labore.
Di pudicitia sal Lucretia forte.

E Penelope acorte,
Molte altre troverai. Lege questa opra
Che tua viduità di virtù copra.

Fra Lodovico Silvio

* * *

Lamentacion de la muy alta Maria Inglese, reyina de Francia,
infortunada biuda ; fecha e compuesta en lengua castellana o espágnola.

O Muerte perversa, dy por quales leyies
Pudiste y quisiste biuda dexar
Rreyina tam noble y tan singular,
Hija y muger y hermana de rreyies ?

O grave dolor ! O tristes tricteczas !
O Muerte maligna, dexaras segura
Tan sublime rreyina de tanta hermozura,
De tan gran linage, de tantas riqueczas !

Altas caidas no suelen venir.
Si no a altas personas y grandes estados ;
Mas los coraczones modestos templados
Con patientia suelon sus males sufrir.

Por esso, muy linda, muy noble, excellente,
Magnifica, bella, casta, benigna,
Infelice, reyna soys de mas bien digna,
Quanto biuda os monstrais mas prudente.

(dans Emile PICOT, Les Français italianisants au XVIè siècle, Tome 1, Burt Franklin, New York, 1968)

 

 

Lors de l'exposition " Tours 1500, capitale des arts " au Musée des Beaux-Arts, fut exposée une pièce des plus précieuses : 11 des 15 feuillets retrouvés du Livre des Heures de Louis XII réunis pour la première fois, depuis le XVIe siècle, dans la ville où ils ont été conçus. Ce manuscrit devait compter, à l'origine, entre 200 et 300 feuillets.
Marie l'a vraisemblablement emporté avec elle en Angleterre en Avril 1515. Deux siècles plus tard, ses pages ont été dispersées et jusqu'à présent conservés aux USA et en Angleterre. En 2006, les 15 feuillets sont présentés pour la première fois au public au Jean Paul Getty Museum de Los Angeles.
Ces peintures miniatures réévaluent grandement l'œuvre de Bourdichon.

 

 

Maison de Mary d'Angleterre
en Octobre - Décembre 1514

(29 enregistrements - BNF ms. fr. n. a. 9175 - folios 365-366)

d'après Caroline zum Kolk, La Maison des reines de France au 16e siècle. Nobles, officiers et domestiques (1494-1590), Paris, Cour de France.fr, 2007. Base de données mise en ligne le 19 décembre.
http://cour-de-france.fr/article131.html

 

 

Personnes

Charges
Gages
en livres tournois
Anthon, Jacques de
Aumônier et confesseur
-
Aumont, Claude de
Panetier
300
Bernay, Jeanne
Dames et demoiselles
-
Bernay, Yolande
Dames et demoiselles
-
Bester, Françoise de
Dames et demoiselles
400
Blond, Richard
Ecuyer d'écurie
300
Bordeaux, François de
Seigneur de la Poissonnière
Maître des requêtes de la reine et un de ses secrétaires
Secrétaire
-
Boulonne, Marie
Dames et demoiselles
240
Cerisay, Nicolas
Seigneur de la Rivière
trésorier général et maître de la chambre aux deniers de la dite Dame
Trésorier
-
Chavigny, Guyonne de
Dames et demoiselles
-
Clinthon, Thomas
Valet tranchant
300
Entremont, Anthoine de
dit le Poulain
Panetier
300
Gamaches, Jean de
Seigneur de Jussy, chevalier
Maître d'hôtel
800
Gauthelin, Guillaume
Médecin
Gerengain, Jeanne
Dames et demoiselles
200
Gray, Edward
Valet tranchant
300
Gray, Isabelle
sœur du marquis d'Angleterre
Dames et demoiselles
400
Gray, Isabelle
Dames et demoiselles
300
Gray, Richard
frère du marquis d'Angleterre
Echanson
300
Jean, Thomas
Ecuyer d'écurie
300
La Rivière, Jeanne de
Dames et demoiselles
-
La Tour, Anne de
vicomtesse de Turenne
Dames et demoiselles
-
La Vallée, Anne de
Dames et demoiselles
-
Maillé, Françoise de
dame d'Aumont
gouvernante de la reine
Dames et demoiselles
1 200
Menypeny, Alexandre de
Seigneur de Concressault
premier maître d'hôtel
Maître d'hôtel
800
Menypeny, Anne de
dame d'Oyson
Dames et demoiselles
500
Pol, Arthus
Echanson
300
Rochechouart, Françoise de
Dames et demoiselles
-
Vallap, Jean
Valet tranchant
300

 

Lire pour les règnes suivants :
Jacqueline Boucher, "L'évolution de la maison du roi : des derniers Valois aux premiers Bourbons", dans XVIIe siècle, 34e année, n° 137, oct-déc. 1982, p. 359-379. Article réédité sur Cour de France.fr le 1er septembre 2012 :
http://cour-de-france.fr/article2483.html


 

Charles BRANDON, duc de SUFFOLK

 

 

http://en.wikipedia.org/wiki/Charles_Brandon,_1st_Duke_of_Suffolk

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Brandon

http://englishhistory.net/tudor/relative/brandon.html

http://www.tudorplace.com.ar/Bios/CharlesBrandon.htm

Né vers 1484, Charles Brandon est un " parvenu " dont le père, William Brandon, fut tué au cours de la Guerre des Deux Roses, à la bataille de Bosworth en 1485, selon la chronique par Richard III lui-même qu'Henry VII allait détrôner. Vers 1494, orphelin, il devint le compagnon du prince Arthur, puis d'Henry, partageant tous deux leur passion mutuelle pour la chasse, l'équitation, la joute, le jeu de paume et toutes les activités physiques de futurs guerriers.
A partir de 1515, Charles Brandon fut, après Wolsey, l'homme politique le plus influent en Angleterre. Sa carrière fut le prototype de la nouvelle aristocratie qui émergea grâce à une plus grande mobilité sociale ; son ascension, comme celle de nombreux compagnons d'Henry VIII, fut fulgurante, les faveurs arrivant presque automatiquement et fréquemment sans être sollicitées.

Courtisan préféré d'Henry VIII, il fut fait duc de Suffolk en 1514 en héritant du titre et des terres confisquées d'Edmund de la Pole, " White Rose ", emprisonné durant sept ans à la Tour de Londres puis exécuté en 1513 pour les sympathies yorkistes de la famille. Charles Brandon devenait l'un des trois Pairs les plus importants et l'un des propriétaires terriens les plus riches du pays.

 

Ses épouses

1- Élisabeth Grey (1513-1515)
2- Margaret Mortimer
3- Anne Browne (? - 1511)
4- Marie d'Angleterre (1515-1533)
5- Catherine Willoughby (1533-1545)

Sa descendance

Dans l'Oxford Dictionary of National Biography, à l'entrée " Brandon ", Steven Gunn écrit : "Au début de l'année 1508, il épousa secrètement Anne Browne dans l'église de Stepney, puis publiquement à St Michael Cornhill. Entre 1506 et 1509, ils eurent une fille, Anne, dont la légitimité a été plus tard remise en question selon l'exactitude des événements. Dans l'été 1510, leur deuxième fille, Mary, incontestablement légitime, est néé. Anne Browne est morte peu de temps après.

