PAVIE 3

 

 

 

 

Si Anne de France " était " Penthésilée,
reine des Amazones ?


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André Arnaud a voulu déceler sous les traits de la Dame de cette tapisserie " Pavie " (mal nommée Le Toucher) Anne de France et la déesse Athéna. Tous ses arguments avancés dès 1981 sont encore résolument valables. Anne de France, en son temps de régence après la mort de son père Louis XI, suivit de très près les armées royales dans la " Guerre Folle ".

Je voudrais y ajouter la silhouette d'une Amazone. Guerrière elle aussi, elle a pu marquer l'imagination de l'artiste. Il n'était pas sans savoir que des écrivains avaient établi un parallèle louangeur entre les Amazones et Anne de France.

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Quelques éloges écrits à son propos :
" Cette dame estoit plaine de vertu, saige et discrète, miroir resplendissant, hardie en couraige, prudente en conseil, subtille en ses faicts et benigne à chascun " écrit l'auteur anonyme des Séjours de Charles VIII et de Louis XII à Lyon sur le Rhosne.

Dans son Séjour d'Honneur dédié en 1526 à Charles VIII, le poète Octavien de Saint-Gelais parle comme suit d'Anne de France : " Près de luy [Pierre de Bourbon], congneuz aussi l'excellence de la lumière de toutes féménines, le trésor de beaulté, la minière de saigesse, l'adresse de vertu, le compte de tous biens. Que scay-je moy ? C'estoit, à brief parler, celle qui a gaigné avoir cueur et vouloir de tous subgectz et qui, par sens et industrie, oultrepassant celle de toute femme qui ayt ouy ou par cronicque ou par espreuve, avoyt si bien guydé en bonnes meurs l'adollescence de cestuy Honneur, qu'en jeunes ans, yssant du ber, il subjugua ses adversaires et débella la superbe violence des répugnans chasteaulx et des citez à luy voulans tenir frontier, et tout cecy par la conduicte d'icelle redoubtée dame, comme une autre Sémyramys ou comme nouvelle royne des Amasones en ce siècle ressuscitée pour capter paix. Ceste pour vray dont tant je dis et que peu sçay-je de loz parer, c'estoit madame Anne de France, d'iceluy Honneur très chère seur et très amée, qui tant a fait son loz et renommée voller que toute terre en est garnie ".

http://www.elianeviennot.fr/FFP.html

 

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Je partirai de la description faite par Sophie Cassagnes-Brouquet de la tapisserie datée du début XVIe siècle, nommée " Penthésilée " et conservée au château d'Angers.

 

 

" Une élégante jeune femme, au canon très étiré selon la mode du temps, se détache sur le fond des mille fleurs ; elle porte un petit casque à l'antique, une cuirasse dorée sous une longue jupe bleue ouverte un peu au-dessous de la taille. Elle laisse apparaître une jambe protégée par une jambière de métal doré et un pied chaussé d'une botte de cavalière.

L'aspect militaire de son costume n'ôte rien à l'élégance courtoise de cette héroïne qui tient dans sa main droite un bâton de commandement et un cimeterre dans la main gauche.

La jeune femme s'avance avec une tranquille assurance vers le spectateur, le pied gauche en avant, le visage impassible.

À l'extrême gauche de la tapisserie, on devine ses armoiries disposées sur un écu, ce sont trois têtes féminines couronnées. "




Ne dirait-on pas décrite par Sophie Cassagnes-Brouquet, non pas " Penthésilée, reine des Amazones et Preuse " mais notre Dame à nous, Anne de France, fille de roi et de reine, régente du royaume et duchesse du plus grand " domaine " de France.

Elle est représentée dans l'éclat de sa jeunesse, le corps et le visage allongés, à la fois impassibles et volontaires. Sa couronne ducale et sa ceinture comme une chaîne de métal sont pour nous sa cuirasse de bataille. A sa main droite, la hampe de l'étendard du désormais chef de famille Antoine le Viste ; à sa main gauche le dangereux rostre de la licorne. Voilà bien une Preuse, dans la digne succession de Jeanne d'Arc.

Et je peux reprendre ce passage de Sophie Cassagnes-Brouquet : " La légende met en avant les prouesses de la reine des Amazones. Sans même qu'il soit besoin de prononcer son nom, le public aristocratique qui avait la possibilité de contempler cette tapisserie l'identifiait sans peine. " Mais, je l'ai écrit, La Dame à la Licorne devait demeurer incognito, surtout cette tapisserie supplémentaire que je nomme " Pavie " et qui dénonce les responsables, le roi en tête, de l'incurie et de la défaite.

 

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L'excellent article de Sophie Cassagnes-Brouquet et le site d'Éliane Viennot sur la " Querelle des femmes " me permettent de retracer les diverses apparitions des Amazones, et de Penthésilée en particulier, dans la littérature et dans les arts :

[Sophie Cassagnes-Brouquet, Penthésilée, reine des Amazones et Preuse, une image de la femme guerrière à la fin du Moyen Âge. Dans Clio, n° 20 - 2004, Armées.]
http://cour-de-france.fr/article1303.html (cliquer sur le lien Lire la suite (revues.org)

http://www.elianeviennot.fr/Querelle-corpus.html

Sophie Cassagnes-Brouquet écrit : " Alors que le Moyen Âge a développé l'image d'une femme soumise et chrétienne, confinée à la sphère privée et, de toute façon, non armée, voilà qu'il propose au cours de ses dernières décennies des représentations de guerrières, armées de pied en cap, images élégantes, valorisées et positives d'une Antiquité païenne, qui bénéficient d'un succès éclatant. Issues d'un modèle masculin, les Neuf Preuses acquièrent rapidement leur propre renommée en opposition totale à l'idéal féminin prôné depuis des siècles ! Comment ne pas s'interroger sur la signification historique de telles représentations ? "

C'est Paul Orose (Paulus Orosius), prêtre et apologiste du Ve siècle, qui, par son Histoire contre les païens, transmit les légendes fantasmatiques " amazoniennes " à toute l'historiographie médiévale.

Marco Polo croyait avoir aperçu le royaumes des Amazones qui allaient " envahir " l'occident chrétien à la fin du 14è siècle après le succès du livre de l'humaniste florentin Giovanni Boccaccio, De mulieribus claris (1360-1374), dans les pages duquel cinq Amazones royales tiennent les lecteurs en haleine : Lampéto et sa sœur Marpésie, Anthiope et sa sœur Orythyie, Penthésilée. De la grand-mère Marpésie à la petite-fille à qui Achille fera un sort sous les murs de Troie. Ce livre sera traduit en français en 1401 sous le titre Des clères et nobles femmes, en pleine " Querelle des femmes ".



