222 ans à BOUSSAC (Creuse)

 

 

Les délibérations

du Conseil Municipal de Boussac

relatives aux tapisseries

de La Dame à la licorne.

 

 

 

Un grand merci à Daniel DAYEN

 

 

Tissées pour Antoine Le Viste dans les premières années du XVIe siècle, les tapisseries de La Dame à la licorne sont arrivées au château de Boussac, par héritages successifs, en 1660, à la suite du mariage en secondes noces de Geoffroy de la Roche Aymon (après la mort de Françoise d'Aubusson-Beauregard, héritière possible de la tenture, selon Henry Martin) avec Henriette Madeleine des Grillets de Brissac, veuve de Jean de Rilhac, propriétaire du château de Boussac. Elles y demeureront 222 ans.

 

Joseph Joullietton, qui fut sous-préfet de Boussac de 1825 jusqu'à sa mort en 1829, paraît être le premier à signaler la présence des tapisseries de La Dame à la licorne au château de Boussac et être à l'origine de la légende qui voulait (et veut toujours pour certains) que le prince Djem, dit Zizim, les ait fait tisser à Aubusson pendant sa captivité en Creuse. «Dans la salle de réception, on remarque d'anciennes tapisseries turques qui meublèrent les appartements de l'infortuné Zizim dans la tour de Bourganeuf» écrit-il dans son Histoire de la Marche et du pays de Combraille (Guéret, Pierre Betoulle, t.2, 1814, p. 155).

« Comme dans toute la France, l'acte de naissance de l'Arrondissement de Boussac fut la Loi du 28 Pluviose an VIII (7 février 1800). Regroupant les communes de la partie Nord-Est du département de la Creuse dans les quatre cantons de Boussac, Chambon, Chatelus et Jamages, il redonnait une unité administrative à cette région, « marche» de la Marche, tiraillée sous l'Ancien
Régime entre le Berry, le Bourbonnais, la Combraille, l'Auvergne et la Marche.

Une fois les cadres fixés, le Premier Consul n'était point homme à les laisser sans guides et, le 3 mars 1800, trois semaines après la promulgation de la loi, étaient rendues officielles les premières nominations aux postes de préfets et de sous-préfets.

A M. Musset, ancien conventionnel, est confié le poste de premier préfet de la Creuse. Ayant pris possession de ses fonctions, il installe peu après les autres fonctionnaires de l'administration préfectorale du département. C'est ainsi qu'arrive à Boussac Antoine Bourdon, premier sous-préfet du nouvel arrondissement. » (p. 374)

«A son arrivée à Boussac, prenant possession de son poste, un des premiers soucis d'Antoine Bourdon fut certainement de mettre en place les nouvelles institutions créées ou confirmées par Bonaparte. En tout premier lieu, l'organisation de la nouvelle sous-préfecture dut retenir son attention. Installée dans le château, le personnel des bureaux très réduit, elle occupait l'aile Ouest. Les employés étaient Gabriel Darchis, âgé de 36 ans, secrétaire du sous-préfet et Michel Montmory, âgé de 30 ans, commis. Les autres fonctionnaires des administrations de l'État étaient Antoine Darchis, receveur des Contributions, Victor Peirot, receveur de l'Enregistrement. La gendarmerie de l'arrondissement était commandée par un lieutenant.» (p. 377- Jacques-François BÉGUIN, 1967)

Un partage du château avait été réalisé entre les deux administrations :

La sous-préfecture occupait les appartements du premier étage, cloisonnés de façon soignée au XVIIIe siècle, et le rez-de-chaussée à droite de la salle des gardes. L'escalier principal lui était réservé jusqu'au premier étage : il était cloisonné entre le premier et le second.

La gendarmerie utilisait l'escalier de la tour ronde et occupait tout le reste du château.

La plupart des grandes pièces avaient été divisées en petits logements ou bureaux percés éventuellement de nouvelles fenêtres, munis d'une petite cheminée qui remplaçaient les grandes cheminées médiévales à hotte et pour les cuisines d'un tuyau d'évacuation extérieur que l'on voit sur les anciennes cartes postales.

 

24 Avril 1833

(Maire : Vincent NARBONNE)

 

• Après de longues tractations, le Conseil municipal accepte les propositions de Madame Claire Pauline de Carbonnières (épouse d’Henri Arnaud, comte de Ribeyreix), dernière descendante de la famille de Carbonnières, propriétaire du château, et décide l'achat du château moyennant le paiement de 22 500 francs payables en quinze annuités.

 

« En 1833, la ville avait proposé la somme de 18000 F pour l'acquisition du bâtiment et de ses dépendances, alors que la ropriétaire en réclamait 22 000 F, plus 500 F « d'épingles ».

Le 24 Avril 1833 une délibération du Conseil Municipal acceptait les propositions de Mme de Ribeyreix et un compromis était établi. L'acte authentique de vente était signé quelques années après, le 3 Octobre 1837.

Le département de la Creuse, à qui incombait la charge de loger la sous-préfecture, payait à la ville de Boussac un loyer de 484 F par an. Ce loyer fut porté, en 1839, à 500 F. » (Jacques-François BÉGUIN, 1968)

 

 

 

Ancienne carte postale du château de Boussac

vu de la cour, au temps de la Sous-Préfecture et de la Gendarmerie

 

Deux personnes firent beaucoup pour sauver la tenture de La Dame à la licorne : George Sand et Prosper Mérimée.

 

 

portrait de George Sand

par A. Charpentier en 1835

 

George Sand a eu plusieurs fois l'opportunité de voir et d'examiner de près les tapisseries, peut-être avant Prosper Mérimée à qui elle a pu faire part de leur très grand intérêt et de leur état de délabrement inquiétant.

Ainsi, en 1833, son mari Casimir dîne au château avec d'autres invités chez le sous-préfet, Télémaque Faure de Fournoux. Etait-elle du voyage, au cours de l'été ? Son mari lui a-t-il parlé des tapisseries et de leur état de conservation ? Les lui a-t-il décrites ?

 

Le premier voyage attesté de George Sand à Boussac et Toulx-Sainte-Croix date du début d'Octobre 1841. A-t-elle vu les tapisseries du château ? Aucune précision n'est apportée sur ce voyage mais le projet du roman Jeanne l'a immédiatement suivi puis abandonné pendant trois ans.

 

 

Monsieur et Madame Casimir Dudevant

esquisse par François Biard - 1849

Musée George Sand - La Châtre

 

 

 

Prosper Mérimée est nommé Inspecteur général le 17 Mai 1834, puis Vice-président de la Commission des Monuments historiques (en 1839). Cette nomination de 1834, en remplacement de Ludovic Vitet, en surprit plus d'un. « Mérimée va commencer par apprendre ce qu'il sera censé nous enseigner » ironise Alexandre Dumas. Ses études de droit et ses débuts littéraires ne lui donnaient aucune priorité. Peut-être cet article de 1830 sur Le Musée de Madrid paru dans un numéro de L'Artiste ?

 

 

Prosper Mérimée en 1844

 

 

Tout son savoir archéologique et architectural, bâti sur une culture générale solide, sera acquis sur les sites visités et par les explications de ses collaborateurs, parisiens et provinciaux. Il a beaucoup voyagé, en toute région de France, en tout pays d'Europe, en Asie Mineure. Son autorité en matière d'art s'accroît au fil des années et l'oblige à nombre d'enquêtes, de rapports, d'interventions.

 

En 1838, un voyage en Auvergne - Limousin aurait dû le conduire à Boussac, mais. .. « il existe dans la Creuse quelques monuments celtiques... ce groupe de roches confusément empilées les unes sur les autres par suite d'un éboulement. Il faut en dire autant sans doute des ierres Jomathr et autres des environs de Toull, décrites par M. Baraillon, qui me paraît avoir étudié avec une imagination trop ardente les monuments de la Creuse. J'avais projeté d'examiner moi-même les pierres Jomathr, mais des renseignements exacts et des dessins qu'on me communiqua à Guéret me détournèrent d'entreprendre cette excursion qui probablement n'aurait pas été plus heureuse que celle de Mehun. »

 

Cet extrait de Notes de voyages sont ainsi commentées par le vicomte de Becdelièvre du Puy : «N'aurions-nous pas raison de dire que les notes de M. Mérimée se ressentent un peu de la rapidité de ses observations ? » et par M. Branche dans l'Art en province : « C'est partial, sec, superficiel et incomplet ... une visite de touriste ... un coup d'œil général vague et hautain ... Pourtant, reconnaissons lui de la sensibilité, de la droiture, de le fermeté, de l'efficacité et le sauvetage de bien des œuvres d'art qui ne n'existeraient plus sans lui. »

 

En 1840, est dressée la première liste des monuments " classés ".

Boussac - Conseil d'arrondissement

Session de 1840 - Monuments historiques

 

Extrait du rapport du Sous-Préfet de Boussac, Télémaque FAURE, au Conseil d'Arrondissement à l'ouverture de sa session de 1840

 

L'église de Chambon, classé depuis quelque temps comme monument historique et digne de l'être assurément a obtenu en 1840 une nouvelle allocation de 1 000 f., qui a été employée à la réparation de sa couverture. Les divers crédits alloués pour son entretien ont été utilement et convenablement dépensés ; son état s'est sensiblement amélioré. Cependant, il reste encore beaucoup à faire et c'est le cas de demander qu'elle ne soit pas oubliée.

Le Conseil Général sollicita l'an dernier le classement du château de Boussac, l'un des monuments le plus ancien et le plus remarquable du département.

Des plans et devis ont été dressés et ensuite fournis à la Commission chargée du classement. Aucune allocation n'a été donnée, mais il ne faut pas perdre espoir d'en obtenir plus tard ; et la première chose à faire dans ce but est d'inviter le Conseil Général à renouveler l'expression de son vœu.

Monarchie de Juillet : après la révolution des Trois Glorieuses (27-28 et 29 Juillet 1830) qui oblige Charles X à abdiquer, Louis-Philippe Ier règne de 1830 à 1848.

Le 22 Janvier 1840, le Sous-Préfet de Boussac, Télémaque FAURE, écrit au Préfet (Mathieu FLEURY, en place de 1839 à 1842)

 

Monsieur le Préfet

Le Maire de Boussac me réunit à l'instant même, et je m'empresse de vous adresser les plans, devis et notice concernant le château de Boussac dont le classement parmi les monuments historiques a été demandé par le Conseil Général.

Les plans laissent à désirer, sans doute, et je vous prie de vouloir bien, en les transmettant à M. le Ministre de l'Intérieur, lui expliquer qu'à défaut d'architecte, il n'était pas possible d'obtenir mieux. Quant à la notice, elle dit à la fois trop et trop peu ...

Si l'envoi de ce document n'avait pas été aussi urgent, je l'aurais fait reprendre et il y eût gagné ; mais cela ne m'était plus possible, puisqu'une lettre de M. De Saincthorent m'apprend que le Ministre a prescrit à la Commission chargée du classement du monument de commencer son travail le 23 du courant (demain) et que ce travail ne durera que 8 jours.

M. De Saincthorent me dit aussi que pour prévenir un retard de 3 jours dans les bureaux ministériels, il faut avoir bien soin de mettre à la suscription de l'envoi : « Division des beaux arts - Bureau des Monuments historiques ».

Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur.

 

(en travers, dans la marge de gauche : urgent - adressée au Ministre le 24 Janvier 1840)

Le 24 Janvier 1840, le Préfet de la Creuse écrit au Ministre de l'Intérieur, Charles Marie TANNEGUY DUCHATEL (en place du 12 Mai 1839 au 1 er Mars 1848)

M. le Ministre

Je viens de recevoir et m'empresse de vous transmettre les documents que j'ai demandés conformément à vos lettres du 10 Août et 25 Septembre derniers, relatifs au château de Boussac dans mon département.

Le défaut d'architectes suffisamment capables n'a pas seulement causé le retard que j'ai mis à vous adresser ces plans, devis, historique, etc., il explique aussi l'imperfection de ce travail.

J'ai vu récemment le château de Boussac qui sert aujourd'hui au logement de la Sous-Préfecture et de la brigade de gendarmerie et j'ai admiré la hardiesse d'une construction sur un rocher escarpé et qui s'élève verticalement jusqu'aux fondations de ce château à une hauteur prodigieuse au-dessus des rives de la rivière de Petite Creuse.

L'intérieur n'excite pas moins d'intérêt et la curiosité et principalement les salles vastes et élevées dites des gardes situées au rez-de-chaussée et qui pouvaient contenir un grand nombre d'hommes pour la défense du château. L'une d'entre elles contient deux cheminées immenses qui sont très curieuses dans le premier dessin architectural.

Il est à regretter, M. le Ministre, que le bâtiment n'ait point été visité par un Inspecteur Général des Monuments historiques. Je ne fais point de doute qu'il l'eût placé au premier rang des monuments de cette catégorie dont il me paraît digne sous tous les rapports.

Je vous prie, M. le Ministre de vouloir bien comprendre la ville de Boussac propriétaire de ce château, dans la répartition des crédits dont vous disposez pour les monuments historiques afin d'assurer la conservation d'un établissement le plus curieux et le plus intéressant de la Creuse.

Le 4 Février 1840, le Ministre, Secrétaire d'État de l'Intérieur, répond au Préfet

Objet : Accusé de réception d'une demande de secours pour la restauration, d'un devis, de 2 plans et d'une notice historique.

 

Monsieur le Préfet

Votre lettre du 24 Janvier me sollicite d'assurer sur les fonds destinés aux Monuments historiques la conservation du château de Boussac qui sert maintenant de Sous-Préfecture et de caserne de gendarmerie, et dont vous m'avez adressé les plans accompagnés d'une notice historique et d'un devis des restaurations projetées. Ces diverses pièces vont être examinées par ma Commission des Monuments historiques et sur son rapport, je prendrai une décision lors de la prochaine répartition du crédit de 1840.