A ce moment ou plus tard, Brandon fut aussi père de trois " bâtards ", Charles, qui deviendra Sir Charles Brandon de Sigston (mort en 1551), Mary, qui a épousé Robert Ball de Scottow, et Frances, qui a épousé successivement William Sandon et Andrew Bilsby. "

— Avec Anne Browne
1.
Anne Brandon (1507-1509 ? - janvier 1558) : elle a épousé Edward Grey, 3e baron Grey de Powis entre 1521 et 1525, devenant Baronne Grey of Powys ; puis elle s'est séparé de lui en 1537 ; après la mort d'Edward Grey en 1551, elle s'est remariée avec Randal Haworth.
2. Mary Brandon (1510 - v. 1542) : elle a épousé Sir Thomas Stanley, 2nd Lord Monteagle.

Mary, Lady Monteagle - fille de Charles Brandon et d'Anne Browne

— Diverses sources suggèrent que Charles Brandon a eu des enfants " illégitimes "
1. Charles, marié avec Elizabeth, veuve de Sir James Strangways (1410-1480)
2. Frances, mariée avec William Sandon, puis Andrew Bilsby
3. Mary, mariée avec Robert Ball of Scottow, (Norfolk)

— Avec Marie d'Angleterre, reine douairière de France
1. Henry Brandon (11 mars 1516 - 1522), en hommage au frère-roi.
2. Frances Brandon (16 juillet 1517 - 20 novembre 1559), née le jour de la saint François. Il semble qu'elle a été la première Anglaise à porter ce prénom. Elle épousera Henry Grey, 3e marquis de Dorset puis duc de Suffolk, et Adrian Stokes en secondes noces. Elle sera la mère de Lady Jeanne Grey.
3. Eleanor Brandon (1519 - 27 septembre 1547), qui épousera Henry Clifford, 2e comte de Cumberland.
4. Henry Brandon (1522 - 1er mars 1534) créé 1er comte de Lincoln en 1525.

— Avec Catherine Willoughby (v. 1519 - 1580)
A la mort de Charles Brandon, elle épouse, vers 1553, Richard Bertie, fils de Thomas Bertie et Aline Say.
1. Henry Brandon, 2e duc de Suffolk (18 septembre 1535 - 14 juillet 1551)
2. Charles Brandon, 3e duc de Suffolk (1537 - 14 juillet 1551)

Katherine Willoughby
Duchesse de Suffolk
Baronne Willoughby de Eresby

Henry Brandon (1535-1551)
2nd duc de Suffolk
Hans Holbein le Jeune - 1541
Royal Collection - Windsor Castle

Charles Brandon (1537-1551)
3ème duc de Suffolk
Hans Holbein le Jeune - 1541
Royal Collection - Windsor Castle


La vie de Charles Brandon est retracée dans le livre de Steven J. Gunn, Charles Brandon, Duke of Suffolk, Basil Blackwell, Oxford, 1988.

 

Mary Tudor et François d'Angoulême

Les rapports de François d'Angoulême (qui n'est pas encore roi) avec Mary ont été hautement colorés par des élucubrations basées seulement sur la rumeur de la Cour et les suppositions des contemporains.
Walter Richardson rejette catégoriquement l'allégation (répétée à satiété depuis que Brantôme en a parlé) que Mary voulait à tout prix un enfant mâle et qu'elle était prête à prendre un amant pour ce faire. L'accusation n'est ni logique, ni réaliste, ni étayée par les faits, mais seulement expliquée par le zèle jaloux de Louise de Savoie qui veut protéger le trône promis à son fils.
Mary fit dans ses lettres mention des fréquentes visites de François à Cluny ; dans une lettre à son frère (que je traduis), vers le 15 Février 1515, elle écrit : " … le roi français, mardi dernier, est venu me voir de nuit et a eu avec moi plusieurs conversations parmi lesquelles il m'a demandé si je n'avais jamais fait aucune promesse de mariage de quelque sorte que ce soit, m'assurant sur son honneur, sur la parole d'un prince, qu'en cas où je serais franche avec lui sur ce sujet, il ferait pour moi à cet égard au mieux de son pouvoir, que cela soit dans son royaume ou en dehors. Ce à quoi j'ai répondu que j'ouvrirais pour lui le secret de mon cœur en toute humilité, comme pour le prince du monde après Votre Grâce dans lequel j'ai le plus de confiance.
Ainsi je lui ai déclaré la bonne opinion que pour diverses considérations je porte à mon seigneur de Suffolk, lui demandant non seulement de m'accorder sa faveur et son consentement, mais aussi d'écrire de sa propre main à Votre Grâce pour vous prier de m'apporter votre faveur semblable et d'être satisfait de mon choix. Il m'assura qu'il le ferait…
Sire, je vous implore très humblement de considérer favorablement la réponse que j'ai faite au roi français, seulement pour être libérée de l'extrême douleur et du chagrin que j'éprouvais en raison de sa requête qui ignorait clairement mon honneur. Aussi, Sire, je craignais grandement qu'au cas où je lui eusse caché ce problème, il aurait pu ne pas bien considérer mon seigneur Suffolk, et aurait plutôt retourné contre lui ses mauvaises pensées et ses requêtes.
"

Elle ajoute dans un post-scriptum que si Henry refuse de la laisser choisir son mari, François 1er peut renouveler ses demandes (" renew his suits ") et que son extrême aversion pour une telle éventualité est proche du désespoir : " I would rather be out of the world than it should so happen : je voudrais plutôt être hors du monde si cela devait arriver ". Sa foi chrétienne lui interdisant le suicide, elle a pu souhaiter, solutions ultimes, que son Dieu la rappelle à Lui ou le retrait dans un couvent.
Mary a peur que François 1er (et son frère) ne la marie avec n'importe quel prince, très jeune ou trop vieux, au fin fond de l'Europe. Elle comprend peut-être que François 1er ne pense qu'à sa couronne royale et que permettre à Mary d'épouser Suffolk est jouer un bon tour à Henry VIII, le privant d'un second mariage diplomatique qui scellerait des alliances anti-françaises. En ces temps, la femme était un objet d'échange socialisé ; Mary, mariable à souhait. Sauf à s'engager elle-même, fermement.

Brandon, dans ses lettres, rapporta la même version des faits. "The malfantasy and suits " de François étaient-elles des invitations pressantes " à coucher " pour la compromettre et la forcer ainsi à lui obéir ou des demandes réitérées à s'engager à se remarier car une douzaine de prétendants avaient déjà fait offre, attirés par la jeunesse et la beauté de Mary et par les revenus d'un douaire important : Antoine le Bon, duc de Lorraine (26 ans) ; Charles III, duc de Savoie (29 ans) ; Jean (13 ans), fils aîné d'Emmanuel le Fortuné, roi du Portugal ; Guillaume IV, duc de Bavière (22 ans) ; l'ex-fiancé, Charles (15 ans), prince de Castille, futur Charles Quint ; et son grand-père Maximilien lui-même, le vieil archiduc d'Autriche et empereur germanique (56 ans).