Penthésilée - miniature d'un manuscrit médiéval
De mulieribus claris - Des Dames de renom (1361-1362)
de Boccace - BnF

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Dans la littérature

 

— " L'incarnation des valeurs chevaleresques dans la personne de Preux est une idée déjà ancienne lorsqu'elle trouve une forme presque définitive au début du XIVe siècle sous la plume de Jacques de Longuyon. Cet auteur lorrain, attaché à la cour de Thibaut de Bar, évêque de Liège, compose entre 1312 et 1313, un roman en vers intitulé Les Vœux du Paon. Inspiré de l'Antiquité. Il y évoque pour la première fois les Neuf Preux, choisis dans un répertoire de héros bien connus, classés en trois triades, païenne, juive et chrétienne : Josué, David et Judas Macchabée, Hector, Alexandre et César, Arthur, Charlemagne et Godefroy de Bouillon. L'œuvre connaît un succès rapide. "

— " Guillaume de Machaut, vers 1370, eut le premier l'idée d'utiliser le thème des Preux à des fins politiques en créant un dixième preux dans son poème, la Prise d'Alexandrie, sous les traits de Pierre de Lusignan. Eustache Deschamps (1346-1406) propose à son tour le connétable du Guesclin pour être le dixième Preux. Son ouvrage le plus important est une satire très hostile aux femmes : Miroir du mariage.

 

Sophie Cassagnes-Brouquet souligne : " On peut penser que la facilité étonnante de l'accueil fait à la pucelle de Donrémy à la cour de France avait été préparée par les décennies de succès du thème des Preuses et la mode de la egregia bellarix (la guerrière). "

— " Quelques décennies après la mise en ordre du canon des Neuf Preux, apparaît, toujours en France, leur pendant sous la forme de Neuf Preuses […] Le créateur de ce groupe de guerrières est sans doute Jehan Le Fèvre, officier au Parlement de Paris et auteur renommé en son temps, qui compose entre 1373 et 1387 le Livre de Lëesce, pour prendre la défense des femmes. " (Dame Lëesce (= Liesse), personnification de la Joie, y assure que les femmes sont plus audacieuses, courageuses et vertueuses que les hommes :

Que femelles sont plus preuses
Plus vaillans et plus vertueuses
Que les masles ne furent oncques


— Jean Gerson (1363-1429) écrit son Traité contre le Romant de la Rose.

— Eustache Deschamps reprend le motif des Neuf Preuses dans deux ballades : Il est temps de faire la paix en 1387 et Si les héros revenaient sur terre ils seraient étonnés en 1396.

— Le marquis Thomas III de Saluces, écrit à la fin du XIVe siècle alors qu'il était prisonnier des Achaïe à Turin, un roman courtois et fantastique Le Livre du chevalier errant, où il évoque les Neuf Preux et les Neuf Preuses.

Les neuf preuses accueillent le chevalier errant dans leur palais
Thomas de Salluces - Le Chevalier errant
BnF - ms. fr. 12559, f. 125v

— Christine de Pizan évoque sept des neuf preuses dans son catalogue de femmes illustres du Livre de la Cité des Dames (écrit entre décembre 1404 et avril 1405), livre où elle veut répondre aux " attaques " de Jean de Meung dans le Roman de la Rose. En 1405, son ouvrage Le Livre des trois vertus ou Le Trésor de la Cité des Dames reprend ce thème.

— Très vite, la parité impose sa loi dans l'invention d'une dixième preuse.
De son vivant même, Jeanne d'Arc est qualifiée de Preuse. Un clerc français installé à Rome évoque en 1429 l'impact de la délivrance d'Orléans et n'hésite pas à comparer Jeanne à Penthésilée, la reine des Amazones.


Jeanne d'Arc chevauchant devant les murs d'Orléans
Antoine Dufour - Les Vies des femmes célèbres (ms. 17, fol. 76v)

Châteaux de Loire

Le long du coteau courbe et des nobles vallées
Les châteaux sont semés comme des reposoirs,
Et dans la majesté des matins et des soirs
La Loire et ses vassaux s'en vont par ces allées.

Cent vingt châteaux lui font une suite courtoise,
Plus nombreux, plus nerveux, plus fins que des palais.
Ils ont nom Valençay, Saint-Aignan et Langeais,
Chenonceaux et Chambord, Azay, le Lude, Amboise.

Et moi j'en connais un dans les châteaux de Loire
Qui s'élève plus haut que le château de Blois,
Plus haut que la terrasse où les derniers Valois
Regardaient le soleil se coucher dans sa gloire.

La moulure est plus fine et l'arceau plus léger.
La dentelle de pierre est plus dure et plus grave.
La décence et l'honneur et la mort qui s'y grave
Ont inscrit leur histoire au coeur de ce verger.

Et c'est le souvenir qu'a laissé sur ces bords
Une enfant qui menait son cheval vers le fleuve.
Son âme était récente et sa cotte était neuve.
Innocente elle allait vers le plus grand des sorts.

Car celle qui venait du pays tourangeau,
C'était la même enfant qui quelques jours plus tard,
Gouvernant d'un seul mot le rustre et le soudard,
Descendait devers Meung ou montait vers Jargeau.

Charles Péguy


Judith et Jeanne d'Arc
Martin Le Franc - Le Champion des Dames
Bnf - Ms. fr. 12476, f. 10v

 

A la même époque, Christine de Pizan la compare aux neuf Preuses en précisant qu'elle les surpasse. Dans son poème Le Ditié de Jehanne d'Arc, elle évoque la victoire d'Orléans et le couronnement du Dauphin :

Hester, Judith et Delbora,
Qui furent dames de grant pris,
Par lesquels Dieu restora
Son peuple, qui fort estoit pris,
Et d'autres pluseurs ay apris
Qui furent preuses, n'y ot celle,
Mains miracles en a pourpris
Plus a fait par ceste Pucelle.

— Sébastien Mamerot compose en 1460 pour Louis de Laval, dont il est le chapelain, une Histoire des Neuf Preux et Neuf Preuses.

 

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Éliane Viennot rappelle qu'Anne de France n'est pas restée insensible au " pouvoir évocateur " des reines des Amazones :

" À la fin des années 1480, le Petit Abrégé des Chroniques de France rédigé par Regnault Havart pour Anne de France témoigne d'un autre enrôlement des Amazones pour une cause contemporaine. [Le Petit abbregié sur aulcun pas des chroniques de France adressées a vous tres haute et tres puissante princesse madame la duchesse de Bourbon Anne de France, BnF, ms. n.a.f. 4517, fol. 3-4]

Reprenant la vieille thèse des origines troyennes du royaume (antinomique avec celle de l'exception française), il place à l'orée de son récit une vision de " Friga l'Amazone ", femme d'Hector et mère de Francion, par laquelle elle révèle à ce dernier le fabuleux destin qui attend ses descendants : ils feront la conquête de nombreuses terres et fonderont un royaume qui portera son nom.

Parmi les grands personnages qui " seront cause d'accroître, décorer et exalter l'honneur et la puissance du prince et affermir le royaume ", Frida cite le nom de trois femmes : Clotilde, Jeanne la Pucelle et Anne de France. Cette dernière, notamment, " sera cause de la sûreté de la personne de Charles huitième de ce nom, et de la correction d'aucun des plus grands entrepreneurs contre lui entre ses sujets qui se sont déclarés par les armes ennemis du roi et du royaume ".

