Textes sur Mary Tudor

reine de France

 

et Mary Tudor Brandon

duchesse de Suffolk

 

 

Le mal que les anciens ont dit des femmes,
celui qu'on en dit à présent ou qu'on en dira,
je le résume en un mot : ni la mer ni la terre
ne nourrissent de pire engeance. Chacun l'apprend à ses dépens.

Euridipe, Hécube, vv. 1177-1180
(dans la bouche du personnage de Polymestor,
roi de Thrace, parjure et assassin de Polydore)

Réponse du Coryphée
Modère-toi ! Ton malheur ne t'autorise pas
à confondre toutes les femmes en un même mépris.
Nous sommes nombreuses ; les unes il est vrai, sont haïssables,
mais combien d'autres font leur équilibre !


Nous ne sommes pas condamnées pour nos actes,
mais pour ce que nous sommes.

Inna Shevchenko, Femen.
http://www.madmoizelle.com/timbre-marianne-femen-ciappa-kawen-179243

 

 

1- Les textes historiques ou "bienveillants"

 

Robert III de La Marck, seigneur de Fleuranges (1491-1536), Mémoires du maréchal de Florange, dit le Jeune Adventureux, publiés pour la Société de l'Histoire de France par Robert Goubaux et P. André Lemoisne, Paris, H. Laurens, 1913-1924, 2 vol.
Pages 146-168, extraites de l'ouvrage ci-dessus, concernant Mary d'Angleterre

 

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Comment la royne Anne, duchesse de Bretaigne, femme du roy Loys XII, morut au chasteau de Bleys ; et comment le Roy espousa la sœur du roy d'Angletterre. Anno 1514.


L'empereur et le roy d'Angleterre estant à Tournay, faisant grant chiere, le tamps se passoit et estoit au moys d'octobre ; et voiant le roy d'Angleterre que Françoys ne voulloient poinct combatre, fors laisser et aminer gens et argent devant les places, et eut et print conseil de retirer luy et son armée en Angleterre ; et fit faire ung chasteau à Tournay de bonne grandeur et le bien furnir de bonne artillerie et de ce qu'ilz y failloit.

Et l'empereur se retira de son costé, bien marry que les choses n'estiont allés aultrement ; et s'il eut peu tant faire que le roy d'Angleterre eut donné la ville de Tournay au roy de Castille, son nepveu, il en eut esté merveilleussement joyeulx, mais il ne le sceut jamais amener jusques là et se retira l'empereur de son costé, et le roy de Castille et madame de Savoye à Bruxelles, et le roy d'Angleterre en son pays.

Ce temps pendant que despart se faisoit, le roy Loys se retira à Bleis, où la Royne et ses filles estoient, chascune à leur maison. La dicte Royne estoit souvent malade d'ugne maladie de gravelle, et manda le Jeune Adventureux pour quelquez menez qu'elle voulloit faire avecque le roy de Castille et à toutte la maison d'Àustriche ; et avoit merveilleussement le cœur affectioné à faire plaisir à cest maison de Bourgoingne. Et devisans ses menez, tombit malade, où elle envoya querir l'Adventureux, en son lict fort malade, et luy pria qu'ilz entendit encorre trois ou quatre jours, non obstant qu'ilz estoit pressez de aller ailleurs pour ses affaires.

Mais la dicte Royne empira si fort de sa maladie de pierre, que cinq jours après mourut, [à Blois, le 9 Janvier 1514] et y perdirent beaucoup de gens de bien. Et qui fut ayse, ce fut monseigneur d'Angoulesme, pour ce qu'elle estoit à luy fort contraire en touttes ses affaires, et ne fut jamais heure, que depuis que le dict monsr d'Angoulesme vint en eage, que les deux maisons ne fussent tousjours en picques.

Or, la Royne mort, le Roy son mary en fit merveilleussement grant dueil et fit porter son corps dedans Sainct Saulveur, ungne grande esglize est dedans le chasteau de Blays ; de là avecque tous les princes et princesses de France fut envoyé jusques à Sainct Denys, là où tous les roys et royne sont enterrez, et là luy fit on le plus grant service et le plus grant honneur que l'on fit jamais à royne de France, ny à prince, ny à princesse. Et fit faire le roy Loys, son mary, ungne tombe de marbre blancque, la plus belle que fut oncques faicte, où at ungne espistre dessus, telle qu'il s'ensuit :

La terre, monde et ciel ont divisé madame
Anne, qui fut des roys Charles et Loys femme.
La terre a prins le corps qui giste soubz ceste lame :
Le monde aussy retint sa renommée et phame,
Pardurable à jamais sans estre blasmée d'ame ;
Et le ciel pour sa part a voullut prendre l'ame.

Ces nouvelles furent mandez en Angleterre à monsr de Longueville, qui estoit prisonnier en Angleterre. Lequel seigneur de Longueville estoit homme fort saige et en qui le roy de France avoit fort grande fiance, et encorre plus en son frere, monsr de Dunoys, premier ducque de Longueville.

Luy, estant prisonnier en Angleterre, mena tellement l'affaire de poste en poste, que le mariage fut conclud de madame Marie, sœur au roy d'Angleterre, et du roi Loys XIIe de ce nom [M. de Longueville " épousa " Mary par procuration le 13 Août 1514 à Greenwich]. Laquelle chose accordée [Traité du 7 Août 1514], vint descendre la dicte dame Marie sœur du roy Henry d'Angleterre, à Calais et avecque elle le dict seigneur de Longueville, qui estoit mys à rançon de cincquante mille escus, dont il en gaigna la plus grande part à jouer à la pasme avecque le roy d'Angleterre.

Et y vint la dicte dame fort bien accompaignié et avoit avecque elle le ducque de Suffort [Charles Brandon], de petit maisons, mais il avoit tousjours esté sy bien aymée de son maistre, qu'il l'avoit faict ducque de Suffort ; et y estoit aussy milor Chambrelan [Charles Beaufort, comte de Worcester], le milor Marquis [Thomas Grey, deuxième marquis de Dorset], le ducque de Norfort [Thomas Howard, comte de Surrey, lord trésorier d'Angleterre] et leurs femmes, qui estoient venuez accompaigniez la dicte dame.

Et estoit merveilleusement bien accompaigniez d'hommes et de femmes, et avoient bien deux mille chevaulx ; et y avoit envoyez le roy d'Angleterre deux cens archiers de sa garde, l'arcque et la trousse à cheval, pour la compaignier. Cela entendus par le roy de France, envoya le seigneur d'Orval et le seigneur de la Trimouille à Calays au devant d'elle, et monsr de Vendosme, pour la recepvoir à l'entrée de son pays.

 

Comment le roy Loys douziesme acheve le mariage de monsr d'Angoulesme et de madame Claude, sa fille.


Ce tamps pendant que ces menées se menoient, monsr d'Angoulesme menoit ungne aultre ; car il voulloit que le mariage de luy et de madame Claude, fille aisnée du roy Loys, fut achevez. Laquelle chose fut accordez par trois moyens par le roy Loys, et en ce mariage faisant, luy bailloit la duché de Bretaigne, jouissant de l'eur mesme. Ce ne fut sans beaulcoup d'affaires, car le roy Loys estoit ung peu chatilleux, et voyant bien comment il avoit faict au feu roy Charles et craingnoient que le seigneur d'Angoulesme ne luy en voulsist faire aultant.

Touttes fois, la choze se fit, et y fut le dict seigneur d'Angoulesme, merveilleussement bien servy, especiallement par monsr de Boysy [Artus Gouffier], grant maistre de France, et par le tresorier [Florimond] Robertet, qui pour lhors gouvernoit tout le royaulme ; car depuis que le legat d'Amboyse morut, c'estoit l'homme qui estoit des plus approchiez de son maistre et qui avoit beaucoup veu, tant du tamps du roy Charles et du roy Loys ; et, sans poinct de faulte, c'estoit l'ung des homme le mieulx entendu que je pense guaires avoir veue et de meilleur esprit, et tant qu'ilz c'est mellée des affaires de France et qu'ilz en a eu la totalle cherge, il en a eu cest honneur qu'ilz se sont merveilleussement bien portée.

Le Roy avoit baillé par avant ail dict seigneur d'Angoulesme la duché de Vallois, afin qu'il eut nom ducque, et avecque la dicte duché de Bretaigne et ce qu'il avoit par son pere et mere, c'estoit ung groz seigneur et povoil faire des biens à ses serviteurs.
Le dict seigneur envoya querir l'Adventureux, qui estoit de sa nourriture, luy mandant qu'i lu falloit marier. Laquelle choze entendue, il se trouva incontinent au chasteau d'Amboyse bien accompaignié et vint à Sainct Germain à Laye, qui est ung fort beau chasteau à cincque lieues de Parys, beau parcque et belle chasse. Et luy estés arrivée, au bout de quatre jours furent faictes les nopces [le 18 mai 1514] qui furent les plus riches que je veis jamais, car il y avoit dix milles hommes aussy richement habillés que le Roy et que le dict seigneur d'Angoulesme qui estoit le mariez, et estoit, pour l'amour de la mort feu Royne, que tout le monde estoit en dœuil, car il ne fut changé d'hommes ny de femmes pour le dicte mariage.

 

Comment le roy Loys XII espouza la sœur du roy d'Angleterre et des triumphantes nopces à Abbeville le ix° jour d'octobre. Anno xv xiiij.


Le roy Loys estant à Sainct Germain, après les nopces faictes du dict seigneur d'Angoulesme et de sa fille, fut advertis par les postes et du seigneur de Longueville comment le mariage de Marie, sœur du roy Henry d'Angleterre, et de luy estoit accordée, et que le roy d'Angleterre estoit prest pour la faire partir. Laquelle chose entendue par le Roy et son conseil, fut deliberée d'allé à Abbeville, ce qui fut faicte ; et mandit le Roy à tous seigneur et princes de son royaulme, les penssionnaires, gentilz hommes de sa maison et de ses garde, eulx trouver au dict Abbeville, ce qu'il fierent. Et envoya le Roy monsr de Vendosme encorres de rechiefz au devant d'elle ; et quant y vint qu'elle approchoit ungne journée d'Abbeville, renvoya monsr d'Allençon et d'aultres encorres devant elle, et vint encorres couchier à trois lieues d'Abbeville.

Et le propre jour qu'elle debvoit arriver, le Roy envoya monsr d'Angoulesme au devant d'elle jusques le my chemin d'Abbeville et de là où elle avoit couché, bien accompaignée; et vous asseure qu'elle ne venoit poinct en dame petite estoffe, car elle fut bien accompaignie de groz princes et dames et grans personnaiges, et entre aultres y estoient les principaulx, le milor Chambrelen, le ducque de Suffort, le milor Marquis et le ducque de Nortfort, bon et vieilz personnaiges et des plus estimées qui sont en Angleterre ; et avoit sa femmes avecque la Royne, qui la conduysoit, et beaulcoup d'aultres dames et damoyselles à grant nombre ; et estoient, comme j'ay devant dicte, deux milles chevaulx anglois et alloient en merveilleuse bonne ordre, tout leur bagaiges, paiges, valletz devant, et deux cens archiers à cheval après, l'arcque et la trousse, le gand et brasselet, bien montez et accoustrez de la livrez du roy d'Angleterre.

Et après marchoient tous les geatilz hommes en bien grant nombres ; et après venoient princes d'Angleterre et les princes de France devisant ensamble. Après venoit la royne Marie et monsr. d'Angoulesme, qui parloit à elle, et aultres princes et princesses, et touttes les dames, et le residuez à charioth. Et estoit la dicte Royne sur une hacquenée et la pluspart des dames; et après ensuyvoient encorres cent archiers à la queue des femmes.

Et quant il furent à demy lieues près de Abbeville, le Roy estoit monté sur ung grant cheval Bayart qui saultoit ; et avecque tous penssionnaires, gentilz hommes de sa maison et sa garde, et en moult noble estat, vint recevoir sa femme, et la baisa tout à cheval. Et après tout embrassa les princes d'Angletterre et leurs fit très bonne chiere, et à l'abborder, pour mieulx resjouir la compaignie, avoit plus de cent trompettes et clairons; et touttes ainsy entrerent dedans la ville, où toutte l'artillerie estoit affutées, qui tiroit merveilleusement.

Et fut ainsy menée la dicte Royne jusques au logis du Roy, qui estoit très beau, là où fist sa harrenge le ducque de Nortfort pour le roy d'Angleterre, son maistre, et conduicteur de sa sœur.

Cela faict, furent bien festoyé les dames et les princes, et logea la dicte Royne au logis du Roy et souppa la Royne ce jour avecque le Roy et monsr d'Angoulesme ; tous les princes d'Angleterre soupperent à son logis, où furent merveilleusement bien festoyé. Et en souppant appelloient les dicts princes le dict seigneur d'Angoulesme " monsr. le ducque " ; et ne sceut tenir le dict seigneur leur demander : " Pour quoy m'appellez vous monsr. le ducque, veu qu'ilz y a tant de ducques au monde et vous aultres l'estes comme moy ? " Et luy firent reverence que c'estoit pour ce qu'ilz estoit ducque de Bretaigne, et que c'estoit la principalle duché de la chrestienneté et qu'ilz se debvoit nommer ducque sans queue.

Le soupper faict, il s'en retournerent au logis du Roy, là où il ne fut plus question de dœuil et tout le monde avoit joye, et estoit desjà la Royne en salle et ce commencerent à dancer et les dances par tout et durerent bien tart. Le lendemain au matin les espousailles, et ne furent pas faictes à l'esglize, mais en ungne belle grant salle là où tout le monde le povoit veoir [à Abbeville, le 9 Octobre 1514]. Et estoit la dicte salle tendue fortement de drap d'or, et estoient le Roy et la Royne assis, et la dicte Royne toutte deschevellée, ung chappeau de piarrie, le plus riche qui fut en la chrestienneté, sur son chief, et ne portoit poinct de couronne, pour ce que la coustume est de la poinct porter, se elles ne sont couronnée et sacrez à Sainct Denys.

Et là servit monsr. d'Angoulesme d'offrande au Roy, d'ungne honneste sorte, comme le plus prochain du Roy, et madame Claude, sa femme, servit la dicte Royne d'offrande et à la messe fort honnestement ; que sçay bien que la dicte dame avoit ung merveilleux regretz, car il n'y avoit guaires que la Royne sa mere estoit morte, et failloit qu'elle servit de quoy on avoit acoustumée de servir la Royne sa mere. Et l'espousailles faictes, toutte l'après disner et tout le soir fut faicte la plus grant chiere qu'ilz estoit possible de veoir.

La nuict vint et se coucherent, et l'endemain disoit le Roy qu'ilz avoit faict merveilles ; touttes fois je croy ce qu'il est, car il estoit bien malaisiez de sa personne. Touttes fois c'estoit ung gentilz prince, tant à la guerre que aultre part et en touttes choses où on le volloit mettre ; et fut dommaiges de ceste maladie de goutte qui l'assaillit, car il n'estoit encorre vieil homme.

Les nopces faictes et ceste bonne chiere, le Roy et sa femme et tous les Angloys s'en allerent à Sainct Denys là où fut couronnez et sacrée la dicte Royne, en la presence de tous les Angloys et de tous les aultres estrangiers. Et ce temps pendant s'aprestoient les choses pour faires les joustes à Paris.

 

Des belles joustes faictes à Parys pour le couronnement de la dicte royne Marie, sœur au roy d'Angleterre.

Quant la Royne fut couronnée à Sainct Denys, vint faire son entrée à Parys, qui fut merveilleusement belle, et la faisoient bon veoir, car elle estoit belle. Monsr. d'Angoulesme. qui estoit jeune homme et voulloit bien monstrer qu'il n'estoit pas mal content de ceste mariage, non obstant que sy la dicte Royne eut ung filz, il luy eut merveilleussement venuz mal à propos, et fut ung tamps que sceut fort maulvais grez à monsr. de Longueville qu'il avoit traictée et practiqué le dict mariage en Angleterre, luy estant prisonnier, touttes fois le dict seigneur d'Angoulesme print le Jeune Adventureux, deux jours après les nopces à Abbeville, en venant du logis du Roy et retournant au syen, et luy dict : " Adventureulx, je suis plus ayse que je ne suis de année, car je suis seur, ou on a bien fort menty, qu'ilz est impossible que le Roy et la Royne puissent avoir enfant, qui est ungne choses qui viendroit fort à mon desadvantaige, s'il en avoient. " Et avoit tant faict le dict seigneur que madame Claude, sa femme, ne bougeroit poinct de la chambre de la Royne et luy on avoit bailliez madame d'Amour [d'Aumont] sa dame d'honneur, laquelle couchoit en sa chambre.

Or, comme je vous ay dict, le dict seigneur d'Angoulesme (ne) vollut (poinct) donner à congnoistre, pour complaire au Roy et aux Angloys, qu'il estoit bien ayse du dict mariage ; et entreprint les joustes et tint les pas, et, pour mieulx faires et plus honnestement, il choisist six capitaines de France, et estoit le vje et viije, et estoient les premiers monsr. d'Angoulesme, monsr. de Vendosme, monsr. de la Palice, monsr. de Bonivet, depuis admiral de France. Le grant senechal de Normandie [Louis de Bézé], le Jeune Adventureulx, le grant escuyer de France [Galeazzo de San Severino] et le ducque de Suffort, Angloys, faisoyent viije, et avecque leurs aydes tindrent le pareque à tous venants, tant Anglois que Françoys, fut à piedz ou à cheval.

Et je vous asseure qu'ilz eurent bien à souffrir car il eurent dessus les bras plus de trois cens hommes d'armes, et y fut faictes des belles choses de frapper et de jouster. Et vous asseur que ce fut ungne belle chose à veoir des festins et bancquetz qui se fierent ; et vous seroit ungne choze trop longue à racompter, car il n'y eut seigneur de France qu'il ne festoya les dicts Anglois, tellement qui n'eurent jamais loisir de disner ne soupper ung jour chiez eulx ne à leurs logis.

Quant touttes ses bonnes chieres eurent durez six sepmaines, les seigneurs et dames d'Angleterre voulurent retourner à leur pays, et, après avoir euez bonne despeche et force present, prindrent congiez du Roy et de la Royne, et de monsr. d'Angoulesme pour eulx retourner, et les fist le Roy conduire et deffroyer jusques hors de son royaulme.

Et demoura pour l'ambassadeur ordinaire le ducque de Suffort, laquelle charge print voluntier, car la compaignie luy plaisoit. Car, à ce que icy puis congnoistre. il ne volloit poinct de mal à la sœur de son maistre.

 

Comment le roy Loys XII, par ung jour de l'an, après avoir faict bonne chiere avec que sa nouvelle femme, morut à Paris. 1514.

Le roy Loys partit du palays et vint logier au Tournelles, à Paris, pour ce qu'il est en plus belle air que le palays et ne se sentoit pas fort bien, car il avoit vollut faire du gentilz compaignon avecque sa femme ; comme le plus prochain de la couronne, et vint au palays, et incontinent en diligence en advertit tous les princes et dames de son royaulme, et especiallement madame Loyse, sa mere. Et veulx je bien dire que ce fut ungne belle estraine à ung premier jour de l'an, veu qu'il n'estoit poinct son filz, et pour vous dire, le dict seigneur d'Angoulesme naysquit par ung jour de l'an, et y eult le royaulme de France par ung jour de l'an.

Le dict feu Roy estoit au Tournelles et luy fist on son enterrement comme l'on accoustumet de faire aulx aultre roys, qui sont belles ceremonies et anticques : et, en portant son corps des dictes Tournelles à Nostre Dame, avoit gens devant avecque des campannes, lesquelz sonnoient et cryoient : " Le bon roy Loys, pere du peuple, est mort. " Et quant on eult faict ce qu'ilz appertenoit à Nostre Dame, fut reconvoyé par les princes à Sainct Denys, où fut faict son enterrement, lequel fut merveilleusement beaulx et triumphant ; et vous asseure que le Roy et la Royne, sa femme, firent honnestement leur debvoir, car il n'y fut riens oublyé ne espargnié à l'honneur d'ung telle prince.

