L' ODORAT

 

 

 

Loin des jardins de Loire à l'hiver de ta vie

Orneras-tu encor ce sceptre d'abandon
D'autres roses cueillies aux rives des regrets
Obéissante Flore abhorrée des
œillets
Ressassant tristement tel un relent d'alcool
A la mémoire cloué ce rêve évanoui
Terrible déchirure aux piquants de la vie

 

 

http://www.musee-moyenage.fr/homes/home_id20393_u1l2.htm

http://www.neomillenium.org/htm/lic.htm

http://sarah.vanden.free.fr/pages/odorat.html

Nous sommes bien ici dans l'évocation du sens de l'odorat : sur un banc, un petit singe porte une rose à son nez pour en respirer le parfum (et non un œillet comme un certain commentateur qui n'a pas bien regardé a écrit). Mary porte une robe bleue sombre doublée de rouge sur une jupe de brocart d'or ; les manches courtes découvrent une fine mousseline serrée aux poignets. Claude, que la perspective dite inversée diminue en taille, est vêtue d'une robe moirée à la doublure jaune et d'une jupe rouge. Une cordelière tient lieu de ceinture à Mary ; une coiffe et un collier complètent la mise de chacune.

Mais nous savons qu'il nous faut découvrir le sens caché par l'observation patiente des détails.

 

Le chapel d'œillets et le panier de roses

Avez-vous noté que Mary n'accomplit jamais le geste intimé par le sens évoqué ? Elle ne se regarde pas dans le miroir, elle ne semble pas apprécier sa musique, elle ne goûte pas les friandises, elle ne sent aucune fleur.
Dans cet Odorat, que fait-elle ? Contrairement à ce que certains ont toujours affirmé, Mary ne tresse pas une couronne de fleurs, pour une mariée ou non. Au contraire, elle enlève à regret les œillets rouges et blancs de la couronne qu'elle tient entre ses doigts pour les remplacer, par la suite, supposons-le, par des roses qui sont dans un panier, sur un banc, à sa gauche. Elle défait sa couronne de reine (l'œillet est considéré à la Cour comme la fleur de France) pour la remplacer par celle plus modeste de duchesse anglaise (la rose est la fleur de l'Angleterre). Une miniature de ce temps relatant le couronnement de Mary se trouve à la Bibliothèque Nationale. Au centre de la couronne royale, trois lys ; à droite, trois roses ; à gauche, trois œillets.
La double couleur des roses, les unes blanches, les autres rouges, que Mary unira dans un nouveau chapel, rappelle à mon avis l'Angleterre, son pays qu'elle va regagner, n'étant plus reine de France.

 

Dans l'Antiquité, la couronne de fleurs est réservée aux statues des dieux, puis aux animaux sacrifiés et aux prêtres, enfin à tous les fidèles. Appelés " dios anthos ", " fleur de dieu, de Zeus " pour leur beauté et leur parfum, les œillets appartiennent aux fleurs sacrées pour les couronnes. Plus tard, l'usage est de prouver son affection, dans l'amitié ou dans l'amour, avec des fleurs.
De tout temps, l'œillet est considéré comme la fleur des amoureux. " A mon pot d'oeilletz / Il est plantureux, Pour faire bouquetz / Pour les amoureux. " Ce " cri " d'un marchand de fleurs ambulant parisien au XVIe siècle atteste que l'œillet est alors associé à l'amour. Les peintures du Moyen Age et de la Renaissance témoignent de l'usage d'offrir un œillet symbolique à l'être aimé lors des fiançailles et des mariages, en promesse d'amour durable et de fidélité. Selon une tradition nordique, l'œillet est promesse de mariage ; le jour des noces, la mariée doit porter sur elle un œillet, que le marié doit trouver sur elle. Dans les portraits flamands, la femme ou de l'homme représenté tient un œillet dans la main comme symbole de mariage.