La dame de Beaujeu est ainsi à la fois dotée d'une ascendance amazonienne, légitimée dans ses responsabilités politiques, et exaltée comme héroïne ayant " affermi le royaume ". (Les Amazones dans le débat sur la participation des femmes au pouvoir à la Renaissance. Dans Guyonne Leduc (dir.), réalités et représentations des Amazones, Paris, L'Harmattan, 2008)

http://www.elianeviennot.fr/Articles/Viennot-Amazones.pdf

 

Éliane Viennot évoque ensuite un second écrivain, bien connu de Jean Perréal :

" C'est encore un autre choix que fait, toujours au service d'Anne de France, Symphorien Champier dans sa Nef des dames vertueuses de 1503 — réplique mobile de la " Cité des dames ". Si les Amazones ne sont pas nombreuses parmi ses héroïnes, elles occupent une place de choix : non seulement Penthésilée figure en seconde position parmi les notices de femmes célèbres (Hippolyte venant plus loin), mais elle est invoquée dès l'ouverture de l'ouvrage, en compagnie de Marpésie et de deux autres grandes reines, juste après la brève " Généalogie de la haute et très excellente maison de Bourbon " (en prose)


Vous, médisants, de rage forcenée,
Qui ne savez fors [que] médire des dames
Lisez ici les faits [actions de] Penthésilée
Et ses gestes, sa renommée et fame [célébrité] !
Voyez les armes d'une si preue femme :
Marsepie [Marpesie] nommée par droit nom ;
De Thamiris l'astucie et la game [adresse]
Et de Niobé le bruit [réputation] los [louange] et renom.

[La Nef des dames vertueuses composée par maistre Symphorien Champier... (Jacques Arnollet, 1503), Bij. Champier paraît modifier volontairement le nom de Marpésie, pour l'associer au dieu Mars : d'où le commentaire " par droit nom "]

 

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Sophie Cassagnes-Brouquet, dans son très beau livre Un manuscrit d'Anne de Bretagne, Les Vies des femmes célèbres d'Antoine Dufour (Editions Ouest-France, 2007) souligne pour sa part le même intérêt chez Anne de Bretagne :

" Duchesse de Bretagne et reine de France, Anne a une très haute conscience de sa dignité. Elle entend bien jouer un rôle de partenaire auprès du roi et non pas celui d'une compagne effacée. Son autorité naturelle et sa grande culture en font l'avocate naturelle des femmes de son temps. Cet attachement à la défense des dames passe par la commande de nombreux ouvrages. Les Vies des femmes célèbres ne sont pas isolées, mais font partie d'une véritable " politique " de la reine. " (p. 14) Mais, selon l'auteure, " en voulant défendre les femmes, Antoine Dufour se révèle bien souvent misogyne ; ses héroïnes n'ont de vertus que masculines. " (p. 30)

Anne de Bretagne " est célébrée par les poètes de la Cour comme la nouvelle Junon, la protectrice des arts et des lettres, amis aussi l'égale des Amazones. Ces modèles antiques sont caractéristiques du premier humanisme qui fleurit au début des guerres d'Italie. Des références aux divinités et aux héroïnes de l'Antiquité qu'Antoine Dufour n'accepte qu'avec réticence. " (p. 155) Ainsi sont écrits à son attention :

La Vray Disant Advocate des dames (une apologie de la femme injustement diffamée) par Jean Marot, secrétaire d'Anne de Bretagne et poète de la Cour, en 1506

La Vie des femmes célèbres par Antoine Dufour, dominicain prédicateur, en 1504. Le manuscrit sera enluminé par Jean Pichore et son atelier en 1506 (conservé au Musée Dobrée de Nantes).

Pour écrire ce plaidoyer en faveur des femmes, " le frère Anthoine Dufour, docteur en théologie, de l'ordre des Frères Prescheurs, général inquisiteur de la foy ", qui deviendra le confesseur de la reine, s'appuie sur les auteurs grecs et latins, et sur les écrits bibliques et patristiques. Il fut certainement fasciné mais sur ses gardes par la légende des Amazones, du " royaume de Femynie ". Parmi les femmes célèbres, il consacre trois Vies à trois reines de mère en fille : Marpésie, Orithyie et Penthésilée.

 


Les reines des Amazones : trois générations successives aux seins coupés
1- Marpésie (ms. 17, fol. 14v)
2- Orithyie (ms. 17, fol. 19v)
3- Penthésilée (ms. 17, fol. 22)

 

Minerve (ms. 17, fol. 11v)

Dans ses représentations des Amazones, Jean Pichore demeure très " marqué " par son dessin de Minerve (l'Athéna grecque) :
— Marpésie possède quasiment la même silhouette et les mêmes attributs que la déesse
— Orithyie porte un casque semblable

 

En 1509, Anne de Bretagne se fait représenter en Junon dans les Illustrations de Gaule et Singularitez de Troye de Lemaire de Belges.

 

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Dans les arts :


La statuaire


— La première représentation de ce thème iconographique vit le jour au château de Coucy sous Enguerrand VII de Coucy vers 1387 : dans la salle des Neuf Preuses côtoyant celle des Preux, une cheminée monumentale était décorée des statues des neuf héroïnes, aujourd'hui disparues.
http://blog.le-miklos.eu/?p=723

http://memchau.free.fr/alain/coucyasti/coucyasti.htm

— Il existait également une cheminée sculptée des Preuses au château de Pierrefonds, construit sous l'égide de Louis d'Orléans à partir de 1396.

— Louis d'Orléans toujours fit élever des statues monumentales des Preuses sur la façade de son château de La Ferté-Milon (Aisne), construite entre 1399 et son assassinat en 1407.


La tapisserie


— La première mention du thème des Neuf Preuses en tapisserie apparaît dans les comptes du duc de Bourgogne Philippe le Hardi : en 1389, le tapissier d'Arras, Jacques Dourdin, fait " rubaner le grand tapis des Neuf Preux et Neuf Preuses ".

— En 1399, Jean de Beaumetz, tapissier de Paris, vend au même duc une somptueuse tenture à fil d'or des Preux et des Preuses pour le prix fabuleux de 2 000 francs.

— La collection de Charles VI possédait aussi une tenture des Preux et des Preuses, héritée peut-être de Jean de Berry.


L'enluminure et la peinture murale


— Les Preux et les Preuses sont représentés dans le manuscrit enluminé du Chevalier errant de Thomas III de Saluces (conservé à la BnF).

— Valerano, fils bâtard de Thomas III de Saluces, fait décorer entre 1411 et 1440 la grande salle de son château de la Manta d'une représentation des Neuf Preux et des Neuf Preuses, inspirée du roman de son père.
http://peintures.murales.free.fr/fresques/Italie/Piemont/Valle_Varaita/Manta/MantaChateau.htm

— Vers 1520, le Flamand Lambert Barnard décore de représentations des neuf Preuses le château de campagne, Amberley Castle, de l'évêque de Chichester, Robert Sherborne.