 

Icy devise que fit la royne Marie de France depuis la mort de son mary, et du sacre de monsr. d'Angoulesme, Françoys, premier de ce nom, à Rains en Champaigne, le 25 de janvier 1515, stilo romano.

En l'an 1514, le roy Loys mort et enterrez, le Roy faisoit fort son debvoir de resconforter la royne Marie ; aussy faisoit la Royne sa femme. Et est la coustume des roynes de France que, quant le Roy est mort, elles sont six sepmaines au lict, sans veoir nulle clarté, synon à la chandeille ; et estoient journellement madame de Nevers et madame de Haumont, et tint son estatz ne plus ne moins que quant le Roy son mary estoit vivant.

Or avoit entendu le Roy, luy estant monsr. d'Angoulesme, l'amitié que le ducque de Suffort portoit à la dicte royne Marie et aussy qu'elle ne le hayoit pas, et luy dist : " Monsr. de Suffort, je sçay bien de voz affaires et sçay bien l'amitié que vous portés à la royne Marie, et sçay bien vostre gouvernement et beaucoup de choses plus que ne sçavés et ne pensez. Je ne vouldroye poinct que quelquez chose se fist là où je eusse honte, ny le roy d'Angletterre, mon frere, avecque lequel je veulx garder toutte l'alliance et l'amitié qu'il avoit avecque le feu roy, mon beau pere, et pour ce ne faictes choses qui ne soit à mon honneur, ne qu'il y ait promesse de mariage ny d'aultre choses ; mais vous, aymez de vostre maistre, faictes qu'il m'en escripve et j'en seray merveilleussement content ; mais aultrement gardés bien sur vostre vie que ne faictes choses qu'ilz ne soit affaires, car, se j'en suis advertis, je vous feray le plus mary homme que jamais fut." Et luy promist le dict ducque de Suffort : " Sire, je vous jure sur ma foy et sur mon honneur que je suis content que me faictes coupper la teste, si je fais chose qui soit contre vostre honneur ny la volunté de mon maistre. "

La quel chose il ne tint pas : car trois ou quatre jours après qu'il eut faict la dicte promesse au Roy, il l'espousa secrettement, et ne sceut menez l'affaire sy secrettement que le Roy n'en fit advertis.

Laquelle chose entendue par luy incontinent, incontinent manda le dict ducque de Suffort venir parler à luy, et, luy venu, luy dict le Roy : " Monsr. de Suffort, je suis advertis de telle chose et ne pensoye pas que fussiés sy lasche ; et, se je voulloye bien faire mon debvoir, toutte à ceste heure je vous feroye trencher la teste des espaulles ; car vous m'avés faulsée vostre foy; et, me fyant en vostre foy, n'ay poinct faict de guet sur vous, et secrettement avés espousez la royne Marie, sans mou sceu. " A quoy respondit le ducque de Suffort, aiant belle peur et grande crainte : " Sire, je vous supplie que vostre plaisir soit de le moy pardonner. Je confesse que j'ay faict le plus mal du monde, mais, Sire, je vous supplie avoir regart à amours que le m'onlt faict faire, et me submectz en vostre misericorde, vous suppliant avoir mercy de moy. "

Et le Roy luy fist responce : " Je n'en auray de vous et vous metteray en bonne mains, tant que j'auray advertis le roy d'Angleterre, mon frere, et sy le treuve bon, et moy aussy. " Touttes foys, aulcuns souspectionnent que le Roy fist par finesse, de peur que le roy d'Angleterre n'en fit grosse alliance aultre part.

 

Comment monsr. d'Angoulesme, Françoys, premier de ce nom, fust sacrez roy de France à Rains, en Champaigne.

Affin que vous entendés, quant le roy Loys xije fut mort, tous les princes de France se retirerent vers monsr. d'Angoulesme, et avoit ungne merveilleuse grosse court à Paris, et quant et quant tous les princes chrestiens envoyerent ambassades vers luy, et y vint ambassades pour l'Empereur monsr. de Nanssoz [Henri, comte de Nassau] et monsr. de Sainct Py [Michel de Croy, seigneur de Sempy] et pour le roy d'Angleterre nouvel ambassadeur maistre Bollant [Thomas Boleyn, père d'Anne de Boleyn], lequelle apporta nouvelles que le roy d'Angleterre estoit content du mariage de la royne Marie, sa sœur, et du ducque de Suffort.

De laquelle chose le Roy fut très content, car par se moyen il estoit asseurez que le roy d'Angleterre n'en povoit faire grosse alliance aultre part ; et luy fit faire le Roy despeche bonne de tout son douaire qu'elle avoit en France. Et s'en retournit la dicte royne Marie en Angleterre avecque le dict ducque de Suffort et demeurent le dessus dict maistre Boullant embassadeur pour le roy d'Angleterre.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_III_de_La_Marck

 

François Ier

François Ier avait écrit quatre mots de sa main sur un portrait de Mary dans un recueil (daté vers 1526) de divers portraits crayonnés que possédait Madame d'Angest, la femme d'Artus de Brissy.

Pleus fole que royne avait-il noté, indiquant par ces mots qu'il réprouvait son choix d'épouser un duc plutôt qu'un roi ou un empereur.

Bibliothèque Municipale Méjanes - Aix en Provence

Certains de nos contemporains "historiens" ont voulu y lire "plus sale que reine". Ce qui prouve le peu de valeur qu'ils accordent à une femme. Ils ne font, dans leur misogynie maladive, que reprendre l'antienne que le sieur Brantôme répandit dans un jus de fiel.

 

François Eudes de Mézeray,
Abrégé chronologique de l'histoire de France,
T. 3, Amsterdam, 1740, p. 78.

Ny la volonté de Louis ni sa santé ne désiroient point de secondes nôces : son cœur trop parfait n'étoit plus capable d'admettre une nouvelle affection, ni les forces trop abbatues de supporter les fatigues d'un second mariage. Toutefois, le Roi afin de délivrer son Etat de la crainte des armes Angloises encore si redoutables en France par le succès de tant d'infortunes passées, il se laissa persuader d'épouser Marie d'Angleterre […]
Mais à peine les réjouissances des Joûtes & des Tournois, qui durèrent près de six semaines, eurent été achevées, qu'il finit sa vie par maniere de dire, dans son lit nuptial. Ainsi le bon prince se sacrifia, dit un Auteur, comme fait le Pélican pour le salut des siens.
Car ayant changé sa maniere de vivre accoûtumée, pour l'amour de sa femme, & s'efforcant de complaire aux jeunes desirs de cette belle Princesse, âgée seulement de dix-huit ans, il passa des joyes de ce monde en celles du paradis.
Après la mort de Louis XII, on crut que marie d'Angleterre étoit grosse, mais on fut incontinent assuré du contraire par le rapport qu'elle en fit elle-même. François I. étant parvenu à la Couronne la renvoya honorablement au roi Roi Henri son frere. […]

https://books.google.fr/books?id=t-yucFG7znkC&pg=PA78&lpg=PA78&dq=M%C3%A9zeray+%2B
+marie+d'angleterre&source=bl&ots=wysfGq34t8&sig=-Foo0_cHirUgGJ2L_zKHo8nOj5s&hl
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Fontenelle, Dialogues des morts modernes

Dialogue (avec l'orthographe de l'époque) entre ANNE DE BRETAGNE et MARIE D'ANGLETERRE


Dans ce dialogue fictif, Bernard Le Bouyer (ou Le Bovier) de Fontenelle (1657-1757) a su lucidement révéler le " caractère " de chacune des deux femmes. Ce texte digne est à l'opposé des ragots colportés par Brantôme et "copiés-collés" par trop d'"historiens" ou romancières et romanciers qui évoquent Mary.

Anne de Bretagne
Assurément ma mort vous fit grand plaisir. Vous passâtes aussi-tôt la mer pour aller épouser Louis XII, et vous saisir du trône que je laissois vuide. Mais vous n'en jouîtes guère, et je fus vengée de vous par votre jeunesse même et par votre beauté, qui vous rendoient trop aimable aux yeux du roi, et le consoloient trop aisément de ma perte, car elles hâtèrent sa mort, et vous empêchèrent d'être long-tems reine.

Marie d'Angleterre
Il est vrai que la royauté ne fit que se montrer à moi, et disparut en moins de rien.

Anne de Bretagne
Et après cela vous devîntes duchesse de Suffolk. C'étoit une belle chûte. Pour moi, grace au ciel, j'ai eu une autre destinée. Quand Charles VIII mourut, je ne perdis point mon rang par sa mort, et j'épousai son successeur, ce qui est un exemple de bonheur fort singulier.

Marie d'Angleterre
M'en croiriez-vous; si je vous disois que je ne vous ai jamais envié ce bonheur-là ?

Anne de Bretagne
Non ; je conçois trop bien ce que c'est que d'être duchesse de Suffolk, après qu'on a été reine de France.

Marie d'Angleterre
Mais j'aimois le duc de Suffolk.

Anne de Bretagne
Il n'importe. Quand on a goûté les douceurs de la royauté, en peut-on goûter d'autres ?

Marie d'Angleterre
Oui, pourvu que ce soient celles de l'amour. Je vous assure que vous ne devez point me vouloir de mal de ce que je vous ai succédé. Si j'eusse toujours pu disposer de moi, je n'eusse été que duchesse ; et je retournai bien vîte en Angleterre pour y prendre ce titre, dès que je fus déchargée de celui de reine.

Anne de Bretagne
Aviez-vous les sentimens si peu élevés ?

Marie d'Angleterre
J'avoue que l'ambition ne me touchoit point. La nature a fait aux hommes des plaisirs simples, aisés, tranquilles, et leur imagination leur en a fait qui sont embarrassans, incertains, difficiles à acquérir ; mais la nature est bien plus habile à leur faire des plaisirs, qu'ils ne le sont eux-mêmes. Que ne se reposent-ils sur elle de ce soin-là ? Elle a inventé l'amour, qui est fort agréable, et ils ont inventé l'ambition, dont il n'étoit pas besoin.

Anne de Bretagne
Qui vous a dit que les hommes aient inventé l'ambition ? La nature n'inspire pas moins les désirs de l'élévation et du commandement, que le penchant de l'amour.

Marie d'Angleterre
L'ambition est aisée à reconnoître pour un ouvrage de l'imagination ; elle en a le caractère : elle est inquiette, pleine de projets chimériques ; elle va au-delà de ses souhaits, dès qu'ils sont accomplis ; elle a un terme qu'elle n'attrape jamais.

Anne de Bretagne
Et malheureusement l'amour en a un qu'il attrape trop tôt.

Marie d'Angleterre
Ce qui en arrive, c'est qu'on peut être plusieurs fois heureux par l'amour, et qu'on ne le peut être une seule fois par l'ambition ; ou, s'il est possible qu'on le soit, du moins ces plaisirs-là sont faits pour trop peu de gens : et par conséquent ce n'est point la nature qui les propose aux hommes, car ses faveurs sont toujours très générales. Voyez l'amour, il est fait pour tout le monde. II n'y a que ceux qui cherchent leur bonheur dans une trop grande élévation, à qui il semble que la nature ait envié les douceurs de l'amour. Un roi qui peut s'assurer de cent mille bras, ne peut guère s'assurer d'un cœur : il ne sait si on ne fait pas pour son rang, tout ce qu'on auroit fait pour la personne d'un autre. Sa royauté lui coûte tous les plaisirs les plus simples et les plus doux.

Anne de Bretagne
Vous ne rendez pas les rois beaucoup plus malheureux par cette incommodité que vous trouvez à leur condition. Quand on voit ses volontés non seulement suivies, mais prévenues, une infinité de fortunes qui dépendent d'un mot qu'on peut prononcer quand on veut, tant de soins, tant de desseins, tant d'empressemens, tant d'application à plaire, dont on est le seul objet : en vérité on se console de ne pas savoir tout-à-fait au juste si on est aimé pour son rang ou pour sa personne. Les plaisirs de l'ambition sont faits, dites-vous, pour trop peu de gens ; ce que vous leur reprochez est leur plus grand charme. En fait de bonheur, c'est l'exception qui flatte, et ceux qui règnent sont exceptés si avantageusement de la condition des autres hommes, que, quand ils perdroient quelque chose des plaisirs qui sont communs à tout le monde, ils seroient récompensés du reste.

Marie d'Angleterre
Ah ! jugez de la perte qu'ils font, par la sensibilité avec laquelle ils reçoivent ces plaisirs simples et communs, lorsqu'il s'en présente quelqu'un à eux. Apprenez ce que me conta ici, l'autre jour, une princesse de mon sang, qui a régné en Angleterre, et fort long-temps, et fort heureusement, et sans mari. Elle donnoit une première audience à des ambassadeurs hollandois, qui avoient à leur suite un jeune homme bien fait. Dès qu'il vit la reine, il se tourna vers ceux qui étoient auprès de lui, et leur dit quelque chose assez bas, mais d'un certain air qui fit qu'elle devina à-peu-près ce qu'il disoit ; car les femmes ont un instinct admirable. Les trois ou quatre mots que dit ce jeune Hollandois, qu'elle n'avoit pas entendus, lui tinrent plus à l'esprit que toute la harangue des ambassadeurs ; et aussi-tôt qu'ils furent sortis, elle voulut s'assurer de ce qu'elle avoit pensé. Elle demanda à ceux à qui avoit parlé ce jeune homme, ce qu'il leur avoit dit. Ils lui répondirent, avec beaucoup de respect, que c'étoit une chose qu'on n'osoit redire à une grande reine, et se défendirent long-temps de la répéter. Enfin, quand elle se servit de son autorité absolue, elle apprit que le Hollandois s'étoit écrié tout bas : Ah ! voilà une femme bien faite, et avoit ajouté quelque expression assez grossière, mais vive, pour marquer qu'il la trouvoit à son gré. On ne fit ce récit à la reine qu'en tremblant ; cependant il n'en arriva rien autre chose, sinon que, quand elle congédia les ambassadeurs, elle fit au jeune Hollandois un présent fort considérable. Voyez comme au travers de tous les plaisirs de grandeur et de royauté dont elle étoit environnée, ce plaisir d'être trouvée belle alla la frapper vivement.

Anne de Bretagne
Mais enfin elle n'eût pas voulu l'acheter par la perte des autres. Tout ce qui est trop simple n'accommode point les hommes. Il ne suffit pas que les plaisirs touchent avec douceur ; on veut qu'ils agitent et qu'ils transportent. D'où vient que la vie pastorale, telle que les poëtes la dépeignent, n'a jamais été que dans leurs ouvrages, et ne réussiroit pas dans la pratique ? Elle est trop douce et trop unie.

Marie d'Angleterre
J'avoue que les hommes ont tout gâté. Mais d'où vient que la vue d'une cour la plus superbe et la plus pompeuse du monde les flatte moins que les idées qu'ils se proposent quelquefois de cette vie pastorale ? C'est qu'ils étoient faits pour elle.

Anne de Bretagne
Ainsi le partage de vos plaisirs simples et tranquilles, n'est plus que d'entrer dans les chimères que les hommes se forment ?

Marie d'Angleterre
Non, non. S'il est vrai que peu de gens aient le goût assez bon pour commencer par ces plaisirs-là, du moins on finit volontiers par eux, quand on le peut. L'imagination a fait sa course sur les faux objets, et elle revient aux vrais.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Le_Bouyer_de_Fontenelle

 

Louis Marie PRUDHOMME, Les crimes des reines de France, depuis le commencement de la monarchie jusqu'à Marie-Antoinette, Lyon, 1791, p. 225-226.
http://cour-de-france.fr/article2903.html

Marie d'Angleterre, sœur de Henri VIII, monta sur le trône de France dans la même année ; exemple frappant de la différence qu'établit dans le cœur des hommes une éducation plus ou moins mauvaise.

Marie, quoique fille de roi, dans un état où les femmes ne sont pas exclues du trône, n'avoit pas été adulée, parce qu'elle avoit des frères destinés à porter la couronne. Henri VII, son père, prince avare et même parcimonieux, avoit dédaigné le sexe de sa fille, et ne l'avoit point entourée de la pompe de la cour. La jeune personne s'étoit formée presque seule, et les dédommagemens qu'elle avoit cherchés dans la solitude, lui avoient appris à penser, ce que ne peuvent savoir les rois.

Elle avoit de bonne heure fait choix d'un jeune instituteur, ami de son frère, et qui devint son favori, du moment qu'il monta sur le trône. Charles de Suffolck avoit plus fait que d'apprendre à penser à la princesse, il étoit devenu l'objet des premiers sentimens de son cœur, et Marie, vraiment éclairée, vraiment tendre, se vit sacrifiée à l'ambition de son frère avec de véritables regrets. Elle obéit cependant, et vint régner en France, mais elle n'y oublia point son amant ; elle n'eut le temps de faire ni bien ni mal à hi cour de Louis XII qui mourut en janvier 1515, et la laissa jouir de sa liberté.

En cédant le trône à la femme de François I, elle ne voulut point courir le risque de remonter sur quelque autre, et ne quitta point la France que le nouveau roi n'eût obtenu, pour elle, de Henri VIII, son frère, la permission d'épouser Suffolck. Elle partit avec ce nom qu'elle préféroit à une couronne, vécut en citoyenne, maîtresse de faire du bien ; et surtout de ne point faire de mal. Sa postérité fut malheureuse, pour s'être approchée de ce trône qu'elle avoit su dédaigner.

 

 

MARGUERITE, se dirigeant vers le Roi : Sire, je dois vous mettre au courant.
MARIE : Non, taisez-vous.
MARGUERITE, à Marie : Taisez-vous.
MARIE, au Roi : Ce n'est pas vrai ce qu'elle dit.
LE ROI : Au courant de quoi ? Qu'est-ce qui n'est pas vrai ? Marie, pourquoi cet air désolé ? Que vous arrive-t-il ?
MARGUERITE, au Roi : Sire, on doit vous annoncer que vous allez mourir.
LE MÉDECIN : Hélas, oui, Majesté.

Eugène IONESCO, Le Roi se meurt, 1962

 

Charles QUINEL et Ernest LAUT, François 1er, premier gentilhomme de France, Hachette, 1936, pp. 26-28


Louis XII avait cinquante-deux ans, mais la princesse Marie, sœur de Henri VIII, ne comptait que seize printemps. Un héritier mâle pouvait naître de ce mariage. Alors, François devrait abandonner tout espoir de régner.
Cette nouvelle porta la consternation parmi ses familiers. Lui seul l'accueillit avec indifférence. " Il en sera ce que Dieu voudra " dit-il.

Et, par une ironie singulière, c'est lui que le roi choisit pour aller au-devant de la future reine de France.
Il accepta la mission et s'efforça de la remplir avec toute sa bonne grâce. La princesse Marie était charmante, d'esprit vif et aventureux. Tout de suite, la sympathie s'éveilla entre eux. Elle avait ouï conter, à Londres, les hauts faits accomplis par le prince dans la campagne de Picardie. Sa haute taille, son élégance, l'aisance de sa parole, son inlassable aménité, l'attrait de son sourire, le soin qu'il apportait à prévenir ses moindres désirs, tout cela fit sur elle une impression profonde qu'elle ne chercha pas à dissimuler.

" Ah ! pensait-elle en son for intérieur, pourquoi n'est-ce pas lui l'époux qu'on me destine ? "
Hélas !... l'époux qu'on lui destinait était un vieil homme, perclus de goutte, usé par les fatigues des campagnes, et qui paraissait vingt ans de plus que son âge...