Recevez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

Le 22 Février 1841, Prosper Mérimée fait à la Commission des Monuments historiques plusieurs rapports dont celui sur le château de Boussac qui lui a été signalé.

Le 9 Mars 1841, le Ministre, Secrétaire d'État de l'Intérieur, écrit au Préfet

Objet : Ajournement et demande de renseignements plus complets et de dessins plus exacts.

 

Monsieur le Préfet

Une demande qui m'avait été adressée l'année dernière à l'effet d'obtenir des secours sur le crédit des Monuments historiques pour la restauration du château de Boussac vient de m'être très vivement recommandée par M, de Barante, Sous-Préfet de cet arrondissement.

J'ai soumis cette affaire de nouveau à la Commission des Monuments historiques ; le résultat de son examen est que le devis qui m'a été adressé contient des dépenses de nature à ne pas être effectuées avec les fonds du crédit, telles que distributions intérieures, etc. Les seules auxquelles mon administration pourrait concourir sont celles de consolidation des parties monumentales de l'édifice ; elles s'élèvent à la somme de 5 000 f. environ sur

un devis total de 24 334 f. et ne forment pas un chapitre séparé. De plus, les dessins annexés sont tellement informes qu'ils ne peuvent servir à juger de l'importance réelle du monument. Enfin aucun détail n'est donné sur les tapisseries qui avaient servi à décorer la prison du prince Zizime à Bourganeuf et qui ont été transportées à Boussac.

Veuillez, si vous voulez donner suite à cette affaire, la faire instruire d'après les prescriptions contenues dans ma circulaire du 19 Février dernier ; je ne puis que l'ajourner jusqu'à ce que j'aie reçu des renseignements suffisants pour éclairer la Commission des Monuments historiques, sur les avis de laquelle je prends toutes mes décisions sur la répartition du crédit.

Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

Le 16 Mars 1841, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE

 

M. le Sous-Préfet

J'ai transmis dans le courant de Mars 1840 à M. le Ministre de l'Intérieur, les plans, calques, devis et autres documents relatifs au château de Boussac en le priant d'accorder pour la restauration et la conservation de ce bâtiment un secours sur le crédit des Monuments historiques.

Il vient de m'être répondu qu'après un nouvel examen de cette demande, il a été reconnu que

1°. Le devis dont elle a été accompagnée contient des dépenses de nature à ne pas être effectuées avec les fonds du crédit, telles que distributions intérieures ; que les seules auxquelles M. le Ministre de l'Intérieur pourrait concourir sont celles de consolidation des parties monumentales de l'édifice.

2°. Que les dessins annexés sont tellement informes qu'ils ne peuvent servir à juger de l'importance réelle du monument.

3°. Qu'enfin aucun détail n'est donné sur les tapisseries qui avaient servi à décorer la prison du prince Zizim à Bourganeuf et qui ont été transportées à Boussac.

M. le Ministre de l'Intérieur ajoute que si je veux donner suite à cette affaire, je dois l'instruire d'après les prescriptions contenues dans sa circulaire du 19 Février dernier.

Je partage (mot illisible), M. le Sous-Préfet, votre intérêt et votre sollicitude pour la conservation du monument dont il s'agit et je m'empresse de vous adresser un extrait qui peut vous concerner de la circulaire ministérielle relative aux formalités à observer et aux documents à fournir à l'appui de toute demande de subvention en faveur des monuments historiques.

Je ne puis que vous inviter à adresser à l'autorité locale les recommandations nécessaires pour qu'elle se conforme aux instructions et prescriptions contenues dans l'extrait ci-joint de la circulaire ministérielle précitée.

C'est au début de Juillet 1841 que Prosper Mérimée va découvrir La Dame à la Licorne au château de Boussac.

Voici l'itinéraire de son voyage, accompli avec Constant Dufeux, établi d'après l'état de ses frais de route et sa correspondance : départ de Paris le 4 Juin, Mantes, Evreux, Conches, Lisieux, Caen, Bayeux (11 Juin), (Tour en Bessin), Saint-Là, Valognes (Quinéville), Sainte-Marie du Mont, Coutances (Saint-Sauveur-le-Vicomte, Lessay), Pontorson (18 Juin), (Mont Saint-Michel), Dol, Fougères (Landéan), Mayenne, Laval, Château-Gontier (25 Juin), Evron (Jublains, Sainte-Suzanne), Le Mans, Tours (3 Juillet), Loches (Montrés or et Preuilly), Châteauroux, La Souterraine, Guéret (Evaux, Chambon, Boussac), Issoudun, Bourges (16 Juillet), Blois (18 Juillet), Germigny, Orléans, et retour à Paris le 24 Juillet. Quel périple pour l'époque !

 

Le 18 Juillet 1841, Prosper Mérimée écrit une lettre à son cher Président Vitet, commencée à Bourges et postée à Blois, concernant les mégalithes "Les Pierres Jaumâtres" de Toulx-Sainte-Croix près de Boussac. En voici un extrait :

 

« Je vous épargne le détail d'immenses courses que j'ai faites pour voir une ville gauloise nommé Toul, et des pierres druidiques représentant des lions, des tortues et autres. Malgré toute la bonne volonté du monde je n'ai pu rien voir, si ce n'est trois corps de Lions du moyen âge (les têtes sont cassées) qui à mon avis étaient placés à l'entrée de l'église actuelle de Toul, suivant une pratique très ordinaire au moyen âge, dont vous avez des exemples à Saint Gilles et à Limoges. Les archéologues de la Creuse sont des songe-creux et ils vous font faire quatre lieues au milieu des boues et des rochers pour vous mener à une pierre ainsi faite :

 

 

 

 Vous voyez bien que c'est un lion taillé par les Druides. Il n'y manque que les pattes et la queue et quelques autres détails insignifiants. J'abandonne à vos méditations le nom d'un de ces groupes naturels de rochers : Les pierres Jomatres. M. Baraillon, l'Homère de la Creuse ou son Hérodote car il ne s'est pas élevé au dessus de la prose, écrit Jomathr. Ce nom me frappe par sa tournure tout étrange. Je vous vois d'ici prétendre que l'M de Jomatre est un N corrompu et qu'il faut lire jaunâtre. Non, les pierres en question sont grises.

Ce sont de très gros blocs erratiques qui couvrent le sommet d'un plateau élevé. Mais je laisse là mes pierres et leurs noms, car nous ne sommes pas institués pour faire des étymologies.

Les pierres susdites m'ont mené à Boussac. Boussac est un horrible trou, la plus hideuse sous préfecture de France. Le château n'a pas même le mérite d'avoir la tournure féodale, il ressemble à ces vilains manoirs de la Bretagne, bâtis en granite au XVIIe siècle par des maçons qui n'auraient pu gagner leur vie autre part. C'est là, sous des plafonds vermoulus que demeurent le Sous Préfet, M. de Barante, la gendarmerie avec ses épouses et ses enfants outre un certain nombre de gueux logés par charité dans des masures. Les habitants de la ville n'ont point de routes, et comme ils ne voient guère d'étrangers ils ne portent point de chapeaux mais bien des bonnets de coton. Il y a pourtant parmi eux trois ou quatre millionnaires, qui sont usuriers et dépensent 1 500 f. par an. Les notables de Boussac ne mettent de souliers que pour aller dîner chez M. de Barante.

C'est au château de Boussac dans l'appartement du Sous Préfet que sont les tapisseries de Zizim. Comment elles ont été transportées de Bourganeuf à Boussac c'est ce que personne n'a pu m'expliquer. La tour où Zizim a été détenu à Bourganeuf existe encore, mais si mes souvenirs ne me trompent point, il eut été impossible d'y tendre ces tapisseries là. Quoiqu'il en soit il y a dans ces tapisseries quelque chose de singulier qui permet de croire même à d'autres qu'à M. Jourdain, qu'elles ont été faites pour le fils du Grand Turc. Toutes les six représentent une très belle femme. Voilà qui est peu Turc direz-vous, mais Zizim et son frère étaient de très mauvais croyants accusés d'avoir des tendances pour la secte d'Ali - une très belle femme donc, richement habillée et d'une façon toute orientale.

C'est toujours la même personne, quelquefois accompagnée d'une suivante, et toujours placée entre un lion et une licorne. Chaque bête tient entre ses pattes une lance bleue semée de croissants d'argent qui porte une bannière de gueule à la bande d'azur chargée de trois croissants d'argent. Lion et Licorne portent de plus sur le dos un écu avec les mêmes armoiries.

Dans une des tapisseries la femme est assise les jambes croisées sous une tente dont le sommet porte cette inscription A MON SEUL DESIR. Ce qui distingue ces tapisseries c'est qu'elles n'ont nullement le style flamand. Les figures sont longues, élégantes, gracieuses. Les costumes indiquent un artiste qui connaît les costumes et les habitudes de l'Orient. Je serais tenté de croire que cela a été fait en Italie. Les fonds semés de fleurs, de fruits et d'animaux, parmi lesquels figurent toujours un lapin blanc et un singe, présentent de loin l'aspect d'une palme de cachemire. Même harmonie de couleurs et même bizarrerie. Chaque tapisserie peut avoir 3 à 4 mètres de côté.

                                                                                                                                  Il y en avait autrefois à Boussac plusieurs autres, plus belles, me dit le maire, mais l'ex-propriétaire du château - il appartient aujourd'hui à la ville - un comte de Carbonière les découpa pour en couvrir des charrettes et en faire des tapis. On ne sait ce qu'elles sont devenues. Cinq des six tapisseries sont en fort bon état. La sixième est un peu mangée des rats. Toutes auront le même sort si on ne les tire de Boussac. Ne penseriez-vous pas qu'il y aurait lieu de les acheter pour la Bibliothèque royale, ou si vous l'aimiez mieux de les faire acheter par la liste civile pour la collection du Roi. Je préfèrerais le premier parti. Les gens de Boussac nous demandent de l'argent pour leur château, mais c'est une dérision, il ne vaut pas un sou. S'ils nous vendaient leurs tapisseries, ils feraient une bonne affaire et nous aussi. En attendant que la Commission décide, j'ai dit au Maire, que s'il voulait faire raccommoder ces tentures à Aubusson on les perdrait et que cela lui coûterait fort cher ; que si elles n'étaient pas si vieilles et si déchirées, le gouvernement pourrait peut être les lui acheter. »

 

Ce même 18 Juillet 1841, toujours de Blois, il écrit à Charles Lenormant, archéologue, égyptologue et numismate, alors directeur du Cabinet des médailles :

 

« Mon cher Monsieur, quelle diable d'idée avez-vous eue de m'envoyez dans la Creuse? C'est assurément le centre de la barbarie. On n'y rencontre que des églises bêtes comme dit notre collègue M. Leprevost. J'envoie à la Commission quelques pages de prose à leur sujet, concluant à ce qu'on les laisse se ruiner sans bruit, et qu'il n'en soit plus question. Mais je vous demande de l'argent pour vous acheter de belles tapisseries apportées, dit-on, par Zizim à Bourganeuf et transportées à Boussac on ne sait comment. Rien de moins clair que leur origine, mais elles me semblent très curieuses et elles seront mangées des rats avant peu si on ne les ôte de l'infâme taudis qu'elles décorent. »

Le 18 Février 1842, le Ministre de l'Intérieur écrit au Préfet, François-Désiré-Édouard Delamarre (en place de 1842 à 1847)

 

Objet : Un secours de 3 000 f. pourrait être accordé pour réparations à cet édifice, à condition que les tapisseries qui y sont conservées seraient mises à la disposition de M. Le Ministre de l'Intérieur.

 

Monsieur le Préfet

Une demande m'avait été adressée à l'effet d'obtenir un secours sur le crédit des Monuments historiques pour la restauration de l'ancien château de Boussac. La nature des réparations qui étaient proposées à cet édifice, et sous caractère architectural, ne 111' a pas permis de donner suite à cette demande. Mais cet édifice contient des tapisseries anciennes qui s'y dégradent tous les jours et ne présentent pas en cet endroit un intérêt suffisant pour que la commune fasse les sacrifices nécessaires pour leur conservation, tandis que dans une collection publique et à côté d'autres objets du même genre, elles acquerraient une véritable valeur et leur conservation serait à tout jamais assurée.

Je suis disposé à accorder une somme de 3 000 f. sur le crédit des Monuments historiques, exercice courant, qui serait affecté aux réparations projetées au château de Boussac, à la condition que les tapisseries me seront envoyées, afin de recevoir la destination que je leur donnerai.

Veuillez vous entendre avec le Maire de la ville de Boussac pour vous mettre en mesure de me répondre bientôt sur cette affaire.

Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

Le 22 Février 1842, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE

 

M. le Sous-Préfet

J'ai l'honneur de vous adresser copie d'une lettre de M. Le Ministre de l'Intérieur en date du 18 de ce mois par laquelle il annonce ne pouvoir accorder aucune somme pour la restauration du château de Boussac. Cependant il est disposé à mettre à la disposition du Maire de cette ville une somme de 3 000 f. en échange des anciennes tapisseries qui garnissent une pièce de ce château.

Je vous prie, M. le Sous-Préfet, de communiquer sans retard à M. le Maire de Boussac la dépêche dont copie est ci-jointe et de me faire connaître ses instructions et celles du Conseil Municipal sur l'objet des propositions de M. Le Ministre de l'Intérieur.

9 Mars 1842

Séance extraordinaire à une heure de l'après-midi

(Maire : Vincent NARBONNE)

 

Lecture par le Maire de la lettre du Ministre de l'Intérieur au Préfet du 18 Février 1842.