Mary ne désirait que revenir en Angleterre mais elle savait que ce retour dépendait en grande partie de François qui pouvait user de représailles financières, l'exiler en un château reculé du royaume, voire la marier à son bon plaisir. L'ambassadeur anglais en Allemagne, Sir Robert Wingfield, conseillait à Henry de rapatrier Mary en Angleterre pour protéger l'enfant qu'elle pouvait porter ou, si elle était encore " a maid ", " une jeune fille " non enceinte, pour l'avoir " sous la main ". L'ambassadeur anglais en Flandres, Sir Thomas Spinelly, affirmait de son côté que le dessein de François était de marier Mary à son gré.
La situation délicate et douloureuse vécue par Mary, marionnette dont on tire les ficelles, fait écrire à Brandon que Mary "had been sore pressed in that matter as well by the King [thant now is] as other, yet si never consented, nor never would do, [but rather] suffer the extremity of death : elle a été grandement harcelée en cette situation aussi bien par le roi actuel (François 1er) que par l'autre (Louis XII), situation à laquelle jusqu'à présent elle n'a jamais consenti, qu'elle n'a jamais voulu, mais elle a plutôt souffert l'extrémité de la mort. "

De son côté, François, même s'il a pu penser (certains l'affirment) divorcer de Claude déjà enceinte et épouser Mary, ne pouvait qu'encourager Mary à épouser Brandon, enlevant à Henry VIII la possibilité de conclure une alliance avec un adversaire potentiel de la France

 

Le mariage de Mary Tudor et de Charles Brandon

Les documents sont assez silencieux sur les relations entre Mary et Charles avant son départ pour la France. Le nom de Charles fut lié à celui d'autres femmes, mais pas à celui de Mary. Les seules mentions d'une relation quelconque sont de vagues allusions à un attachement entre eux qu'ils avouèrent rétrospectivement dans leurs lettres à Wolsey et Henry écrites de Paris.

La date exacte de ce premier mariage est incertaine. Edward Hall (Chronicle, 582) note qu'il a lieu à l'hôtel de Cluny où Mary loge. Après le retour du couple en Angleterre, Brandon et Wolsey envoient William Sidney auprès de François 1er pour lui demander de dissimuler les détails, mais le compte rendu de leurs directives subsiste. Il rappelle que Mary en est la seule instigatrice et mentionne que la cérémonie se tient secrètement pendant le Carême qui débute le 21 Février cette année 1515. Le même document note que seul François est au courant du mariage sans préciser s'il en est averti à l'avance. Dans la lettre d'excuse que Brandon envoie à Henry, il note que dix personnes seulement sont présentes et exonère expressément West et Wingfield, ajoutant que Mary craint qu'ils ne le dissuadent.
Après le 18 Février, Wolsey écrit à Brandon qu'Henry vient de lui écrire une lettre de sa propre main lui disant, avec l'accord de son conseil privé, de concentrer ses efforts pour recouvrer la dot de Mary et ses biens, sans quoi il ne consentira pas au mariage. Il est impossible de savoir si la lettre d'Henry représente le facteur déterminant, mais Mary et Brandon décident de se marier secrètement en France. Dans sa lettre à Henry, elle affirme l'entière responsabilité de la décision, expliquant avoir dit à Brandon que s'il ne l'épousait pas dans les quatre jours, elle ne serait jamais à lui. Si la lettre d'Henry refusant de s'engager pour le mariage a déclenché la décision, cela plaide pour une date autour de 24 Février, à condition qu'on ait réduit l'isolement de Mary de quatre jours. (Erin Sadlack, p. 105 et note 83 p. 226)

 

Trois faits sont certains :

1- la promesse d'Henry VIII à Mary de la laisser épouser qui elle voudrait après la mort de Louis XII : " Sire, je supplie votre Grâce de tenir toutes les promesses que vous m'avez faites quand je vous ai quitté sur le rivage. Vous savez bien que je me suis mariée pour votre plaisir à cette époque [pour le bien de la paix et pour le progrès de vos affaires], et maintenant j'ai l'espoir que vous souffrirez que je me marie comme je le souhaite ".
Quels étaient alors ses sentiments pour Suffolk, elle ne le divulgue pas mais avoue qu'elle était bien disposée à son égard et elle assume l'entière responsabilité pour un tel attachement qui avait grandi entre eux, assurant son frère que Charles n'avait hâté aucune demande : " Maintenant que Dieu a rappelé mon dernier mari à sa merci et que je suis libre, frère le plus cher, me souvenant des grandes qualités que j'ai vues auparavant chez mon seigneur de Suffolk, pour lequel j'ai toujours eu de l'estime, comme vous le savez bien, je suis clairement déterminée à l'épouser.. "
Vérité d'avant le mariage secret sans le consentement royal ou justification après-coup.

2- la promesse de Brandon à Henry VIII faite à Eltham début janvier 1515, clairement attestée, qu'il ne ferait aucune avance personnelle à Mary pendant le temps de son ambassade auprès de François 1er. Henry devait craindre à la fois la faiblesse de Brandon face aux larmes de Mary [" Sir, I never saw woman so weep ". Sire, je n'ai jamais vu une femme tant pleurer, écrivit-il à Henry] et les tentatives de Mary pour persuader Brandon de l'épouser afin d'échapper à un second mariage diplomatique. Dans une lettre du 22 avril 1515 à Henry, Brandon admet avoir enfreint sa promesse, se soumettant à la clémence [mercy] du roi " de faire avec mon pauvre corps votre aimable plaisir " [to do with my poor body your gracious pleasure]. Selon Wolsey, cette violation sérieuse de l'honneur, ce reniement de la parole donnée, cette déloyauté, irritèrent Henry bien plus que le mariage secret, car sa confiance en Brandon était telle " que pour tout le monde, et pour avoir été déchirée, écartelée avec des chevaux sauvages [to have been torn with wild horses] vous n'auriez pas brisé davantage votre serment faite à sa Grâce qui fit bien percevoir qu'il était trompé de la fidèle et sure confiance qu'il pensait trouver en vous ".

Mary écrivit à son frère une lettre d'explication disculpant Charles Brandon et s'autorisant de sa promesse faite à Douvres. "... je vous assure, j'ai agi uniquement de ma propre volonté, sans aucune demande ou insistance de mon dit Lord de Suffolk ou d'autre personne."

La réponse d'Henry fut longue à venir. Intrigues au Conseil à Londres : certains réclamaient son renvoi, d'autres sa tête ; bonne entente à Paris entre Suffolk et François 1er : banquets, joutes… Le traité avançait bien.
La réponse d'Henry arriva sous la plume de Wolsey qui rapportait la décision royale : vous vous êtes mis dans le plus grand danger comme jamais homme ne fut, mais un remède existe, financier bien sûr : une amende, des annuités de 4 000 pounds en espèces, la part entière du mariage de Mary, la restitution à Henry de toute son argenterie anglaise, de ses bijoux reçus de Louis XII. Le prix du pardon était mesuré en or.