Louis XII, cependant, pour rendre à la petite princesse la vie heureuse et le séjour agréable, rompit avec ses habitudes de maussaderie et de solitude. Jusqu'alors, il menait une vie des plus calmes et sévèrement réglée. Levé entre six et sept heures, il dînait à dix heures et soupait entre trois et quatre. Après quoi, il allait faire un tour ou chasser dans son parc et rentrait se coucher bien sagement entre sept et huit heures. Il devait, à ce régime, en dépit des petites infirmités de son âge, de se maintenir dans un état de santé qui lui eût assuré peut-être encore de longs jours. Mais une telle existence ne pouvait convenir à une jolie reine de seize ans. Le bon roi le comprit fort bien.

Du jour au lendemain, ses habitudes furent bouleversées. Le palais brilla chaque soir de mille feux. Il y eut des concerts, des danses, des fêtes de toutes sortes, dont la reine Marie était l'héroïne et le duc François le héros. Louis XII y assistait luttant contre la lassitude qui le gagnait parfois, mais heureux de la joie qui rayonnait sur le visage de sa petite femme aimée. Seule, la princesse Claude s'alarmait. Elle tenta d'éclairer son père sur les dangers d'une vie trop fiévreuse pour un homme de son âge. Louis XII sourit. " Je me suis rajeuni, dit-il ; et puis, qu'importe ?... Ce que veut la reine, je le veux. "

Mais à ce régime, il dut bientôt prendre le lit, Il sentait bien que la mort était sur lui.

Elle devait le frapper après trois mois de mariage. C'était le premier jour de l'an 1515. Avant d'expirer le bon roi dit à sa femme ce mot mélancolique : " Mignonne, je vous donne ma mort pour vos étrennes... "

La mignonne accepta ce cadeau funèbre ; et, puisqu'elle n'était plus reine de France et ne pouvait avoir le duc François pour époux, elle s'en fut en Angleterre, sans prendre même le temps de finir son deuil, et se remaria avec le duc de Suffolk qui, naguère, lui avait fait la cour.

Un livre destiné aux jeunes lectrices et lecteurs, bien gentillet...

 

Paule HENRY-BORDEAUX, Louise de Savoie, Régente et " Roi " de France, Plon, 1954, pp. 82-85

Le veuf inconsolable serait sur le point de se remarier avec une fille de seize ans, fraîche comme un bouton de rose, une Anglaise pétulante de vie, la propre sœur d'Henry VIII, et bien plus apte que la pauvre reine défunte à porter enfants. Va-t-il falloir recommencer à revivre les affres des dernières années, l'anxiété derrière l'alcôve royale, dans l'ombre du trône, l'attente des grossesses qui, cette fois, iront jusqu'à leurs termes ? Ce pauvre Louis XII a choisi une bien singulière manière d'aller rejoindre sa femme Anne de Bretagne au plus tôt !

Louis de Longueville, prisonnier des Anglais, qui a gagné sa rançon au jeu de paume, à la pointe de sa raquette, cependant homme sage et raisonnable, a manigancé ce mariage, signé le contrat le 7 août, épousé Mary d'Angleterre par procuration.

Louise de Savoie, terrée dans les bois, s'enfonce dans des réflexions sinistres. " Le 22 septembre, écrit-elle, le roy Louis XII, fort antique et débile, sortit de Paris pour aller au devant de sa jeune femme ". Elle se rassure comme elle peut. Mais elle ne manque pas de détails sur ce qui se passe à Abbeville où la princesse Mary doit débarquer. Toute la cour est remontée vers le Nord. Elle a là-bas des correspondants de choix : son fils, son gendre et surtout le jeune Aventureux, Fleuranges, qui est habile à recueillir les propos gaillards.

La princesse, qui ne vient point " en dame de petite étoffe ", est " accompagnée de gros princes et dames " et surveillée par le duc de Norfolk, " bon vieil personnage des plus estimés qui soit eu Angleterre " qui a amené sa femme. Précaution utile, puisqu'il y a, dans le cortège, le duc de Suffolk, " homme de petite maison ", mais séduisant.

Louise sait-elle que, précédée de 2 000 cavaliers et de 200 archers, Mary d'Angleterre à cheval, en compagnie de François venu à sa rencontre et qui semble prendre à sa conversation un plaisir extrême, s'est dirigée vers Abbeville ? Louis XII, qui a quitté le deuil et ne tient pas en place, " monta sur ung grand cheval bayart, qui sautoit, et avecques tous les gentilhommes et pensionnaires de sa maison, et sa garde, et en moult noble estat, vint recevoir sa femme, et la baisa tout à cheval. Et après ce, embrassa tous les princes d'Angleterre, et leur fist très bonne chère ; et à l'aborder, pour mieux resjouir toute la compaignie, avoit plus de cent trompettes et clairons ". Fleuranges s'en donne à cœur joie.
[…]

Le 5 novembre a lieu le couronnement. Louise y assiste la mort dans l'âme. Le lendemain, c'est l'entrée dans Paris pavoisé, tapisseries et bannières claquant au vent, ce Paris léger, oublieux, enthousiaste, qui pleurait hier la reine Anne et à perdre haleine acclame aujourd'hui la reine Mary.
[…]

La grande salle du Palais de Justice abrite la table du banquet nuptial, la table de marbre disparaissant sous l'amoncellement des gibiers, des pâtés et des viandes. Les musiciens rythment les services.

La jeune reine, rougissante et ravie, a pris place entre Louise et Claude peu gaies, chacune pour des causes différentes, mais qui bravement dissimulent leurs soucis. A la fin du repas, comme on présente à Mary les bonbonnières, elle ordonne gentiment qu'elles soient portées à la petite Renée qui ne prend pas part à la fête. Et Claude sourit.

Le duc de Valois, toujours fastueux, a tenu à organiser lui-même les tournois et les joutes qui se déroulent pendant une semaine, près du palais des Tournelles, au haut de la rue Saint Antoine. Au premier rang de la tribune d'honneur, se tiennent le roi, la reine, Louise de Savoie, Claude, Marguerite, la duchesse de Bourbon, Mme de Nevers, tout un essaim de filles d'honneur tant Anglaises que Françaises. François n'est pas fâché de briller devant une telle galerie. Il se surpasse, change de costumes chaque jour, s'élance dans la lice avec tant d'ardeur que le 29 novembre, vers 4 heures de l'après-midi, il est blessé " entre les deux premières joinctes du petit doigt ".

La reine ne le suit-elle pas des yeux avec un peu trop de complaisance ? François ne songe-t-il pas un peu trop à elle en portant ses couleurs ? S'il faut en croire Brantôme, le maître d'hôtel de la reine, Jean de Grignols, l'aurait averti violemment : " Le roy son mary est vieux, et meshuy ne luy peut faire enfans ; vous l'irez toucher et vous vous approcherez si bien d'elle que vous qui estes jeune et chauld, elle de mesmes, Pasques-Dieu elle prendra comme à glu : elle faira un enfant et vous voylà bien... " Et comme François sourit avec suffisance sans réaliser qu'à ce petit jeu il risque son royaume, Grignols alerte Louise en dernier ressort. Celle-ci, proche de la crise de nerfs, aurait fait à son fils la seule, l'unique scène de sa vie. A laisser François tout pantois... L'anecdote a du piquant certes, mais Brantôme n'en est pas à une invention près. Le goût de Mary pour son flirt anglais, le duc de Suffolk, n'est-il pas plus plausible ? La suite de l'histoire le prouve bien... Mais pour François le résultat ne serait-il pas aussi fâcheux ? Il n'est pas exclu que Louise prudente — et de toutes manières — ait fait garder la reine à vue par Claude pendant le jour, et par Mme d'Aumont pendant la nuit.

La comtesse d'Angoulême est repartie pour Romorantin, soucieuse. En vain Fleuranges, pour la dérider, raconte-t-il que " ceulx de la Basoche, à Paris, disoient que le roy d'Angleterre avoit envoyé une hacquenée au roy de France, pour le porter bientost et plus doulcement en enfer ou en paradis ". Bien sûr, mais la reine a seize ans ! En vain, l'Aventureux annonce-t-il qu'il n'arrivera rien de bon à Louis XII pour avoir abandonné son grand régime et " voulu faire du gentil compaignon avecques sa femme ". Après tout le roi n'a que cinquante-deux ans !...

Les chemins défoncés par l'hiver, un hiver très précoce, retardent les courriers de Paris. Les soirées traînent solitaires. L'an dernier à pareille époque, son fils et sa fille étaient près d'elle, Elle soupire. Le ciel lui-même semble porter sa peine.

Triste 1er janvier 1515 ! C'est un lundi. Une tempête affreuse secoue les chênes, fracasse les bouleaux, emporte bruyères et fougères dans une ronde éperdue. Autour du château, la forêt solognote frémit dans une grande plainte, tandis que le vent s'engouffre dans les cheminées et soulève les portières.

Le 2, à l'aube, un grand brouhaha éveille Louise qui a fini par s'assoupir. Un cavalier parti hier au soir du palais des Tournelles et qui a voyagé toute la nuit, fourbu, crotté, transi, ivre de fatigue, et qui peut à peine crier avant de s'effondrer au coin du feu : " Le roi est mort ! Vive le roi ! "

 

Henry LEMONNIER, Charles VIII, Louis XII et François 1er, Les guerres d'Italie, 1492-1547, Tallandier, 1982

Quant à Louis XII, il était tout entier aux joies et aux pompes de son mariage. Il persistait à espérer un héritier, et il se laissait aussi prendre aux charmes de sa nouvelle épouse, qui était séduisante. L'ambassadeur de Marguerite certifiait que c'était " l'une des plus belles que l'on sçauroit veoir ; riens mélancolique, ains toute récréative". Le pauvre Roi se sentait revivre, il parlait de reconquérir l'Italie " au printemps". Mais il ne vit pas le printemps. Après avoir langui pendant trois mois, il s'éteignit doucement, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1515. ( p. 129)

 

Robert KNECHT, Un Prince de la Renaissance - François 1er et son royaume, Fayard, 1998

En mai 1514, François s'attendait à devenir roi sous peu. La santé de Louis XII était défaillante depuis quelque temps, et la mort de la reine écartait toute perspective d'un futur héritier. Or, le 7 août, le roi signa deux traités avec Henri VIII le premier concédait Thérouanne et Tournai aux Anglais, le second établissait le mariage de Louis avec la sœur d'Henri, Marie Tudor. L'opinion publique fut choquée à l'idée qu'une jeune fille de dix-huit ans, célèbre pour sa beauté, doive épouser un vieillard gâteux et goutteux de cinquante-trois ans. Mais Marie sembla accepter son sort avec sérénité, ayant reçu de son frère l'assurance qu'elle pourrait choisir elle-même le mari suivant. Par ailleurs, elle était prête à bien des sacrifices pour devenir reine de France.

Louis et Marie se marièrent à Abbeville le 9 octobre. Après leur nuit de noces, le roi semblait " très jovial, joyeux et amoureux ", affirmant qu'il avait " faict merveilles ". Mais François avait des doutes sur la virilité de Louis. Deux jours après le mariage, il dit à Florange : "Je suis plus ayse que je ne suis de année, car je suis seur ou a bien fort menty, qu'ilz est impossible que le Roy et la Royne puissent avoir enfant. "

Louis ne tarda pas à montrer des signes d'affaiblissement. Les clercs de la basoche, spécialistes des plaisanteries sur les grands personnages, montèrent une pièce dans laquelle le roi d'Angleterre envoyait à Louis une haquenée, destinée à l'emporter sans tarder en enfer ou au paradis. Il ne fait pas de doute que ses efforts pour se montrer un " gentilz compaignon avecque sa femme " aient ruiné sa santé. Il tomba gravement malade peu après Noël et ne quitta plus la chambre de son palais des Tournelles, à Paris. (p. 24)

*

Son premier geste fut de mander Charles Brandon, duc de Suffolk, pour féliciter François lors de son avènement. Le duc avait pour autre mission de prendre possession des bijoux offerts à Marie Tudor par son défunt époux, Louis XII, et de profiter du désir français de récupérer Tournai, capturé par les Anglais en 1513.

Les échanges courtois entre Henri VIII et François Ier dissimulaient tout un réseau d'intrigues tissées autour de l'avenir de Marie. Celle-ci se plaignit auprès de Suffolk de ce que François s'était montré importun " sur plusieurs points touchant à son honneur ". Une seule chose est certaine : Suffolk et Marie furent secrètement mariés en France à la mi-février, sur les encouragements de François Ier. Il semble que Marie ait précipité le mariage par désespoir, craignant que François ou Henri ne lui imposent un nouvel époux aussi peu ragoûtant que Louis XII.

François sut " tirer le meilleur parti de Brandon, qui voulait gagner sa confiance et espérait sa protection après l'épisode du mariage secret ". Il accepta de payer une part de la dot de Marie, mais conserva les bijoux. Le traité de Londres, qui arrivait à expiration, fut renouvelé le 5 avril. (p. 78)

 

Patrick WEBER, Les reines de France, Librio, 2006, p. 70-71.

La sœur d'Henri VIII d'Angleterre est une belle et charmante jeune fille. Marie est amoureuse d'un membre de la cour, mais on ne prête pas grand intérêt aux élans de son cœur. Un prestigieux candidat l'attend de l'autre côté de la Manche en la personne du roi de France Louis XII. Marie est profondément malheureuse en découvrant son époux, prématurément vieilli (il a trente-quatre ans de plus qu'elle !). Le dégoût qu'il lui inspire ne l'empêche probablement pas de remplir son devoir conjugal mais elle n'a pas le temps de lui donner un héritier. Le roi meurt après moins de cent jours de mariage. La jeune veuve n'est plus d'une très grande utilité en France. Elle plaide sa cause auprès de son frère et est finalement autorisée à rentrer en Angleterre pour y épouser le duc de Suffolk qu'elle a toujours aimé et auquel elle donnera deux filles. Elle meurt à Westhorpe en Angleterre en 1533.

 

Catherine - couverture de Le féminisme est l'avenir de l'homme
Hors-série de Charlie hebdo - Avril-Mai 2011

 

2- Des extraits de lettres de Mary et de Wolsey

 

Mary :

" Pleaseth it your Grace,

the French King on Tuesday night last past came to visit me, and had with me many divers discoursing among the which he demanded me whether I had ever made any promise of marriage in any place, assuring me upon his honour, upon the word of a prince, that in case I would be plain with him in that affair he would do for me therein to the best of his power, whether it were in his realm or out of the same.

Whereunto I answered that I would disclose unto him the secret of my heart in humility as unto the prince of the world after your Grace in which I most trust, and so declared unto him the good mind which for divers considerations I bear to my lord of Suffolk, asking him not only to grant me his favour and consent thereunto, but also that he would of his own hand write unto your Grace and pray you to bear your like favour unto me and to be content with the same. The which he granted me to do, and go hath done. …

Sir, I most humbly beseech you to take this answer which I have made unto the French King in good part, the which I did only to be discharged of the extreme pain and annoyance I was in by reason of such suit as French King made unto me not according with mine honour, the which he hath clearly left off.

Also, Sir, I feared greatly lest in case that I had kept the matter from his knowledge that he might not have well entreated my said lord Suffolk, and the rather for to have returned to his former malfantasy and suits. "


" Merci soit votre Grâce

Le roi français, la nuit du dernier mardi, vint me visiter, et eut avec moi plusieurs discours pour me demander si je n'avais jamais fait aucune promesse de mariage en quelque endroit que ce soit.
Il m'assura, de son honneur de prince, que si j'étais franche avec lui à ce sujet, il ferait pour moi à cet égard au mieux de son pouvoir, dans son royaume ou dans un autre.
Je répondis que je lui découvrirais le secret de mon cœur, en toute humilité, comme au prince du monde dans lequel je crois le plus après votre Grâce.
Après lui avoir déclaré la bonne opinion que, pour diverses considérations, je porte à mon seigneur de Suffolk, je lui demandai non seulement de m'accorder sa faveur, son aide, et son accord, mais aussi d'écrire de sa propre main à votre Grâce pour vous prier de m'apporter une telle aide.
Il m'assura qu'il le ferait, et ainsi a-t-il fait…

Sire, je vous implore très humblement de considérer agréablement la réponse que j'ai faite au roi français, seulement pour être libérée de l'extrême douleur et de la contrariété où j'étais en raison d'une requête ne s'accordant pas avec mon honneur que le roi français me fit, et qu'il a clairement rejetée.

Aussi, Sire, je crains grandement qu'il pourrait ne pas avoir bien informé mon dit seigneur Suffolk, et vouloir retourner à son précédent caprice et à ses demandes. "

 

Mary ajoute dans un post-scriptum que si Henry refusait sa demande de choisir son mari, François pourrait " renouveler ses demandes ". Son extrême aversion pour une telle éventualité était proche du désespoir : " je préfèrerais plutôt me retirer hors du monde si cela devait arriver. "

 

Wolsey :

" I most humbly beseech the same never to do anything but by the advice of his Grace, referring all things to him whether fair promises, words or persuasions shall be made to the contrary, having always a special regard to his common honour and letting nothing pass your Grace's mouth whereby any person in these parts may have you at an advantage.

And if any motions of marriage or other offers of fortune to be made unto you, in no wise give hearing to the same.
And, thus doing, ye shall not fail to have the King fast and loving to you, to attain to your own heart's desire and come home again unto England with as much honour as ever woman had.

And for my part, to the effusion of my blood and the spending of my goods, I shall never forsake nor leave you... "


" Je vous implore aussi très humblement de ne jamais faire quoi que ce soit de vous-même mais seulement sur le conseil de Sa Grâce, vous conformant à toutes ses demandes. Prenez garde aux franches promesses, mots ou persuasions, convictions qui vous seront faites, contraires aux vœux de sa Grâce, ayant toujours un regard spécial pour son simple honneur et ne prononçant aucun mot dont on pourrait avoir sur vous un avantage.

Et si quelque proposition de mariage ou autres offres d'avenir vous est faite, ayez la sagesse de ne pas l'écouter.
Et, ainsi fait, vous ne manquerez pas d'avoir le roi fermement à vos côtés, vous aimant, pour parvenir à votre désir du cœur et revenir en Angleterre avec plus d'honneur que jamais femme n'eût.

Et quant à moi, jusqu'au don de mon sang et de mes biens, je ne vous abandonnerai jamais ni ne vous laisserai… "

 

Mary :

" … whereas for the good of peace, and for the furtherance of your affairs, ye moved me to marry with my lord and late husband King Louis of France, whose soul God pardon, though I understood that he was very aged and sickly, yet for the advancement of the said peace and for the furtherance of your causes I was contented to conform myself to your said motion, so that if I should fortune to survive the said late king, I might with good will marry myself at my liberty without your displeasure.

 

Whereunto, good brother, ye condescended and granted, as ye well know, promising unto me that in such case ye would never provoke or move me but as mine own heart and mind should be best pleased, and that wheresoever I should dispose myself ye would wholly be contented with the same.
And upon that your good comfort and faithful promise, I assented to the said marriage… "


" … tandis que pour le bien de la paix, et pour le progrès de vos affaires, vous m'avez obligée à me marier avec mon seigneur et dernier mari le roi de France Louis, dont l'âme est à la grâce de Dieu, bien que j'aie compris qu'il était très âgé et malade.
Cependant pour l'avancement de la dite paix et pour le progrès de votre cause, je me suis contentée de me conformer à votre proposition.
A la condition que s'il m'arrivait de survivre audit roi, je pourrais de mon plein gré me marier librement, sans votre courroux.

Ce à quoi, bon frère, vous avez condescendu et accordé, comme vous le savez bien, me promettant que dans un tel cas, vous ne m'obligeriez jamais à un autre mariage qui ne serait pas conforme aux souhaits de mon propre cœur et de mon propre esprit. Et ainsi, vous seriez content que je puisse disposer de moi-même.
Et après votre contentement et votre loyale promesse, j'ai consenti à ce dit mariage… "

 

Wolsey :

And for my part, no man can be more sorry than I am that ye have so done, being so incumbered therewith that I cannot devise nor study the remedy thereof, considering that ye have failed to him which hath brought you up of low degree to be of this great honour ; and that ye were the man in all the world he loved and trusted best, and was content that with good order and saving of his honour ye should have in marriage his said sister.