 

Dans les entrées royales ou princières


— En 1431, jeune roi d'Angleterre Henri VI est reçu à Paris. Il y reçoit une " entrée à la Preuse ", accompagné par une procession des Preux et des Preuses, chevauchant armés à ses côtés et portant des écussons armoriés : " Item, devant lui avoit les IX Preux et les IX preues dames et après foison chevaliers et escuiers… " (Journal d'un bourgeois de Paris)

— En 1444, à Liège, le prince-évêque Jean de Hinsberg, de retour d'un voyage en Italie, est reçu par les Neuf Preux et les Neuf Preuses.

— Marie d'Albret, femme de Charles de Bourgogne, est accueillie dans la ville de Nevers le 9 avril 1458 par une entrée figurant les mêmes personnages. Sophie Cassagnes-Brouquet note que " la municipalité de Nevers s'est dépensée sans compter pour recevoir la princesse dignement et a envoyé deux émissaires à Moulins pour y " voir et rapporter par écrit la tapisserie des Neuf Preux et Neuf Preuses de Monseigneur de Bourbon " qui sert de modèle à l'un des tableaux vivants dressés dans la ville ".

 

http://ecuyersdelhistoire.xooit.fr/t244-PENTHESILEE-Reine-des-amazones-et-guerriere.htm

 

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Pourquoi ces représentations ?

Il s'agit de comprendre pourquoi, en cette période de l'Histoire de France, des gouvernantEs ont désiré être représentées sous les traits de femmes légendaires ou historiques ayant accompli de " hauts faits ".

- la " loi salique " écarte les femmes du pouvoir en France
- l'Histoire de France est réécrite à cette fin
- la misogynie est un facteur important dans cet ostracisme
- les gouvernantEs ont gouverné " dissimulées "


Pour cette analyse, seront utilisés les textes suivants :

1- d'Éliane Viennot

1.1- Gouverner masqués. Anne de France, Pierre de Beaujeu et la correspondance dite de Charles VIII. Dans Cahiers L.V. Saulnier, 19 (L'Epistolaire à la Renaissance), Paris, éd. ULM, 2002

1.2- L'invention de la loi salique et ses répercussions sur la scène politique de la Renaissance, dans L. Capdevilla et al. (dir.), Le Genre face aux mutations, du Moyen Âge au XXe siècle, Rennes, PUR, 2003

1.3- Comment contrecarrer la loi salique ? Trois commanditaires de livres d'histoire au XVIe siècle : Anne de France, Louise de Savoie et Catherine de Médicis. Paru dans Jean-Claude Arnould & Sylvie Steinberg (dir.), Les Femmes et l'écriture de l'histoire, 1400-1800, Mont-Saint-Aignan, Presses Universitaires de Rouen et du Havre, 2008

1.4- Les Amazones dans le débat sur la participation des femmes au pouvoir à la Renaissance. Dans Guyonne Leduc (dir.), réalités et représentations des Amazones, Paris, L'Harmattan, 2008

1.5- Diane parmi les figures du pouvoir féminin (Paru dans Le Mythe de Diane en France au XVIe siècle, sous la dir. de J-R. Fanlo & D. Legrand, Albineana 14, déc. 2002)
http://www.elianeviennot.fr/Articles/Viennot-la-figure-de-Diane.pdf

1.6- Anne de France, Enseignements à sa fille, suivis de l'Histoire du siège de Brest, Edition Tatiana Clavier et Éliane Viennot, Publications de l'Université de Saint-Etienne, 2006

1.7- Une nouvelle d'Anne de France : l'histoire du siège de Brest, 2002
http://www.elianeviennot.fr/Articles/Viennot-Anne-Brest.pdf

1.8- La transmission du savoir-faire politique entre femmes, d'Anne de France à Marie de Médicis, 2001
http://www.elianeviennot.fr/Articles/Viennot-savoir-faire.pdf

Tous ces articles sur le site : http://www.elianeviennot.fr/Articles/ ou http://www.elianeviennot.fr


2- de Sophie Cassagnes-Brouquet

2.1- Penthésilée, reine des Amazones et Preuse, une image de la femme guerrière à la fin du Moyen Âge. Dans Clio, n° 20 - 2004, Armées. http://clio.revues.org/index1400.html

2.2- Un manuscrit d'Anne de Bretagne, Les Vies des femmes célèbres d'Antoine Dufour (Editions Ouest-France, 2007

3- de Dorothée Vincent

Femmes fortes et Amazones : les figures féminines belliqueuses et les festivités princières au sein des échanges franco-lorrains (1580-1652) http://cour-de-france.fr/article3592.html


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Comment interpréter ce succès des Preuses ?


Sophie Cassagnes-Brouquet écrit :

" Il convient de rappeler ici que le thème littéraire des Neuf Preuses et son illustration iconographique sont des créations d'hommes, issues de l'imaginaire masculin, même si ils sont populaires auprès des femmes de l'aristocratie. Ils apparaissent dans un contexte guerrier catastrophique qui remet en cause la place de la chevalerie dans la société des trois ordres. "

Crise de la chevalerie occidentale " probablement doublée d'une crise de la masculinité ".

" La chevalerie, déchue de son rôle militaire, demeure pourtant un idéal de vie masculin, un idéal remis en question, plus fragile, auquel les femmes sont désormais invitées à participer. De nouveaux ordres se créent qui acceptent les femmes dans leurs rangs : comme l'Ordre de la Jarretière, l'Ordre de la Passion, l'Ordre du Porc espic, etc… La chevalerie se fait courtoise, art de vie, elle se féminise. C'est alors qu'apparaissent les premières représentations de guerrières, Preuses et Amazones, armées de pied en cap. " (Penthésilée, reine des Amazones et Preuse)

 

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De son côté, Éliane Viennot explique cette incursion " guerrière " en mettant en exergue le rôle primordial joué par des femmes, reines ou princesses, concernées au premier chef par leur place dans la société et le succession (Les Amazones...) :

" En attendant de disposer d'une synthèse des débats provoqués par la situation française et du rôle qu'ils purent jouer dans les difficultés des souveraines de ce temps, nous ne pouvons que constater la concomitance de ces événements et du succès du De mulieribus claris en Europe, de la réapparition des Amazones dans l'imaginaire occidental et de leur sortie de l'univers antique.
Nous ne pouvons pas non plus négliger la part que prirent dans ce redéploiement les femmes les plus concernées par la contestation des capacités féminines.

— Boccace dédia son ouvrage à Andrea Acciaiuoli, comtesse d'Altavilla, une savante au service la reine Jeanne Ve de Naples, ce qui signifie certainement qu'il lui avait été commandité.

Le Livre de liesse de Jean Le Fèvre, premier ouvrage où les preuses soient apparues, est de peu postérieur à la très longue " guerre des deux Jeanne " (où la capacité des femmes à hériter était en cause), et les enluminures du manuscrit, comme son frontispice, laissent penser qu'il fut commandité par une reine de France (vraisemblablement Jeanne de Bourbon, puissante épouse de Charles V - qui avait arbitré le conflit breton dans le sens du nouveau modèle français.