Il semble, à la lecture des lettres échangées entre toutes les parties dans cette " affaire secrète " que ni Wolsey, ni Henry ne furent surpris par le mariage de Mary et de Charles Brandon. Henry fut avant tout irrité que cela fût fait secrètement et sans son accord officiel. Peut-être a-t-il considéré cette union comme une bonne ruse pour abuser François 1er et obtenir sa permission de ramener Mary en Angleterre où il pourrait disposer d'elle à son gré. Dans une de ses lettres, Wolsey assure Brandon de l'amitié du roi " in the accomplishment of the said mariage ". En échange, Wolsey demandait à Brandon de négocier l'évêché de Tournai en sa faveur. Trois ans plus tard, quand la ville retourna à la France, Wolsey reçut une pension annuelle de 12 000 livres pour l'abandon de ses droits diocésains. Nombre de cours européennes, principalement aux Pays-Bas, critiquèrent le mariage. Une mésalliance ! Mary perdait tout honneur. Mais ni Henry ni Wolsey n'attachaient beaucoup d'importance à la condition sociale de Brandon.


3- l'amour véritable de Mary pour Brandon quand elle se marie avec lui à Cluny même. Ce qui a débuté comme le culte du héros d'une jeune fille était devenu une affection sincère et profonde, surtout en ces moments d'effroi et de solitude. Peut-être amoureuse de Charles Brandon, Mary avait accepté, en bonne princesse, d'épouser l'archiduc Charles d'Autriche, le futur Charles Quint. Mais épouser le vieux monarque de cinquante-deux ans au bord de la tombe dut à la fois la surprendre et l'angoisser. Aussi obtint-elle de son frère avant de quitter l'Angleterre l'engagement de se remarier à sa guise quand elle serait veuve. Henry VIII qui affectionnait tout autant sa sœur que Brandon accepta. Mais tiendrait-il sa promesse ? Nous connaissons, et Mary tout autant, sa propension à ne pas tenir parole.
Elle avait raison. A la mort de Louis XII, Henry VIII ne répond pas aux messages de sa sœur lui rappelant sa promesse. Aussi presse-t-elle Suffolk de l'épouser en France car son frère risquerait de la remarier à Charles d'Autriche ou à un autre prétendant européen. De son côté, François 1er, après sa déconvenue auprès de Mary, ne désirant pas une alliance Henry VIII - Charles d'Autriche, consent au mariage de Mary et de Suffolk qu'il protège en intervenant en leur faveur.

 

Gravure sur bois monochrome originale de 1871.

Mary Tudor, reine de France, et Charles Brandon lors d'un tournoi.

 

Même s'ils avaient été amants avant le mariage de Mary et de Louis XII, Suffolk n'espérait certainement pas épouser Mary en Janvier-Février 1515. La disgrâce ou la mort lui semblait promise si Henry le désirait.
Brandon, dans une lettre du 5 mars à Wolsey, écrit : ["the quyne wold newar let me [be in] rest toll I had granttyed her to by married [and] soo to by playn wyet you I have mared her haretetylle and has lyen wyet her in soo moche I fyer me lyes yt sche by wyet chyeld." BL Cott. Caligula D.VI, fol. 180r.] "je l'ai épousé de tout cœur, et ai couché avec elle, au point que je crains qu'elle ne soit enceinte " mais, fausse alerte, leur premier fils, Henry, ne naîtra que le 17 juillet 1516, dix mois après leur troisième mariage à Greenwich. Leur intimité étant impossible à dissimuler désormais et les langues commençant à frétiller à la Cour, il était urgent que leur mariage fût public afin d'éviter un scandale international lié à une grossesse possible de Mary. Le second mariage public, approuvé par un évêque, eut lieu le dernier samedi de mars selon le Journal de Louise de Savoie. Elle avait 19 ans et lui 31.

Il est dit que leur voyage de noces en France leur permit de visiter les terres de son douaire.
Elle percevra effectivement son douaire jusqu'à sa mort en 1533. Il consistait en une rente de 55 000 livres tournois.

 

Douaire concédé par Louis XII à Mary (le même que celui d'Anne de Bretagne) :
- comté de La Rochelle et ses dépendances
- fief d'Aunis
- villes, châteaux et châtellenies de Saintes, Saint-Jean d'Angely, Rochefort
- traite du blé et du vin dans le pays de Saintonge, comté de Pézenas, seigneuries de Montagnac, Cassenon et Cabrières
- le petit scel de Montpellier
- le denier de Saint-André, Villeneuve-lez-Avignon
- la rêve* de la sénéchaussée de Beaucaire
- l'imposition foraine de Languedoc
- les greniers à sel de Pézenas, Montpellier, Frontignan et Narbonne jusqu'à la valeur de 10 400 livres tournois
- le double levé sur les greniers à sel de Languedoc (droit de 10 lt sur chaque quintal de sel vendu)
- le quart du sel de Poitou et de Saintonge
- récompense des châtellenies de Sainte-Menehould et de Moret, seigneurie de Loudun et son grenier à sel, le domaine de Roquemaure avec le profit de son grenier à sel

* La "rêve" est un mot romain signifiant " l'homme qui erre ". La rêve désigne un droit prélevé sur les marchandises à l'entrée ou à la sortie de l'ancien royaume de France, puisl a rêve devient un péage pour le vin.

Mary ne perçoit de son vivant que l'usufruit des biens de son douaire, limité aux rentes et profits annuels.
Selon l'acte de constitution du douaire, Mary supporte la solde ordinaire des capitaines et autres officiers, les bénéfices, les aumônes et autres charges ordinaires dont ses terres se trouvent grevées ; les frais de réparations lui incombent également. La solde des hommes d'armes chargés exceptionnellement de la garde des châteaux du douaire est à la charge du roi.

Mary doit choisir un concessionnaire français pour administrer son douaire moyennant une redevance annuelle de 55 000 livres tournois. Toutefois Mary se réserve la faculté de nommer aux offices et bénéfices vacants. Le premier administrateur est Arthur Gouffier de Boisy, grand maître de France, puis son frère Bonnivet lui succède. Dans l'Etat général pour 1518, cette rente est assignée pour 60 950 lt et dans celui de 1523, les 60 250 lt qui devaient lui revenir ne sont pas assignés à cause de la guerre avec l'Angleterre. En 1526, Jean Joachim de Passan, ambassadeur de France en Angleterre, le remplace pour la redevance annuelle de 58 000 livres tournois.

A la mort de Mary, les terres et les fiefs du douaire retournent au domaine royal. Charles Brandon touche les arrérages échus que Mary n'a pu recevoir.

Françoise BARRY, La Reine de France, Paris, éd. du Scorpion, 1964.

Contrat de mariage de Louis XII et de Marie d'Angleterre du 14 septembre 1514 à Paris, Archives Nationales, K77, n° 83 et Thomas RYMER, Foedera, Conventiones, Literae, Et cujuscunque generis Acta Publica…, VI, p. 68.
Douaire de Marie d'Angleterre, Lettres patentes de Louis XII d'octobre 1514, Thomas RYMER, Foedera…, VI, partie 1, p. 83. Et traité de Moore du 30 août 1525, RYMER, Foedera…, VI, partie 2, p. 29 et Ordonnances de François Ier, IV, p. 132.