Cursed be the blind affection and counsel that hath brought you hereunto, fearing that such sudden and unadvised dealing shall have sudden repentance.

" Et pour ma part, aucun homme ne peut être plus désolé que je le suis que vous ayez agi si inconsidérément, que je ne peux en concevoir ni en étudier le remède, considérant que vous avez manqué à vos engagements envers lui qui vous avait élevé d'un bas degré jusqu'à ce grand honneur.
Vous étiez l'homme qu'il aimait le plus au monde et en qui il croyait le plus. Il était content que légalement et son honneur sauf, vous auriez eu sa sœur en mariage.

Maudite soit l'affection aveugle et le conseil qui vous ont mené à cet acte, craignant qu'une telle conduite, soudaine et inconsidérée, aura un prompt repentir. "

 

Mary :

" Now that God hath called my late husband to his mercy and that I am at liberty, dearest brother, remembering the great virtues which I have seen and perceived heretofore in my Lord of Suffolk, to whom I have always been of good mind, as ye well know, I have affixed and clearly determined myself to marry with him ; and the same, I assure you, hath proceeded only of mine own mind, without any request or labour of my said Lord of Suffolk or any other person. "

" Maintenant que Dieu a rappelé mon mari à sa mansuétude et que je suis libre, frère le plus cher, me souvenant des grandes qualités que j'ai vues et perçues jusqu'ici chez mon seigneur de Suffolk, pour lequel j'ai toujours eu de l'estime, comme vous le savez bien, je me suis clairement déterminée à l'épouser. Je vous assure que j'ai agi uniquement de ma propre volonté, sans aucune demande ou insistance de sa part ou d'autre personne. "

Wolsey :

"I assure you the hope that the King hath to obtain the said plate and jewels is the thing that most stayeth his Grace constantly to assert that ye should marry his sister ; the lack whereof, I fear me, might make him cold and remiss and cause some altercation, whereof all men here, except his Grace and myself, would be right glad."


" Je vous assure que l'espoir que le roi a d'obtenir la dite argenterie et les dits bijoux est ce qui seul lui permet constamment d'affirmer que vous pourrez épouser sa sœur ; le manque de ces richesses, je le crains, pourrait le rendre froid et négligent et causer quelque altercation, qui contenteraient tous les hommes de la Cour, exceptée sa Majesté et moi-même. "


Le prix du pardon devait être mesuré en or !

Mary :


" Sir, I will not in any wise deny but that I have offended your Grace, for the which I do put myself most humbly in your clemency and mercy.

Nevertheless to the intent that your Highness should not think that I had simply, carnally or of any sensual appetite done the same, I having no regard to fall in your Grace's displeasure, I assure your Grace that I have never done [without your] ordinance and consent, but by the reason of the great despair wherein I was put...
Whereupon, Sir, I put my Lord of Suffolk in choice whether he would accomplish the marriage within four days or else that he should never have enjoyed me.

Whereby I know well that I constrained him to break such promises as he had made to your Grace, as well for fear of loosing me as also that I ascertained him that … I would never come into England. "

" And now that your Grace knoweth the both offences of the which I have been the only occasion, I most humbly and as your most sorrowful sister requiring you to have compassion upon us both and to pardon our offences, and that it will please your Grace to write to me and to my Lord of Suffolk some comfortable words, for it shall be greatest comfort for us both.
By your loving and most humble sister,
Mary "


" Sir, je ne veux apporter aucun démenti prudent mais si j'ai offensé votre Grâce par ce que j'ai fait, je sollicite très humblement votre clémence et votre pitié.

Cependant, pour que votre Majesté ne puisse pas penser que j'ai agi simplement pour des appétits charnels ou sensuels, je ne veux pas tomber dans Votre disgrâce.
Je vous assure, votre Majesté, que je n'ai jamais agi sans votre ordre et votre consentement, mais en raison d'un grand désespoir en quoi je fus mise…
Après quoi, Sir, je mis mon seigneur de Suffolk devant un choix : soit il m'épousait dans les quatre jours, soit il ne profiterait jamais de moi.

Je sais bien que, par ce choix et par la peur de me perdre quand je l'assurais que … je ne reviendrais jamais en Angleterre, je le contraignais à briser bien des promesses qu'il Vous avait faites. "

 

 

" Et maintenant que votre Grâce connaît les deux offenses dont j'ai été la seule responsable, je vous réclame très humblement, comme votre sœur la plus triste, d'avoir de la compassion pour nous deux et de pardonner nos offenses.
Que votre Majesté soit remerciée de m'écrire ainsi qu'à mon seigneur de Suffolk quelque mots consolants, car ce serait un immense réconfort pour nous deux.
De la part de votre sœur aimante et plus humble,
Mary. "

 

 

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Honoré - dans Le féminisme est l'avenir de l'homme
Hors-série de Charlie hebdo - Avril-Mai 2011

 

 

C'est qu'on traite les femmes bien plus durement que les hommes.
Comme avec les mauvaises on confond les meilleures,
une même haine nous englobe toutes. Oui, nous naissons pour le malheur.

(Créuse, reine d'Athènes, épouse de Xouthos, roi d'Iolcos, fille d'Erechthée et de Praxithée)
Euridipe, Ion (vv. 397-399)


3- Les textes "malveillants"

Vous remarquerez au fil de votre lecture les mêmes termes, les mêmes expressions, qui reviennent...

 

Tous les stéréotypes machistes nés d'une pensée archaïque et débile pénètrent l'encre et gâchent du papier : sexisme, misogynie, culpabilisation.

 

Pierre de Bourdeille, dit Brantôme, abbé de Brantôme (1540-1614)

Brantôme, dans ses Vies des dames galantes, discours septième : sur les femmes mariées, les veuves et les filles, à sçavoir desquelles les unes sont plus chaudes à l'amour que les autres, article III : de l'amour des veuves, trace un portrait de Mary à regarder de plus près. Lisons d'abord.

" On dit que la reyne Marie d'Angleterre, tierce femme du roy Louis XIIe, n'en fit pas de mesme ; car, se mescontentant et deffiant de la foiblesse du roy son mary, voulut sonder ce jouet, pranant pour guide M. le comte d'Angoulesme, qui despuis fut le roy François, lequel estoit alors un jeune prince beau et très-agréable, à qui elle faisoit très bonne chair, l'apellant tousjours : "Monsieur mon beau filz " ; aussi l'estoit-il, car il avait esposé déjà Mme Claude, fille du roy Loys.

Et de ce fait en estoit esprise ; et lui la voyant en fit de mesme ; si bien qu'il s'en falut peu que les deux feuz ne s'assemblassent, sans feu M. de Grignaux, gentilhomme et seigneur d'honneur de Périgort, très-sage et advizé, lequel avoit esté chevaleir d'honneur de la reyne Anne, comme nous avons dit, et l'estoit encore, de la reyne Marye.

Luy, voyant que le mistère s'en alloit jouer, remonstra à mondit sieur d'Angoulesme la faute qu'il alloit faire, et luy dist en se courouçant : "Comment, Pasque-Dieu ! (car tel estoit son jurement) que voulez-vous faire ? Ne voyez pas que ceste femme, qui est fine et caute, vous veut attirer à elle affin que vous l'engroissiez ? Et, si elle vient à avoir un filz, vous voylà encores conte simple d'Angoulesme et jamais roy de France, comme vous espérez. Le roy son mary est vieux, et meshuy ne luy peut faire enfans. Vous l'yrez toucher, et vous vous approcherez si bien d'elle, que vous qui estes jeune et chaud, elle de mesme, Pasque-Dieu ! elle prendra comme à glu ; elle faira un enfant, et vous voylà bien ! Après vous pourrez bien dire : A Dieu ma part du royaume de France. Par quoy songez-y ".

Cette reyne vouloit bien practiquer et esprouver le proverbe et reffrain espaignol, qui dit que : " jamais femme habille ne mourut sans héritiers " ; c'est-à-dire que, si son mary ne luy en fait, elle s'ayde d'un second pour luy en faire.

M. d'Angoulesme y songea de fait, et protesta d'y estre sage et s'en déporter : mais tenté encor et retenté des caresses et mignardises de ceste belle Angloise, s'y précipita plus que jamais. Que c'est que de l'ardeur de l'amour ! et d'un tel petit mourceau de chair, pour lequel on en quicte et les royaumes et les empires, et les perd-on, comme les histoires en sont plaines.

Enfin M. de Grignaux, voyant que ce jeune homme s'alloit perdre et continuoit ses amours, le dist à Mme d'Angoulesme, sa mère, qui l'en réprima et tança si bien qu'il n'y retourna plus. Se dit-on pourtant que la reyne fit si bien ce qu'elle peut pour vivre et régner reyne mère peu avant et après la mort du roy son mary.

Mais il luy mourut trop tost, car elle n'eut grand temps à faire ceste besoigne ; et nonobstant, faisoit courir le bruict, après la mort du roy, qu'ell' estoit grosse ; si bien que, ne l'estant point dans le corps, on dit qu'elle s'enfloit par le dahors avecques des linges peu à peu, et que, venant le terme, ell' avoit un enfant supposé que devoit avoir un' autre femme grosse, et le produire dans le temps de l'accouchement.

Mais Mme la régente, qui estoit Savoysienne qui sçavoit que c'est de faire des enfans, et qui voyoit qu'il y alloit trop de visiter par médecins et sages-femes, et par la veue et descouverte de ses linges et drapeaux, qu'elle fut descouverte et faillit en son desseing, et point reyne mère, et r'envoyée en son païs.

Voylà la différence de ceste Marye avec nostre reine Loyse, laquelle a esté si sage, chaste et vertueuse, que, ny par la vraye ni fauce suposition, n'a point voulu estre reyne mère. Et quand elle eut voulu jouer un tel jeu, il n'en fust esté autre chose, car personne n'y prenoit garde, et en eust rendu plusieurs bien esbays. "

 

La note 663 dit : " remarié en troisièmes noces à cinquante-deux ans, usé de goutte et de fatigues, à une sœur d'Henry VIII, Marie, Anglaise de seize ans, légère et galante, il voulut, selon l'expression de Fleuranges, " faire du gentil compagnon avec sa femme ". Il en mourut après trois mois de mariage le premier jour de l'an 1515. Avant d'expirer, il dit à sa femme ce mot mélancolique : " Mignonne, je vous donne ma mort pour vos étrennes. " La " mignonne " accepta ce cadeau funèbre, et, sans prendre le temps de finir son deuil, se remaria avec son amant, le duc de Suffolk."

 

Brantôme écrit d'après les souvenirs de sa mère, de sa grand-mère élevée avec Anne de France (Louise de Daillon du Lude,épouse d'André de Vivonne, sénéchal de Poitou) et de tante de Dampierre qui officiaient en qualité de dames d'honneur à la cour de Marguerite de Navarre, la sœur de François 1er, donc peut-être enclines à une certaine hostilité envers des dames ayant failli barrer la route au trône de François. Brantôme a beaucoup fait pour jeter le discrédit sur Mary. Pensons qu'il n'est né qu'en 1540, soit 25 ans après les événements dont il parle ! Et, malheureusement, il a fait bien des émules !

http://fr.wikipedia.org/wiki/Brant%C3%B4me_(%C3%A9crivain)

 

Toutes les ignominies écrites contre Mary partent de ce texte de l'abbé laïc Pierre de Bourdeille, dit Brantôme, qui ne fut pas plus historien que " je ne suis évêque " selon une expression de ma mère. Que les autres, à sa suite, ne l'ont-ils laissé au persiflage nauséeux de ses armes de soldat et de sa plume de romancier ! Considérons le premier de ses émules comme l'inventeur du "copié-collé" que tant d'autres reprendront à sa suite !

 

 

Antoine VARILLAS, Histoire de François 1er, Paris, Barbin, 1685, p. 22.

" …outre qu'elle n'avoit pas tant d'esprit que de beauté… "

 

René De Maulde La Clavière, Louise de Savoie et François Ier : Trente Ans de Jeunesse (1485-1515), Perrin, 1895, p. 367-368.

" S'amuser avec une femme de dix-huit ans, une des belles princesses d'Europe, au dire unanime, c'est, pour le roi, un changement notable, et très dangereux dans son état de santé. Là est le point noir effrayant. Tout le reste va à merveille. Chose rare pour une femme si haut placée, Marie d'Angleterre méritait sa réputation, et, de plus, elle ne l'ignorait pas. C'était une distinguée personne de seize ans, blonde, sans rien de fade, aux traits légèrement accentués, mais réguliers, avec un air de grandeur et beaucoup d'élégance ; beauté toute anglaise, pétrie de roses. Une coiffe noire, une robe de damas d'or, fourrée d'hermine et fortement échancrée, un collier d'or encadraient à merveille ses charmes *.
Elevée à la mode nouvelle, elle aimait à outrance la toilette, le plaisir; " riens mélancolique, ains toute récréative ", coquette, le cœur facile... "


André LEBEYdans Le Connétable de Bourbon, éditions Perrin, Paris, 1904, ose écrire :

L'année suivante, veuf d'Anne de Bretagne depuis dix-huit mois, il épousait la sœur d'Henri VIII, Marie d'Angleterre, malgré ses seize ans et quoiqu'il en eut cinquante-deux.

Cette disproportion d'âge fut fatale à ce souverain habitué à la chaste bretonne ; le contraste était trop violent entre l'ancienne reine et la nouvelle, aimable fille, très avancée comme le sont les Anglaises. Le roi ne pouvait guère se montrer sans péril à la hauteur de sa tâche. " Il voulut faire du gentil compagnon ; où il souloit dîner à huit heures convenoit qu'il dinast à midi ; où il souloit coucher à dix heures du soir ; souvent il se couchoit à minuit - propos extrait de Seyssel, de son Histoire du bon roy de France Louis XII - Ce régime nouveau, à un âge où il vaut mieux ne pas changer ses habitudes, le fit dépérir peu à peu et il mourut dans l'hôtel des Tournelles, le 1er janvier 1515. - La noblesse et le peuple le pleurèrent également.

" En note de bas de page, il cite Michelet qui cite Varillas : cette princesse était, en effet, une assez dangereuse personne : " Henri VIII, comme l'on verra dans la suite de cette histoire, dit Varillas dans son Histoire de François 1er, avait une sœur dont la beauté lui était un mal domestique.

Et il écrit encore plus loin : … mais enfin, comme il est difficile qu'une femme se défende longtemps d'aimer quand elle ne pense qu'à être aimée, la princesse d'Angleterre, après avoir donné de l'amour à tous ceux que son frère appréhendoit, en reçut à son tour du côté qu'il craignait le moins. Son amant fut un nommé Georges Brandon qu'on annoblit et qui devint comte de Suffolc. On fut surpris d'abord, mais ensuite on s'y accoutuma toutefois, soit que la mode fut alors d'aimer au-dessus et au-dessous de sa condition, soit que les courtisans n'y prissent pas plus d'intérêt que le roi. Suffolc, dans la suite, après la mort de Louis XII, épousa la reine, quand il fut bien avéré qu'elle n'était pas enceinte.

Il rapporte aussi ce mot de Michelet tiré de son Histoire de France au tome X qui vaut la citation lue ci-dessus : galante, audacieuse et déjà pourvue d'un amant.

 

Philippe ERLANGER et Ghislain DE DIESBACH, Les rois, les dynasties françaises, Helstar

" Louise de Savoie, triomphante, croyait son fils assuré de recueillir l'héritage ; mais, en cette même année 1514, une paix blanche mit fin à quinze années de luttes stériles et, pour consolider le traité, Louis XII, quoique malade, épousa une princesse de seize ans, Marie d'Angleterre, sœur de Henri VIII.

Soucieux de plaire à cette fougueuse beauté, il dansa chaque nuit, changea ses horaires, son régime. Pendant ce temps, la nouvelle reine essayait de séduire François lui-même et d'en avoir un Dauphin.

La mort brusquée de Louis XII mit un terme à cette extraordinaire comédie. Marie se déclara enceinte. Convaincue d'imposture grâce à la vigilance de Louise de Savoie, elle dut regagner l'Angleterre. Quant aux Français, ils pleurèrent amèrement le " Père du Peuple ".

Que les Historiens lisent les lettres de Mary à son frère et à Wolsey ! Et celles de Charles Brandon !

 

 

Jean-Denys Philippe
journal L'Humanité du 23.11.2012

Maurice HEIM, François 1er et les femmes, Gallimard, 1956

Pour cet historien, Mary est : " cette diablesse aux yeux d'ange. "

" Les nouveaux époux restèrent à Paris. Ils s'installèrent à l'hôtel des Tournelles, où, durant plusieurs semaines, ils multiplièrent les bals, festins et tournois les plus fastueux. De ces fêtes et divertissements, qui se déroulaient sous le double signe de la chevalerie et de l'amour, François fut le prince adulé. Grisé de tous les parfums de son rêve, il savourait par anticipation la volupté de la suprême puissance, l'ivresse des chevauchées guerrières, les joies insondables de la passion triomphante. Et il lui semblait que, dans le tourbillon diapré qui l'enlevait vers l'avenir, le regard rayonnant de Marie le suivait sur le chemin des cimes. Marie !... Reine encensée, à l'âme ondoyante, elle acceptait tous les hommages et ne donnait que son sourire. De nuit en nuit, elle pressait un peu plus la marche de son époux vers la tombe ; le jour, elle assistait en juge énigmatique à la joute courtoise qui mettait aux prises le duc de Valois et le duc de Suffolk. Duel sans éclat, mais constant, dont l'arbitre muet, et vraisemblablement indécis, était aussi l'enjeu. François avait résolu de conquérir sa belle-mère : il l'aimait déjà. Son rival s'affirmait déterminé à défendre ses droits, voire à en assurer la permanence. Marie était son bien : il l'aimait encore, il l'aimait chaque jour davantage. " (p. 53)

" Les deux ducs, avons-nous dit, rivalisaient d'efforts afin de l'emporter auprès de la belle enfant dont ils convoitaient les faveurs. On peut penser que Marie ne se serait finalement montrée rebelle ni aux pressantes invites de l'un, ni à la constance émouvante de l'autre, à qui, malgré les apparences, sa tendresse restait invariablement fidèle. On l'a accusée d'avoir en l'occurrence joué un jeu machiavélique, ce qui apparaît fort possible. François lui plaisait, elle aspirait à connaître dans ses bras l'indicible volupté des savantes luxures, mais sans doute obéissait-elle aussi — sinon davantage — à un mobile différent, dont l'exigence ne laissait pas, doit-on penser, de se faire impérative. Marie, très vraisemblablement, voulait être mère. Un intérêt supérieur lui commandait de donner un héritier à la couronne, afin qu'à la mort de son époux on ne lui retirât point les privilèges dont elle jouissait en sa qualité de reine. Il s'agissait pour elle d'asseoir définitivement sa position, dont la précarité l'inquiétait. Or il lui semblait fort peu probable que Louis XII lui procurât cette nécessaire maternité. Est-il besoin de conclure ? Nous dirons simplement qu'il valait mieux, en la circonstance, additionner les concours que de se satisfaire de la seule générosité d'un fiancé tout brûlant d'amour. Sans compter qu'unique élu, Suffolk eût risqué sa tête, tandis que la concurrence de François ne pouvait manquer de lui assurer l'impunité.