— De même encore, on ne peut négliger le fait que deux des châteaux où des statues de preuses furent érigées, Pierrefonds et La Ferté Milon, furent construits sous la direction de Valentine Visconti, belle-sœur de Charles VI, à l'époque où Isabeau de Bavière, l'épouse du roi, était régente et en difficulté permanente au Conseil ; et qu'un troisième château, Coucy, fut aménagé par un descendant de croisés qui, n'ayant pas d'héritier mâle, s'apprêtait à léguer ses biens à sa fille.

— De même encore, qui d'autre que Catherine de Valois ou l'un-e de ses proches peut avoir eu l'idée de faire accueillir son fils Henri VI d'Angleterre à Paris, en 1431, avec une " entrée à la preuse " ? S'il est peu probable que la fille de Charles VI et d'Isabeau se soit considérée comme la légitime héritière du trône de France (son frère Charles VII ayant été destitué de ses droits successoraux par le coup de force du traité de Troyes), elle devait certainement avoir à cœur de signifier, quelques mois seulement après l'exécution de Jeanne d'Arc, que les capacités féminines n'étaient pas en cause.

— A l'orée du siècle suivant, enfin, le lien entre les œuvres où apparaissent des Amazones et les femmes au pouvoir est patent. C'est le cas de différents ouvrages produits pour Anne de France, la fille aînée de Louis XI, qui gouverna à la mort de celui-ci et accompagna les armées durant une bonne partie de la Guerre folle.

— C'est le cas de diverses traductions et histoires réalisées pour sa belle-sœur, la deux fois reine Anne de Bretagne

— Et si la Cité des dames n'est jamais imprimée en France contrairement à d'autres œuvres de Christine de Pizan (preuve de la censure dont elle souffre), elle figure en manuscrit, à l'instar des Clères femmes de Boccace, dans toutes les bibliothèques des princesses, à portée de leurs cercles féminins si influents

Les Amazones font donc leur retour en Europe, et plus particulièrement en France, dans un contexte global de remise en cause de la légitimité des femmes à exercer le pouvoir de commandement ou même à hériter des biens de leurs parents, alors que d'autres efforts étaient déjà à l'œuvre pour réduire leurs capacités (fermeture des universités, procès contre les femmes médecins...), que d'autres attaques se précisent (dans le domaine du droit et du travail, sans parler des débuts de la chasse aux sorcières), et alors que ces différentes attaques s'accompagnent d'un développement vigoureux des discours misogynes. Dans un contexte de guerre, aussi, où ces discours légitiment le pire, mais où des femmes prennent les armes. Dans un contexte, enfin, où les femmes les plus concernées par les contestations politiques se sentent relativement soutenues dans leur entourage pour lutter contre les ratiocinations des partisans de l'exception française et des multiples sectateurs de la supériorité masculine. "

 

Elle note que Sylvie Steinberg, en 1999, analyse " l'intérêt pour les Amazones [se situant] à la confluence de la curiosité vis-à-vis des nouveaux mondes et de la renaissance des Lettres antiques ", en insistant sur le fait que " la figure de l'Amazone s'impose dans le discours féministe, dans la littérature de défense des femmes des XVIe et XVIIe siècles, comme la preuve emblématique de la légitimité du pouvoir exercé par des femmes. "
(Sylvie Steinberg, Le mythe des Amazones et son utilisation politique de la Renaissance à la Fronde. Dans Royaume de fémynie. Pouvoirs, contraintes, espaces de liberté des femmes, de la Renaissance à la Fronde, sous la dir. de K. Wilson-Chevalier & E. Viennot, Paris, H. Champion, 1999, p. 261-262.)

 

Elle cite l'étude d'Armin Wolf portant sur 18 pays européens entre 1350 et 1450 : 12% des successions s'y font au profit de femmes, le plus souvent filles de rois, mais aussi petites-filles de rois et même mères de rois. Plus nombreuses sont les femmes qui exercent des régences entre deux rois, voire entre un roi et une reine. [Reigning Queens in Medieval Europe When, Where and Why, in John Carmi Parsons (dir.), Medieval Queenship, New York, St Martins Press, 1993, p. 169-188]

 

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"Loi salique" et misogynie


Se posent une litanie de questions, que liste Éliane Viennot dans son article Diane parmi les figures du pouvoir féminin.

" Pourquoi donc les femmes qui exercèrent le pouvoir, ou participèrent à son exercice, ou s'en approchèrent, ou s'y opposèrent, ressentirent-elles le besoin de se faire représenter à travers des figures mythologiques ? Quand ce besoin commença-t-il à se manifester ? Quand s'évanouit-il ? En relation avec quel contexte ? Ces figures furent-elles pour ces femmes de simples outils dans l'affirmation de soi, ou devinrent-elles dans certains cas plus ou moins constitutives de leur identité ? Quels personnages préférèrent-elles et en fonction de quels critères ? Quelles répercussions eurent ces choix dans la représentation du pouvoir féminin sur les autres femmes ? sur l'ensemble du corps social ? sur la production des œuvres littéraires, picturales, monumentales ? "

Éliane Viennot dégage " deux événements contradictoires [qui] pourraient être à l'origine de la mise en place progressive de ce recours à des grandes figures de pouvoir féminin. "

 

— " Le premier est la tension grandissante que l'on observe dans le dernier tiers du XIVe siècle, autour de la question de la légitimité des femmes à exercer le pouvoir suprême en France : une tension liée aux désordres successoraux du début du siècle (plus exactement à l'éviction de Jeanne de France du trône par ses deux oncles puis par le premier Valois, en 1316, 1324 et 1328), à la guerre civile et étrangère qui en a résulté, ainsi qu'aux recherches de légitimation de la nouvelle famille royale, qui sont à l'origine de la théorie de la Loi salique.

Cette tension, qui va bientôt prendre la forme d'une offensive plus générale en gagnant le marché du travail, la scène judiciaire et le domaine du droit avant d'envahir la littérature moraliste et de produire les centaines de textes qu'on classe traditionnellement sous la rubrique " Querelle des femmes " […] et dont le seul " argument " se réfère à l'imbecillitas sexus, la prétendue " faiblesse des femmes ".

C'est l'époque où Christine de Pizan s'étonne, dans sa Cité des Dames, de la quantité et de la violence des propos misogynes qu'elle ne cesse d'entendre et de lire : " Je me demandais, écrit-elle, quelles pouvaient être les causes et les raisons qui poussaient tant d'hommes, clercs et autres, à médire des femmes et à vitupérer leurs conduites soit en paroles, soit dans leurs traités et leurs écrits ".

 

— " L'autre événement qui semble à l'origine du recours progressif à des figures exemplaires de pouvoir féminin est le besoin grandissant qui s'en fait jour à partir de la fin du XVe siècle, et qu'illustre à elle seule l'arrivée aux affaires d'une pléiade de femmes. La Loi salique, en effet, a beau faire l'objet de théorisations nombreuses et d'une naturalisation méthodique dans l'Histoire de France où elle n'avait jamais paru, elle a beau justifier la présence des Valois sur le trône de France, elle n'est pas - jusqu'à Henri IV - du goût des monarques. Dans l'esprit de ses adeptes les plus intelligents, en effet, l'invention n'est pas seulement destinée à barrer la route du pouvoir aux femmes, mais aussi à contenir les ambitions absolutistes des souverains, grâce au statut qu'on lui concocte de " constitution du royaume ", puis bientôt de " première loi fondamentale ", ce qui dit assez qu'entre temps, il s'en est inventé d'autres, toutes destinées à borner la puissance monarchique.