Sur quoi, le Conseil délibérant :

- considérant qu'il est à regretter que l'antique château de Boussac auquel se rattachent des souvenirs historiques bien précieux n'ait pas paru à M. le Ministre digne de fixer son attention et de recevoir, comme monumental, des secours pour sa conservation, et qu'il ne l'ait pas classé au rang des autres édifices de la Creuse qui, sous beaucoup de rapports, lui sont bien inférieurs et mériteraient moins que lui la préférence qui leur a été accordée ;

- considérant que le Conseil accepterait avec empressement les 3 000 f. offerts par M. le Ministre, pour, avec les fonds que le département accordera à la commune de Boussac, et les sacrifices qu'elle est disposée à s'imposer, être employés à réparer et entretenir son vieux château et les tapisseries qui l'ornent ; mais qu'il serait peu disposé à consentir à la remise de ces dernières qui sont la décoration la plus remarquable du vieil édifice ; qui fixent, avec raison et à un haut degré l'attention de tous les hommes instruits, de tous les savants qui viennent de bien loin visiter ce travail d'art véritablement curieux et monumental, auxquelles la ville et toute la contrée mettent un grand prix, un prix certainement bien supérieur à l'offre de M. le Ministre qui est loin, cette offre, d'être en rapport avec celles qui ont été faites souvent par des amateurs éclairés et désireux de posséder cette œuvre remarquable qui au reste ne pourrait que perdre à être détachée et transportée ;

— est d'avis à l'unanimité : que c'est le cas d'inviter M. le Ministre à accorder à la ville de Boussac un secours de 3 000 f., qui avec les fonds du département et ceux que la commune est disposée à s'imposer, sera employé principalement à la réparation, entretien et conservation des tapisseries et des salles qu'elles décorent et d'accorder ce secours sans la condition qu'il mettait à cette allocation et qu'il est impossible au Conseil d'accepter, dans l'intérêt bien entendu de la ville de Boussac, en faisant cette concession sans condition, M. le Ministre aura fait un acte utile et de la plus haute équité.

 

ZIZIM ET L'ORIENTALISME

 

Les conseillers municipaux de Boussac, qui viennent d’endetter la commune à hauteur de 22 500 francs pour acquérir en 1833 le château et ses tapisseries, ne veulent pas « aliéner » si tôt l’un de « leurs » biens prestigieux, une œuvre d’art qui fixe avec raison et à un haut degré l’attention de tous les hommes instruits, de tous les savants qui viennent de bien loin visiter ce travail d’art véritablement curieux et monumental, auxquelles la ville et toute la contrée mettent un grand prix, un prix certainement bien supérieur à l’offre de M. le Ministre qui est loin, cette offre, d’être en rapport avec celles qui ont été faites souvent par des amateurs éclairés et désireux de posséder cette œuvre remarquable.

 

Ont-ils succombé, eux aussi, au "syndrome de La Dame à la licorne" ? Subjugués, fascinés par la "force d’attraction" et la beauté des tapisseries ! Emotion née aussi de la pensée quasi mythique d’un Orient inaccessible, miraculeux et féerique, que le seul nom du "prince Zizim" rend presque réel sous leurs yeux. Non un mirage, mais une réalité bien ancrée en terre creusoise et dont l’Histoire a confié la garde à Boussac. L’aboutissement d’un rêve ancestral et d’un voyage de pèlerin ou de croisé.

 

Pensez ! Posséder des tapisseries apportées peut-être de Turquie par un prince, fils d’émir, de roi, qui a eu le courage de défendre les armes à la main son royaume convoité par son frère ! Un exilé plein de charmes, dit la légende, capable de se faire aimer d’une princesse française… On rêve à moins dans les chaumières…

 

Il fallait, en 1842, une légende pour ensoleiller ce coin de Creuse et rendre au château, dont une vieille tradition populaire attribuait la fondation à Jules César ou à Léocade, sénateur et gouverneur romain dans les Gaules, le renom et la magnificence qu’il avait connus sous l’une des plus anciennes familles du royaume : la Maison de Brosse, originaire du Berry et issue des vicomtes de Limoges. Le plus illustre de ses seigneurs fut Jean 1er de Brosse, baron de Boussac, conseiller et chambellan du Roi Charles VII, maréchal de France et fidèle compagnon de Jeanne d’Arc. Charles VII lui avait confié, ainsi qu’à Gilles de Laval, Louis de Culan et Jean Malet, le soin d'escorter la Sainte Ampoule de l'abbaye de Saint-Rémi de Reims à la cathédrale. Le jour du sacre, le 17 Juillet 1429, il entre à cheval dans la cathédrale, en tête du cortège, sa bannière déployée, récompense de tous ses combats et de sa totale fidélité au roi et au royaume. Sa geste devait revenir à la mémoire de ceux qui passaient la porte d’honneur du château de Boussac surmontée de ses armoiries et les inviter à la fidélité et à la conservation du patrimoine local.

 

Les somptueuses tapisseries habitées d’une princesse, d’un lion majestueux, d’une licorne miraculeuse et d’armes conquérantes, pouvaient apparaître comme l’imposant support doux et chaud d’une théâtralité orientale dramatique où tout élément flottait à l’envi, à l’instar de la pensée de ceux qui les contemplaient et d’où s’ébrouaient des désirs.

 

La Dame allait être cette fée tant espérée, si attentive à la gloire de Boussac. Il est vrai que tous les ingrédients étaient rassemblés pour réussir une synthèse historico-sentimentale : un prince turc exilé et emprisonné dont le nom Djem ou Cem, prononcé Djim, signifie « Amour » (les croissants, les coiffures "orientales", les orangers), les ateliers de la Marche à deux pas, la présence possible d’une demoiselle de Blanchefort, nièce de Pierre d’Aubusson (la Dame aux airs de sultane ou de fille d’un puissant seigneur).

 

Quelle légende aurait été inventée si le prince Djem n’avait jamais été mis en sécurité à Bourganeuf au cœur du royaume français et/ou si les armes Le Viste n’avaient pas comporté de croissants ? Le besoin de s’adosser à des mythes archétypaux pour expliquer le monde et repousser la peur et la mort aurait forgé, n’en doutons pas, une légende tout aussi merveilleuse que celle de Zizim, de sa favorite Almeïda et de Marie de Blanchefort.

 

En définitive, c'est la légende de Zizim qui a provoqué l'engouement pour La Dame à la licorne parce qu'au début du XIXe siècle on se pâmait pour l'Orient. Peu importait la présence de Zizim, tout ce qui comptait était l'exotisme présumé de La Dame à la licorne. L'enthousiasme de l'Occident pour l'orientalisme, apparu au XVIIIe siècle, se manifeste fortement au XIXe siècle dans la littérature et dans l'art. Inspiré par les cultures du Moyen-Orient, l'art orientaliste marque les œuvres de nombreux artistes. Les années 1830-1840 sont celles où la France constitue par la force de ses armées et l'accaparement des terres conquises un nouvel espace colonial, en Afrique, en Asie et en Océanie.

 

Dans un épicurisme et un érotisme discrets, les écrits évoquent un des charmes de cet orientalisme européen, "le harem fantasmé" et ses bains où les corps nus féminins paressent. Se lit en filigrane la fascination pour ces mystérieux sérails où la femme est l’esclave sexuelle du sultan. Les artistes orientalistes confièrent aux danseuses orientales nommées almées ainsi qu’aux odalisques des hammams l’expression d’un érotisme efficace et autorisé.

 

« …. ce chaud et voluptueux ciel d’Orient qui l’avait vu naître. L’Almée du Sérail, la sultane favorite, y est toujours représentée, entourée de plantes et d’oiseaux orientaux, tantôt elle fait de la musique, elle admire des bijoux ou reçoit un étendard armorié à écusson semé de croissants. » (Joseph JOULLIETTON, Histoire de la Marche et du pays de Combraille, Guéret, Pierre Betoulle, 1814.)

 

Ah ! Cette lente montée vers la volupté, somme des plaisirs sensoriels éprouvés isolément, de tapisserie en tapisserie, de la friandise en bouche à la fleur respirée, de la romance chantonnée au visage aimé contemplé au miroir, enfin de la corne dressée effleurée aux bijoux dont on se déshabille avant de pénétrer dans la tente qui proclame hautement en lettres de feu l’acmé orgastique de la jouissance commune par ce cri : « mon seul plaisir ». "L’étendard" a quelque chose de phallique, dans son nom même.

 

Les élus boussaquins ont reconnu la haute valeur artistique des tapisseries qui les confortait dans leur décision : « dans tous les cas le Conseil ne saurait consentir à la cession des tapisseries du prince Zizim. »

 

Cette reconnaissance et la fierté de posséder cette merveille pouvaient faire apparaître des rayons de soleil dans un univers aux contours bien ternes. En 1842, Boussac n’est qu’un gros bourg triste. Son territoire est restreint (150 ha), sa population faible (588 hab), son isolement inquiétant, l’analphabétisme dominant, sa misère grande car ses ressources sont maigres par l’absence d’industrie et la faiblesse du commerce. C’est encore une région enclavée dont l’économie est tributaire de l’état des récoltes, c’est-à-dire des circonstances atmosphériques et qui vit dans des structures inchangées depuis des siècles.

 

[ZIZIM accoste à Villefranche sur Mer, le 15 octobre 1482. Puis ce sera Nice (4 mois), Chambéry, les Echelles (février-juin 1483), Poët Laval en Dauphiné (2 mois), Rochechinard (jusqu'en février 1484), Bourganeuf en Creuse, Monteil le Vicomte (2 mois), Morterolles en Limousin (mai 1484), Boislamy en Creuse (juillet 1484 - 2 ans) et enfin retour à Bourganeuf dans la "Tour Zizim" (de juillet 1486 à novembre 1488).]

Le 31 Mars 1842, M. MORlN, architecte transmet un devis pour la restauration des tapisseries et des deux salles où elles sont accrochées.

Le 31 Mars 1842, le Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE, écrit au Préfet

 

Monsieur le Préfet

En conformité de la lettre que vous m'avez adressée le 22 Février dernier, j'ai envoyé copie de la dépêche ministérielle qui y était jointe à M. le Maire de Boussac. Elle est relative aux tapisseries du château de cette ville.

J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint ampliation de la délibération par laquelle le Conseil Municipal répond aux offres que M. le Ministre a fait à la commune.

Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur.

 

Le Sous-Préfet de Boussac, P. de Barante

[Prosper Claude Ignace Constant Brugière, baron de Barante (1816-1889)]

le 5 Avril 1842, le Préfet écrit au Ministre de l'Intérieur

 

M. le Ministre

Le Conseil Municipal de la commune de Boussac a été appelé à délibérer sur la proposition contenue en votre dépêche du 18 Février dernier, relativement aux tapisseries qui garnissent l'ancien château de Boussac.

J'ai l'honneur de vous transmettre ci-joint ampliation de la délibération prise à ce sujet.

Cette ville a pensé qu'elle ne pouvait accepter l'offre que vous avez bien voulu faire d'une somme de 3 000 f. en échange de ces tapisseries, elle n'en réclame pas moins une subvention égale qu'elle emploierait à la restauration de ce château, et je désire qu'il vous soit possible d'accueillir favorablement le vœu de cette commune.

Le 22 Avril 1842, en séance de la Commission des Monuments historiques, Prosper Mérimée présente des rapports dont celui sur les tapisseries de La Dame à la licorne.

le 29 Avril 1842, Le Ministre de l'Intérieur écrit au Préfet

 

Objet : avis d'une allocation de 1 500 f. et condition de concours du département ou de la commune pour une somme de 1 000 f.

 

Monsieur le Préfet

Sur l'avis de la Commission des Monuments historiques, je viens d'accorder une somme de 1 500 f. exercice 1842, applicable uniquement à la restauration des tapisseries du château de Boussac, et à la condition que la ville de Boussac ou le département de la Creuse contribueront pour une somme de 1 000 f. à la dépense portée au devis pour cette réparation.

Veuillez faire auprès des conseils départementaux et communaux les démarches nécessaires à l'obtention du concours que je réclame et me faire connaître les résultats. Dès que j'aurai reçu votre réponse, je prendrai une décision dont je vous ferai part.

Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

31 Avril 1842

Devis des travaux prévus par M. MORIN, architecte

 

Nature des travaux (fournitures et main-d'œuvre) exécutés par le soussigné ou ouvriers employés par lui pour la restauration des tapisseries du château de Boussac et la réparation de diverses pièces comprises dans l'appartement qui sert de logement à M. le Sous-préfet de cet arrondissement.

Tapisseries

 

1°. Main-d'œuvre du menuisier et du tapissier employés à démonter ou remonter les cadres 110,00

 

2°. Réparation des tapisseries, fourniture de laine comprise

1 800,00

 

3°. Fourniture et main-d'œuvre de nouveau châssis nécessaires pour la conservation des tapisseries 150,00

 

Total des travaux et fournitures effectuées aux tapisseries 2060,00

 

Réparations indépendantes de celles des tapisseries, mais qui étaient nécessaires aux pièces dans lesquelles elles sont situées et qui sont comprises au même devis.

 

1°. Déblais, démolition de menuiseries en moellons 59,38

 

2°. Carrelage, maçonnerie de moellons avec mortier de chaux, façon carrelage, enduits 244,67

 

3°. 35 mètres de parquet brisé, 36 mètres de lambris, croisées, portes, chambranles, plinthes et cimaises, fourniture et façon 551,62

 

4°. Fourniture d'espagnolettes, serrures 90,00

 

5°. 22 mètres de plafond, 91 mètres de plafond recouvert d'une couche de plâtre, fourniture et main-d'œuvre 180,40

 

6°. 349 mètres de peinture à huile, fourniture et main-d'œuvre 433,64

 

Total de ces derniers objets 1549, 71

(1 559, 71 : erreur de 10 f. ?)