Cependant que, stimulé par les travaux d'approche de son rival, George s'efforçait d'arriver le premier, François, mû par un motif identique, se disposait à commettre la suprême sottise qui allait peut-être lui coûter le trône. Déjà son long nez humait l'arome de la pomme que lui tendait la fille d'Ève... Par bonheur, ce fut tout : François ne mordit pas dans le fruit. Quoi qu'on ait pu écrire à ce sujet, Marie d'Angleterre ne devint pas la maîtresse du très galant duc de Valois. Le jeune fol fut arrêté au moment décisif. Louise veillait et les conseillers de cette mère avisée se tenaient aux aguets. " (pp. 54-55)

" Marie pensa mourir de dépit. Mais ce fut le vieux roi qui, plus vite qu'on ne le prévoyait, quitta ce monde. Il décéda par l'effet d'une dysenterie, à Paris, le premier jour de l'an 1515. C'étaient, à vrai dire, ses excès amoureux qui l'avaient conduit à la porte du tombeau. "

Fermez le ban !

 

Jean MARKALE, Anne de Bretagne, Hachette, 1980

" Henry VIII avait été flatté que le vieux roi (il n'avait pourtant que 53 ans) épousât sa sœur Mary qui n'avait que 18 ans. Il faut dire que celle-ci était une joyeuse luronne qui n'avait pas attendu le mariage pour " consommer ". Elle était arrivée en France avec son amant officiel, Charles Brandon, qu'elle avait, pour faire plus sérieux, fait parer du titre d'ambassadeur. La terreur saisit de nouveau Louise de Savoie, non pas qu'elle crût Louis XII encore capable de procréer, mais parce que la nouvelle reine avait amené un jeune amant dans ses bagages : il pouvait très bien y avoir un héritier mâle, même si le roi y était pour peu de choses .

Aussi passa-t-elle des nuits blanches à surveiller Mary, d'autant plus que François, déjà très attiré par les belles filles, tournait sans cesse autour d'elles. Louise dut chapitrer sévèrement son fils en lui montrant les dangers qu'il courait s'il obtenait les faveurs de la reine. Comme quoi le grotesque n'est jamais absent des antichambres de l'Histoire.

Mais on sait que Mary eut vite raison de la santé chancelante de Louis XII…Et comme les fêtes du mariage avaient duré six semaines, le " bon roi " en éprouva de grandes fatigues. Il attrapa une dysenterie qui le conduisit en peu de jours au tombeau qu'il avait fait préparer pour Anne et pour lui. Il semble d'ailleurs qu'il y ait eu dans ce comportement de Louis d'Orléans une attitude nettement suicidaire : il s'est étourdi de plaisirs afin d'oublier et de partir plus vite.

Mais jusqu'au bout, il a désiré avoir un héritier mâle.

 

Luz - dans Le féminisme est l'avenir de l'homme
Hors-série de Charlie hebdo - Avril-Mai 2011

 

Raymond RUDLER, François 1er, Calmann-Lévy, 1980

" Après tout, le roi n'est pas si vieux… C'est sans doute ce que pensait Louis XII, car le 10 octobre pour resserrer, disait-il, son rapprochement avec l'Angleterre, il décida d'épouser la sœur d'Henri VIII, la jeune et jolie Marie.

La nouvelle reine était séduisante, comme savent parfois l'être certaines Anglaises. Elle avait aussi, comme on dit, beaucoup de tempérament. Louis s'efforça de se montrer à la hauteur… Mais Marie avait seize ans et le roi déjà cinquante-deux ! peut-être savait-on dans l'entourage de la reine qu'elle n'obtenait pas toujours les satisfactions qu'elle espérait, qu'elle réclamait même ? Il est sûr en tout cas que le jeune François de Valois, alors âgé de dix-huit ans et déjà confirmé dans les jeux de l'amour, conçut très vite la pensée de venir en aide à son royal cousin !
Marie, de son côté, n'était pas une ingénue.

Entre autres amours, elle avait nourri en Angleterre une vive passion pour Charles Brandon, le futur duc de Suffolk, dont elle sera longtemps la maîtresse fort amoureuse, avant de devenir sa femme. Son quinquagénaire de mari ne lui suffisait donc guère lorsqu'elle fut devenue reine de France et elle ne se montra pas insensible aux avances de l'entreprenant François dans les bras duquel elle ne faisait vraiment aucun effort pour ne pas tomber…

… Qui sait pourtant ce qu'aurait pu faire le fougueux François s'il avait poursuivi longtemps sa liaison avec Marie ! Seulement, le roi de France, souffrant d'une violente dysenterie et prématurément usé par ses performances difficiles mais répétées avec une épouse aussi jeune que gourmande, rendit l'âme le 1er janvier 1515… Le duc de Valois pourrait dès lors accéder au trône. Quel soulagement pour sa mère !

… Devenu roi, François n'avait pas oublié la séduisante Marie. Mais il faut croire que la sagesse, ou le respect de la raison d'Etat, lui vint en même temps que la couronne. Il fit tout, en effet, pour favoriser l'union de celle qu'il avait tant aimée avec son rival, le duc de Suffolk. Et finalement, il la vit repartir en Angleterre avec un soulagement réel "

 

Catherine - dans Le féminisme est l'avenir de l'homme
Hors-série de Charlie hebdo - Avril-Mai 2011

 

Jean JACQUART, François 1er, Fayard, 1981

" Et voici qu'en un sursaut de vitalité, étonnant son entourage, ses médecins et les cours d'Europe, Louis avait décidé, à l'automne de la même année, de se remarier.

Ce vieillard avant l'âge, pour sceller sa réconciliation avec le roi d'Angleterre épousait sa jeune sœur, Marie d'York, une pucelle de seize ans, belle comme peuvent l'être les Anglaises…

Louis s'était efforcé de jouer les amoureux. Avait-il " fait merveille " comme il s'en vantait au lendemain des noces ? Au moins avait-il veillé, festoyé et dansé. Pensait-il obtenir de cette jeune femme l'héritier qu'Anne de Bretagne n'avait pu lui donner ? En tout cas, au bout de quelques semaines, ayant brûlé le peu de vitalité qui lui restait en faisant le " gentil compaignon avecque sa femme ", il se trouvait aux portes de la mort. Comme l'avaient prédit les clercs de la Basoche en un jeu ironique et cruel, la " haquenée " envoyée par le roi d'Angleterre " pour le porter bien tost et plus doucement en enfer ou en paradis " avait rempli sa mission.

… Mais la dernière fantaisie de Louis XII risquait d'anéantir ses espoirs… qui pouvait être sûr que la reine Marie ne portait pas un héritier ? D'autant qu'on la voyait un peu trop souvent, malgré la strict surveillance mise en place par la prudente Louise de Savoie, avec un agréable gentilhomme de sa suite, le duc de Suffolk, fort capable d'avoir supplée le monarque défaillant.

Pour avoir lui-même été fort ému par la beauté de la jeune reine et un peu fleureté avec elle pendant les fêtes d'octobre et de novembre, François peut apprécier la tentation et le danger.. Mais il a confiance dans son étoile ; il sait que sa mère veille… "

Ici, on ne parle pas "d'ébats" entre Mary et François d'Angoulême !

 

Philippe ERLANGER, Henri VIII, Perrin, 1982

" Les Anglais plaignirent la pauvre Iphigénie, Charles d'Autriche montra un courroux supérieur à son âge (quatorze ans), Maximilien et Ferdinand poussèrent les hauts cris, Marguerite tomba malade. On se menaça de part et d'autre de publier des lettres compromettantes. Le malheureux ambassadeur espagnol, accablé d'injures, se compara à un taureau percé de banderilles…

De son côté, Marie n'aurait pas été une Tudor si elle n'avait rêvé d'un dauphin qui, peut-être à brève échéance, pourrait faire d'elle la régente de France.

D'étranges pensées roulaient donc dans sa tête comme dans celle de François de Valois chargé d'aller l'accueillir à Abbeville. Deux adversaires en puissance allaient courtoisement s'affronter. Il n'en fut rien, bien au contraire. Réciproquement séduits, les deux jeunes gens ne songèrent qu'à se charmer l'un l'autre. Combien plaisant fut le voyage jusqu'à Paris de la jolie reine entre le superbe Valois et l'irrésistible Suffolk !

… Louis XII, s'étant appliqué au devoir conjugal, " n'a pas assez d'éloges pour exprimer le plaisir que lui cause sa jeune épouse ". Mais Marie ne se fie guère à lui pour avoir son Dauphin, elle encourage les assiduités de François. Quelle bonne farce elle jouerait au prince s'il procréait lui-même l'enfant qui le déshériterait !

L'impétueux adolescent est prêt à tomber dans le piège… (Le Roi) renvoie toutes les dames anglaises qui avaient accompagné sa femme, à l'exception de quelques jeunes demoiselles d'honneur dont l'une se nomme Marie Boleyn.

Il met auprès de la Reine un dragon, la vieille Anne de France, fille de Louis XI, et s'évertue à plaire… Ce régime le tue en moins de trois mois… "

 

Luz - dans Le féminisme est l'avenir de l'homme
Hors-série de Charlie hebdo - Avril-Mai 2011

 

Quel " historien " a inventé l'expression de " Reine galante " pour Mary ?

— Guy Breton (1919-2008) ? qui écrit dans ses Histoires d'amour de l'histoire de France (tome 2 De Louis XI à Henri III, éd. Noir et Blanc, 1956): " Ainsi, ce que Louis XII redoutait tant, la veille de sa mort, s'accomplissait. François était prêt à répudier Claude (qui était pourtant enceinte) pour épouser celle que l'Histoire devait étiqueter sous le nom de Reine Galante. " (chapitre X : " Une galante imprudence faillit empêcher François 1er de régner ", p 109)

En tout cas, on ne retrouve ce " surnom " dans aucun document sur Mary.

— ou André Castelot (de son vrai nom André Storms, 1911-2004) ? qui a commis une pièce de théâtre, un " divertissement ", une comédie en 2 actes et 8 tableaux, intitulée " La Reine Galante ". Il s'en explique dans la présentation de sa pièce dans Paris-Théâtre n° 191 : " L'irrésistible Mary Tudor ... celle que j'ai pris la liberté d'appeler la Reine galante … ". Il dit aussi : " j'ai conçu le projet d'une pièce, la première version en a été éditée il y a treize ans chez Payot " soit en 1949. Ce qui explique la fâcheuse erreur de Guy Breton !

 

André CASTELOT, " La Reine galante ", 1962

Extrait de l'interview donnée à Pierre Hann dans Paris-Théâtre n° 191.

— Parlons un peu de cette Mary d'Angleterre, sœur du dangereux Henri VIII et personne de mœurs très libres. Comment l'idée vous est-elle venue de faire d'elle le sujet d'une pièce ?

ANDRE CASTELOT : — J'ai lu dans Brantôme cette anecdote savoureuse : la veuve de Louis X se promenait dans ses appartements un coussin sur le ventre afin de paraître enceinte aux yeux du futur François 1er. Ces lignes m'ont ravi et je me suis demandé comment traiter le sujet. Un livre entier n'était pas possible consacré à ce seul épisode de la vie de Mary : il aurait comporté soixante pages. Je pouvais rédiger la biographie complète de la Reine, qui vécut soixante ans d'une existence pleine d'intérêt. Seulement, je devais me rendre en Angleterre pour consulter les archives du temps. Mais je ne parle pas anglais. J'ai résolu pour commencer d'écrire plusieurs articles sur la " Reine Galante ". Finalement, j'ai conçu le projet d'une pièce, la première version en a été éditée il y a treize ans chez Payot. Plus tard, j'ai écrit une nouvelle version que Jacques Charron a lue, La " Reine Galante " lui a plu et il m'a conseillé d'y apporter quelques retouches. C'était pourtant à Jean-Pierre Grenier qu'allait incomber le soin de la monter.

— Hormis cette piquante tromperie, y a-t-il d'autres aspects qui vous aient séduit chez cette " Reine Galante " ?

ANDRE CASTELOT : — Il faut vous dire que l'Histoire, en général, m'intéresse par ses coups de théâtre. On n'est pas pour rien le mari d'une actrice et le frère d'un comédien célèbre ! D'autre part, j'aime beaucoup voir des rois et des ambassadeurs jetés dans une situation de vaudeville !

— Votre œuvre d'historien concerne surtout le XVIIIe siècle et le XIXe. Le Moyen Age et la Renaissance s'y trouvent plutôt absents. " La Reine Galante " représente-t-elle une exception ?

ANDRE CASTELOT : — Oui, il s'agit d'une exception. Je ne m'intéresse pas au Moyen Age ni à la Renaissance pour une raison bien simple : les documents de ces époques sont pour moi illisibles. Seul, un chartiste peut y parvenir, ce que je ne suis pas. À partir de Henri IV, je commence seulement à déchiffrer les archives du temps. Bien entendu, je refuse de me référer dans mes ouvrages à d'autres livres : cela n'offrirait aucun intérêt, je veux apporter quelque chose à mes lecteurs ! Mon vrai domaine tient tout entier entre 1750 et 1870.

— La pensée ne s'est-elle jamais imposée à vous de travailler sur le Moyen Age, en compagnie d'un chartiste ?

ANDRE CASTELOT : — Si, bien sûr. Mais je n'en ai pas rencontré qui fat intéressé par mes propres sujets.

— Votre " Reine Galante " a-t-elle suivi de près la réalité historique ?

ANDRE CASTELOT : — J'ai pris des libertés de forme. Les exigences de la scène obligent d'ailleurs à des suppressions et à des transformations (j'ai réduit la Cour de Louis XII à quelques personnes). La rencontre entre le duc d'Angoulême et Mary ne s'est pas passée à Calais en réalité, mais à AbbevilIe. Cette rencontre mémorable, d'autre part, avait été précédée d'une entrevue de Louis XII avec son épouse. Bien entendu, le dialogue a été inventé (aucun texte du temps ne rapporte, entre autres, les propos que je fais échanger entre les gardes français et anglais, devant la tente royale à Calais). Pourtant, certaines répliques sont conformes à l'histoire. François 1er parlait le langage fleuri que je lui prête et Henri VIII une langue verte et drue. Mais ces libertés n'ont pas concerné le fond.

— La fidélité historique n'a-t-elle pas gêné un peu le dramaturge Castelot ?

ANDRE CASTELOT : — Un peu, sans doute. D'autre part, cependant, il m'est impossible de trahir la vérité historique. Et puis, je manque d'imagination. C'est pourquoi il me serait difficile d'écrire un roman.

— Vous nous avez révélé les différences profondes qu'il y a entre la version actuelle de votre pièce et celle publiée en 1957 par Amiot. Certains personnages, comme celui de la Pudeur, ont été supprimés. Ces coupures n'ont-elles pas raccourci votre œuvre, d'une manière excessive ?

ANDRE CASTELOT : — Ma première version n'était pas jouable. Il s'agissait d'une pièce à lire dans un fauteuil. Si j'ai pratiqué des coupures dans la version actuelle, c'était pour des raisons de rythme. Mais aujourd'hui, en effet, ces suppressions me gênent un peu : il y en a beaucoup. " La Reine Galante " a trop maigri !

— L'atmosphère de l'époque est-elle bien rendue selon vous ? L'esprit gaulois qui se manifeste dans les répliques de François 1er, Louis XII et la Cour, correspond-il tout à fait à celui du temps ?

ANDRE CASTELOT — La plupart des gens, vous savez, se représentent assez mal la réalité de la monarchie française à cette époque. Sous Louis XII, on ne s'entourait pas d'une cour importante comme du temps de Louis XIV. Les rois vivaient simplement, ils ne s'exprimaient pas avec grandiloquence. C'est seulement dans les grandes occasions (mariage, par exemple) qu'un certain faste était déployé. Et, bien entendu, la langue des monarques - comme je disais tout à l'heure - n'était vraiment pas puritaine !

— En définitive, " la Reine Galante " est un charmant divertissement…

ANDRE CASTELOT : — Bien sûr. Je me rappelle à propos la question d'un journaliste avant la générale : Avez-vous un message, demandait-il ? Cela me fait sourire encore. Au fond, ma " Reine Galante " formerait un bon livret d'opérette.

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LE GARDE ANGLAIS. — Hein ? Qu'en dis-tu ?
LE GARDE FRANÇAIS, ébloui. — Ah ça, oui !... Elle est belle !
LE GARDE ANGLAIS. — Tu vas voir, elle va se faire faire un dauphin en moins de deux !
LE GARDE FRANÇAIS. — C'est pour ça qu'on l'a achetée.
LE GARDE ANGLAIS. — Achetée ?
LE GARDE FRANÇAIS. — Oui 400.000 écus d'or. C'est le prix qu'a payé le roi Louis.
LE GARDE ANGLAIS. — Elle les vaut !
LE GARDE FRANÇAIS. — J'dis pas le contraire !... Mais, quand même, c'est cher pour une Anglaise !
(Acte I, 3ème tableau)

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LOUISE. — Jamais femme habile ne mourut sans héritier. C'est un proverbe espagnol… Et Mary d'Angleterre est beaucoup plus qu'une femme habile : c'est une garce !
FRANÇOIS. — Ma mère !
LOUISE. — Il ne manque pourtant pas de garces à la Cour ! Il y a plus de dix-cors au château que dans toutes les forêts royales !
FRANÇOIS. — Oui, je l'avoue, elle me plaît !
(Acte II, 1er tableau)

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L'essentiel du texte s'appuie sur la version de Brantôme. Il est émaillé d'erreurs qui sont des copiés-collés de ce que l'" on " savait ou écrivait sur Mary à cette date.
Son " esprit " est le même que celui qui suintera dans le texte ci-dessous, vingt ans plus tard.

 

Anastasiya Batashan - Russie
" Je veux choisir ma vie. "

Marc CHOMBART de LAUWE, Anne de Beaujeu, Tallandier, 1980

" Après Jeanne la sainte et Anne, sévère et austère épouse, il jeta son dévolu sur Marie d'Angleterre, une Anglaise âgée de dix-sept ans seulement, vive, belle, enjouée et quelque peu débauchée. " p. 425.

 

André CASTELOT, François 1er, Librairie Académique Perrin, 1983

" Il ne reste qu'un obstacle, mais il est de taille. Louis XII n'est pas encore prévenu… Louis est immédiatement séduit. " Faites mes recommandations au roy mon bon frère, écrit-il au cardinal Wolsey, et lui dites que je lui prie de m'envoyer sa sœur le plus tôt que faire se pourra, et qu'il me fera, en ce faisant, singulier plaisir. " L'irrésistible Mary Tudor — celle que j'ai pris la liberté de baptiser au théâtre la Reine galante — montre infiniment moins d'enthousiasme…

François émerveillé n'a d'yeux que pour la nouvelle reine. La beauté de Mary l'épouvante : assurément ces yeux bleus, ces cheveux d'un blond doré, ces lèvres humides, cet air de volupté, ce teint comme on en trouve bien rarement sur le continent, vont rendre au roi sa vigueur… Et elle a seize ans !

… Louis XII est brisé de fatigue. Depuis son mariage à Abbeville, il n'a pas cessé de faire " le gay compagnon avec sa femme ", se levant tard, se couchant à minuit et dînant à midi au lieu de 8 heures du matin. Il aime sa " poupée anglaise " à en perdre le souffle… et visiblement, commence déjà à le perdre. François peut regarder l'avenir avec plus de confiance. Mais un jour, il découvre avec terreur que si Louis XII ne peut, semble-t-il, avoir d'enfant, il y auprès de Mary un suppléant — et quel suppléant ! — George Brandon, duc de Suffolk, un colosse barbu, ancien veneur du roi devenu ambassadeur d'Angleterre, dont Mary, âgée seulement de seize ans, est la maîtresse depuis près de deux années ! Henry VIII avait autorisé sa sœur à l'emporter dans ses bagages, avec mission de pallier la défaillance éventuelle du roi de France…

… Cependant, on se méfie avec raison de la reine. François, afin de surveiller sa belle-mère, ne la quitte plus. Sans doute, au début, est-elle agacée par cet espionnage ridicule, mais comme Suffolk reste de marbre devant elle, petit à petit, Mary devient coquette avec François. Elle multiplie, paraît-il " mignardises et caresses ". Elle accueille toujours son beau-fils en l'embrassant… et précisons que l'on ne tend pas alors ses joues, mais ses lèvres. Bref, elle joue avec ce " gros garçon " qui va bien " tout gâter ", selon les craintes du roi. Elle l'ensorcelle à merveille et le dauphin, ravi et inconscient, s'apprête, tout bonnement, à se donner, pour futur roi, son propre bâtard !…

…Et Mary est beaucoup plus qu'une femme habile !… C'est " une garce et une catin ", comme François lui-même le reconnaîtra plus tard… mais aujourd'hui, il ne veut rien savoir…

" François, de plus en plus inconscient, enflammé de désirs, ne veut rien écouter. " Tenté et retenté des caresses de cette dame anglaise, nous dit Brantôme, il s'y précipite plus que jamais ".