Or le souverain de la Renaissance est non seulement un monarque aux ambitions absolutistes, mais c'est aussi un dirigeant en conflit de plus en plus ouvert avec la grande noblesse ; c'est donc un souverain qui est à la fois libre de gouverner à peu près comme il l'entend, et contraint de s'appuyer sur les éléments les plus sûrs de son entourage, même s'ils ne sont pas les plus légitimes - par exemple sa mère, sa sœur, sa maîtresse, ses favoris. Des femmes parviennent donc au pouvoir en France, en nombre plus important que jamais, quoique dans un contexte hostile où leurs ennemis disposent désormais d'un outil supplémentaire, qui vient s'ajouter à l'arsenal misogyne déjà bien fourni qu'avaient livré les traditions antique et judéo-chrétienne. D'où l'aide cherchée, je pense, du côté du symbolique, de l'imaginaire, à travers les grands exemples qui font autorité. "

 

Pour illustrer son propos, Éliane Viennot analyse deux œuvres commandées en des temps différents par Anne de France où des stratégies différentes sont décelables.


— " Dans une enluminure de manuscrit représentant le roi enfant, assis de face sur un trône surélevé couvert de fleurs de lys, entouré de ses principaux conseillers, elle se fait peindre à sa droite, seule femme du groupe évidemment, mais aussi seul personnage en premier plan, seule habillée d'un jaune éclatant, la robe fourrée d'hermine comme le manteau du roi et lui seul, le cou orné d'un collier d'or qui semble l'inverse de la couronne royale. Beaujeu, juste derrière elle, porte pour sa part un manteau rouge, du même rouge que la robe du roi, Ils sont bien les premiers personnages du royaume après le petit monarque, elle est bien le premier, devant lui. Aucune allégorie, aucune métaphore, aucune figure tutélaire n'apparaît ici. "

— " Quelques années plus tard, en revanche, devenue duchesse de Bourbon, elle est dans une situation bien plus délicate. La Couronne cherche en effet depuis plusieurs générations à transformer le Bourbonnais en apanage ; or Anne n'a qu'une fille, Suzanne, et le duché risque de leur être repris. A l'heure où elle ne bénéficie plus d'aucun pouvoir dans le gouvernement, puisque Charles VIII est décédé, elle multiplie les initiatives destinées à s'affirmer comme la seule détentrice de son duché.

Elle se fait notamment représenter, dans le panneau de droite du Retable du Maître de Moulins, sous la protection de sainte Anne, tandis que son époux Pierre, dans le panneau de gauche, est pour sa part présenté par saint Pierre à la Vierge, qui occupe le panneau central. Mais sainte Anne, dont la popularité est alors immense joue ici un rôle plus important que celui de simple " patronne ". De véritables identifications circulent en effet entre le panneau central et celui de droite, d'une part entre Anne-la-sainte et Anne-la-duchesse, toutes deux mères d'une fille chérie — Suzanne est agenouillée aux côtés de sa mère —, d'autre part entre la mère du Christ et la mère de Suzanne, toutes deux mères d'un enfant qu'on ne saurait menacer sans commettre de sacrilège. "

 

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Comment les gouvernantes vont-elles faire face
à cette réécriture de l'Histoire ?

Dans son article Comment contrecarrer la loi salique ? Éliane Viennot écrit :

" On peut sans grands risques faire l'hypothèse qu'il n'a jamais dû être très simple, pour une femme, d'exercer le pouvoir suprême.

La Renaissance est à cet égard une époque fort contrastée. Pour s'en tenir à la France, on ne peut qu'être frappé par la concentration de femmes ayant eu " le maniement des affaires ", comme on disait alors, entre Anne de France qui s'en saisit en 1483, et Marie de Médicis qui dut le lâcher en 1630.

On trouve en effet entre ces deux régentes, d'autres régentes (Louise de Savoie, Catherine de Médicis) et une reine pressentie pour cet office (Anne de Bretagne), sans parler des grandes maîtresses de François 1er et d'Henri Il (Anne d'Heilly et Diane de Poitiers), ni des trois reines de Navarre étroitement associées à la Couronne française (les deux Marguerite et Jeanne d'Albret).

Et pourtant, cette époque a vu le pouvoir des femmes attaqué avec une rare rudesse, soit de front (à travers les oppositions des grands, du Parlement, des États généraux), soit par voie écrite (à travers les pamphlets, les farces, les ouvrages de théorie politique et les livres d'histoire).

La colonne vertébrale de cette offensive est alors la nouvelle loi de succession au trône qui, sous la le nom de " loi salique ", sort tout juste de l'incubateur au moment où Anne de France arrive au pouvoir. "

Les pages suivantes de cet article analyse la lente élaboration de la " loi salique " (sale hic pour les femmes !) dans l'athanor de " la réécriture de l'histoire qui s'amorce à la fin du XVe siècle ".

 

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Dans son article " La transmission du savoir-faire politique entre femmes, d'Anne de France à Marie de Médicis ", Éliane Viennot recense les différentes stratégies des " gouvernantEs " :

Au départ, deux hypothèses sont posées :
— " l'existence d'un consensus au sein de la haute aristocratie
: consensus fondé sur un relatif indifférencialisme sexuel, selon lequel un fief, une maison, un pays, ont besoin d'être dirigés par son représentant le plus titré, ou par la personne la plus qui a le plus d'intérêt à maintenir sa cohésion - un homme si possible, une femme sinon. Sans ce consensus, il est clair qu'aucune prise de pouvoir d'aucune sorte n'eût été possible. "

— " un renforcement délibéré de la position des femmes, qu'il soit le produit du consensus que je viens d'évoquer et/ou (car ce n'est pas contradictoire) le produit des efforts des femmes au pouvoir elles-mêmes. "

A propos de cette seconde hypothèse, des pistes de recherches sont évoquées :

1- " La première est l'éducation. Celle qu'on trouve dans les livres tout d'abord. Car le métier de prince à la Renaissance implique une bonne formation générale, et plus encore pour les femmes que pour les hommes. "
" Anne de France en effet, sans doute parce qu'elle avait inauguré en la matière, fut la première à comprendre la nécessité d'une transmission directe. "

2- seconde piste : " la transmission des règles, non par l'exemple mais par l'écrit. "

3- troisième piste : l'" exhibition de femmes fortes "

3.1- " exhibition de femmes fortes … en chair et en os, qui déambulent autour du roi ". " La plupart de ces femmes, en effet, semblent avoir privilégié des stratégies obliques, visant non à contester ouvertement l'injustice ou à organiser ouvertement leur succession (excepté Anne de France pour transmettre son duché à sa fille), mais à créer un état de fait à habituer leurs contemporains à voir des femmes sur la scène publique, dans les sphères du pouvoir. "

— " Au premier rang de celles-ci figure l'augmentation quantitative et qualitative du groupe des femmes nobles autour de la souveraine. " Dans le but d'" obliger les hommes (autant que faire se peut) à quitter leurs manières rudes et violentes pour adopter un nouveau mode de sociabilité, qu'on peut résumer par " l'honnête conversation ", et qui fut en réalité la première phase d'une domestication massive de la noblesse masculine. "

— Des " démonstrations de force " " pour élargir l'espace qu'on leur réserve traditionnellement " : la participation en nombre de femmes lors des voyages ; la mise en scène théâtrale du deuil, virtuel ou réel.