 

L'ensemble des travaux et fournitures comprises au présent état s'élèvent à la somme de 3609, 71

 

Fait à Boussac le 31 Avril 1843, Signé Morin

Vu par nous, Maire de la ville de Boussac

Boussac le 31 Avril 1842. Signé Peyrot, adjoint

5 Mai 1842

 

Séance extraordinaire à deux heures de l'après-midi, en présence du Sous-Préfet, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE

 

Ce dernier (avant de se retirer) communique ou rappelle les faits suivants :

- La Dame inscrite aux Monuments historiques

- fonds départementaux alloués : 200 f.

- fonds nationaux alloués : 1 500 f.

- la commune a promis de s'imposer des sacrifices : elle doit ce jour tenir sa promesse et voter des fonds.

 

M. le Maire a appelé le Conseil à délibérer immédiatement sur ces propositions.

Le Conseil,

- vu les propositions faites par le Sous-Préfet ;

- vu la délibération du 9 Mars dernier ;

- attendu que la commission préposée à la conservation des monuments historiques a classé les tapisseries du vieux château de Boussac, au rang des monuments historiques ;

- attendu que cette commission alloue des fonds à cet objet ;

- attendu que dans sa dernière session, le Conseil Général a également voté des ressources dans le même but ;

- attendu que c'est le cas de la part du Conseil d'être conséquent avec les propositions qu'il a émises en sa délibération du 9 Mars dernier ci-dessus visée, et de voter une somme en rapport avec l'état actuel de ses ressources, tout en regrettant qu'elles ne lui permettent pas de faire tout ce qui serait nécessaire pour une conservation qui intéresse aussi essentiellement la localité ;

 

— Vote à l'unanimité une somme de 200 f. qui sera avec les fonds accordés par la commission et par le Conseil Général, employés à la réparation et conservation des tapisseries et des salles qu'elles décorent.

Le 19 Mai 1842, le Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE, écrit au Préfet

 

Monsieur le Préfet

J'ai l'honneur de soumettre à votre approbation une délibération par laquelle le Conseil Municipal de Boussac a voté la somme de 200 f. pour être employée avec le secours de 1 500 f. promis par M. le Ministre sur les fonds des Monuments historiques et la somme qu'il espère obtenir du département à l'entretien et la conservation des tapisseries du château et des salles dans lesquelles elles se trouvent.

Je vous prie, Monsieur le Préfet, de vouloir bien compléter sur les fonds mis à votre disposition par le Conseil Général (page 51 du procès-verbal des délibérations) la somme de 2 500 f., montant du devis des réparations à faire pour ces tapisseries et les salles, en accordant un secours de 800 f. à la commune de Boussac.

M. le Ministre a déclaré accorder une allocation de 1 500f. pour cette commune qu'à la condition que 1 000 f. seraient votés par le Conseil Municipal ou accordées par le département.

Je vous ferai observer, Monsieur le Préfet, que la commune de Boussac est très pauvre, qu'elle vient de voter des fonds pour l'établissement d'une caisse d'épargne, qu'elle s'est imposée extraordinairement l'année dernière pour le chemin N° 15 de grande communication du Blanc à Montluçon. Le département a voté cette somme de 2 000 f. pour venir en aide aux communes et obtenir du Ministère des fonds pour la conservation des monuments classés par la Commission des Monuments historiques.

Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le 15 Juin 1842, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE

 

M. le Sous-Préfet

J'ai reçu, avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 19 de ce mois, ampliation d'une délibération par laquelle le Conseil Municipal de Boussac a voté une somme de 200 f. pour la restauration des tapisseries qui garnissent le château de cette ville.

Je dois vous faire remarquer, M. le Sous-Préfet, que cette allocation est insuffisante, qu'elle ne satisfait point aux intentions exprimées par M. le Ministre de l'Intérieur qui m'a bien évidemment accordé une subvention de 1 500 f. qu'à la condition que la ville s'impose un sacrifice de 1 000.

Il est vrai que la Conseil Municipal a espéré qu'une répartition de 800 f. pourrait avoir lieu sur le crédit départemental, mais vous voudrez bien remarquer, d'une part, que le Conseil Général n'a entendu faire participer à ses libéralités que les édifices désignés dans ses délibérations, et les tapisseries de Boussac n'y sont pas comprises ; et que d'autre part, je ne pourrais accorder au château une somme qui excédât 200 f. sans que cette somme, qui ne peut être employée à la restauration des tapisseries, puisse restreindre (?) le crédit municipal que réclame le Ministre.

Il doit vous paraître évident, M. le Sous-Préfet, que la ville de Boussac ne peut se soustraire à l'obligation que lui a imposé le Ministre, à moins qu'elle veuille s'exposer à perdre la subvention promise de 1 500 f. ; au surplus, l'examen que je viens de faire de la situation financière de la commune, lui présente de consacrer les 1 000 f. dont il s'agit à l'objet de dépense qui a excité la sollicitude ministérielle.

Veuillez bien, je vous prie, me faire connaître les dernières résolutions de la commune sur cet objet.

J'ajouterai ici ma dernière observation que j'ai déjà faite pendant mon séjour à Boussac ; il serait, je crois plus conforme aux intérêts de la ville de céder au gouvernement des tapisseries qui ne sont pour elle d'aucune valeur, qui se détériorent chaque jour, dont elle ne peut point prévenir la destruction, et de recevoir les 3 000 f. qu'a offerts M. le Ministre de l'Intérieur. Je ferai tous mes efforts pour obtenir indépendamment de cette somme le dernier crédit de 1 500 f. en obtenant son affectation à la restauration du château.

26 Juin 1842

Séance extraordinaire (Maire : Vincent NARBONNE)

 

Lecture par le Maire de la lettre du Préfet du 24.06

Le Conseil :

- vu la lettre de Monsieur le Sous-Préfet du 24 courant ;

- vu celle de Monsieur le Préfet en date du 15 du même mois ;

- vu sa délibération du 9 Mars dernier ;

- vu celle du 5 Mai aussi dernier ;  

- Considérant qu'il a donné franchement les explications les plus catégoriques sur tout ce qui se référait à l'antique château de Boussac et aux tapisseries qui le décorent :

· que les tapisseries ayant été considérées comme monumentales, doivent être rangées dans la série des Monuments classés auxquels le Ministre accorde des subventions,

· que le Conseil Général a entendu que les fonds par lui votés pour les Monuments historiques fussent appliqués aUSSI bien aux tapisseries de Boussac qu'aux autres monuments de la Creuse,

· que le nouvel examen auquel il est facile de se livrer dans les bureaux de la Préfecture sur la position financière actuelle de la commune de Boussac, convaincra évidemment qu'il est impossible d'exiger d'elle un sacrifice plus grand que celui qu'elle s'est imposé dans le but d'obtenir les quinze cents francs offerts par le Ministre,

· que dans tous les cas le Conseil ne saurait consentir à la cession des tapisseries du prince Zizim.

— Déterminé pour tous ces motifs, le Conseil vote à l'unanimité le maintien de ses deux délibérations des 9 Mars et 5 Mai derniers.

 

Le 4 Juillet 1842, le Préfet écrit une lettre de rappel au Sous-Préfet de Boussac

 

M. le Sous-Préfet

Je n'ai pas reçu de réponse à la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire le 15 Juin dernier au sujet des tapisseries du château de Boussac. De plus longs retards pourraient compromettre le crédit de 1 500 f. ouvert conditionnellement par M. le Ministre de l'Intérieur depuis le mois d'Avril dernier.

Je vous prie, M. le Sous-Préfet, de me faire connaître le plus promptement possible les dernières résolutions du Conseil Municipal de Boussac sur la condition de l'allocation de ce crédit.

Le 7 Juillet 1842, le Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE, écrit au Préfet

 

Monsieur le Préfet

J'ai l'honneur de vous adresser la nouvelle délibération du Conseil Municipal de Boussac relativement aux tapisseries du château. Elle a été prise en conformité de votre lettre du 15 Juin dernier.

Ainsi que vous le verrez, le Conseil a maintenu sa première délibération. Une pétition doit être, m'a-t-on dit, adressée directement au Ministre pour exposer le peu de fonds dont la ville peut disposer.

Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le 8 Juillet 1842, le Ministre de l'Intérieur écrit au Préfet

 

Objet : la commune et le département doivent concourir aux dépenses de conservation.

 

Monsieur le Préfet

Lorsque dans ma lettre du 29 Avril dernier, je mettais pour condition à l'allocation définitive des fonds que j'ai accordés pour les tapisseries de Boussac et que la commune ou le département prendraient part à cette dépense, j'entendais que l'un et l'autre devaient y concourir ; une somme peut être prélevée par vous pour cet objet sur les 2 000 f. votés par le Conseil Général pour les monuments du département.

Les tapisseries conservées au château de Boussac sont considérées comme un Monument historique, puisque les fonds que j'ai alloués pour leur conservation, sur avis de la Commission des Monuments historiques, doivent être imputés sur le crédit de ces Monuments.

Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

Le 23 Septembre 1842, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE

 

Objet : Avis d'une subvention pour le château de Boussac et l'église de Chambon.

 

M. le Sous-Préfet

Je viens de faire la répartition de la subvention de 2 000 f. comprise au budget départemental de l'exercice courant et destinée aux édifices considérés comme monuments historique.

Le château de Boussac a été compris dans cette répartition pour la somme de 200 f., et l'église de Chambon pour celle de 300 f.

Je vous prie d'en informer, M. le Sous-Préfet, les maires de ces deux communes en les prévenant que la somme qui leur a été respectivement accordée sera mise à leur disposition lorsqu'ils m'auront fait parvenir un certificat de l'architecte chargé de surveiller l'emploi de ladite somme, constatant que les travaux auxquels elle est affectée sont en cours d'exécution.

 

Le 29 septembre 1842, l’architecte Morin effectue les relevés suivants :

 

 

 

 L'Odorat

 

 

L'Ouïe et Pavie (ex Le Toucher)

Esquisses des tapisseries et boiseries servant à la décoration de la grande salle.

 

 

 

Le Goût, La Vue et Le Toucher-La Tente

Esquisse des tapisseries et boiseries servant à la décoration de la salle à manger.

 

Paris, Médiathèque du patrimoine, 0082/023.

 

Les boiseries ont été ajoutées au milieu du XVIIIe siècle, sous Louis XV.

 

Le 25 Novembre 1842, le Ministère de l'Intérieur écrit au Préfet

 

Monsieur le Préfet

Par ma lettre du 8 Juillet dernier, je vous avais autorisé à employer une partie des deux mille francs votés par le Conseil Général pour les Monuments historiques du département de la Creuse au complément des travaux nécessaires à la conservation des tapisseries de Boussac pour lesquelles j'avais alloué une somme de 1 500 francs.

Veuillez me faire savoir où en est cette affaire, et hâter l'exécution de ces travaux qu'il est urgent d'entreprendre pour éviter de nouveaux dégâts.

Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

Le 3 Décembre 1842, le Préfet écrit au Ministre de l'Intérieur

 

M. le Ministre

J'ai reçu la dépêche de Votre Excellence en date du 25 Novembre dernier, relative aux tapisseries du château de Boussac, je m'empresse d'y répondre et de vous transmettre les renseignements qu'elle a pour objet.

Jusqu'à la réception de votre lettre du 8 Juillet dernier, je n'ai pas cru devoir affecter aux tapisseries de Boussac aucune partie de la subvention départementale de 2000 f., pour les motifs suivants :

1°. Le Conseil Général de ce département n'avait pas désigné ces tapisseries comme devant participer à cette subvention et je devais penser qu'elle appartenait exclusivement aux édifices désignés dans son procès-verbal, dont extrait est ci-joint.

2°. La commune de Boussac, malgré l'offre si avantageuse que vous lui avez faite et mes efforts pour qu'elle 'acceptât, persistait à garder ces tapisseries et refusait de remplir la condition imposée à la subvention de 1 500 f. que vous lui promettez par votre dépêche du 29 Avril dernier.

Dans ces circonstances, la séance du Conseil Général s'est ouverte, j'avais à lui présenter le résultat des sacrifices que s'imposaient les communes subventionnées dans leurs demandes pour leurs édifices, de nouveaux secours qu'il a accordés ; à ce sujet je ne pouvais pas lui taire la répartition que j'avais faite de son crédit de 2 000 f. dans laquelle le château et les tapisseries de Boussac participaient pour 200 f. : somme égale à celle votée par le Conseil Municipal. Cette attribution n'a donné lieu à aucune réclamation de la part du Conseil Général, mais quelques-uns de ses membres qui connaissent ces tapisseries et leur état de détérioration ont pensé que leur restauration était impossible et que les dépenses qui seraient faites à ce sujet ne pouvaient garantir la conservation et la durée.

En accordant à la ville de Boussac une somme de 200 f., j'ai rempli, je pense, autant que me le permettait l'insuffisance du crédit pour les besoins si nombreux et si urgents de dix édifices, les instructions exprimées par votre dépêche du 8 Juillet dernier, et si Votre Excellence veut bien affranchir la commune de Boussac de la condition ex/imprimée par sa dépêche du 29 Avril dernier (condition qu'elle ne peut remplir puisque aujourd'hui cette commune a un passif de plus de 10000 f.), et réaliser dans la Caisse municipale la somme de 1 500 f promise alors, je ferai, sur le premier avis qu'elle voudra bien m'en donner, toutes les dispositions convenables pour la restauration de ces tapisseries par les ouvriers les plus habiles et les manufactures d'Aubusson.