… Maintenant, dans sa maison royale des Tournelles, le roi s'éteint. Il ne quitte guère son lit, miné par de terribles hémorragies. Depuis le 15 décembre 1514, il n'est plus qu'un spectre. Mary l'a achevé ! Presque tous les jours, elle vient s'asseoir au pied du lit de sa victime, tout en jouant du luth ou du rebec. Il la regarde ému… Elle non plus n'a pu mettre au monde un fils ! Il a épuisé sa vie sans pouvoir la donner. Mais il ne lui en veut point : elle a illuminé ses derniers jours, et, ouvrant une cassette qui se trouve à son chevet, il offre à sa femme des diamants comme on offre des sucreries à un enfant. Parfois, Mary le croit mort… Il garde les yeux fermés, son visage si exsangue ! Elle se penche au-dessus de lui : il ouvre les yeux… Elle est encore reine !

… Mary pleure… non son vieil époux, mais le trône !

… Lors de son arrivée à Londres, Mary se fait siffler pour avoir refusé le royaume de France que le nouveau souverain lui avait offert. "

 

Bernard QUILLIET, Louis XII, Fayard, 1986, p. 439-446

… nous pouvons admirer une jeune personne blonde, à la fois appétissante et distinguée
[…]
Ce Brandon était de petite origine, fils d'une nourrice et lui-même un ancien valet de vénerie que son ambition et ses aptitudes pour l'intrigue avaient poussé au premier rang de la société anglaise. Ce qu'on ne savait pas, mais qu'on découvrirait par la suite, c'est qu'il se trouvait être aussi, depuis quelques mois, l'amant comblé de la belle Mary, qui, pour sa venue en France, n'avait pu se résoudre à se passer de lui.
[…]

A l'issue de la nuit de noces, visiblement transformé par les délices auxquelles il avait pu accéder, le roi se déclara très satisfait, semblait fort vaillant et ne se gênait pas pour montrer qu'il attendait avec impatience le moment de s'isoler à nouveau " avecques son Angloise ". Durant le voyage de deux semaines qui les mena d'Abbeville à Saint-Denis (où le couronnement de la reine eut lieu le 5 novembre), le roi se vantait aux diverses étapes de " faire merveilles" chaque soir et " encore souventes fois jusques au matin ". Selon l'avis unanime, la beauté de Mary profitait de ces pratiques intensives et tout semblait réussir à Louis XII.
[…]

… le duc de Valois-Angoulême avait une autre raison de vouloir rester non loin du couple royal c'était par souci de ne pas quitter Mary d'Angleterre, sa trop émouvante belle-mère. Rieuse, celle-ci semblait également coquette. Comment aurait- elle pu s'éprendre sincèrement de son mari, quinquagénaire précocement vieilli, voûté, desséché, ridé, édenté et, comble de disgrâce, un peu trop gourmand de jeux conjugaux ? Henry VIII lui-même connaissait l'ancienne liaison de sa sœur, ne se faisait pas trop d'illusions sur celle-ci et avait loyalement averti Louis XII de prendre garde aux caprices de la jeune femme, ajoutant que, toutefois, " Nous luy donnasmes advisement et conseil avant son département [son départ], et Nous ne faisons aulcun doubte, l'un jour plus que l'aultre, ne la trouviez telle que doibt estre envers vous et faire toutes choses qui vous peuvent venir à gré, plaisir ou contentement. "
A la Cour, on commençait à jaser. Très vite, les plus vigilants remarquèrent les marques d'amitié assez privilégiées que la reine accordait à Suffolk. Louise de Savoie fit aussitôt organiser autour de l'Anglaise une surveillance draconienne, recommandant à sa belle-fille Claude de France de ne jamais quitter la chambre de l'Anglaise pendant la journée et à Madame d'Aumont, la dame d'honneur, de n'en pas sortir durant la nuit, sauf, bien entendu, si le roi s'y trouvait.
Décidément Mary n'était pas farouche et, à défaut de Suffolk, inaccessible, elle finit par trouver à son goût le duc de Valois lui-même, " qui estoit alors un jeune prince beau et très agréable ", trop sensuel assurément pour ne pas rester insensible à des charmes aussi candidement offerts. Même si elle resta quelque temps discrète, cette attirance physique réciproque ne devait guère passer inaperçue, et c'est un brave gentilhomme périgourdin qui prit sur lui de prévenir Louise de Savoie. Celle-ci le comprit tout de suite : le risque était énorme, car, si François donnait à Mary un fils, l'enfant passerait pour être de Louis XII, pourrait devenir roi un jour et priverait aussi son véritable père de la couronne La comtesse d'Angoulême savait parler à son César. Pourtant, cette fois, il était à ce point épris, tellement esclave de son désir, qu'il fallut des jours et des jours pour le dissuader de commettre une folie aux conséquences peut-être irréparables. Finalement il se montra sage, d'autant plus sage que, semblait-il, il n'allait plus avoir très longtemps à attendre le trône.
Même si, arrivée sur le continent, Mary d'Angleterre ne par venait point à assouvir pleinement ses ardeurs, elle trouvait à son sort quelques consolations. L'atmosphère de la Cour française lui avait immédiatement plu. Frivole, elle enthousiasmait tout un chacun par son entrain, sa gaieté perpétuelle, sa virtuosité à jouer du luth, son goût pour les fêtes, les " danceries " et autres " momeries ". Le roi, surtout, paraissait complètement transformé. Cet économe devenait brusquement prodigue et offrait d'un coup à sa troisième épouse non seulement tous les joyaux venus de sa famille, mais aussi, en grande partie, ceux de la couronne ; ce casanier, ce père de famille qui vivait comme un (très) riche bourgeois devenait maintenant mondain et même galant; lui qui, depuis des années, ne survivait que grâce à un régime sévère et à de multiples précautions, il bouleversait toutes ses habitudes. " A cause de sa femme, dit le Chroniqueur de Bayard, [il] avoit changé toute sa manière de vivre ; car, là [il] souloit disner à huit heures [du matin], convenait qu'il disnast à midy ; où [il] souloit coucher à six heures du soir, souvent [il] se couchoit à minuit. "

En même temps, il dépérissait à vue d'œil, mais s'acharnait, d'après le témoignage de la reine elle-même, à vouloir un héritier. Inquiets, les médecins essayaient de l'amener à plus de modération, mais rien n'y faisait " Louis, comme l'écrit délicieusement un auteur du XIXe siècle, dans son zèle, courait à sa perte, avec une ardeur de néophyte. " A Paris, tout se sait rapidement, et sur les marches du Palais de Justice les rieurs de la basoche proclamaient que le roi d'Angleterre avait, en la personne de Mary, envoyée au roi de France " une haquenée pour le porter plus vite et plus doucement en Enfer ou au Paradis ".

*

Qui apparaît le plus " attiré et émoustillé " : Louis XII, François Ier ou l'auteur ? Il ne cite jamais ses sources dans ces passages et mélange allègrement les divers événements qui ont lieu avant et après la mort de Louis XII, quand Mary, reine blanche, est recluse à Cluny. La morale à tirer de ces lignes : la femme est dangereuse et Mary est responsable de la mort du roi. Du déjà lu à des dizaines d'exemplaires !

 

Pierre Pradel, Anne de France, 1461-1522, Publisud, 1986

" Le séduisant Louis d'Orléans de naguère, devenu roi " anchien ", " débile et maladieux ", risée du monde, fut envoyé en quelques semaines par sa troisième femme au Paradis des amoureux. Et l'annonce d'une grossesse de la reine Mary, qui se plaisait fort à Paris parmi sa charmante petite cour anglaise, put bouleverser Louise de Savoie (au point qu'elle s'en expliqua avec son bouillant fils, bien capable de se barrer lui-même par inconséquence le chemin du trône), elle ne dut pas éveiller un dernier espoir de recouvrer le pouvoir chez la positive fille de Louis XI, qui avait connu bien d'autres roueries. (p. 198)

 

Georges BORDONOVE, Les rois qui ont fait la France, François 1er, Pygmalion, 1987

" Louise croyait la partie gagnée. Elle se réjouissait un peu trop vite. Un coup de théâtre se préparait, dont nul ne soufflait mot dans l'entourage du roi. De la tragédie on passait, sans transition, à la Commedia dell'Arte… On apprit soudain les fiançailles de Louis XII avec la jeune Mary d'Angleterre, sœur d'Henry VIII. Pour François, pour sa mère, tout était remis en question. Ils pouvaient craindre que Mary donnât à son vieil époux le dauphin qu'il n'avait cessé de vouloir…

… Louis XII avait alors cinquante-deux ans, mais il paraissait plus âgé en raison de sa maigreur et de la pâleur de son visage. Les revers de 1513, la disparition d'Anne de Bretagne avaient encore aggravé sa débilité de corps. Ce n'était plus qu'un valétudinaire, dissimulant sa faiblesse et ses douleurs sous des sourires de convenance….
… Croyait-il que cette Bethsabée réchaufferait les vieux os du roi David ? Il est vrai que Mary était très belle. Elle avait alors seize ans. C'était un étrange cadeau que le roi d'Angleterre faisait là à son bon frère de France !…
… Mary débarqua à Boulogne, avec sa suite où le duc de Suffolk figurait en bonne place. C'était même lui qui devait " remettre " officiellement la princesse à son royal époux… Il est possible, probable, que Mary fût sa maîtresse. Henry VIII ne manquait pas d'humour !… Le ton rose de Mary, sa blondeur lumineuse, l'azur de ses yeux rieurs impressionnèrent l'héritier du royaume. Peu s'en fallut qu'il ne s'éprît de sa " belle-mère "…

…Le pauvre Louis faisait de son mieux pour la distraire, et un peu plus ! Il donnait des bals, des concerts, des banquets, se couchait fort tard, ne suivait plus son régime. La présence de cette ravissante jeune femme, au surplus de complexion amoureuse, lui brûlait le sang. Il ne doutait pas, ce vieil écervelé, que tôt ou tard il lui ferait un beau dauphin. Le plaisir épousait la raison d'Etat, chose rarissime.

Mais Louis dépérissait à vue d'œil, ce dont ses vieux serviteurs s'alarmaient. Paris le plaisantait. Les clercs de la basoche, toujours irrévérencieux, disaient " le roi d'Angleterre avait envoyé une haquenée au roi de France, pour le porter bientôt et plus doucement en enfer ou en paradis. " Faut-il ajouter foi à l'extravagante histoire rapportée par Brantôme, selon laquelle François, furieusement épris de la reine, faillit lui faire l'enfant qui l'eût privé du trône ? Ce n'est qu'un ragot de cour, fort plaisant certes, mais démenti par le comportement de François. Il tremblait pour son avenir. Que la reine mît au monde un dauphin, il ne pouvait plus être que régent du royaume ! Enfin, en supposant qu'il fût assez épris pour commettre cette folie, sa mère aurait su l'en empêcher. On peut être sûr qu'elle le mit en garde, ne connaissant que trop ses appétits amoureux…

… Louis XII fut obligé de garder le lit. Son enchanteresse ne la quittait point, tirait d'ultimes tressaillements de ce vieillard…

… Selon Fleurange, François vint trouver Mary et lui demanda carrément " s'il se pouvait nommer roi ". Elle répondit qu'elle ne connaissait d'autre roi que lui, puisqu'elle n'était pas enceinte. Il savait qu'elle était amoureuse folle du beau Suffolk et qu'elle brûlait de le rejoindre. C'était un moyen élégant de se débarrasser d'elle et de la discréditer que de faciliter ses amours. François n'y manqua point…

… Il paraît qu'à son débarquement Mary fut huée par les Anglais. Ils n'admettaient pas qu'une princesse du sang se fût avilie au point d'épouser un parvenu. "

 

Luis Miguel Munilla Gamo
Espagne
http://www.posterfortomorrow.org

 

 

Charb - dans Le féminisme est l'avenir de l'homme
Hors-série de Charlie hebdo - Avril-Mai 2011

 

Philippe TOURAULT, Anne de Bretagne, Perrin, 1990


" A peine Louis XII s'est-il remis de son long deuil, qu'il réalise que femme lui manque. Une troisième épouse, pour chasser le souvenir cauchemardesque de Jeanne la Boiteuse, pour tenter d'oublier la douleur de la disparition d'Anne, la bien-aimée. Parce qu'il ne peut rester seul, et parce que la naissance d'un dauphin est encore possible.

Après avoir fait le tour des prétendantes, son choix se porte sur Mary Tudor, soeur du roi d'Angleterre, Henri VIII. Par raison d'Etat essentiellement. Hier encore la France était menacée par une ligue internationale dirigée par le pape. A présent que Léon X, âme de la coalition, s'est retiré du combat, il convient de faire la paix avec tout le monde et de trouver des appuis. Le mariage anglais a l'avantage d'apporter la sécurité nécessaire de ce côté. Une union entre les deux couronnes traditionnellement ennemies permettra encore d'avoir les mains libres du côté du Milanais, de tenter une nouvelle aventure. Obstination et détermination dans le mirage italien malgré les récents échecs...

[..]


Enfin, il peut penser vraiment à lui ! Les négociations vont bon train. Le 10 août 1514, le contrat de mariage entre Louis XII et Mary Tudor est signé. Et le 9 octobre, neuf mois jour pour jour après la disparition d'Anne, le mariage royal est célébré. La France a une nouvelle reine !

C'est une reine de beauté ! L'heureuse élue est jeune, belle et pulpeuse. A seize ans (selon le témoignage de l'ambassadeur de Venise.) elle a de quoi réanimer un souverain de cinquante-deux ans, précocement vieilli et atteint de mille maux. La blondeur des cheveux de la nouvelle souveraine, son élégance, son raffinement, tout est fait pour attiser le désir. Mais pas seulement celui du roi. Elle a débarqué en France accompagnée de son amant, un homme séduisant nommé Charles Brandon, un ancien valet de vénerie, récemment promu duc de Suffolk en raison de sa réussite dans l'intrigue, et de son savoir-faire. Et les ébats amoureux de Mary et de Charles reprennent en France comme ils avaient déjà eu lieu en Angleterre. Mais cette fois, elle est reine ! Une reine qui pourrait bien avoir de sa liaison un fils, que Louis XII, honoré et flatté, s'empresserait de reconnaître et d'accepter comme le dauphin !

Informée, Louise de Savoie est affolée pour l'avenir de son fils François, son " César " qu'elle compte bien voir sur le trône des Valois quand ce roi décadent, grand vieillard avant l'âge, aura fini de vivre, ce qui ne saurait tarder. Elle prend d'urgence toutes les mesures pour isoler Mary de son amant. Elle ordonne à sa belle-fille Claude de France de monter la garde toute la journée auprès de la reine, afin d'écarter l'imposteur. Elle requiert le même service de Mme d'Aumont, dame d'honneur, en lui demandant de prendre le relais de nuit et de ne laisser approcher personne de la chambre de l'épouse royale, sauf le roi, naturellement.

Rassurée pour un temps, Louise de Savoie a bientôt une autre inquiétude encore plus vive. Le fringant François s'est épris de sa belle-mère à tel point que, malgré une rude surveillance, il consomme avec délices les joies du mariage en principe réservées à Louis XII ! L'inconscient ! Et Louise doit expliquer à l'héritier présomptif que s'il continue à dispenser sa virilité à cette jeune femme décidément peu farouche, il ne sera jamais roi de France. Le jeune duc de Valois est si ardent, si épris qu'il lui faut plusieurs sermons, des interdictions et des injonctions répétées pour qu'il consente, la mort dans l'âme, à sacrifier à la raison d'Etat, la sienne.

Et Louis XII a le champ libre pour accomplir, en toute quiétude, son devoir conjugal. Le gourmet devient gourmand des plaisirs de ce monde. A tel point qu'il en perd le sens des réalités. Lui qui ne survivait qu'en suivant un régime de vie sévère, il bouleverse pour sa fougueuse épouse toutes ses habitudes. Fêtes somptueuses et réceptions grandioses se multiplient. Au lieu de manger à huit heures du matin, il mange à midi. Il se couchait à six heures du soir; il se couche à minuit passé. Alors, alors seulement il peut donner libre cours à sa sensualité, avec passion et délectation. Il ne veut plus quitter la chambre nuptiale.

Marié à cette jeune beauté blonde depuis deux mois, il tombe gravement malade. Vers Noël il est à l'agonie. Il meurt le 1 janvier 1515, par une nuit glacée. Le duc François devient roi de France sous le nom de François 1er, son épouse Claude de France devient reine. Quant à Mary, veuve à peine mariée, elle repart en Angleterre pour convoler en justes noces avec son ancien amant, le duc de Suffolk. " (pp. 302-305)

Aucun document ne révèle les "ébats" entre Mary et François d'Angoulême !

 

Wolinski - dans Le féminisme est l'avenir de l'homme
Hors-série de Charlie hebdo - Avril-Mai 2011

 

Simone BERTIÈRE, Les Reines de France au temps des Valois, Ed.de Fallois, 1994, chapitre " Une Etoile filante venue d'Angleterre : Marie ", pp.155-179

" Plus folle que reine "

" Plus folle que reine ", telle est la devise qui accompagne son portrait dans le Recueil de Mme de Boisy.

Non qu'elle fût mauvaise femme. Mais comme son frère Henri VIII, elle était sans défense contre ses passions.
Tous deux sont issus de parents au destin shakespearien, qui seront les protagonistes de la plus noire des tragédies du peu tendre dramaturge : celle de l'abominable et grandiose Richard III. Leur mère, Elisabeth d'York, fille d'Edouard IV, sœur des deux malheureux enfants mis à mort dans la Tour de Londres, promise à Richard dans des circonstances dramatiques, avait finalement épousé son vainqueur, le comte de Richmond devenu Henri VII. Des hommes féroces, en face d'eux des femmes passives, terrorisées et parfois fascinées : telle est la famille d'où sort Marie.

Elle n'était qu'une enfant délicate et fragile quand on la fiança à Charles de Gand. Elle se laissa faire avec complaisance, fut ravie de montrer ses talents de société lorsque le père du promis vint à Londres en 1505, se raconta tout un roman autour d'un portrait de l'infant. Dix fois par jour, elle l'invoquait, dit-on, en lui reprochant son absence : quand son prince charmant viendrait-il enfin la chercher ? Sa vie n'en fut pas changée pour autant. Elle grandissait, forcissait, embellissait à vue d'œil.

Elle était peu intelligente et avait été mal élevée. Bien sûr, on lui avait appris à chanter, à danser, à jouer du luth et du clavecin et à soutenir une conversation. Et dans ces domaines frivoles, elle fut une assez bonne élève. Mais son instruction ne fut pas poussée davantage et, bien qu'on parlât usuellement le français à la cour de Henri VIII, elle n'apprit pas notre langue avant que la nécessité s'en fit sentir. Et surtout, on ne l'avait nullement préparée à ses devoirs de reine. Une piété toute de convenance ne contrariait en rien ses penchants naturels.