Ovide narre que Diane en colère arrache les yeux à un berger désobéissant. Jetés à terre, ils germent pour devenir des œillets ou bien qu'ils naissent des larmes de ce berger dont Diane est éprise mais qu'elle rend aveugle dans un accès de colère. Depuis longtemps, le mot " œil " désigne la " fleur " et les " yeux " sont les bourgeons d'un arbre.
Introduit en Europe vers le XIIe siècle, l'œillet est investi d'une importante signification religieuse ; il symbolise l'œil de Dieu qui voit tout. Il incarne aussi la Passion et la Crucifixion du Christ : par leur forme longue et pointue, ses feuilles évoquent les clous. L'œillet est appelé communément " petit clou " en raison de la forme de ses fruits. Il n'apparaît pas dans les Crucifixion, mais dans les Vierge à l'Enfant où Marie tend à son Fils un œillet rouge carmin, couleur qui renvoie à la divinité incarnée et symbolise alors l'amour pur et ardent.

Dans son tableau de 1631 L'Empire de Flore, Nicolas Poussin représente la déesse romaine Flora entourée d'une cour macabre de jeunes héros qui sont métamorphosés en une fleur : à gauche Ajax qui se suicide et dont des gouttes de sang tombés au sol font naître des œillets ; puis Narcisse, Clytie, Crocus et Smilax, Adonis, Hyacinthe. http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_peintures_de_Nicolas_Poussin

 

Les larmes

Fleur mariale, sa tenue par un singe serait irrévérencieuse. Dans certaines œuvres, le singe tenant un miroir et s'y mirant est sensé représenter le pécheur que le démon a séduit. Mais ici, point de sacrilège. La rose est la " rose anglaise ", plus précisément la " rose Tudor ". Elle peut dont être tout naturellement, sans offense, tenue et sentie par un singe, animal domestique, de Cour, qui partage la douleur de Mary en versant comme elle une larme. Car tout observateur attentif ne peut que remarquer les larmes qui mouillent les joues de Mary et du singe.

Pleureuses - tombe d'Ouserhat
19ème dynastie

Sans être les premières larmes de l'histoire de la peinture, celles de La Dame, deux fois versées, ne peuvent s'expliquer que si est retenue l'interprétation " Mary Tudor ". La Dame appartient aux quelques représentations de larmes dans l'art dans ces années autour de 1500.

" II faut se rappeler cette réceptivité, cette facilité d'émotions, cette propension aux larmes, ces retours spirituels, si l'on veut concevoir l'âpreté de goût, la violence de couleur qu'avait la vie en ce temps-là. " (p. 15)

" … les larmes étaient belles et édifiantes. " (p. 16)
Johan Huizinga, Le Déclin du moyen âge

 

Carlo Crivelli - Pieta (détail) - 1476 - MET New York

 

… Et l'on éprouve encor la vérité dans une
Larme, cette goutte en désespoir qui brille.

Pierre Jean Jouve, extrait de Larmes, Noces

 

Jean Fouquet (attribué à) - La Pietà, tableau d'autel - Nouans les Fontaines (Indre et Loire)

Howard devant son premier "Jehan Fouquet" en Avril 2011

 

Tout rendre…

 

Aucune lutte dans le ciel ni dans les prés. Au dessus de Mary, un héron, blanc, silencieux et recueilli. A ses pieds, un agneau calmement assis dans l'attitude du don de soi. Mary offre sa couronne, son titre, ses pouvoirs. C'en est fini.
Quant à ce magnifique plat d'or, Graal profane, intentionnellement dessiné de biais pour bien présenter les œillets qui devraient logiquement chuter, il doit s'agir d'une pièce de la vaisselle d'or et de vermeil que Mary a dû rendre et que François 1er a fait fondre avec tout le métal précieux récupéré, dont la grille du tombeau de Saint-Martin de Tours, enlevée par Semblançay sur l'ordre du roi, afin de couvrir les frais de sa campagne d'Italie.