 

 

Enfin ! nos tourtereaux purent quitter Paris le 16 Avril 1515. Direction Calais où ils attendirent l'autorisation d'Henry VIII. François 1er les escorta jusqu'à Saint-Denis et remit quatre bagues à Mary, d'aucune valeur selon l'ambassadeur anglais West. Ils appareillèrent pour Douvres le 2 Mai. Mary était partie d'Angleterre depuis exactement sept mois.

Un troisième mariage eut lieu officiellement le 13 Mai 1515 à Saint Alfege Church de Greenwich, en présence de toute la Cour. Mais, bigame, Suffolk sentait le soufre : sa première épouse, Anne Browne, était encore en vie et ce n'est qu'en 1528 qu'une bulle papale de Clément VII déclara invalide cette première union et canonique celle avec Mary.


Mary et Charles donnèrent naissance à quatre enfants :
Henry, en hommage au frère-roi (1516-1522) ; Frances, née semble-t-il le jour de la saint François (1517-1559), épouse d'Henry Grey, marquis de Dorset, puis d'Adrian Stokes, mère de Jane Grey au funeste destin ; Eleanor (1519-1547), épouse d'Henry Clifford, comte de Cumberland ; et Henry (1522 - 1534) créé 1er comte de Lincoln en 1525.

Elle éleva les deux filles que Brandon avait eu de son premier mariage avec Anne Browne, Anne (née en 1507) qui épousa Edward, Lord Grey of Powis (1503-1551) et Mary (née en 1510) qui épousa Thomas Stanley, Lord Monteagle (1507-1570).

 

 

 

Mary Tudor et Charles Brandon eurent quatre enfants : Henry - Frances - Eleanor - Henry

1- Henry Brandon (1516-1522) - mort à 6 ans

 

2- Frances, Duchesse de Suffolk
(1517-1559) par Holbein le Jeune

 

effigie sur sa tombe à Westminster Abbey

1- Elle épouse en premières noces Henry Grey, Marquis de Dorset.

Elle avait de très grandes aspirations pour sa famille.


Henry Grey, 1er Duc de Suffolk
(1517-1554)

http://www.luminarium.org/encyclopedia/dorset.htm

Ils eurent trois enfants :

Jane - Catherine - Mary

Elle épousa Lord Guilford Dudley (fils de John Dudley, 1er Duc de Northumberland et Jane Guilford)
Elle fut exécutée le 12 Février 1554 à 16 ans.
Lady Jane Grey fut reine d'Angleterre du 10 au 19 Juillet 1553

Queen Jane I of England (1537-1554) par Master John

 

- 1er mariage : Henry Herbert, 2nd Comte de Pembroke (fils de William Herbert et Ann Parr). Ils divorcent vers1555.
- 2nd mariage : Edward Seymour, 1er Comte d'Hereford (fils d'Edward Seymour, 1er Duc de Somerset et Anne Stanhope)

Catherine Grey (1540-1568)

 

Mary Grey (1545-1578)
Elle épouse Thomas Keyes (fils de Richard Keys et Agnes Saunders)

 

2- Frances épouse en secondes noces Adrian Stokes (1533-1585)

Pendant que son mari et sa fille étaient emprisonnés, Frances demeura à Sheen, en compagnie d'Adrian Stokes, un " groom " de 21 ans employé à la Maison Suffolk.
Le 9 mars, deux semaines après l'exécution de son mari, elle épousa Adrian Stokes.

Ils eurent une fille : Elizabeth

 

Elizabeth Stokes (1555 - 1556)

 

3- Eleanor, Comtesse de Cumberland (1519-1547) par Holbein le Jeune

Elle épouse Henry Clifford, comte de Cumberland

Ils eurent une fille : Margaret

Elle épouse Henry Stanley, 4è Earl de Derby (fils d'Edward Stanley et Lady Dorothy Howard)

Ils eurent 4 enfants :
- Edward Stanley - Francis Stanley
- Ferdinando Stanley - William Stanley

Margaret, Comtesse de Derby (1540-1596)

 

 

4. Henry Brandon (1522 - 1er mars 1534) créé 1er comte de Lincoln en 1525.

 

 

sites consultés : http://thepeerage.com/p10207.htm

http://wapedia.mobi/fr/Charles_Brandon
http://wapedia.mobi/fr/Marie_d%27Angleterre_(1496-1533)
http://wapedia.mobi/fr/Frances_Brandon

http://www.somegreymatter.com/index.html

Westhorpe

Elle, ambassadrice aussi, de la beauté sur toute île, en toute cité où Elle portera ses pas.
Antoine Le Viste, Mémoires posthumes

 

Sculptures en bois de Mary et de Charles.
Chapelle de la Vierge de l'église de Southwold dans le Suffolk.
Mary porte, sous une forme modifiée, le voile de veuve,
selon l'étiquette royale et en tant que reine-douairière de France,
en hommage à Louis XII.
http://www.suffolkchurches.co.uk/Southwold.htm

Mary, malade, vécut ses trois dernières années recluse à Westhorpe. Ses trois enfants et ses deux belles-filles y vivaient avec elle, mais la famille commença à se disperser peu de temps avant sa mort.

Mary Tudor, Duchesse de Suffolk, vers 1530
portrait de Johannes Corvus

En 1531, sa belle-fille Anne épousa Edward Grey, lord Powis. Deux ans plus tard, Mary rejoignit Londres pour assister au mariage de sa fille aînée Frances avec Henry Grey, marquis de Dorset. C'était en Mars, Mary avait rassemblé ses dernières forces pour affronter le voyage et la cérémonie. Elle revint à Westhorpe pour mourir. Sa fille la plus jeune, Eleanor, l'accompagnait seule au retour. Suffolk dut rester à Londres pour aider Henry à organiser le couronnement d'Anne Boleyn. Elle ne devait plus revoir son frère. Une de ses dernières lettres écrite d'une main tremblante est datée de la fin Mars. Elle l'adressait à son ami Arthur Plantagenet, vicomte de Lisle, lieutenant de Calais, en faveur de l'un de ses domestiques pour lequel elle tentait d'obtenir un poste de soldat dans la garnison de la ville.
Début Mai 1533, son mari fit un voyage précipité à Westhorpe pour la voir. Sa visite fut de courte durée car fin Mai il était de retour à Londres pour présider le couronnement le 1er Juin.

Mary meurt le 25 Juin 1533 à Westhorpe à 37 ans, au même âge que sa mère. Elle aura presque vécu un milliard deux cents millions de secondes. Dinteville, l'un des ambassadeurs français immortalisés par Holbein, écrit au roi :

" Lettres au Roy de Monsieur le Bailly de Troyes du dernier Juin 1533.

Sire, il y a trois jours que je vous ay escript la mort de la Royne Marie Duchesse de Sulsfoltte laquelle estoit bien aymée en ce Royaume, & mesme du commun de ceste ville qui la regrette fort. " (Nicolas Camusat, Meslanges historiques..., 133r)." ceste " ville " est certainement Londres.

François 1er répond d'Auvergne où il chasse : " A Monsieur le Bailly de Troyes mon Ambassadeur devers le Roy d'Angleterre mon bon frere et perpetuel allyé.
Monsieur le Bailly, j'ay veu par vostre lettre du dernier jour du mois passé la certaincté de la mort de ma belle soeur la Royne Marie Duchesse de Susfolk, dont il ma tresfort despleu & desplaist pour l'ennuy & desplaisir que je suis seur que mon bon frere & perpetuel allié le Roy d'Angleterre en aura souffert & porté…
" (Nicolas Camusat, Meslanges historiques…, Troyes, 1644, 133v).