Elle avait perdu père et mère très tôt. Son frère, Henri VIII, était monté sur le trône à dix-huit ans, en 1509. Dans une cour fort dissolue qui suivait allégrement l'exemple donné par le souverain, elle montra vite des dispositions pour tous les plaisirs, qu'aucun effort éducatif ne vint contrarier. Sa gouvernante française, Jane Popincourt, maîtresse du duc de Longueville, avait une réputation si détestable que Louis XII refusa de la laisser rentrer en France : c'est un bûcher de sorcière qu'il lui faudrait, s'écria-t-il.

Née le 18 mars 1495, Marie avait trois ans de moins que Henri. Séduisante, enjouée, coquette, " rien mélancolique, toute récréative ", elle n'était pas la dernière à rire et déjà on la devinait de " si amoureuse nature " que certains jugeaient imprudent de l'unir à Charles de Gand, bien trop jeune et qui avait plus besoin, dans l'immédiat, " d'une mère que d'une femme ". Le prétendant qu'on préféra risquait, pour des raisons similaires, d'être bien trop vieux.

Chose plus grave encore, le cœur de Marie était pris.

Elle s'était amourachée d'un sulfureux don Juan qui jouissait de la faveur de son frère. Charles Brandon, alias de Lisle, que le roi fit duc de Suffolk lorsque le titre en fut retiré au précédent détenteur coupable de trahison, était issu de moyenne noblesse. Fils d'un gentilhomme qui avait payé de sa vie sa fidélité à celui qui devint Henri VII, il fut élevé aux côtés du futur Henri VIII. Les fonctions qu'il occupa à la tête de la vénerie l'aidèrent à se hisser au premier rang. De sombres histoires de femmes l'auréolaient d'une aura romanesque. II avait fait un enfant à l'une et en avait épousé une autre, dont il avait dû divorcer pour revenir à la première. Celle-ci était encore en vie lorsqu'il s'était permis, lors d'une ambassade à Malines, de courtiser la duchesse de Savoie, Marguerite d'Autriche, qui l'avait vertement remis à place. Ambitieux et retors, il n'avait pas tardé à s'apercevoir qu'il plaisait à la jeune princesse et il conçut l'audacieux projet de l'épouser.

Quand lui tomba-t-elle dans les bras ? Elle tenait assez à lui, en tout cas, pour en avoir fait part à son frère qui, afin de la convaincre d'accepter Louis XII, dut négocier avec elle. L'âge du royal prétendant lui promettait un veuvage rapide : après un bref purgatoire, elle serait libre de convoler avec son bien-aimé. Elle aurait entre temps tiré plaisir et profit d'un séjour à la cour de France que Henri VIII lui dépeignit comme un lieu de délices, auprès d'un roi certes âgé et malade, mais d'une somptueuse libéralité, qui la couvrirait de cadeaux si elle savait s'y prendre. La réception d'un trousseau à la mode française accompagné d'un merveilleux diamant acheva de convaincre la coquette Marie, qui eut le bon esprit cependant de trouver le mot qu'il fallait : " La volonté de Dieu me suffit ", déclara-t-elle en s'inclinant.

Elle avait fait assez de progrès en français — ou se procura l'aide requise — pour adresser à son fiancé une petite lettre bien tournée, où elle lui disait sa joie et l'invitait à lui " mander et commander [ses] bons et agréables plaisirs, pour [lui] obéir et complaire ". Elle signait : " Votre bien humble compagne, Marie. "

Mais, incapable de se séparer de son cher Suffolk, elle avait ménagé sa venue en France. Il était désormais trop grand personnage pour faire partie de l'escorte qui la cornaquerait jusqu'au bout. Il fut entendu qu'il la rejoindrait peu après, avec mission d'ambassadeur, pour mettre au point les détails de la nouvelle alliance franco-anglaise.
[…]

Elle était fort belle en effet, malgré sa pâleur et sa fatigue. Petite pour une Tudor, mais bien proportionnée, blonde à la peau translucide, à la chair pleine mais point encore enflée de graisse, elle rayonnait de l'éclat de ses dix-neuf ans, souriante, épanouie. La vue de Louis XII ne réussit pas à éteindre sa gaieté naturelle. Il lui parut pire même que ce qu'elle supposait — " antique et débile " — mais cela n'était peut-être pas pour lui déplaire, à plus longue échéance. Elle lui fit bonne figure, en tout cas, et lors du souper égayé de danses et de musique, l'ambassadeur vénitien, conquis, s'exclama : " She is a paradise. "
[…]

On n'attendait plus que le départ des Anglais, dont l'entretien coûtait cher. Ils furent congédiés par le Conseil avec tous les honneurs dus à leur rang et la suite de la reine fut réduite, comme prévu par le contrat, à deux douzaines de personnes, hommes et femmes, y compris le médecin et l'aumônier.

Le renvoi de la gouvernante qui dirigeait la maison de Marie, lady Guildford, donna lieu à un échange de lettres vaudevillesques entre les deux rois. Marie pleura, réclama celle qu'elle nommait familièrement " maman Guildford ", écrivit à son frère pour se plaindre. Le ministre britannique, Wolsey, se chargea de répondre pour son maître : " Marie sait mal le français, que Guildford parle à la perfection. Elle est jeune et elle a besoin de conseils."

Un couple très surveillé

Louis XII dépérissait à vue d'œil. Non seulement il forçait la nature dans l'espoir d'avoir un fils, mais ses habitudes de vie se trouvaient bouleversées.
[…]

" Jamais femme habile ne mourut sans héritiers ", dit un proverbe que rapporte Brantôme. Faut-il prêter à Marie, comme on le fit du côté français, le dessein très concerté de se faire faire un enfant par un tiers, à défaut du roi, pour s'assurer après la mort de celui-ci l'enviable statut de reine mère et de régente ? Il semble bien d'après la correspondance conservée en Angleterre, que ce soit lui supposer un machiavélisme très étranger à sa nature et à ses capacités. Elle n'avait ni assez d'ambition pour concevoir un tel projet, ni assez de cervelle pour en peser les tenants et aboutissants. Elle n'avait qu'une idée en tête : épouser son cher Suffolk. Et celui-ci était bien capable de comprendre qu'une naissance compromettrait à jamais ses chances. Les craintes de Louise de Savoie étaient vaines.

Lorsque Suffolk repartit à la mi-décembre, porteur d'un projet d'alliance contre l'Espagne, on savait l'échéance proche. Le roi ne quittait pas le lit, brûlé de fièvre, amaigri par la dysenterie. La dernière lettre que le malheureux écrivit à Henri VIII est un hymne aux vertus de Marie. Elle n'était pourtant pas à ses côtés quand il mourut : elle était allée se coucher, comme de coutume. Tout au long de la journée du 1er janvier, dans le château des Tournelles où il s'était fait transporter pour fuir le Louvre glacial, il lutta contre la mort, " faisant force mines " et s'agitant beaucoup. Il expira le soir, vers minuit. " Dehors il faisait le plus horrible temps que mais on vit. "

II avait été bon prophète. Moins d'un an après, à quelques jours près, il rejoignait l'épouse qu'il avait tant pleurée et si vite remplacée. C'est aux côtés d'Anne de Bretagne, celle qui avait porté ses enfants, qu'il fut enterré à Saint-Denis, selon ses volontés. Le monument qu'il avait commandé à Jean Juste ne sera installé sur leurs tombes qu'en 1531 et il sera violé, comme les autres sépultures royales, à la Révolution. Mais pour la postérité, Louis XII désormais resterait l'époux, in aeternum, d'Anne de Bretagne. L'intermède anglais était clos.

[…]
Le chancelier, faisant le bilan de l'opération, jeta les hauts cris devant le prix qu'avait coûté au trésor cette reine éphémère. Le nouvel ambassadeur envoyé par Venise, qui avait perdu du temps en chemin, remballa le cadeau qu'il devait lui remettre pour ses noces avec Louis XII. Elle eut l'audace de le réclamer, mais le Vénitien ne céda pas.
Marie et Suffolk quittèrent donc Paris le 16 avril, sans y laisser de regrets, gagnèrent Calais, ville anglaise, où ils se firent huer, s'embarquèrent non pour Londres, mais pour un château discret où ils attendirent le verdict royal. Dernier marchandage : Marie rendit à son frère la totalité du trousseau — vêtements et meubles — qu'il lui avait accordé à son départ. Enfin, le 13 mai, ils purent paraître en public et ils furent à nouveau mariés, en présence de toute la cour, à Greenwich. C'était la seconde ou la troisième fois, ce fut la bonne.

Puis on récrivit l'histoire de cette demi-année, pour satisfaire aux convenances. En vain le récit de leurs aventures avait fait le tour de l'Europe.

Un séjour à la campagne, le temps de laisser s'apaiser les rumeurs, et le couple reprit sa place dans l'entourage du souverain. On revit Marie en France lors de l'entrevue du Camp du Drap d'Or. Mais elle n'y figurait qu'à titre privé, à l'arrière-plan. Elle avait quitté la scène de l'histoire. Elle était restée la même, impulsive, chaleureuse, étourdie, impatiente, avec un petit grain de folie.

Son mari, arrivé au faîte de ses ambitions, s'était assagi. Il s'accommoda de ses sautes d'humeur et de ses caprices. Elle lui donna trois enfants et l'une de leurs petites-filles, Jane Grey, disputant le trône d'Angleterre à Mary Tudor, la Sanglante, régnera neuf jours, du 10 au 19 juillet 1553, avant de périr sur l'échafaud.

A cette date, Marie était morte depuis vingt ans, oubliée de tous.
[…]

Telle fut la fin de Marie d'Angleterre, qui, après avoir été reine de France pendant trois mois, s'en retourna partager la vie d'un seigneur de son pays. Seule entre les princesses royales de ce temps, à la gloire elle préféra son plaisir : une fois n'est pas coutume. Et ce choix lui réussit : c'est chose encore plus rare.

Honni soit qui mal y pense !

 

En conclusion : un résumé complet du séjour de Mary en France, mais parfois contradictoire, farci de copiés-collés et d'approximations, entrelardé de tous les lieux communs et pimenté de fiel ! A qui s'adresse la dernière phrase ?

Les portraits d'Anne de Bretagne et de Claude de France sont des mets d'une cuisine plus raffinée. L'ascendance bretonne produit assurément de la viande de premier choix. Goûtons-y :

Sur Anne de Bretagne :
" Ses armes ? Elle a du charme. Elle en est consciente et elle en joue. Certes elle n'est pas parfaitement jolie, avec sa taille étriquée, son nez trop fort, sa claudication. Mais elle sait tirer parti de ses avantages physiques. Elle s'habille avec goût, sans ostentation. Elle affectionne le costume breton, dont la coiffe noire sied à son teint, surtout lorsqu'y étincellent quelques diamants. Elle aime plaire et sait s'y prendre, feindre la fragilité, mêler le rire et les larmes, supplier, exiger quand il le faut. Obstinée, elle revient à la charge, use les résistances, assez habile pour ne pas demander l'impossible, mais occupant tout le champ qui lui est ouvert. Elle est de ces femmes à qui l'on cède, par lassitude, à qui l'on ment, par lâcheté, et qui réussissent à exercer sur les maris volages, en jouant de leur mauvaise conscience, un empire considérable.

Avec Charles VIII, elle n'eut guère le temps d'affiner ses talents, et elle ne put les exercer que dans le domaine de la vie privée. Les occasions d'affrontement furent entre eux très rares et — fruit des sages mesures de la dame de Beaujeu ? — elle eut peu de prétextes à se mêler de politique. Tout au plus soulagea-t-elle la misère de quelques gentilshommes bretons en leur procurant des emplois auprès du roi. Mais ce n'est pas à elle que sont confiées les affaires quand celui-ci quitte le royaume.

Serait-elle d'ailleurs en mesure d'y faire face ? Toutes ses forces sont absorbées par les maternités. " (pp. 66-67)

Ne cherchez pas, vous ne trouverez aucun relent de quelque mauvais brouet !

Et sur sa fille :
" Sur Claude de France, qui partagea dix ans durant la vie de François 1er, les chroniqueurs ne tarissent pas de louanges. Elle fut " très bonne et très charitable, et fort douce à tout le monde, et ne fit jamais déplaisir ni mal à aucun de sa cour ni de son royaume ". Sa devise était une lune accompagnée des mots Candida candidis : blanche pour ceux qui sont blancs, et le riche symbolisme de la blancheur peut évoquer ici conjointement pureté, innocence, voire candeur et simplicité de cœur. Autant de traits qui nous font deviner en elle une victime, à qui vertus et malheurs sont promesse de salut.

Et il est exact que, après une enfance exceptionnellement heureuse, elle fut écrasée par une condition trop lourde pour ses forces.

Son enfance commença sous les plus heureux auspices. Elle était née dans la joie, enfant d'une double victoire, jurique et militaire. " (p.183)

Etc… etc… Remplacez " Claude " par " Mary " et le portrait s'adapte parfaitement à notre " étoile filante venue d'Angleterre " !

 

Jack LANG, François 1er ou le rêve italien, Perrin, 1997

…si la reine Mary, dernière épouse de Louis XII depuis trois mois à peine, s'était révélée aussi habile au lit que la rumeur le prétendait. " (p. 44)

Et l'habileté sexuelle de Louis XII ?

 

Georges MINOIS, Anne de Bretagne, Fayard, 1999


… remarié avec Blanche de Navarre, dix-huit ans ; il meurt six mois plus tard. Ce sera également le sort du second mari d'Anne de Bretagne : Louis XII, veuf à cinquante-deux ans, épouse en octobre 1514 l'une des plus belles et des plus ardentes femmes de l'époque, Marie, soeur d'Henri VIII, âgée de dix-huit ans ; d'une grande voracité sexuelle, Marie a tôt fait d'épuiser son mari, qui se vante de " faire merveille " plusieurs fois par nuit. A ce régime, il meurt au bout de trois mois : le roi d'Angleterre, raconte-t-on alors à Paris, a, en la personne de Marie, envoyé "une haquenée " pour le porter plus vite et plus doucement en enfer ou au paradis. " (p. 43)

Comparez les termes employés avec les autres textes : "copié-collé " !

 

Louis XII… " Par certains côtés, c'est un étrange destin que celui de cet homme, un destin tissé par des femmes, à qui on doit la vie, la souffrance, le plaisir et la mort : né d'une mère qu'il déteste, Marie de Clèves, marié à quatorze ans à une épouse qui le dégoûte, Jeanne de France, il ruine sa santé avec des dizaines d'autres, a comme principale ennemie sa cousine germaine Anne de Beaujeu, fait un second mariage heureux avec Anne de Bretagne, avant de mourir victime des ardeurs amoureuses de sa troisième femme, Marie d'Angleterre ; marié de force à un être difforme, il trépassera dans les bras d'une des plus belles princesses du temps. " (pp. 89-90)

Sans commentaires !

 

Wolinski - dans Le féminisme est l'avenir de l'homme
Hors-série de Charlie hebdo - Avril-Mai 2011

 

Georges BORDONOVE, Louis XII, Pygmalion, 2000 et 2010

(un texte qui "pue" !)

Le deuil de la cour fut levé pour accueillir la nouvelle reine. Elle débarqua à Boulogne, le 3 octobre 1514. François de Valois, tous les princes des lys, de nombreux grands seigneurs et dignitaires, l'inévitable Louis de La Trémouille et autres vieux serviteurs de la couronne étaient là pour la recevoir. Elle avait une suite magnifique et une escorte de deux mille archers à cheval. Parmi les lords et leurs épouses, on remarquait un personnage dont la beauté le disputait à l'élégance : Charles Brandon qui venait d'être nommé duc de Suffolk. C'était un ancien valet de vénerie qui avait décroché cette incroyable promotion par ses belles manières et ses intrigues. Henry VIII avait
dépouillé les Lancastre de ce duché pour le donner à son favori du moment.

Ni François de Valois ni ses familiers ne devinèrent que Brandon était l'amant de la belle Mary. Car elle était vraiment belle et apparemment digne de porter la noble couronne de France ! Ce n'était certes pas l'une de ces victimes livrées à un inconnu par raison d'Etat, mais une séductrice curieuse de courir une nouvelle aventure, quelle qu'en fût l'issue. De toute manière, elle était parée, car elle garderait Brandon en réserve : elle avait obtenu de son frère qu'il restât en France comme ambassadeur. C'était là un trait d'humour de la part d'Henry VIII. Il tablait sur la débonnarité et la décrépitude de son bon frère de France. Il ne lui déplaisait pas que l'éventuel dauphin fût en réalité le fils d'un valet de vénerie. Tous ces rois étaient plus ou moins cousins et, comme on le voit, s'aimaient tendrement.

Louis XII avait rompu avec ses habitudes d'économie. Il voulait faire bonne figure et s'était équipé de neuf. Toutes les livrées de sa maison furent renouvelées. Il se rendit à Abbeville, où la future reine devait faire son entrée officielle, le 8 octobre. Quand son approche fut signalée, il sortit de la ville et partit au galop à sa rencontre. Elle apparut enfin, blonde, rose et souriante, dans une robe de drap d'argent, avec une cotte de drap d'or couverte de broderies. Elle montait une haquenée blanche. Trente-six dames l'accompagnaient, précédant le cortège des seigneurs et le défilé des archers. Louis XII était vêtu comme un jeune homme, de velours rouge, avec une toque de même couleur ; il ne portait pas de manteau. A peine eut-il aperçu l'éblouissante créature qu'il s'élança sur son genêt d'Espagne, un grand étalon noir. Il dévisagea Mary, lui dit : " Ma fille, soyez ça la bienvenue ! " et lui plaqua un baiser sur la joue. Puis, pour montrer son adresse et sa vigueur, il fit par trois fois se cabrer le genêt d'Espagne, au risque de se rompre le col. C'était sa mort qu'il venait d'embrasser à la volée, le gai compagnon !

Le mariage fut célébré le lendemain par le cardinal de Prie. François se tenait près du marié et sa femme Claude près de la mariée. On ne sait trop quelles prières Louise de Savoie adressa au ciel pendant cette cérémonie ; d'autres soucis l'attendaient : Louis XII prétendit qu'il avait fait merveilles pendant sa nuit de noces. Il se déclarait enchanté de sa nouvelle épouse. Il ne s'aperçut point qu'elle était de seconde main, si l'on peut dire. Mary avait une nature ardente, dont les appétits dépassaient les moyens de son vieil époux. Il crut qu'elle mettait tout son cœur à remplir ses devoirs d'épouse.

La cour changea de style. Mary jouait du luth et dansait à ravir. Elle avait l'œil et l'esprit vifs, une gaieté juvénile. Elle aimait les plaisirs. Le parcimonieux Louis XII donna des bals et des festins pour la distraire. Les courtisans, qui s'ennuyaient un peu sous le règne d'Anne de Bretagne, rendaient grâces à la nouvelle reine de ce changement. Ils étaient tous plus ou moins amoureux d'elle, hormis les seigneurs bretons qui continuaient à maugréer. Elle ne repoussait point les compliments. Bien qu'elle fût accouplée à ce vieux roi — car Louis paraissait plus âgé qu'il ne l'était réellement —, elle savourait sa nouvelle vie et rien n'altérait sa bonne humeur. Elle était vraiment " toute récréative ". Cette récréation risquait de coûter cher à son époux et, si Mary avait eu quelque bon sens, elle l'eût ménagé. Il continuait à faire le coquebin et à se vanter de ses prouesses.

On ne fut pas sans remarquer les assiduités du duc de Suffolk, ses prévenances, l'espèce de familiarité existant entre la reine et l'ambassadeur. Louise de Savoie dressa l'oreille. Cependant, pour elle, le pire était à venir. Son cher fils s'enflamma pour Mary. Ils étaient du même âge. François de Valois était aussi bel homme que Charles Brandon, et de complexion fort amoureuse, il ne comptait déjà plus ses conquêtes. Mary se plaisait en sa compagnie. On eut l'impression qu'une sorte de complicité s'établissait entre eux. Selon Brantôme, ce fut le sieur de Grignaux, chevalier d'honneur de la défunte reine, qui donna l'alarme.