 

Louise de Savoie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_de_Savoie

http://www.linternaute.com/histoire/magazine/dossier/06/elles-ont-regne/louise.shtml

 

Anonyme italien actif en Touraine, entre 1500 et 1520.
Buste de Louise de Savoie en terre cuite (copie).
Façade du château de La Perraudière, Saint-Cyr-sur-Loire.
L'original est exposé au Louvre avec le buste d'Antoine Duprat.

 

Ce n'est pas une erreur de la part de l'artiste ou du maître-licier si, sur cette tapisserie, les armoiries d'Antoine, ceintes par le Lion héraldique, sont à l'envers. Les armoiries n'ont pas été diffamées mais annulées puisque portées symboliquement par une femme et qui plus est, Louise de Savoie. Les trois croissants et la bande d'azur ne demeurent que pour conserver l'équilibre esthétique de la composition.

Les armes d'Antoine Le Viste

Leur présentation peut soulever quelques interrogations supplémentaires que l'écu de L'Odorat vient de soumettre.

Ainsi, la cape du lion du Goût semblent au premier regard porter la bande bleue et les croissants de la gauche vers la droite, mais il suffit de retourner l'image de 90° pour rétablir la bonne disposition un instant troublée par la position de profil à gauche du lion.

Les oriflammes, agitées par le vent, sont toujours tournées vers la gauche, après un passage devant ou derrière la hampe. Mais il faut que les armes soient imprimées dans le bon sens sur chaque face pour qu'elles apparaissent correctement quelle que soit la position, contrairement au drapeau français que je vois flotter devant moi au moment où j'écris ceci et qui me présente soit "bleu-blanc-rouge" de gauche à droite, soit "rouge-blanc-bleu" de droite à gauche, selon le seul désir facétieux du vent.

Le Goût
L'Ouïe
La Vue
L'Odorat
Le Toucher

Oriflamme
à gauche

Drapeau à droite

Drapeau à gauche

Oriflamme
à droite

Drapeau
au centre

Oriflamme
à gauche

Drapeau à droite

Oriflamme à gauche

Drapeau à droite

L'oriflamme devrait
se déployer
vers la gauche
L'oriflamme devrait
se déployer
vers la droite
-
L'oriflamme devrait
se déployer
vers la droite
L'oriflamme devrait
se déployer
vers la gauche
Passage derrière
la hampe
Passage devant
la hampe
-
Passage devant
la hampe
Passage devant
la hampe


Ce tableau montre que l'artiste a désiré animer ses scènes de mouvements divers que prennent aussi en charge l'ordre et le sens des oriflammes.

 

L'Odorat

 

 

Louise de Savoie
Henry VIII

 

La mère de François 1er est bien cette lionne : longue crinière soigneusement peignée en arrière, reins cambrés, bouche gourmande (on voit sa langue : elle se lèche les babines !). Lisons dans cette mimique une seconde caricature léonine, après celle de François 1er dans Le Goût.
Sa belle-fille, Claude de France, va recevoir enfin des mains de Mary la couronne de France.

Dans son Journal, elle écrit :

" Le premier jour de janvier 1515, mon fils fut roi de France. Le 15 de février 1515, entre deux heures après midi, mon fils fit son entrée à Paris. Le samedi, dernier jour de mars 1515, le duc de Suffolk, homme de basse condition, lequel Henri VIII de ce nom avait envoyé ambassadeur vers le roi, épousa Marie, sœur du Henri, et veuve de Louis XII. Le lundi seizième jour d'avril 1515, Marie d'Angleterre, veuve de Louis XII, partit de Paris avec le duc de Suffolk son mari, pour retourner en Angleterre ".

 

Guillaume II Leroy - vers 1510
enluminure extraite du Traité sur les vertus cardinales
Louise de Savoie en Prudence
BnF - département des Manuscrits

Un site qui présente une étude sur l'œillet dans la peinture :
http://www.journaldespeintres.com/author/goupito/

Pour lire l'analyse de cette tapisserie :
http://www.quatuor.org/art_gothique_15eme_02.htm

Extrait du site : http://www.quatuor.org/accueil.htm

 

 

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