(deux mots illisibles), M. le Ministre, que les ouvriers des principaux fabricants que j'ai consultés sur les réparations à faire aux tapisseries de Boussac m'ont assuré qu'il serait difficile d'employer 1 500 f. à une restauration, sans altérer les objets qu'elle représente.

Le 5 Décembre 1842, le Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE, écrit au Préfet

 

Objet : accusé de réception de 2 mandats

 

Monsieur le Préfet

En conformité de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 2 de ce mois, je viens vous accuser réception de deux mandats, l'un de la somme de 200 f. pour le château de Boussac, l'autre de 300 f. pour l'église de Chambon.

Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le 9 Décembre 1842, le Ministre de l'Intérieur écrit au Préfet

 

Objet : Ordre de mettre les travaux à exécution.

 

Monsieur le Préfet

Les 200 francs que vous avez accordés sur les fonds départementaux joints à une somme égale votée par le Conseil Municipal et aux 1 500 francs que j'ai accordés forment au total 1 900 francs avec lesquels vous pouvez faire effectuer immédiatement les travaux urgents aux tapisseries de Boussac.

Il ne s'agit pas d'employer toute cette somme à des raccommodages dans l'étoffe mais de redoubler les tapisseries de toile neuve, de les tendre sur des châssis pour les isoler de la muraille et enfin de suivre les indications d'un devis qui a été approuvé par la Commission de Monuments historiques en ce qui concerne ces tapisseries.

 

Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

Le 15 Décembre 1842, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE

 

Objet : Tapisseries du château de Boussac
Mesures à prendre pour leur conservation.

 

M. le Sous-Préfet

Sur l'avis que j'ai donné à M. le Ministre de l'Intérieur,
qu'indépendamment des 1 500 f. qu'il a promis et de 200 f. votés par le Conseil Municipal de Boussac, j'avais annoncé une somme de 200 f. sur le crédit départemental pour la restauration des tapisseries du château, il vient de me répondre que je pouvais faire effectuer immédiatement les travaux que comportent ces tapisseries ; qu'il ne s'agit pas d'employer toute cette somme à des raccommodages dans l'étoffe mais de redoubler les tapisseries de toile neuve, de les tendre sur des châssis pour les isoler des murs, et enfin de suivre les indications d'un devis qui a été approuvé par la Commission de Monuments historiques en ce qui concerne ces tapisseries.

Ce devis ne m'a jamais été communiqué, il ne m'a été adressé de devis que pour les travaux du château et le document est resté au ministère.

Si le devis dont par le M. le Ministre est à votre disposition, je vous prie de me l'adresser ; dans le cas contraire, il conviendrait que l'autorité locale appelât un des plus habiles ouvriers d'Aubusson pour faire dresser dans le sens des indications prescrites par M. le Ministre de l'Intérieur, un état estimatif de tous les ouvrages propres à assurer la restauration complète et la conservation de ces tapisseries. Cet état me sera envoyé et je vous ferai connaître ultérieurement quel usage il devra en être fait.

Veuillez bien, M. le Sous-Préfet, vous concerter avec l'autorité locale pour l'exécution de la première mesure qui fait l'objet de cette lettre.

PS. J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint, avec mon approbation, la délibération du Conseil Municipal de Boussac, contenant le vote de 200 f. pour les tapisseries dont il s'agit.

Le 20 Décembre 1842, le Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE, écrit au Préfet

 

Monsieur le Préfet

En conformité de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 15 de ce mois, je vous adresse ci-joint le devis de réparation pour la restauration des tapisseries du château de Boussac dont vous a parlé M. le Ministre.

Je vous prie de vouloir bien me le renvoyer aussitôt que vous en aurez pris communication et qu'il ne vous sera plus nécessaire, M. le Maire n'en ayant pas un double, ne pourrait mettre à exécution les dispositions de votre lettre précitée, avant de l'avoir reçu.

Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur.

 

Pour le Sous-Préfet en tournée, l'Adjoint délégué au Maire de Boussac A. Peyrot

 

Le 27 Décembre 1842, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE

 

Objet : Tapisseries du château de Boussac Mesures à prendre à ce sujet.

 

M. le Sous-Préfet

J'ai reçu, avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 20 de ce mois, le devis des ouvrages à exécuter pour la restauration des tapisseries qui garnissent deux pièces du château de Boussac.

L'exécution de ce devis, du moins celle de la première partie, satisferait aux intentions de M. le Ministre de l'Intérieur qui sont rappelées dans la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire le 15 de ce mois et pour atteindre ce but il conviendrait que M. le Maire de Boussac, de concert avec vous, fit appeler un ouvrier habile de la manufacture d'Aubusson pour traiter avec lui, sous l'approbation du Conseil Municipal, de la vôtre et enfin de la mienne, pour la complète restauration de ces tapisseries.

Aussitôt après l'envoi et l'approbation du marché, la subvention du gouvernement sera mise à la disposition de l'autorité locale comme l'ont été déjà l'allocation de 200 f. par le Conseil de la commune et le secours de 200 f. imputé sur le crédit départemental, le tout formant un crédit de 1 900 f. qui doit suffire au moins aux réparations projetées.

 

Je vous prie, M. le Sous-Préfet, de n'apporter aucun retard dans l'exécution des dispositions contenues en la présente lettre.

PS. Ci-joint le devis qui accompagnait votre lettre du 20 Décembre 1842

04 Janvier 1843

Séance extraordinaire à une heure de l'après-midi
(Maire : Vincent NARBONNE)

 

Exposé du Maire :

- 3 subventions soit un total de 1 900 f.

- devis M. MORIN : 5 000 f.

- des dépenses communales sont nécessaires (réparations à la caserne de gendarmerie pour 869, 18 f.) (ouverture d'une rue menant au château : 2 000 f. prévus)

- la ville est en débit de 15 000 f.

Sur cet exposé, le Conseil délibérant :  

- vu les délibérations antérieures ;

- vu le devis de M. Morin, architecte, du 31 Mars 1842 ;

- vu les lettres de M. le Sous-Préfet des 15 et 27 Septembre 1842 ;

- déterminé par tous les motifs ci-dessus développés,

 

- est d'avis à l'unanimité que c'est le cas de solliciter de M. le Ministre de l'Intérieur un second de 1 000 f., avec l'offre que fait le Conseil de pourvoir par un vote du surplus des fonds que nécessiteront ces dépenses, bien convaincu que Son Excellence si bien disposée dans l'intérêt des beaux arts ne se refusera pas à cette nouvelle demande dont l'objet se recommande à toute sa bienveillance.

Le 10 Janvier 1843, en séance de la Commission des Monuments historiques, Prosper Mérimée présente des rapports sur Chambon, Bénévent l'Abbaye et Boussac.

 

Le 11 Janvier 1843, le Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE, écrit au Préfet

 

Monsieur le Préfet

Conformément à votre lettre en date du 27 Décembre 1842, M. le Maire de Boussac et moi, nous nous sommes mis en mesure de faire réparer les tapisseries du château et il doit être écrit dans ce sens à des manufacturiers de Clermont, Montluçon, Aubusson. Les salles comme vous le savez où se trouvent ces tapisserie sont en assez mauvais état ; les plafonds menacent de crouler, il y a des nids à rats en immense quantité. La réparation matérielle des tapisseries ne servirait qu'à peu de chose si on ne détruisait pas les causes de destruction ; en outre, pour réparer les tapisseries, il faudra les détendre et les replacer. D'ici à peu d'années, si l'on veut réparer la salle, il faudra recommencer l'opération. Un devis avait donc été fait pour la complète restauration de ces deux salles. Le devis, celui que vous connaissez, a été approuvé au Ministère et envoyé directement ici : on a donné des fonds pour la première partie de la dépense, en différant le reste ; cependant je crois qu'il serait d'une bonne administration d'exécuter le tout en même temps.

Le Conseil Municipal de Boussac l'a tellement sentie qu'il a pris une délibération que je vous envoie ci-joint, dans laquelle il s'engage à faire exécuter le devis en entier, la Commission des monuments veut, outre les 1 500 f., lui donner encore 1 000 f. ou bien 500 f. en 1843 et 500 f. en 1844.

Je viens vous prier, Monsieur le Préfet, d'appuyer ce projet auprès du Ministre, de tous vos efforts.

Je sais que la Commission ne doit voir que la conservation du monument qu'elle veut conserver, c'est pour cela que j'insiste.

Le château de Boussac a été autrefois très important ; on trouve dans La Thomassière, ou la coutume du Berry, des détails très curieux : son importance est plutôt historique que monumentale. Il appartient actuellement à la ville de Boussac qui, avec ses faibles ressources, fait les réparations les plus urgentes. Une dépense de près de 1 000 f. vient d'être votée pour en restaurer certaines parties ; un projet de plus de 2 000 f. sera mis encore l'année prochaine en exécution. Les salles les mieux conservées sont celles où se trouvent les tapisseries et comme je l'ai dit plus haut il y a grand besoin de réparations. La commune, malgré le déficit de son budget, en considération des 1 500 f. accordés par le Gouvernement s'engage à faire exécuter le devis ci-joint sous les conditions citées plus haut. Si les 1 000 f. sont refusés, les tapisseries seront réparées, il est vrai, mais elles ne seront pas en sûreté.

Si j'insiste autant sur cette demande de fonds, c'est que je suis convaincu de l'importance de ces tapisseries au point de vue historique et monumental. M. Mérimée, Inspecteur général des Monuments historiques, qui a bien voulu appuyer et nous faire obtenir la première demande de fonds, partagera, je pense, complètement mon opinion.

Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur.

le 14 Janvier 1843, le Préfet de la Creuse écrit au Ministre de l'Intérieur

 

M. le Ministre

En conformité de la dépêche de Votre Excellence en date du 9 Décembre dernier, j'ai prescrit à l'autorité locale de Boussac la restauration des tapisseries qui garnissent deux pièces du château de cette ville, en suivant à cet effet les indications d'un devis approuvé par la Commission des Monuments historiques.

Les recommandations que j'ai adressées à ce sujet datent du 15 Décembre dernier, et je viens d'apprendre que lorsqu'on s'est mis en devoir d'en suivre l'exécution, il a été reconnu qu'on ne pouvait plus différer les travaux de réparations comprise dans la seconde partie du devis (c'est-à-dire celle des murs, des plafonds et boiseries) sans exposer les tapisseries à de nouvelles et promptes dégradations par la multitude des rats qui trouvent une retraite dans les murs lézardés et les boiseries vermoulues.

La dépense de ces travaux a été estimée par le devis déjà soumis à votre examen, à la somme de 2 300 f. ; cette somme sera au moins indispensable pour la restauration complète des pièces du château que garnissent ces tapisseries ; mais la situation financière de la ville ne lui permet pas de pourvoir à la totalité de cette dépense, elle sollicite un nouveau secours de 1 000 f. pour les travaux dont je viens de parler.

J'ai l'honneur de transmettre à Votre Excellence la délibération prise à ce sujet par le Conseil Municipal de Boussac, en lui donnant l'assurance que cette ville ne peut parvenir avant plusieurs années à mettre ses dépenses au niveau de ses revenus car elle a un passif de 10 000 f., résultat de l'acquisition qu'elle a faite de ce château et de ses dépendances.

Je m'associe bien sincèrement au vœu exprimé par le Conseil Municipal de Boussac et prie instamment Votre Excellence de vouloir bien lui accorder le nouveau secours qu'elle sollicite.

Le 14 Janvier 1843, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Prosper BRUGIÈRE de BARANTE, (Léon-Victor MOUZARD-SENCIER est nommé ce même jour)

 

Objet : Château et tapisseries de Boussac.

 

M. le Sous-Préfet

D'après la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le Il de ce mois et les considérations décrites dans la délibération du Conseil Municipal de Boussac relativement au château de cette ville et aux tapisseries qui le garnissent, j'écris par ce courrier à M. le Ministre de l'Intérieur pour le prier d'accorder un nouveau secours de 1 000 f. qui serait consacré à la restauration des deux pièces, et autres s'il est possible, de ce bâtiment.

Je désire que cette démarche obtienne tout le succès désirable. Je serai dans tous les cas très empressé de vous communiquer la réponse qui me parviendra à ces sujets.

Le 3 Février 1843,le Ministre de l'Intérieur écrit au Préfet

 

Objet : La ville devait faire la totalité de la dépense, cependant l'affaire sera examinée de nouveau.

 

Monsieur le Préfet

Jusqu'ici dans ma correspondance avec vous, j'avais toujours eu soin de vous faire observer que les fonds que j'accordais à la ville de Boussac étaient uniquement alloués pour la restauration des tapisseries que renferme le château et je vous avais fait connaître que je n'entendais en rien prendre à ma charge les réparations que réclamait le château lui-même. La lettre que vous m'avez adressée le 14 Janvier ne peut modifier la décision que j'ai prise à cet égard, car si vous voulez bien vous faire représenter ma dépêche du 9 Décembre dernier, vous verrez que je vous expliquais que la somme allouée sur les fonds des Monuments historiques était destinée non seulement à des raccommodages dans l'étoffe, mais aussi à redoubler les tapisseries de toiles neuves et à les tendre sur des châssis pour les isoler de la muraille. Vous concevez dès lors que je ne puis prendre part aux dépenses qu'occasionneront les réparations des murs et boiseries sur lesquelles elles sont appliquées.

Toutefois, pour vous donner une preuve de l'intérêt que je témoigne à cet objet d'art, je ferai de nouveau passer votre demande sous les yeux de la Commission et dans le cas où elle me proposerait une modification à son rapport de l'année dernière, je prendrai une décision dont je vous donnerai avis immédiatement.

Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

 

Le 17 Février 1843, le Ministre de l'Intérieur écrit au Préfet

 

Objet : L'allocation pour la tapisserie ne sera ordonnée que si les 1 500 f. accordés ont été employés conformément aux prescriptions du Ministre de l'Intérieur.

 

Monsieur le Préfet

Ainsi que je vous le promettais dans ma lettre du 3 Février dernier, j'ai soumis de nouveau à la Commission les pièces relatives aux tapisseries et château de Boussac. D'après le rapport que vient de m'adresser la Commission, je persiste dans les conclusions de ma dépêche du 3, et je n'ordonnancerai les 1 500 francs, accordés sur l'exercice 1842, que sur l'envoi d'un état régulier des travaux, constatant que les fonds ont été employés conformément à mes prescriptions.

Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

 

Le 1er Mars 1843, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Léon-Victor MOUZARD-SENCIER

 

M. le Sous-Préfet

Le Conseil Municipal de la commune de Boussac demandait par une délibération du Il Janvier dernier un nouveau secours sur le fonds des Monuments historiques pour la restauration des murs intérieurs du château sur lesquels doivent être placées les tapisseries qui en garnissent une pièce.

J'ai transmis le vœu du Conseil à M. le Ministre de l'Intérieur en l'appuyant avec intérêt, mais je viens d'être informé par sa dépêche du 17 du mois courant qu'il ne peut prendre aucune part à la dépense de la réparation soit des murs soit des boiseries sur lesquelles doivent être appliquées les tapisseries.

Il ajoute au surplus qu'il n'ordonnancera les 1 500 f. qu'il a promis que sur l'envoi d'un état régulier des travaux de restauration de ces tapisseries constatant que les fonds ont été employés conformément à ses prescriptions.

Elles sont rappelées dans mes lettres des 15 et 27 Décembre dernier que je vous prie de vouloir vous faire représenter.

Veuillez bien, M. le Sous-Préfet, recommander à M. le Maire de Boussac le plus grade célérité dans l'exécution des travaux de restauration dont il s'agit, de plus longs retards exposeraient inévitablement la commune à perdre le secours qu'elle a obtenu et à perdre aussi la possibilité d'assurer la conservation de ces curieuses tapisseries.

24 Mars 1843

Séance extraordinaire à deux heures de l’après-midi,

(Maire : Vincent NARBONNE)

 

Le Maire expose :

  - que sur la demande pressante de M. le Sous-Préfet, des réparations urgentes et utiles sont à faire aux appartements qu'il occupe au château de Boussac ; il a fait rédiger un devis estimatif de ces réparations par M. Morin architecte s'élevant à la somme de 196 francs 30 centimes ;

- que les réparations étaient indispensables et que ce chiffre n'était pas très exagéré.

- Il demande au Conseil de voter les réparations et la somme de 196 francs 30 centimes pour y faire face, par addition au budget de l'exercice courant.

- Il demande également l'autorisation de faire faire des réparations par voie d'économie et (1 mot illisible) sous la surveillance de deux membres commis à cet effet, et de l'architecte de la commune, M. Morin.

— Le Conseil délibérant, vu l'exposé qui précède et le devis dressé par M. Morin, attendu que les réparations désirées sont utiles et urgentes, attendu que c'est le cas d'autoriser M. le Maire à les faire faire par voie d'économie, vote ces réparations et la somme de 196 francs 30 centimes pour y faire face ; désigne M. Peyrot adjoint et M. Desfosses-Lagravière pour de concert avec M. Morin architecte (4 mots illisibles) surveiller l'exécution des travaux, à faire par voie d'économie et le plus promptement possible.

(M. Morin avait été chargé par convention arrêtée le 31 Octobre 1841 de faire le plan de la ville et commune de Boussac, conformément à l'instruction ministérielle en exécution de l'article 52 de la loi du 16 septembre 1807 et d'y joindre un projet de nivellement général, ce pour les premiers jours de l'année 1849 au plus tard, pour une rémunération de 400 francs.)

Le 22 Avril 1843, le Sous-Préfet de Boussac, Léon-Victor MOUZARD-SENCIER, écrit au Préfet

 

Monsieur le Préfet

Le 11 Janvier dernier, mon prédécesseur vous a adressé, avec une délibération du Conseil Municipal de Boussac portant demande d'un nouveau secours de 1 000 f. sur les fonds des monuments historiques pour la restauration des murs intérieurs du château sur lesquels doivent être placées les tapisseries, le devis des réparations proposées qui ne forme qu'un seul cahier avec celui des tapisseries. Par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 1 er Mars suivant vous me faites connaître la décision de M. le Ministre ; mais vous ne me renvoyez pas ce devis dont j'ai parlé. M. le Maire de Boussac ayant besoin de cette pièce, je vous prie, Monsieur le Préfet, d'être assez bon pour vouloir bien le la faire parvenir le plus tôt possible.

Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le Sous-préfet en tournée,

Le membre du conseil d'arrondissement délégué, A. Peyrot

La lettre est accompagnée de la copie de la facture des travaux prévus par M. Morin.

Le 25 Juillet 1843, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Léon- Victor M0UZARD-SENCIER

 

M. le Sous-Préfet

J'avais eu l'honneur de vous mander le premier Mars dernier que l'ordonnancement des 1 500 f. promis par M. le Ministre de l'Intérieur pour la restauration des tapisseries du château de Boussac ne pouvait avoir lieu qu'après l'envoi d'un état régulier constatant que cette subvention a été employée d'une manière conforme aux prescriptions ministérielles rappelées dans mes lettres des 15 et 27 Décembre dernier.

Je dois croire aujourd'hui, M. le Sous-Préfet, que ces travaux sont achevés et que vous devez être en mesure d'en justifier ainsi qu'il est exigé.

Je vous prie donc de vouloir bien ne mettre aucun retard à satisfaire à l'objet de ma lettre précitée, de plus longs délais pourraient compromettre le crédit promis à la ville de Boussac.

Le 25 Août 1843, le Ministre de l'Intérieur écrit au Préfet

 

Objet : demande de pièces

 

Monsieur le Préfet

Par ma lettre du 17 Février 1843, je vous ai désigné de nouveau l'emploi du crédit de 1 500 f. alloué pour travaux aux tapisseries de Boussac sur l'exercice 1842. Il conviendrait que vous me fassiez parvenir l'état justificatif que je vous demandais avant le 10 Septembre pour éviter l'annulation de cette allocation qui deviendrait inévitable si je n'avais pas pu la faire ordonnancer dans le délai prescrit dans les lois de finances.

Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

Le 29 Août 1843, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Léon-Vidor MOUZARD-SENCIER

 

M. le Sous-Préfet

Le 25 Juillet dernier, je réclamais avec de nouvelles instructions la justification de l'emploi d'un secours de 1 500 f. promis à la ville de Boussac pour la restauration des tapisseries qui garnissent le château propriété communale aujourd'hui.

Ce document vient d'être réclamé par M. le Ministre de l'Intérieur suivant sa dépêche du 25 de ce mois et s'il ne lui parvient au plus tard avant le 10 Septembre du mois prochain le crédit de 1 500 f. qu'il avait ouvert à la ville sera annulé.

Veuillez bien, M. le Sous-Préfet, communiquer cette lettre à M. le Maire de Boussac et l'inviter de la manière la plus pressante à prévenir la préemption de ce crédit par l'envoi le plus prompt de l'état définitif réformé?, envoi qui devrait m'être fait au plus tard le 6 ou le 7 Septembre prochain.

Le 2 Septembre 1843, le Sous-Préfet de Boussac, Léon-Victor MOUZARD-SENCIER, écrit au Préfet

 

Monsieur le Préfet

J'ai l'honneur de vous transmettre l'état justificatif de l'emploi du secours de 1 500 f. à la réparation des tapisseries du château de Boussac que vous me demandez de nouveau par votre lettre du 29 du mois dernier.

Je vous prie, Monsieur le Préfet, d'être assez bon pour le faire parvenir à M. le Ministre.

Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le 6 Septembre 1843, le Préfet écrit au Ministre de l'Intérieur

 

M. le Ministre

Je viens de recevoir et m'empresse de le transmettre à Votre Excellence, l'état des travaux exécutés pour la conservation des tapisseries de Boussac. Cet état est ci-joint ; il constate également que de notables réparations ont été faites dans la pièce où sont placées ces tapisseries mais la ville de Boussac a pourvu à cet objet de dépense.

Les conditions que Votre Excellence avait imposées à cette ville en lui accordant une subvention de 1 500 f. se trouvant remplies, je vous prie de vouloir bien mettre à ma disposition la somme de 1 500 f. qu'elle a bien voulu lui promettre par sa dépêche des 3 et 17 Février dernier.

Le 15 Septembre 1843, le Ministre de l'Intérieur écrit au Préfet

 

Objet : Tapisseries de Boussac et église de Fursac

 

avis d'ordonnancement de 1 500 f et de 2 000 f., exercice 1842

Monsieur le Préfet

Je viens de faire mettre à votre disposition la somme de 1 500 francs allouée pour la restauration des tapisseries du château de Boussac et celle de 2 000 francs accordée pour les travaux de l'église St Pierre de Fursac, sur le crédit des Monuments historiques, exercice 1842.

Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

Le 19 Septembre 1843, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Léon- Victor MOUZARD-SENCIER

 

M. le Sous-Préfet

Je m'empresse de vous informer que par sa dépêche en date du 15 de ce mois, M. le Ministre de l'Intérieur me donne avis qu'il vient de mettre à ma disposition la somme de 1 500 f. allouée pour la restauration des tapisseries du château de Boussac.

Je serai donc prochainement à même d'expédier le mandat de cette somme, mais je ne dois vous le transmettre que lorsque vous m'aurez fait parvenir un certificat dûment légalisé par vous constatant que les travaux que comporte la restauration de ces tapisseries sont terminées et réussis.

Veuillez bien, M. le Sous-Préfet, réclamer ce document de M. le Maire de Boussac et me le faire parvenir sans retard.

Le 18 Octobre 1843, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Léon-Victor MOUZARD-SENCIER

 

Urgent

 

M. le Sous-Préfet

En vous faisant connaître, le 19 Septembre que M. le Ministre de l'Intérieur venait de mettre à ma disposition la somme de 1 500 f. allouée pour la restauration des tapisseries de Boussac, je vous disais que je ne pouvais vous transmettre le mandat que lorsque vous m'auriez fait parvenir un certificat légalisé par vous constatant que les travaux que comporte la restauration de ces tapisseries sont exécutés ou en cours d'exécution.

Je n'ai point encore reçu ce certificat et cependant l'époque où les mandats de l'exercice 1842 ne pourront plus être acquittés approche rapidement.

Vous n'ignorez pas, M. le Sous-Préfet, que les mandats de 1842 périmeront le 31 Octobre.

Je vous prie donc de me transmettre sans aucun retard le certificat exigé afin que je puisse vous expédier le mandat qui devra être présenté à la caisse du Payeur à Guéret avant l'expiration du mos. Il ne peut être acquitté à Boussac après le 20.

Le 21 Octobre 1843, le Sous-Préfet de Boussac, Léon-Victor MOUZARD-SENCIER, écrit au Préfet

 

Affaire terminée

 

Monsieur le Préfet

Je m'empresse de vous transmettre le certificat légalisé par moi, constatant que les travaux que comporte la restauration des vieilles (mot souligné) tapisseries du vieux (mot souligné) château de Boussac sont en cours d'exécution.

Rien, je pense, ne s'opposera plus maintenant à ce que le mandat de la somme de 1 500 f. allouée par le Ministre pour la restauration des tapisseries nous soit délivré.

Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma haute considération et de mon respectueux dévouement.

Le 28 Octobre 1843, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, MOUZARD-SENCIER

 

Objet : Envoi d'un mandat de 1 500 f.


Affaire terminée

 

Urgent

 

M. le Sous-Préfet

 

J'ai l'honneur de vous adresser le mandat de 1 500 f. destiné à la restauration des tapisseries de Boussac. J'y joins le certificat constatant que les travaux sont en cours d'exécution, après l'avoir visé.

Il appartient actuellement au Receveur municipal de Boussac de prendre d'urgence (mot souligné) des mesures pour que ce mandat soit présenté à la caisse du payeur à Guéret avant l'expiration de ce mois.

 

31 Octobre 1843

Contrat pour le marché de restauration des tapisseries et
des deux salles du château

 

entre le Maire de Boussac, Vincent Narbonne d'une part et « les messieurs  Pierre Maingonnat et Guillaume Maume, tous les deux fabricants de tapisseries, demeurant séparément en la ville d'Aubusson, d'autre part »

 

Ont fait les conventions suivantes, en conséquence de la lettre de M. le Préfet du 27 Septembre 1842 :

 

Messieurs Pierre Maingonnat et Maume s'obligent conjointement et solidairement :

 

 - à réparer convenablement les murs intérieurs du grand salon du château sur lesquels doivent être établies les boiseries encadrant les tapisseries monumentales qui décorent ce salon ;

- de refaire à neuf les boiseries pour être substituées à celles qui encadrent actuellement ces tapisseries, et qui sont entièrement vermoulues et hors de service ;

 - à réparer la grosse poutre transversale et de soutènement dudit salon, laquelle poutre est fortement endommagée et menace ruine ;

- de peindre à neuf les nouvelles boiseries pour les mettre en harmonie avec les tapisseries qu'elles encadrent ;

- et enfin de réparer et restaurer convenablement les trois grandes pièces de tenture de tapisserie qui oment le grand salon, d'en opérer la dépose et le transport à leur manufacture d'Aubusson, et cette restauration terminée, d'en opérer le retour à Boussac et la repose dans les nouveaux cadres qu'ils auront fait confectionner et le tout avec le plus de goût et de soin possible.