Il gagne trente mille couronnes par an de douaire. "Pleus fole que Royne" avait-il écrit de sa main sur un portrait d'elle dans un recueil (daté vers 1526) de divers portraits crayonnés que possédait Madame d'Angest, la femme d'Artus de Brissy, indiquant par ces mots qu'il réprouvait son choix d'épouser un duc plutôt qu'un roi ou un empereur. D'autres lisent "Pleus sale que Royne" pour évoquer l'affaire du Miroir de Naples.

Bibliothèque Municipale Méjanes - Aix en Provence

 

Mary apparaît dessinée dans trois recueils, ceux dits d'Aix-en-Provence (à la Bibliothèque Méjane), des Offices de Florence (Libro di disegni di re e d'altri Principi francesi, che si credono di mano della regina Caterina de 'Medici, moglie di Ecrico II°) et de Mariette-Walpole (les collectionneurs Pierre Mariette et Horace Walpole, ce recueil de trente et un portraits des années 1520 est actuellement dans les collections du comte de Derby à Knowsley Hall).

Le recueil d'Aix-en-Provence, malgré l'année 1515 inscrit dans son titre, ne peut avoir été composé qu'après avril 1525, date de la mort à Lyon de Charles IV d'Alençon, époux de Marguerite d'Angoulême représentée dans ce recueil en habits de veuve, et avant janvier 1527 car elle y est nommée " Madame la duchesse ", n'étant pas encore remariée avec Henri II d'Albret, roi de Navarre.
C'est certainement son statut d'ancienne reine de France qui permet à Mary de figurer dans ce recueil formé par Louise de Savoie, ce qui signifie clairement que cette dernière n'a rien à reprocher à Mary quant à son comportement lors de sa période de réclusion à l'Hôtel de Cluny.

Le dessin original de Jean Perréal est noté comme " perdu " dans le livre consacré à Louise de Savoie.
Recueil d'Aix, fol. 25, La Royne Marie. Alexandra Zvereva lit : " pleus fole que Reyne ". Recueil Médicis, 27 (3911 F).

Après le remariage de François Ier avec Eléonore d'Autriche, les recueils recopiés sont " mis à jour " entre 1535 et 1540 mais le rassemblement original est perdu. Alexandra Zvereva pense que le roi lui-même a dû établir la liste des portraits avec l'aide de Jean Clouet, pour ajouter un portrait d'Eléonore et de ses suivantes, tout en conservant la moitié des anciens dessins dont Agnès Sorel, Françoise de Châteaubriant et Mary.


Alexandra Zvereva, " Louise de Savoie et les recueils de portraits au crayon ", dans Louise de Savoie (1476-1531), p. 193. Dans Pascal Brioist, Laure Fagnard et Cédric Michon (dir.), Presses universitaires de Rennes et François-Rabelais de Tours, 2015.

 

Mary est morte mais les capitales européennes n'y prêtent guère attention. L'Angleterre et Londres, pas plus. Seule intéresse " la cause du roi " : les querelles d'amoureux des nouveaux mariés, la grossesse d'Anne, les " infinies clameurs " contre l'Eglise de Rome venues du Parlement et d'un tract anonyme, the glass of the truth. Henry a certainement de la peine : Mary était sa sœur préférée, celle qui a tenu, avec Brandon, la première place dans ses affections. Elle fut certainement la seule femme qui captura à jamais son amour spontané et son estime indéfectible ; il ne la désavoua ni ne la renia jamais.

" En l'an mil cinq cens trente deux, au mois de juing, mourust madame Marie, douairiere de France, qui en son vivant avoit espousé le roy Loys douziesme de ce nom ; depuis fut femme du duc de Suffort, et mourut en Angleterre ; et estoit seur du roy Henry d'Angleterre, à présent regnant. " écrit le Bourgeois de Paris dans son Journal sous le règne de François 1er.

" E, morta la regina Maria che fu consorte del re Aluigi, ha sparmiato scudi trentamila all'anno. " écrit Marino Giustiniano, un des ambassadeurs vénitiens à Paris.

 

Aucun compte-rendu de la maladie qui l'emporta ne subsiste. Son " vieux mal de côté " ? Ses maternités et les fièvres récurrentes ? Une maladie de poitrine comme son père et Arthur, son frère aîné, morts de consomption ? Faut-il suivre le Chronicle espagnol : " quand le roi divorça de la chère reine Catherine, la Reine Douairière de France, femme du duc de Suffolk, était si attachée à elle que la vue de son frère quittant sa femme lui donna une maladie dont elle mourut " ? L'auteur de The Spanish Chronicle qui se prétend un témoin oculaire déteste clairement Brandon : il écrit que Brandon n'a pas d'enfants de Mary, mais uniquement de sa première femme. Il le condamne comme un pécheur qui tue son fils en lui volant sa fiancée.

On la disait d'un tempérament nerveux, sujette à des périodes de mélancolie allant parfois à l'hystérie qu'aurait aggravée son état maladif.

Sara Jayne Steen suppose de façon plausible que Mary peut avoir souffert de porphyrie. Elle diagnostique les symptômes chez Arbella Stuart (1575-1615) et les retrouve chez Jacques 1er d'Angleterre (1566-1625) puis finalement chez Margaret et Mary. Alan Rushton est d'accord. La porphyrie est une maladie sanguine relativement complexe dont les formes aiguës se manifestent par des douleurs abdominales, par des troubles nerveux et psychiques, et peuvent aboutir à des troubles bulbaires graves. (Sara Jayne Steen, "How Subject to Interpretation,' : Lady Arbella Stuart and the Reading of illness " , pp. 110-1. In Early Modern Women's Letter-Writting, 1450-1700. Ed. James Daybell, New York : Palgrave, 2001). (Alan Rushton, Royal Maladies : Inherited Diseases in the Royal Houses of Europe, Victoria: Trafford, 2008, p. 72).

Il n'y eut pas de deuil à la Cour de Londres pour la mort de Marie. Anéanti, Suffolk se précipita à Westhorpe où le corps de Mary avait été embaumé et placé dans un cercueil de plomb. Ce n'était pas alors la coutume pour un mari d'assister aux funérailles de sa femme ; aussi, quelle que soit sa peine, après avoir présenté ses derniers respects, il retourna à Londres pour rejoindre le roi. Ils étaient tous deux occupés dans la préparation du mariage d'Henry avec Anne Boleyn.
Pendant trois semaines, la dépouille de Mary fut exposée dans la chapelle de Westhorpe. Son cercueil était recouvert d'un drap de velours bleu richement décoré. Des cierges brûlaient jour et nuit, tandis que sa famille et ses serviteurs la veillaient constamment. Le 10 Juillet, Henry ordonna une messe de Requiem pour être chanté à l'abbaye de Westminster, témoignage public d'honneur par son mari et son frère. En hommage au rang de Mary, il fut conduit avec toute la cérémonie tapageuse accordée à la royauté ; le comte d'Essex fut le chef de sept amis de la défunte désignés avec le king-of-arms, l'herald-of-arms et les pursuivants royaux pour accomplir les rites officiels.
François 1er envoya un représentant français pour aider les hérauts anglais à respecter le cérémonial dû à la reine-douriaière. Les pleureuses officielles arrivèrent les premières à Westhorpe le 20 Juillet. Des messes quotidiennes étaient offertes à la chapelle. Frances dirigea le deuil avec son frère Henry de onze ans.