3.2- " exhibition de femmes fortes … qui peuplent les livres, les tableaux, les estampes, les romans, ces vierges ou femmes fortes bardées de savoir et de vertu, qui imposent à l'imaginaire de nouvelles références, ou du moins tiennent à distance l'Eve satanique d'où venait le malheur du monde. Les études qui commencent à être menées sur le mécénat des reines montrent qu'elles étaient souvent à l'origine de cette production. "

4- " La dernière transmission que j'évoquerai est celle des domestiques. On l'a remarqué pour les poètes - les Marot, par exemple, passant du service d'Anne de Bretagne à celui de Marguerite de Navarre puis de Marguerite de Savoie et de Renée de Ferrare. Beaucoup de créateurs, à la Renaissance, ont ainsi suivi des princesses, passant de l'une à l'autre. Certes, c'était pour eux le moyen de bénéficier de leur protection, ou de leur entregent; mais qui ne voit que c'était pour elles le moyen d'être célébrées, donc renforcées dans leurs positions ? On pourrait faire la même observation pour les serviteurs politiques. "
Ainsi en fut-il de Jean Perréal…

 

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Gouverner "dissimulées"


Anne de France est (peut-être) représentée sous les traits de deux " guerrières " :
Athéna et Penthésilée

C'est-à-dire :
— une déesse, née du crâne même de Zeus, le roi des dieux, et de Métis, déesse de la raison, de la prudence et de la sagesse
— une reine, fille de la reine Otréré et du dieu de la guerre Arès (fils de Zeus et de Héra)

Anne n'a-t-elle pas dirigé les premières campagnes militaires et conduit les armées royales pendant trois ans au cours de la Guerre Folle, en emmenant toujours son jeune frère Charles avec elle ?

L'Histoire du siège de Brest est la réécriture par Anne de France d'une partie d'une œuvre d'Antoine de La Sale (1386-1460 ?) : Le réconfort de madame de Fresne, rédigée en 1457. Il s'agit d'une assez longue nouvelle " relatant un épisode de la guerre de Cent Ans, qui mettait en valeur la force de caractère d'une femme et l'aide morale déterminante qu'elle apportait à son époux dans un moment crucial de sa vie. " ... " …une épouse de capitaine, saisie dans une situation extrême, et qui sait faire face au danger. Sauver Brest, si ce n'est la France. " (Les Enseignements…)

C'est bien dans cette situation que se trouve Anne de France dans la tapisserie Pavie, qu'il s'agisse d'Athéna ou de Penthésilée.


— Identité par-delà les mythologies : Anne était fille du roi Louis XI et de la reine Charlotte de Savoie.

— Identité dans ce que Éliane Viennot nomme " la dissimulation ". Lisons : " Les Enseignements et l'Histoire du siège de Brest nous livrent pourtant la clef d'une carrière politique presque toute entière placée sous le signe de la dissimulation. Comme le dit Michelet, Anne de France semble avoir " mis autant de soin à cacher le pouvoir que d'autres se mettent à le montrer ". Ses contemporains avaient déjà le même sentiment.


Éliane Viennot a analysé cette " dissimulation " dans son article Gouverner masqués où elle rappelle les travaux des historiens passés qui ont mis en évidence le rôle politique du couple Beaujeu :
Théodore Godefroy, Jean-Marie de la Mure, Jules Michelet, Paul Pélicier, Noël Valois, Martial-Alphonse Chazaud, Marie Alphonse René de Maulde de La Clavière, Bernard Édouard de Mandrot.

Éliane Viennot rappelle que Louis XI " avait pris ses précautions pour qu'en cas de malheur sa fille et son gendre demeurent aux commandes de l'Etat, eux qui le secondaient depuis une décennie pour l'un, quelques années pour l'autre ".


L'étude attentive des " lettres " de Charles VIII permet d'écrire que les principaux conseillers du jeune roi Charles VIII sont avant tout Anne et Pierre de Beaujeu-Bourbon. Lors de l'expédition d'Italie (…), Pierre a été désigné " lieutenant du roy en son royaume " et la ville de Moulins est alors devenue capitale administrative. De plus, note Éliane Viennot, Charles VIII " ne cesse d'y séjourner durant toute la fin de son règne " : " le roi… aimait sa sœur et vécut pratiquement toute sa vie avec elle à partir de 1483 ". C'est dire " le rôle essentiel des Bourbon dans le règne de Charles VIII. "

 

" L'observation de la correspondance royale montre avec évidence que cette émancipation [de Charles VIII] n'intervint qu'avec l'expédition en Italie, et quelle ne fut que partielle. Quant à l'effacement d'Anne de France de la scène publique, qui semble réel, il ne paraît signifier aucun retrait de la vie politique, contrairement à ce qu'affirment la plupart des historiens - qu'ils soient secrètement soulagés de la voir abandonner son ancien rôle, ou secrètement désireux de la dissocier des " errements " postérieurs du règne.

Cet effacement, qui ne repose en réalité que sur l'extrême discrétion d'Anne à partir de 1492, me semble explicable par la cause même qui l'avait poussée à se dissimuler derrière la signature de Charles depuis le début du règne, à savoir le sentiment aigu qu'elle avait de son illégitimité au pouvoir. Femme, dans un pays où venait de s'élaborer la théorie politique dite de la " loi salique ", où la régente précédente (son arrière grand-mère Isabeau de Bavière) avait laissé de funestes souvenirs, et où elle-même s'était heurtée au Parlement en raison de son sexe dès avant la mort de Louis XI, elle savait qu'il lui fallait " cacher le pouvoir ", pour reprendre l'expression de Michelet, et cela d'autant plus qu'elle n'était pas la mère du roi. En même temps, mariée à un cadet, elle ne pouvait pas, à cette époque, se dissimuler derrière lui : d'Anne et de Pierre, jusqu'à la fin des années 80, c'est à tout prendre elle qui était la moins illégitime. Mais lorsque son époux est devenu duc de Bourbon et que la Bretagne est réduite, pourquoi rester dans la lumière ? Les remous suscités jusque là par sa place au gouvernement, et dont témoigne sporadiquement la correspondance de Charles, avaient été assez grands.

Un dernier mot. Ce retrait du devant de la scène de celle que le peuple appelait " Madame la Grant " semble autant le produit de sa très grande intelligence politique que d'une décision commune au groupe dirigeant. "

 

— Anne de France parle, sans la nommer, de cette " dissimulation ".