Tous ces travaux devront être entièrement confectionnés et parachevés fin de Juillet prochain ; ils s'obligent à toutes les garanties dont sont tenus les entrepreneurs de travaux publics ; et (un mot illisible) le présent marché est fait pour et moyennant le prix et somme de dix neuf cents francs sans remises. Laquelle somme sera payée sur les fonds à ce destinés, après l'approbation de monsieur le Préfet et immédiatement après la repose des tapisseries et la réception de tous les travaux ci-dessus prévus, par monsieur l'architecte de la ville et par monsieur le Maire. Ce dernier n'aura à payer aucune somme quelconque pour quelle que somme que ce soit, hors le prix ci-dessus prévu.

Fait à Boussac le trente un Octobre mil huit cent quarante trois, double sous les seings privés des parties : Pierre Maingonnat, Guillaume Maume et Vincent Narbonne.

Ce document sera ensuite annoté et signé à Boussac le 3 Juillet 1844, par Léon Mauzat-Sencier, Sous-Préfet, puis à Guéret, le 6 Septembre 1844, par François-Désiré-Édouard Delamarre, Préfet de la Creuse.

 

(note : mariage du 14 Novembre 1808 : Guillaume Maume, fabricant de tapisseries, 23 ans, Aubusson, fils de Antoine Maume, gendarme, Aubusson, et de Marie Mangonnat.)

 

14 Juillet 1844

Séance extraordinaire à une heure de l'après-midi,
le Maire étant absent

 

Exposé de l'Adjoint, Alexandre MAUGENEST :

- devis de M. Morin inférieur à la réalité : (« cet architecte qui possède toutes les connaissances de son art, mais qui n'est pas familier sans doute avec celui concernant la fabrique et le raccommodage des tapisseries, a porté au devis un chiffre tellement inférieur à la dépense que le crédit ouvert pour cet effet a suffi à peine pour faire à la moitié de l'ouvrage, c'est-à-dire pour faire restaurer trois morceaux sur six. »)

- restauration possible de trois tapisseries sur six

 

Le Conseil est appelé à délibérer sur l'objet de l'exposé qui précède :

- considérant que la curieuse tapisserie qui décore le grand salon du château a acquis par les réparations qui viennent d'y être faites une grande valeur qui fait vivement désirer une opération semblable à celle qui décore la salle à manger.

- considérant que l'état de pénurie dans lequel se trouve la caisse municipale ne permet pas à la commune de supporter cette dépense qui excède de beaucoup les facultés pécuniaires du moment,

 

— prie en conséquence Son Excellence M. le Ministre de l'Intérieur d'accorder à la ville de Boussac une seconde subvention de 1 500 f. pour avec le secours départemental que voudra bien allouer le Conseil Général et les fonds qu'entend y affecter le Conseil Municipal, être employés à la réparation de la tapisserie tendue dans la salle à manger dépendant de l'appartement occupé par M. le Sous-Préfet.

Ampliation de la présente délibération sera transmise immédiatement à M. le Sous-Préfet qui est également prié de lui donner les suites dont elle est susceptible.

 

Le 30 Juillet 1844, le Sous-Préfet de Boussac, Léon-Victor MOUZARD-SENCIER, écrit au Préfet

 

Monsieur le Préfet

J'ai l'honneur de soumettre à votre approbation un traité passé entre M. le Maire de Boussac et les sieurs Maingonnat et Maume, manufacturiers d'Aubusson, pour la restauration des tapisseries du château.

Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le 6 Novembre 1844, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Boussac, Léon-Victor MOUZARD-SENCIER

 

Restauration : approbation d'un traité

 

M. le Sous-Préfet

J'ai l'honneur de vous renvoyer, revêtu de mon approbation, le traité passé entre M. le Maire de Boussac et les messieurs Maingonnat et Maume, manufacturiers d'Aubusson, pour la restauration des tapisseries du château de Boussac.

1844 : première apparition de La Dame à la licorne dans l’œuvre de George Sand : Jeanne, son premier roman composé pour la publication en feuilletons.

 

« La plus belle décoration de ce salon était sans contredit ces curieuses tapisseries énigmatiques que l'on voit encore aujourd'hui dans le château de Boussac, et que l'on suppose avoir été apportées d'Orient par Zizime et avoir décoré la tour de Bourganeuf durant sa longue captivité. Je les crois d'Aubusson, et j'ai toute une histoire là-dessus qui trouvera sa place ailleurs. Il est à peu près certain qu'elles ont charmé les ennuis de l'illustre infidèle dans sa prison, et qu'elles sont revenues à celui qui les avait fait faire ad hoc, Pierre d'Aubusson, seigneur de Boussac, grand-maître de Rhodes. Les costumes sont de la fin du XVe siècle. Ces tableaux ouvragés sont des chefs-d'œuvre, et, si je ne me trompe, une page historique fort curieuse.

Le reste de l'ameublement du grand salon de Boussac était, dès l'époque de notre récit, loin de répondre, par sa magnificence, à ces vestiges d'ancienne splendeur. »

07 Juillet 1845

Séance extraordinaire à deux heures de l’après-midi

(Maire : Vincent NARBONNE)

 

M. le Maire expose :

1- Que les tentures de tapisseries qui ornaient le petit salon du balcon du château, propriété de la ville, avaient il y a quelques années été détachées de leurs cadres pour faire place à des réparations intérieures de cet appartement et provisoirement déposées dans un placard ; que ces tapisseries ayant disparu, le bruit se répandit que M. Mouzard-Sencier, ancien Sous-Préfet, les avait emportées avec ses objets mobiliers, au mois d'Avril dernier, époque d'une courte apparition par lui faite en cette ville pour les emballer ; que lui Maire lui ayant donné avis de ce bruit, M. Mouzard-Sencier avait renvoyé par le courrier de Gouzon un morceau de tapisserie, sans enveloppe et avec une simple carte à son adresse ; il a été reconnu que ce morceau avait subi des coupures du haut et du bas et sur les côtés ; par suite des souvenirs de plusieurs membres du Conseil et d'après l'enquête faite séance tenante, il a été reconnu que le morceau renvoyé n'était qu'un fragment des tapisseries qui avaient décoré le petit salon du balcon, que toutes les autres parties avaient disparu ; qu'il était plus que probable que les parties manquantes avaient été emportées par M. Mouzard-Sencier.

Le Conseil ne voulant pas recevoir la partie renvoyée parce qu'elle avait été coupée et que les autres portions n'y étaient pas jointes, a pensé que c'était le cas de déposer provisoirement le morceau renvoyé aux archives de la Mairie et de prendre telles mesures que de droit pour la réintégration des autres morceaux indûment soustraits.

 

Sur quoi le Conseil délibérant :

- attendu qu'il est constant en fait que des tapisseries précieuses ornaient le petit salon du balcon ; que ces tapisseries qui avaient été détachées provisoirement de leurs cadres et déposées dans un placard, en ont été retirées par M. Mouzard-Sencier, sans autorisation ; que d'après son propre aveu, il avait fait un tapis de sol en la coupant de la partie que sur l'avis de M. le Maire, il lui a renvoyé, sans aucune précaution de conservation. ; qu'il ne saurait être douteux qu'il a retenu les morceaux qui manquent encore et qu'il retient indûment ;

- attendu qu'aux termes de l'article 1382 du Code civil par suite duquel tout fait quelconque de l'homme qui cause un dommage oblige celui-ci par lequel il est arrivé à le réparer,

— est d'avis que c'est le cas d'autoriser M. le Maire de Boussac à poursuivre, par toutes voies de droit et par devant tous les juges compétents, aux frais de la commune s'il y a lieu, M. Mouzard-Sencier, ancien Sous-Préfet de Boussac, aux fins d'obtenir la restitution des morceaux de tapisseries par lui soustraits au préjudice de la ville de Boussac et de le faire condamner en tous dommages et intérêts envers la commune lésée et à tout autre point de droit.

2- suite de l'exposé de M. le Maire :

- tapisseries restaurées entièrement : celles du grand salon de réception et celles du salon

- tapisseries restant à restaurer : celles de la salle à manger « qui en font l'ornement le plus précieux. »

 

Sur quoi, le Conseil délibérant :

- considérant que la salle à manger exige d'urgentes et indispensables
réparations, que les tapisseries qui l'ornent sont dans un tel état que pour les conserver, il importe de les restaurer le plus promptement possible ;

— vote à l'unanimité une somme de 200 f. pour réparer l'intérieur de cette salle à manger, en appelant de tous ses vœux le concours du département et de l'État en ce qui concerne la restauration des précieuses tapisseries qui décorent cette salle.

(en marge : expédié le 16 Juillet 1848 - écrit le 17 Juillet - écrit de nouveau le 23 Xbre 1845)

A propos de Léon-Victor MOUZARD-SENCIER

 

Léon-Victor Mouzard-Sencier (1816-1894) était un Parisien, sans aucune attache locale avec la Creuse. Il prenait, à 27 ans, possession de son premier poste dans l'administration préfectorale. Son adoption par le colonel Sencier, commandant de la Garde nationale à cheval après 1830, en fait l'héritier des Sencier et lui procure une certaine aisance. Il déclare posséder, à son arrivée à Boussac, un revenu privé de 9 000 francs.

« ... au-delà de ces questions administratives, la santé de notre jeune sous- préfète posait de graves problèmes à son mari. Elle s'adapte très mal au climat de la Creuse et paraît résider à Paris beaucoup plus souvent qu'à Boussac. Cela entraîne de très nombreuses absences de son époux. Ce dernier s'ouvre de ses états d'âme à Passy, sous-secrétaire d'État à l'intérieur. II lui écrit le 13 février 1844 pour lui demander ce qu'il doit faire : rester encore un certain temps à Paris auprès de son épouse ou regagner son poste ? Nous ne connaissons pas la réponse de cette Excellence, mais si Mouzard-Sencier revient à Boussac, c'est pour en repartir aussitôt. En effet il quitte Boussac le 2 mai, revient assurer le conseil de révision, regagne Paris le 15 juin, revient à son poste le 15 juillet et quitte à nouveau Boussac pour la capitale en août. Pendant ses absences, l'intérim est assuré par M. Peyrot, membre du Conseil d'arrondissement, lequel reçoit, pour prix de sa tâche, une indemnité de 100 francs par mois.

Tout cela, n'est pas du goût du préfet qui, le 10 février 1845, écrit au ministre de l'Intérieur : « M. Mouzard-Sencier qui, en août dernier, fut obligé de se rendre auprès de sa dame (sic) gravement malade, n'a point reparu à son poste depuis lors. Cela se conçoit car la santé de Mme Sentier s'est peu améliorée et réellement il n'était pas prudent de lui faire passer l'hiver sous un climat aussi âpre que celui de Boussac. Mais une absence aussi prolongée excite les plaintes des administrés et le conseil municipal de Boussac a eu la velléité de les formuler dans une délibération à laquelle le maire s'est formellement opposé. M. Sencier, à qui, différentes fois j'avais écrit pour l'engager à revenir à Boussac m'a répondu qu'il sollicitait un changement J'ai différé jusqu'à ce jour de prier Votre Excellence de bien vouloir inviter M. Sencier à rejoindre au moins momentanément son poste. Je ne puis me dispenser de vous faire connaître qu'il y aurait de graves inconvénients à laisser plus longtemps l'arrondissement de Boussac sans administrateur. D'un autre côté je ne dois pas dissimuler à Votre Excellence que les plaintes qui me sont parvenues sur les fréquentes absences des titulaires de cette sous-préfecture sont fondées et qu'il importe d'organiser d'une manière durable et régulière l'administration de cet arrondissement dont les intérêts ont été fort négligés jusqu'ici. »

La réponse du ministre fut rapide puisque le 6 avril 1845 Mouzard-Sencier était nommé sous-préfet de Sémur (Côte-d'Or). » (Jacques-François BÉGUIN, 1987)

 

Il fut :

- Sous-Préfet de Boussac (nommé le 14 Janvier 1843-1845). Au printemps 1845, le Maire de Boussac est nommé sous-préfet par intérim, puis remplacé par M. Lébraly, conseiller de préfecture, secrétaire-général de la Corrèze.

- Semur-en-Auxois (Côte-d'Or) : 1846. Il fait partie des personnalités présentes à la séance du 27 Avril 1846 où sont présentées les thèses de Charles-Louis Fourier ; son nom figure dans le rapport du commissaire de police.

- Clamecy (Nièvre) : 1849

- Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais) : 1850

- Valenciennes (Nord) : 1851

- Préfet de l'Aveyron (1853), de la Somme (1856), de la oire (1860), du Nord (1866) et du Rhône (1870) ; Directeur Général du Personnel (1868) et Conseiller d'État (1870).

Dans son livre Histoire des Préfets (Nouvelles Editions Latines, 1950), Pierre-Henry écrit page 187 : « Il se signale par une très féroce répression à la suite de l'attentat d'Orsini, en 1858. Il subit de dures épreuves à Lyon, au 4 Septembre, et dut d'avoir la vie sauve au procureur Andrieux, futur préfet de police de la République. » Ce Louis Andrieux (1840-1931) participe, comme procureur, à la répression de l'insurrection d'Avril 1871 qui secoue Lyon à la suite de la Commune de Paris. Ce coup d'éclat et son rapport parlementaire sur l'amnistie (partielle) des Communards lui valent d'être nommé Préfet de Police de Paris, après le triomphe des républicains en 1879. Il y fait preuve d'une rigueur sans faille. Il n'est autre que le père « naturel » de l'écrivain et poète Louis Aragon (1897-1982).

Début Septembre 1845 : George Sand, en excursion de trois jours à Boussac et aux Pierres Jaumâtres avec Frédéric Chopin et la famille de Pierre Leroux, visite le château. Elle n'évoque pas les tapisseries.