Même dans la mort, le corps de Mary ne demeura en paix. Deux fois son cercueil plombé fut déterré et une fois ouvert par des curieux, chercheurs de souvenirs qui sans scrupule coupèrent des mèches de ses longs cheveux toujours dorés et brillants.

Le mariage de Mary et de Charles Brandon à Paris, en présence de François 1er.

 

Mary, de retour en Angleterre, est reçue par son frère. Charles Brandon se tient tout penaud, quasi anxieux, derrière Mary.

Les funérailles de Mary auxquelles n'assistèrent ni son mari ni son frère.

 

http://www.pevsnersuffolk.co.uk/PevsnerSuffolk/BuryStEdmunds.html

Un monument d'albâtre décoré fut érigé à Bury St Edmunds. Ensemble, la tombe et le document de sa construction furent détruits pendant la Dissolution, en 1784, mais le cercueil fut sauvé et transporté sans cérémonie dans le chœur de l'église monastique de St Mary's dans les limites de l'ancienne abbaye où il est toujours.

http://www.ladyjanegrey.info/?page_id=9088

La simple dalle de marbre de Petworth qui avait à l'origine, deux siècles et demi auparavant, marqué l'autel de sa tombe couvre maintenant le tombeau. Il y est simplement inscrit : Sacred to the Memory of Mary Tudor, third daughter of Henry VII of England, and Queen of France. Consacré à la mémoire de Mary Tudor, troisième fille d'Henry VII d'Angleterre, et Reine de France. Le sermon prononcé par le révérend Arthur Hervey, évêque de Bath et de Wells, à la cérémonie de consécration du vitrail à la mémoire de Mary dans la chapelle de la Dame de l'église de St Mary à Bury St Edmunds en 1881 résuma sa vie en un hommage rayonnant. We may well conclude that she was a follower of godly and quiet matrons ; that her home was the center of hers affections, the sphere of her duties, the scene of her activity, the theatre on which she shone before the loving eyes of husband and children. Nous pouvons conclure qu'elle fut une mère de famille pieuse et tranquille ; que sa maison fut le centre de ses affections, la sphère de ses devoirs, la scène de son activité, le théâtre sur lequel elle brilla devant les yeux amoureux de son mari et de ses enfants.

http://www.thetudorswiki.com/page/BURIALS+of+the+Tudors

A la mort de Mary, le duc était comme d'habitude sans argent et lourdement endetté, et la cessation des versements du douaire de Mary étaitcertainement un véritable casse-tête pour lui. Inévitablement, il supprima la plus grande partie du ménage de Mary mais il avait encore deux enfants célibataires et une tutelle à soutenir, ainsi que les dépenses ordinaires de sa maison. Heureusement, Henry vint à nouveau à sa rescousse, autorisa une remise de 1000 £ sur sa dette envers la Couronne et lui accorda les fruits revenus du siège vacant d'Ely pour l'exercice 1533-1534, s'élevant à plus de 2000 £. Brandon était également en mesure de se sortir lui-même de cette situation : le dimanche 7 Septembre 1533, trois mois après la mort de Mary, à quarante-neuf ans, il épousait Catherine Willoughby (1519-1580), sa pupille, âgée de quatorze ans, séduisante, jeune, titrée et riche, fille et héritière de Lord William Willoughby.

Il avait acheté sa tutelle cinq ans plus tôt et l'avait fiancée à son fils Henry. Mais il n'avait que sept ans et il fallait attendre trois années avant le mariage et les problèmes financiers de Suffolk étaient pressants. Catherine était apparemment disposée à devenir la prochaine duchesse de Suffolk. De nombreuses remarques de désapprobation s'élèvèrent mais le duc avait besoin de toute urgence d'une source de revenus pour remplacer celle de sa défunte épouse et Catherine était bien dotée à la fois dans le Lincolnshire et dans l'East Anglia.

Son fils Henry mourut peu après ce mariage, en 1534. Est-ce à Anne Boleyn que l'on doit ce mot : mon seigneur de Suffolk tue un fils pour en engendrer un autre ?

Charles et Catherine vécurent douze ans ensemble et eurent deux fils, Henry (1535-1551) et Charles (1537-1551) qui lui survécurent, devenant les second et troisième ducs de Suffolk, et qui mourront en 1551 à une heure d'intervalle.

Catherine Willoughby fut une grande protestante et aussi une grande amie de Catherine Parr, en particulier à partir de 1545, après la mort de Charles. Elle s'occupera, au décès de Catherine, de sa fille Mary Seymour. Elle épousera ensuite Richard Bertie d'un mariage d'amour et qu'elle considérait comme son "âme soeur". Elle participa aux règnes d'Henry VIII, d'Edward VI et d'Elisabeth 1ere. Elle meurt le 19 septembre 1580 et sera enterrée auprès de son second époux.

Anonyme (actif en Angleterre v.1530)
portrait de Charles Brandon portant le collier de l'Ordre de la Jarretière
provenance : Charles Edward Hastings Clifton, Doninton Park

Il est dit que l'infidélité ne fut pas le défaut de Charles Brandon et qu'il fut aussi bon époux pour Catherine qu'il l'avait été pour Mary.

 

Le plus grand compliment que Brandon reçut lui fut donné post mortem en 1545 par Henry VIII quand il dit en ouvrant la séance du Conseil que aussi longtemps que le duc de Suffolk l'avait servi, il n'avait jamais trahi un ami ou pris intentionnellement un avantage déloyal sur son adversaire. Il invita alors les Lords au silence, avec l'aveu qu'aucun d'entre eux ne pouvait en dire autant. Après la mort de Brandon, Henry VIII oublia tout sauf qu'il avait été dépossédé de son dernier ami, comme avec la mort de Mary, il avait perdu son seul amour désintéressé.

La dernière lettre que Louis XII écrivit fut pour son " bon frère" Henry VIII. Bien qu'il fût de plus en plus malade, le 28 Décembre 1514, trois jours avant de mourir, il requit son énergie déclinante pour faire part au roi anglais de la grande compensation qu'il continuait d'avoir de son mariage avec Mary.

" Mon bon Frere, Cousin, et Compere, a vous tresaffectueusement, et de si bon cueur que faire puis, me recommande.

J'ay par ce porteur votre Officier d'Armes reçeu les Lettres que m'avez escriptes du ixme de ce moys, et par icelles entendu le plaisir que vous avez eu d'entendre par mon Cousin le Duc de Suffort de mes nouvelles, et le contentement que j'ay de la Royne ma femme votre bon seur, laquelle s'est jusques ici conduycte et conduyt encores journellement envers moy de sorte que Je ne sauvoyr que grandement me louer et contenter d'elle ; et de plus en plus l'aymer, honnorer, et tenir chiere, parquoy vous pouez estre seur que ma volounte est et sera a jamaiz de continuer, et la traicter en toutes choses par façon quelle sen contentera et vous pareillement.