Toutefois, il commença par admonester en ces termes le beau François :
— Comment, Pâque-Dieu ! (car tel était son jurement) que voulez-vous faire ? Ne voyez-vous pas que cette femme, qui est fine et cauteleuse, vous veut attirer à elle afin que vous l'engrossiez ? Et, si elle vient à avoir un fils, vous voilà encore simple comte d'Angoulême et jamais Roi de France, comme vous espérez. Le Roi son mari est vieux, et à présent ne lui peut faire d'enfant. Vous l'irez toucher, et vous vous approcherez si bien d'elle, vous qui êtes jeune et chaud, elle jeune et chaude. Pâque-Dieu ! elle prendra comme à glu, et elle vous fera un enfant, et vous voilà bien ! Après vous pourrez bien dire Adieu ma part du royaume de France. Par quoi songez-y.

François promit d'être raisonnable. Il rétorqua pourtant qu'après tout il serait régent du royaume, si Mary avait un fils, vu l'âge du roi. Mais, " tenté encore et retenté des caresses et mignardises de cette belle Anglaise, il s'y précipita plus que jamais. Que c'est de l'ardeur de l'amour ! et d'un tel petit morceau de chair, pour lequel on languit et on quitte et les royaumes et les empires... ".

Orignaux s'en vint trouver Louise de Savoie. Elle adorait son " César ", mais elle le tança si vertement qu'il comprit enfin le jeu de Mary et se détourna d'elle. Restait l'ancien valet d'écurie. Louise de Savoie fit en sorte que
Marie ne se trouvât jamais seule, sauf avec le roi. Elle organisa une surveillance discrète, mais étroite et continuelle. Mary avait de la malice à revendre, pourtant il lui fut impossible de rencontrer privément son bel amant.
Les semaines passèrent ainsi. Le couple royal résidait à Paris, au palais des Tournelles. Les divertissements continuaient. Louis XII avait renoncé au régime qu'Anne de Bretagne, soucieuse de sa santé, lui avait imposé. Au lieu de déjeuner à huit heures, il dut, pour ne pas déranger les habitudes de Mary, repousser son repas jusqu'à midi. Au lieu de se coucher à huit ou neuf heures, il veillait jusqu'à minuit.

Les médecins le mirent en garde, mais il ne les avait jamais pris au sérieux, il est possible que l'un d'eux, par sottise ou complaisance, lui ait procuré quelque potion revigorante. Louis dépérissait à vue d'œil, ce dont ses fidèles serviteurs s'effrayaient. Il riait de leurs craintes. Les clercs de la Basoche, dont il avait toujours toléré les farces et gauloiseries, disaient que " le Roi d'Angleterre avait envoyé au Roi de France une haquenée, pour le porter bientôt et plus doucement en enfer ou en paradis ".

Il tint jusqu'à l'extrême limite de ses forces, dans le fol espoir de procréer un dauphin. A la mi-décembre, il fut obligé de s'aliter, II était atteint de fièvre pernicieuse, aggravée de dysenterie Au cours de son existence, il avait été plusieurs fois au bord de la tombe, mais toujours il était, comme par miracle, revenu à la vie. On crut donc qu'il guérirait cette fois encore. D'ailleurs, il restait optimiste ; il parlait même de repasser les monts au printemps et de reconquérir le Milanais. Mais il était usé jusqu'à la fibre et bientôt la fièvre eut raison de sa résistance.

Il comprit que sa fin était prochaine et demanda François de Valois pour lui faire ses ultimes recommandations. C'était à l'avenir de son peuple qu'il pensait. Puis il se confessa et communia, avant d'entrer en agonie. C'était la veille de Noël. Il sombra progressivement dans le coma. Son corps se débattait conte la mort, mais son âme avait déjà commencé son voyage. Il s'éteignit ainsi, inconscient, dans la nuit de la Saint-Sylvestre, à l'aube du 1er janvier 1515. Ni François de Valois ni la reine Mary n'avaient assisté à ses derniers instants. Ce furent La Trémouille et Dunois, ses fidèles compagnons et les témoins de toute sa vie, qui lui fermèrent les yeux. Une violente bourrasque s'éleva soudain sur Paris, annonçant aux humbles un événement funeste la mort du Père du peuple...

[…]

François de Valois avait reçu le royaume de France comme étrennes, mais il n'était pas encore François Premier, bien qu'il se comportât déjà en roi. Il ne le devint effectivement qu'après que la viduité de Mary fût constatée. La jeune reine supportait mal son veuvage et s'empressa de regagner l'Angleterre, bientôt rejointe par Suffolk qui l'épousa : à défaut de couronne, elle eut l'homme qu'elle aimait. " (pp. 277-282)

 

Jean-Joseph JULAUD, L'Histoire de France Pour les Nuls, First, 2005.

" 1514 : Louis, cinquante-deux ans, épouse marie, seize ans

Louis est donc veuf, à cinquante-deux ans, malade d'hémorragies à répétition, de goutte, d'hémorroïdes. Le roi d'Angleterre Henri VIII, dix-huit ans, a une sœur. Elle s'appelle Marie. Elle est ravissante. Elle a seize ans. Vous hésitez à les marier ? Pas eux ! En octobre 1514, c'est fait, et Louis trouve une nouvelle jeunesse en compagnie de celle qu'on nomme sa poupée anglaise. Elle l'entraîne dans la fête et les banquets au-delà de minuit. Ils ne se lèvent qu'à midi passé (Marie est une Tudor…). Le 31 décembre 1514, Louis XII ne se lève pas, ne se relèvera plus. Le 1er janvier 1515, il meurt. La France a retrouvé le chemin de la prospérité mais les caisses royales sont vides ! "

Né en 1491, Henry VIII a 23 ans en 1514 ! Née en 1496, Mary a 18 ans ! Mary ne tient pas à épouser Louis XII.
Que d'erreurs en si peu de lignes ! Sans parler du reste !

 

Philippe VALODE, Rois, reines et favorites de l'Histoire de France, L'Archipel, 2006.

" Marie d'Angleterre, trop ardente épouse de Louis XII

Fille d'Henri VIII d'Angleterre, Marie débarque à Calais le 21 septembre 1514 pour épouser le roi Louis XII, bien usé par la maladie. La cérémonie se déroule le 11 octobre suivant à Abbeville. Veuf d'Anne de Bretagne, Louis XII n'a toujours pas d'enfant mâle. Sa jeune et belle épouse lui tourne la tête. Il en meurt le 1er janvier 1515, peut-être d'épuisement amoureux. "

Chercher les 4 erreurs ! et les 3 allusions pernicieuses !

 

Bartolomé BENNASSAR, Le Lit, le Pouvoir et la Mort, Reines et Princesses d'Europe de la Renaissance aux Lumières, de Fallois, 2006.


L'exil français de Marie d'Angleterre, fille d'Henri VII Tudor et sœur d'Henri VIII, qui vint en France sans le moindre enthousiasme pour épouser un Louis XII déjà valétudinaire, avait été plus bref encore [que celui d'Elisabeth, veuve de Charles IX en mai 1574, qui demeura un an en France avant de retourner à Vienne]. Les dernières ardeurs de Louis XII, qui prétendit, au lendemain de sa nuit de noces, avoir " fait merveille ", sans que sa jeune épouse ait jugé nécessaire de le contredire, le conduisirent prestement au tombeau. Il fallut moins de quatre mois pour passer de la célébration des noces à celle des funérailles et la volcanique Marie put rejoindre en Angleterre et sans plus tarder son amant, Charles de Suffolk, qu'elle épousa. Au grand soulagement de Louise de Savoie, Marie n'était pas enceinte et la place du trône demeurait ouverte au fils de Louise, François.

 

Henri PIGAILLEM, Claude de France, Pygmalion, 2006

" Mary, c'est vrai, est d'un grand appétir sexuel. A dix-huit ans, elle épuise son vieux mari, qui se targue de "faire merveille" plusieurs fois par nuit. Rien de surprenant qu'au bout de trois mois de mariage le Père du peuple soit sur le point de rendre son dernier soupir. " p. 89

 

 

16 ans, 18 ans... "on" ne sait !

A-t-elle "couché" avec François ? "On" ne sait !

"On" ne sait rien, alors on invente...

 

Franck FERRAND, François Ier, Roi de chimères, Flammarion, 2014, p. 19.

" Car le roi, même usé, décida de se remarier - ce serait ses troisièmes noces. Il épousa cette fois la jeune et jolie sœur du roi d'Angleterre, Mary Tudor. Louise redoubla d'incantations, même s'il était peu probable qu'un tel marié pût concevoir encore un héritier. C'est alors qu'on apprit que François, tout écervelé, en bon fils de comte Charles, n'était pas insensible aux appas de sa jeune et jolie belle-mère. Louise crut en défaillir de colère : ce benêt allait-il engendrer lui-même le dauphin qui l'écarterait du Trône ? C'était à se pendre ! Heureusement pour elle, ce royal vaudeville ne s'éternisa pas : Louis XII trépassa en quelques semaines, harassé par son épouse trop jeune et trop jolie. Enfin, le César triomphant était libre d'advenir. "

Un copié-collé conforme au schéma habituel, avec une triple répétition et des expressions à l'emporte-pièce. Tant pis pour l'Histoire !

 

 

Max GALLO, François Ier, Roi de France, Roi-Chevalier, Prince de la renaissance française, Xo, 97-98.

" Mais il [Louis XII] s'épuise à tenter de suivre sa jeune et blonde reine, autour de laquelle rôdent les gentilshommes. François, duc de Valois, rend souvent visite à sa " belle-mère ". Ses compagnons le mettent en garde !
Si cette belle-mère lui cédait - ce qui, chaque jour, paraît plus probable-, elle pourrait donner naissance à ce fils qu'espérait Louis XII et qui deviendrait le dauphin, l'héritier !
François, duc de Valois, se retire et exige que sa femme, Claude, et une suivante ne quittent pas la chambre de Marie, que l'on disait sensible aux charmes de François, mais aussi au duc de Suffolk.
La menace est d'autant plus grande que Louis XII paraît épuisé.
Il décide de loger aux Tournelles, pour être plus proche de sa jeune épousée. Mais bientôt les forces lui manquent. Il ne quitte plus le lit… "

Aucune différence avec le texte précédent : aucune recherche historique sérieuse, aucune lecture des lettres de Mary, mais du copié-collé en bonne et due forme. Médiocre roman, misogynie diffuse mais bien réelle.

 


Je vous ai gardé le meilleur pour la fin. Pour la faim et la soif d'émotions fortes, épicées. Tout en clichés et fondu enchaîné. C'est un roman, Les Scènes galantes, 4ème tome d'une saga, Les Ateliers de Dame Alix. C'est de Jocelyne GODARD. Paru en 2007, aux éditions Le Sémaphore.

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Plongeant ses yeux dans ceux de la jeune chambrière, il lui offrit généreusement le charme de son sourire et, sans brusquerie, détacha ses bras collés à la porte. Interdite, la jeune fille se laissa faire et François entra dans la chambre de Marie.
Il la trouva étendue sur un lit bas et étroit. Elle semblait rêver. Sa chevelure blonde et soyeuse était déployée sur ses épaules et elle portait une robe légère de satin rose garni de rubans d'or.
Ses yeux de fragile porcelaine croisèrent ceux du jeune homme. Elle ne semblait pas surprise et souriait. François lui fit un profond salut, plongeant bas son buste. Ce qu'il avait à lui dire n'ôterait pas sa bonne éducation.
— Pardonnez madame, de pénétrer sans votre accord dans vos appartements. Mais, je devais le faire. Le roi est mort. Sans doute venez-vous de l'apprendre. Il me faut savoir immédiatement si je puis me déclarer roi de France.
Le sourire de Marie s'accentua. Elle s'étira comme une chatte au soleil. Une petite chatte sensuelle et douce. Elle plaça ses deux bras blancs en arrière, relevant ses cheveux d'une main, puis dans un soupir langoureux, bomba son torse qui s'agrémentait de deux petits seins menus et discrets.
Sa bouche se fit plus ronde, presque pulpeuse, tendre et quémandeuse. Une bouche en cœur qui, deux jours auparavant, eût noyé François dans un délice extrême.
— Sire, répondit-elle d'un ton bas, je ne connais point d'autre roi que vous.
Sceptique, il la regarda en face.
— Que craignez-vous, monseigneur ? reprit-elle en dardant ses yeux bleus sur ceux du jeune duc.
— Ce que craint toute la France, rétorqua François.
— Et que craint donc à ce point la France ?
— Que vous soyez enceinte, madame.
Elle déplia langoureusement ses jambes et se leva précautionneusement.
— Mais, je suis enceinte, annonça-t-elle.
— D'un dauphin ou d'un bâtard ?
Elle supporta l'insolence de la réplique et rétorqua tranquillement:
— Quelle question, monseigneur. D'un dauphin, bien entendu ! Oubliez-vous que je suis reine de France ?
— Ne seriez-vous pas plutôt une reine galante ?
Mais François s'aperçut que, ne cernant pas toutes les subtilités de la langue française, Marie ne savait comment interpréter ce terme. Elle ne répondit pas et François poursuivit :
— Une reine galante qui se tourne là où le vent la pousse.
La jeune reine semblait ne pas comprendre et François prit peur. D'un seul coup, toutes les recommandations de sa mère lui revinrent en mémoire, puis, sa colère, l'unique colère qu'il avait essuyée de toute sa vie.
François doutait maintenant. Si cette fille était enceinte, tout était perdu pour lui. Il n'y aurait jamais de gloire, d'ascension, de couronne.
Tout à coup, il vit qu'il se trompait et que Marie avait bien saisi ses allusions.
— Et si le vent me poussait dans vos bras, François !
Interdit, ses yeux firent le tour de la chambre et revinrent à elle sans qu'il eût trouvé d'autre question répondant à son audace.
— Ce vent-là a bien failli faire choir votre couronne.
— Failli ?
— Répudiez Claude de France et épousez-moi. Mon dauphin sera le vôtre.
François d'Angoulême restait béat d'étonnement. L'horreur de la proposition lui brouillait la tête. Il fallait très vite se ressaisir. Certes, il n'aimait pas sa jeune épouse passionnément, mais il la respectait et appréciait ses nombreuses qualités. Elle était douce et simple et le peuple l'aimerait comme une bonne et juste reine de France.
— Votre prédécesseur, mon époux décédé ce jour, a bien répudié sa première épouse il me semble !
Elle étira ses jambes.
Comment s'appelait-elle déjà ? Ah, oui ! Jeanne de France.
Elle se tenait devant François, caressant son ventre plat. Elle remonta ses mains sur ses petits seins et les redescendit tranquillement sur son ventre.
— Vous ne voulez pas de mon dauphin, François ?
Le jeune duc restait littéralement pantois. Jamais de sa vie il n'avait été à ce point pris au dépourvu. Comment ce vieux monarque, fatigué, usé, fini, avait-il pu engrosser Marie ? Et si l'enfant était de Suffolk ? Sa mère ferait-elle jouer le délit d'adultère?
Il jeta un regard froid à la jeune femme, ne répliqua rien et sortit de la pièce.
(pp 426-428)

 

Soit pour résumer ce qu' "on" pense :
Mary, cette jeune et jolie "salope" a-t-elle "baisé"
avec le jeune et trop naïf François,
en même temps qu'elle "forniquait" avec son amant Charles Brandon,
"un parvenu, sans foi ni loi",
tandis qu'elle " tuait à petits feux "
le si grand, si généreux et si pathétique P.P.,
"le Père du peuple" ?

Et il y en a encore d'autres !

Mary, je pourrais citer toutes les pages écrites sur toi. Tu es connue des historiens et des pseudos qui ne font que recopier servilement le mal que certains ont pu penser de toi. Tu étais femme, jeune et belle, étrangère et un tantinet rousse. Et n'avais-tu pas, " perpétuelle menstruée ", épuisé nuitamment et vaginalement notre bon roi, le pépère du peuple ? Vous nous avez brûlé Jeanne d'Arc pour moins que cela ! Tu cumulais ainsi que ta consœur bourguignonne assez de " vices " pour que ta légende ou ton histoire en souffrît.

Ta chevelure rousse t'inscrivait dans la liste des félons et des rebelles, après Caïn, Judas, Ganelon le traître de la Chanson de Roland, Mordret le traître de la légende arthurienne, aux côtés des fils révoltés, des frères parjures, des bourreaux, usuriers, changeurs, faux-monnayeurs, jongleurs, bouffons, chirurgiens, forgerons sorciers, meuniers affameurs et bouchers sanguinaires, des prostituées (Saint Louis les accepta par un édit de 1254, mais teintes en roux !) et des femmes adultères.

Les taches de rousseur étaient considérées comme les marques du diable par relations sexuelles puis du mensonge. 20 000 femmes périrent au bûcher en 150 ans !

 

Phallocratisme ignoble ou bêtise aride, tous deux mortifères.

Voilà comment "on" écrit l'Histoire !

 

 

Claudine DUMAILLE - Femme au collier rouge - 1983

http://www.claudinedumaille.fr/


Le site de la Société Internationale pour l'Etude des Femmes de l'Ancien Régime :

http://www.siefar.org/

 

La Société Internationale pour l’Etude des Femmes de l’Ancien Régime est une Association Loi 1901 à but non lucratif.

Elle a été créée à Paris le 10 octobre 2000 (statuts).

L’étude des conditions de vie, des actions, des oeuvres et de la pensée des femmes des périodes précédant la Révolution française a connu ces dernières décennies un essor considérable. Les travaux des chercheurs et chercheuses qui s’y consacrent sont toutefois souvent difficilement accessibles, voire inconnus des personnes qui auraient le plus besoin de les connaître (spécialistes, enseignant-e-s, étudiant-e-s), car dispersés dans de très nombreux ouvrages et revues, et non répertoriés dans une banque de données centralisée. Par ailleurs, les résultats de leurs recherches demeurent souvent confidentiels, par manque d’outils appropriés (traductions, éditions, livres à prix accessibles) permettant leur mise à la disposition du public intéressé.

La SIEFAR regroupe des chercheurs et chercheuses d’une vingtaine de nationalités, répartis sur plusieurs continents. Elle a pour vocation de rassembler toutes les personnes qui se reconnaissent dans ses objectifs, quels que soient leur statut professionnel, leur nationalité, leur sexe, leur degré d’implication dans le travail de recherche.


Les objectifs de la SIEFAR

• La SIEFAR se propose de faire connaître, ou mieux connaître, ou découvrir les conditions d’existence, la pensée, l’action, les oeuvres des femmes reliées d’une quelconque manière à la France (celles qui y vivaient, celles qui y séjournaient, celles qui s’expatriaient, celles qui écrivaient, correspondaient, traduisaient, étaient traduites…), dans la longue période qui s’étend du Moyen Age à la Révolution.

• La SIEFAR entend montrer l’ancienneté de la présence des femmes dans la vie économique, politique, intellectuelle, scientifique et artistique, ainsi que la variété de leurs réalisations. Il s’agit de rendre visibles des pans entiers de l’histoire et de la culture aujourd’hui passés sous silence, notamment dans les manuels scolaires et les livres d’histoire.

• La SIEFAR travaille à la fois à la conservation des savoirs menacés d’oubli, à la production de savoirs nouveaux et à la diffusion des recherches effectuées, quels que soient leur langue d’expression, leur approche méthodologique et leur champ disciplinaire (anthropologie, art, bibliophilie, droit, histoire, linguistique, littérature, musicologie, philosophie, sciences, sociologie). Elle contribue à l’approfondissement de la réflexion et des connaissances sur le genre et sa construction.

• La SIEFAR souhaite également favoriser la reconnaissance des chercheuses et chercheurs impliqué-es dans son domaine d’étude, notamment les jeunes femmes, en rendant visible leur travail, en les associant à des manifestations scientifiques de qualité, en les encourageant à produire de nouvelles connaissances, en multipliant les coopérations internationales.