" … et disent les sages qu'on doit avoir yeux pour toutes choses regarder et rien voir, oreilles pour tout ouïr et rien savoir, langue pour répondre à chacun sans dire mot qui à nul puisse être en rien préjudiciable. " (Les Enseignements, chp. VII)

" Et pour ce, ma fille, usez toujours de ces deux choses pesantement et en crainte (prudence), c'est-à-savoir de parler et regarder. " (Les Enseignements, chp. XIV)

D'après Brantôme, dont la grand-mère Louise de Daillon du Lude avait été élevée avec elle, la duchesse de Bourbon était " fort dissimulée ", et en cela " vraie image du roi son père " (Les Enseignements…)

Pensons aux " apparitions sous formes humaines " de la déesse aux yeux pers ; aux corps féminins dissimulés sous les armures étrangement masculines ; à ces corps de femme réfusés, aux désirs et aux plaisirs niés.

 

— Dissimulation imposée par une misogynie tenace :

" Et au fait contraire, dit un autre philosophe que le plus noble et plaisant trésor qui puisse être en ce monde est de voir une femme de grande façon (de haute naissance) belle, jeune, chaste et bien morigénée (bien élevée). " (Les Enseignements, chp X)

" Or pensez donc, ma fille, puisqu'ainsi est, que vous, qui êtes féminine et faible créature, devez donc bien mettre peine (quelqu'heureuse fortune (sort, malchance) qui puissiez jamais avoir) à vous conduire gracieusement, en parfaite humilité, par espécial (surtout) envers votre seigneur et mari, auquel après Dieu vous devez parfaite amour et obéissance. Et ne vous y pouvez trop fort humilier ni trop porter (faire) d'honneur. " (Les Enseignements, chp. XV)

" Monseigneur, la vertu et connaissance des hautes choses doit procéder des nobles esprits des vertueux hommes, et non pas des cœurs fragiles de nous, femmes, qui par l'ordonnance divine, sommes aux hommes sujettes en loyal mariage. " (Histoire du siège de Brest)

Dans ces extraits de ces deux écrits, Anne de France n'apparaît pas " féministe ". Éliane Viennot atténue ma remarque en soulignant la transformation qu'Anne de France fait subir au texte " d'emprunt " : Où " La Sale évoquait une sujétion générale au sexe masculin (" [nous] femmes qui, par l'ordonnance de Dieu, sommes à vous hommes subgettes, especialment les espousez et qui sont meres des enffans, ainssi que je vous suis et à nostre filz ", l. 403-406), Anne de France " affirme que les femmes ont pour seul supérieur leur mari. " (Une nouvelle d'Anne de France : l'histoire du siège de Brest)


— Comme aujourd'hui encore, les femmes, même de " haute naissance " " partaient dans la vie " avec un handicap assez lourd. Ainsi Anne de France dont parle Éliane Viennot :

" La première dirigeante à parvenir au pouvoir, dans cette période marquée par l'aggravation de l'illégitimité des femmes à gouverner, cumule apparemment tous les handicaps. Anne de France n'est en effet que la sœur d'un roi et que l'épouse d'un cadet ; elle n'est que la " dame de Beaujeu ". Pour rester au pouvoir à la mort de son père, elle a dû écarter sa mère et les princes du sang, faire alliance avec le Parlement, renoncer au titre de régente. Son objectif n'est pas, ne peut pas être apparemment, de faire reconnaître sa légitimité. Sans doute est-ce hors de sa portée, dans un temps où, l'une après l'autre, les coalitions se suivent voire s'additionnent, pour ne cesser qu'au jour où Charles VIII paraît adulte - et où elle choisit de repasser dans l'ombre. Peut-être aussi n'en ressent-elle pas le besoin, parce que ses contestataires sont hors de son champ, et que son entourage en revanche la soutient, reconnaît son pouvoir. " (Diane parmi les figures du pouvoir féminin)


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Oui, Anne de France aurait pu être reine de France.


Elle était la fille aînée de Louis XI. Elle possédait les qualités et les capacités pour régner et gouverner, comme l'Histoire le prouvera.

C'est, je pense, ce que veut clamer haut et fort cette tapisserie conçue après la défaite de Pavie, pendant la captivité de François 1er (tapisserie mal nommée Le Toucher). Entre l'empereur Charles Quint et le roi Henry VIII, Anne de France tient fièrement sa place, sans que ses " confrères " ne la jugent sévèrement et la rejettent.

 

Yvonne Labande-Mailfert (Charles VIII - Le vouloir et la destinée, Fayard, 1986) expose comme suit les événements à la mort de Charles VIII :

" Pierre de Bourbon, immobilisé à Moulins par un nouvel accès de goutte, ne vint à Blois avec Anne de France que le 13 avril, au moment où Louis y arrivait. Anne pleura son frère, sur l'adolescence duquel elle avait si jalousement veillé. Mais lorsqu'elle se retrouva en face du duc d'Orléans qu'elle avait autrefois tant combattu, altière plus que jamais, elle osa, selon ce que nous dit Zurita, réclamer la couronne royale, lui disant qu'elle était la première en lignage des rois de France et que toute la succession lui revenait. Ce ne pouvait être là que le début d'un marchandage en vue d'obtenir que l'apanage du duc de Bourbon ne fît pas retour à la Couronne, mais qu'il fût transmissible à sa fille Suzanne. " (pp. 460-461)

 

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Éliane Viennot les rapporte ainsi : " Les " régents " aimaient trop la paix civile pour se lancer dans une telle aventure [reprendre le pouvoir à la mort de Charles VIII] ; ils favorisèrent l'accès au trône de leur beau-frère, Louis d'Orléans, qui monta sur le trône sous le nom de Louis XII. Anne, surtout, joua un rôle déterminant dans cette transition pacifique. " (Les Enseignements…)

Et plus loin, à propos de la " dissimulation " : " Sans doute la duchesse de Bourbon ne rendit-elle pas gratuitement ce service à son pays (qui conserva ainsi ses chances de s'agrandir d'une belle province [la Bretagne]) et à son beau-frère (qui partagea désormais sa vie avec une femme qui lui plaisait). Il est plus probable que le sort de son duché fut au cœur de la transaction. Depuis plusieurs décennies, en effet, cet immense territoire indépendant situé en plein cœur du domaine royal français était — comme plusieurs autres — la cible de manœuvres destinées à l'y rattacher. "

 

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— Voir aussi :

Fanny Cosandey, "De lance en quenouille. La place de la reine dans l'État moderne (XIVe-XVIIe siècles)", dans Annales, année 1997, volume 52, numéro 4, pp. 799-820.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1997_num_52_4_279602

Thierry Crepin-Leblond (dir.), Anne de France. Art et pouvoir en 1500, Paris, Picard, novembre 2014.
http://cour-de-france.fr/article3435.html

— Des sites sur les Amazones :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Amazones

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ath%C3%A9na

http://fr.wikipedia.org/wiki/Penth%C3%A9sil%C3%A9e

http://biblogotheque.wordpress.com/2011/05/29/les-neuf-preuses/

http://www.mediterranees.net/mythes/troie/achille/penthesilee.html

 

Pour retrouver Anne de France dans La Chasse à la Licorne : cliquer ICI

 

 

 

 

 

 

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