Et auregart du recueil et bonne chiere que mon dit Cousin de Suffort vous a dit, que je luy ay faicte et dont vous me merciez, il n'est nul besoing, mon bon Frere, Cousin, et Compere, de ce me faire merciz ; Car je vous prie croyre que oultre ce que je sçay le lieu quil tient a lentour de vous, et lamour que luy portez, ses vertuz, meurs, ho nestete, et bonnes conditions meritoient quil feust honnore et recueilly trop mieulx quil na estre toutesfoiz pour honneur de vous, je luy ay fait la meilleur chiere que possible ma estre.

Au surplus en tant que touche les matieres secrectes desquelles icelluy mon Cousin de Suffort m'avoit parler, et sur lesquelles je luy avoye fait response telle quil vous a declaree par mes Ambassadeurs que j'ay depeschez et envoyez devers vous, vous en auez peu entendre plus auant, vous priant tresaffectueusement apres les avoir ouyz y prendre resolucion et d'icelle m'advertir le plus tost que faire se pourra, pour selon cela me gouverner et conduyre, et cependent en ensuyvant ce que par vos dites lettres vous me mandez. Je tiendray les choses en suspens sans y prendre aucune conclusion, vous advisant que a bonne et mauvaise fortune je vueil vivre avecques vous, et non seullement entretenir la bonne amytie et allience qui est entre vous et moy faicte et juree comme sauez maiz icelle inviolablement garder et observer le plus tost l'augmenter et accroistre que la diminuer, esperant que vous ferez le semblable de votre part. Priant Dieu sur ce point mon bon Frere, Cousin, et Compere quil vous ayt en sa saincte gard.
Escript a Paris le xxviij jour de Decembre.
Votre loyal Frere, Cousin, et bon Compere
Loys.
A mon bon Frere et Compere, le Roy d'Angleterre.

(Ms. Cotton. Calig. D. VI. Fol. 146. Reproduite dans : Ellis, Henry, Original Letters Illustrative of English History, second series, Vol. I. London, Harding and Lepard, 1827. Reprint, New York: AMS, 1970.)

"La reine s'est comportée jusqu'ici et fait encore chaque jour, à mon égard, de telle manière que je ne peux pas ne pas être enchanté avec elle, et l'amour et l'honneur qu'elle me montre de plus en plus chaque jour ; et vous pouvez être assuré que je la traiterai toujours ainsi, de façon à donner, à vous et à elle, parfaite satisfaction ". Dans la suite de sa lettre, Louis XII remerciait Henry VIII pour les bons services de Suffolk : " je vous prie de croire cela, indépendamment de la place que je sais qu'il tient pour vous, et l'amour que vous lui portez, ses vertus, ses manières, sa politesse et sa digne condition, mérite qu'il soit reçu avec même un honneur plus grand ".

 

Adieu, fille de Pélias,
reçois bon accueil aux demeures d'en bas,
aux maisons sans soleil où tu vas habiter.
Qu'Hadès, le dieu aux cheveux noirs, te reconnaisse,
que le vieux convoyeur des morts,
accroupi à la barre, à l'aviron,
sache que c'est la plus excellente des femmes
qu'il prend dans sa barque à deux rames
pour lui faire passer l'Achéron.

Euripide, Alceste (vv. 435-443)
Deuxième stasimon, strophe 1, le chœur


masque de la société do - Ligbi - Côte-d'Ivoire
Musée Dapper - Paris

Désormais, Mary Tudor Brandon, duchesse de Suffolk, sera une des femmes les plus célèbres du monde sous le nom de La Dame à la Licorne, par la grâce d'Antoine Le Viste et peut-être de Jehan Perréal.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

- Brown, Mary, Mary Tudor, Queen of France, London, Methuen & Co, 1911.
- Gunn, Steven, Charles Brandon, Duke of Suffolk, Oxford, Basil Blackwell, 1988.
- Jones, Michael and Underwood Malcolm, The King's Mother. Lady Margaret Beaufort, Countess of Richmond and Derby, Cambridge, 1992.
- Loades, David, Mary Rose : Tudor Princess, Queen of France, the Extraordinary Life of Henry VIII's Sister, Stroud, Gloucestershire, éd. Amberley, 2012.
- Richardson, Walter, Mary Tudor, The White Queen, London, Peter Owen, 1970.
- Sadlack, Erin, The French Queen's Letters: Mary Tudor Brandon and the Politics of marriage in sixteenth-century Europe, New York, Palgrave Macmillan, 2011 and London, Kindle Edition, 2011.
- Scarisbrick, John, Henry VIII, London, Eyre and Spottiswoode, 1968.
- Strickland, Agnes, Lives of the Tudor Princesses, including Lady Jane Gray and her sisters, London, Longmans and Co, 1868.

- Catherine Hermary-Vieille, Le Crépuscule des rois, Reines de cœur, Albin Michel, 2003. Roman.

 

— D'autres sites sur Mary :

http://www.marileecody.com/henry7images.html

http://fr.rodovid.org/wk/Personne:29741

http://www.theanneboleynfiles.com/princess-mary-tudor/4814/

http://www.theanneboleynfiles.com/mary-tudor-marries-louis-xii-of-france/6876/

http://www.theanneboleynfiles.com/death-of-mary-tudor-queen-of-france/5813/

— Pour les initiés à l'astrologie, pour ses fervents partisans et pour faire plus ample connaissance avec Mary Tudor, voici son ciel astral :
http://www.astrotheme.fr/portraits/p5SDKvbxj8eH.htm

Descendants of Mary : The " Tudors " : from Elizabeth Plantagenet and HENRY VII Tudor
des Tudor 1 : http://www.william1.co.uk/t1.htm aux Tudor 61 : http://www.william1.co.uk/t61.htm

— Site en anglais recensant les femmes " au pouvoir " : http://www.guide2womenleaders.com/
Et pour les années 1420-1500 : http://www.guide2womenleaders.com/womeninpower/Womeninpower1450.htm

— Site à découvrir, celui de la Société Internationale pour l'Étude des Femmes de l'Ancien Régime :
http://www.siefar.org/

Mary Tudor, Queen of France by Mary CROOM BROWN
http://archive.org/stream/marytudorqueenof00brow/marytudorqueenof00brow_djvu.txt

Série TV : Les Tudors
Mary n'y apparaît pas en tant que telle ! La Princesse Margaret Tudor, jouée par Gabrielle Anwar, est un mixte des deux sœurs Marie Tudor, duchesse de Suffolk et de Marguerite Tudor, reine d'Écosse
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Tudors

Diaporama avec les portraits de Mary
http://www.youtube.com/watch?v=QSP78hGTf_Y&feature=related


— Pour lire quelques textes concernant Mary, lire la page suivante : Textes sur Mary Tudor.

— La notice biographique de Mary Tudor Brandon dans le Dictionnaire des Femmes de l'Ancienne France du site de la SIEFAR :
http://www.siefar.org/dictionnaire/fr/Marie_d%27Angleterre

 

 

 

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