23 Janvier 1846

Séance extraordinaire à une heure de l'après-midi

(Maire : Vincent NARBONNE)

 

Lecture de l'arrêté du 12 Janvier du Conseil de la Préfecture couvrant le Sous-Préfet en vertu des « dispositions de l'article 75 de la loi du 22 Frimaire an 8 portant sur les agents du gouvernement autres que les ministres qui ne peuvent être poursuivis pour des faits relatifs à leurs fonctions, qu'en vertu d'une décision du Conseil d'État. »

 

Le Conseil, vu l'arrêté précité :

- considérant que le Conseil de Préfecture en motivant son arrêté sur les dispositions de l'article 75 de la loi du 22 Frimaire an 8 portant que les agents du gouvernement autres que les ministres ne peuvent être poursuivis pour des faits relatifs à leurs fonctions, qu'en vertu d'une décision du Conseil d'État ; et sur lequel d'après les faits impartis à M. Mouzard-Sencier, ancien Sous-Préfet de l'arrondissement de Boussac, celui-ci était couvert par la qualité d'agent du gouvernement, il s'ensuivait que la ville et commune de Boussac devait aux termes de l'article 75 précité se pourvoir devant la Conseil d'État pour obtenir l'autorisation demandée ; que la garantie exprimée par cette loi couvrait les agents du gouvernement poursuivis même par voie civile, à raison de faits ou d'actes commis par leur auteur dans l'exercice de ses fonctions et en arrêtant, en conséquence qu'il se déclarait incompétent, le Conseil de Préfecture a fait une fausse application des principes sur la matière ;

- considérant qu'en principe général il ne faut pas oublier l'autorisation préalable de poursuites n'est exigée que dans le cas où les faits sont relatifs aux fonctions des agents poursuivis, d'où il faut conclure que ces mêmes agents pourraient être poursuivis sans autorisation à raison des faits qui ne se rapporteraient pas à leurs fonctions. Telle est en effet la jurisprudence constante de la Cour de cassation et du Conseil d'État.

- considérant qu'il résulte formellement de la délibération du Conseil Municipal dudit jour 7 Juillet dernier que M. Mouzard-Sencier avait emprunté un morceau de tapisserie appartenant à la commune, que sur la demande de M. le Maire, il avait renvoyé ces tapisseries sans enveloppe, ayant subi des coupures du haut et du bas à l'effet d'en faire un tapis de pieds pour son usage personnel et en les détériorant totalement, qu'une semblable soustraction accompagnée de mutilation et de détérioration donnait évidemment le droit à la commune ainsi lésée dans sa propriété de revendiquer l'objet soustrait et mutilé à l'auteur du fait et d'obtenir de lui des dommages et intérêts résultant du préjudice par lui causé à la commune ;

- considérant qu'en coupant les tapisseries de la commune, qu'en les emportant après en avoir fait un tapis de pieds, M. Mouzard-Sencier n'a rien fait de relatif à ses fonctions d'agent du gouvernement ; que ses fonctions de Sous-Préfet sont en dehors et tout à fait étrangères à un acte privé, personnel et blâmable commis par M. Mouzard-Sencier ; que dès lors c'est à tort et en violant les principes et en faisant une fausse application des dispositions de l'article 75 de la loi du 22 Frimaire an 8, que le Conseil de Préfecture a décidé par son arrêté qu'il était incompétent et que la commune de Boussac était dans l'obligation préalable de se pourvoir devant la Conseil d'État avant toute poursuite contre le sieur Sancier ;

— est d'avis, à la majorité, qu'il y a lieu d'autoriser M. le Maire de Boussac à se pourvoir, au nom de la commune de Boussac, en Conseil d'État, en réformation de l'arrêté du Conseil de Préfecture pour cause de fausse application de la loi et par suite accorder à M. le Maire de Boussac
l'autorisation demandée par la délibération du 7 Juillet dernier.

 

(en marge : expédié le 29 janvier 1846)

Jean-François Bonnafoux, Tapisseries de Boussac, volées et réintégrées, p. 102, Mémoires de la Société des Sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, tome I, 1847.

 

« Une partie des belles tapisseries du château de Boussac, qui ont servi à orner l'appartement de Zizim dans la tour de Bourganeuf, a failli passer entre les mains des infidèles. Cette soustraction a fait scandale dans la localité ; le Conseil Municipal, prévenu à temps, a fait rentrer une partie des morceaux enlevés, sans que les tribunaux aient eu à se prononcer sur ce vol. Mais l'affaire n'a pas été totalement mise sous le boisseau, et le Maire de Boussac se propose, dit-on, de demander des dommages-intérêts, pour certains lambeaux qui ont été impitoyablement coupés et qui n'ont pas été renvoyés.

Nous avons dû signaler ce méfait, afin qu'il ne puisse plus se renouveler et pour que l'on sache bien que nous aurons toujours les yeux ouverts quand il s'agira de la conservation de nos monuments nationaux que nous entourerons toujours de notre sollicitude, et que nous saurons toujours retrouver lorsqu'une main infidèle cherchera à les détourner à son profit.

Cette fois nous avons été prévenu par le Conseil Municipal de Boussac ; honneur aux citoyens intègres et indépendants qui ont su faire respecter leurs droits et conserver à la ville dont les intérêts leur sont confiés, un de ses plus beaux ornements. »

Jean- François Bonnafoux était conservateur du musée de Guéret, sous-bibliothécaire puis bibliothécaire de la ville de Guéret, membre du Conseil d'Administration de la Société des Sciences Naturelles et d'Antiquités de la Creuse.

Le 03 Juillet 1847, la revue L'Illustration publie un article de George Sand, Un coin de la Marche et du Berry : les tapisseries du Château de Boussac, avec des illustrations de son fils Maurice Sand.

 

 

 

 

 

« Sur huit larges panneaux qui remplissent deux vastes salles (affectées au local de la sous-préfecture), on voit le portrait d'une femme, la même partout, évidemment ; jeune, mince, longue, blonde et jolie ; vêtue de huit costumes différents, tous à la mode de la fin du XVe siècle.

Ces tapisseries attestent d'une grande habileté de fabrication et d'un grand goût mêlés à un grand savoir naïf chez l'artiste inconnu qui en a tracé le dessin et indiqué les couleurs. Le pli, le mat et les lustrés des étoffes, la manière, ce qu'on appellerait aujourd'hui le chic dans la coupe des vêtements, le brillant des agrafes de pierreries, et jusqu'à la transparence de la gaze, y sont rendus avec une conscience et une facilité dont les outrages du temps et de l'abandon n'ont pu triompher

Dans plusieurs de ces panneaux, une belle jeune enfant, aussi longue et ténue dans son grand corsage et sa robe en gaine que la dame châtelaine, vêtue plus simplement, mais avec plus de goût peut-être, est représentée à ses côtés, lui tendant ici l'aiguière et le bassin d'or, là un panier de fleurs ou des bijoux, ailleurs l'oiseau favori.

Dans un de ces tableaux, la belle dame est assise en pleine face, et caresse de chaque main de grandes licornes blanches qui l'encadrent comme deux supports d'armoiries.

Ailleurs, ces licornes, debout, portent à leurs côtés des lances avec leur étendard. Ailleurs encore, la dame est sur un trône fort riche, et il y a quelque chose d'asiatique dans les ornements de son dais et de sa parure splendide. »

 

http://archive.org/stream/lillustrationjou09pari#page/279/mode/thumb

 

http://archive.org/stream/lillustrationjou09pari#page/276/mode/1up

2nde République : après la révolution des 22-23 et 24 Février 1848 qui oblige Louis-Philippe à abdiquer, Louis-Napoléon Bonaparte devient le premier président de la République française, élu le 10 décembre 1848 au suffrage universel masculin, jusqu'au 2 décembre 1852.

 

En 1848, Pierre Leroux est Maire de Boussac.

Sous-Préfecture de Boussac - Conseil d'arrondissement
Session de 1848
- 1ère partie

Extrait du procès-verbal des délibérations Monuments historiques

 

Les vieilles tapisseries sui décorèrent autrefois la tour de Bourganeuf qui servit de prison à Zizim sont devenues la propriété de la ville de Boussac.

Sur le rapport de M. de Mérimée, elles ont été classées au nombre des monuments historiques. Déjà trois cadres sur six ont reçu des subventions du département et de l'Etat. Ils décorent le grand salon du château et font l'admiration des visiteurs. Trois autres cadres se pourrissent dans un coin de l'hôtel de ville. Leur perte enlèverait ce qu'elles ont de poëtique et d'historique. Le Conseil Général n'hésitera pas à voter une subvention et à en
solliciter une du Gouvernement pour les arracher à une destruction prompte et certaine.

Le Conseil verrait avec peine que le crédit de 1 223 f. alloué à l'église de Chambon fût annulé.

La pénurie de la ville de Chambon ne doit pas dans cette circonstance être un motif sérieux de déchéance.

 

Pour extrait conforme

Le Sous-Préfet de l'arrondissement de Boussac, Sylvain-Auguste SELME, dit SELME-DAVENAY

10 Février 1850

(Maire: Auguste DESFOSSES-LAGRAVIÈRE)

 

— Vote à l'unanimité qu'il y a lieu de payer la somme de 3 250 francs que reste devoir la commune pour le pavage des rues de la ville.

2nd Empire : après son coup d'État du 2 décembre 1852, Louis-Napoléon Bonaparte devient Empereur sous le nom de Napoléon III jusqu'au 4 Septembre 1870.

 

1853

Le baron Henri Aucapitaine écrit à Edmond de Sommerard,  conservateur du Musée de Cluny

 

Monsieur,

 

Dans un opuscule que j’ai publié il y a quelques jours sur le château de Boussac [Notes historiques sur la ville, le château de Boussac et la famille de Brosses, Paris, 1853, p. 15-16], j’ai eu l’occasion de parler des magnifiques tapisseries qui décorent le grand salon de cet antique château actuellement transformé en sous-préfecture.

 

Ces tapisseries, au nombre de trois, sont remarquables par le fini de leur exécution, la profusion des ornements, la richesse des couleurs. Indépendamment de leur exécution artistique, elles méritent l’attention des archéologues au point de vue historique. En effet, elles furent exécutées à Aubusson, sous la direction du prince turc Zizim (*). Aussi portent-elles le nom de Tapisseries orientales, ce qui fait dire à un historien du pays (Joulietton, Histoire de la Marche et du pays de Combrailles, p. 153) qu'elles furent rapportées par le prince Zizim. Elles furent tissées à Aubusson et présentent ainsi le double intérêt de l'histoire de l'art en France, des moyens d'exécution, et de cette exécution sous la direction étrangère.

 

Exilé loin de son pays, Zizim cherchait, sous notre ciel froid et brumeux, à s'entourer des souvenirs du chaud et riant climat qui l'avait vu naître ; la sultane du harem, l'almée favorite, y est représentée entourée de plantes, d'arbres chargés de fruits, d'animaux fantastiques ; tantôt elle fait de la musique ou reçoit un étendard, portant écusson à trois  croissants sur un fond pourpre. La licorne éthiopienne (itineratio de L. Barthoma. 1517) y est constamment figurée comme pour rappeler l’idée symbolique qui présida à la confection de ces œuvres remarquables.

 

Outre les trois morceaux qui sont placés en panneaux dans le salon du sous-préfet, il en existe trois autres, et ce sont ceux sur lesquels j'ai l'honneur d'appeler votre attention, qui, abandonnés, gisent roulés dans un coin de l'hôtel de ville de Boussac, où les rats et l'humidité en ont déjà attaqué les bordures et ne tarderont pas à y faire de notables détériorations. Supérieures peut-être en exécution aux autres (elles en ont les, mêmes dimensions ; savoir, trois mètres de longueur sur deux mètres cinquante centimètres de largeur) ; deux sont analogues, comme sujet à celles du château : mais la troisième, le plus beau spécimen que je connaisse eu ce genre, représente une femme regardant des bijoux sous une tente orientale.

 

Si je vous fais connaître, Monsieur, ces précieux fragments de notre vieux moyen âge, c'est afin d'examiner si l'on ne pourrait pas obtenir que ces morceaux abandonnés nous fussent accordés pour le musée que vous dirigez, par la ville de Boussac, dont ceci n'attaque nullement les intérêts puisqu’elle possède déjà les trois mêmes spécimens montés et qu'elle ne tire aucun parti de ceux que je vous signale.

 

En s'adressant à M. le directeur des Beaux-Arts, il sera possible, je l'espère, par l'intermédiaire de son excellence le ministre de l'intérieur, d'en obtenir la translation à Paris, ou, après une légère restauration, elles seront, sans contredit, un des plus beaux échantillons du Musée impérial de Cluny.

 

Veuillez, Monsieur le conservateur, agréer, etc.

Baron Henri AUCAPITAINE

 

 

(*) « Zizim ou plutôt Djem, fils de Mahomet II, disputa longtemps le trône à Bajazet II, son frère. Deux fois vaincu il chercha un refuge près de Pierre D'Aubusson, grand maître de Rhodes, qui, après lui avoir promis du secours, l'abandonna lâchement. Il fut transféré de prison en prison, passa des mains d'Innocent VIII à Alexandre VI, qui le fit amener par le sir de Blanchefort, neveu du grand maître, dans la ville de Bourganeuf, où il fit bâtir la tour qui porte son nom. Transporté de nouveau en Italie, le malheureux prince mourut empoisonné à Terracine, à l'instigation de son frère, 1497. »

 

« Note communiquée à M. de Sommerard, conservateur du Musée de Cluny, sur les tapisseries du château de Boussac (Creuse) », dans Revue archéologique, 1853, p. 175-176.

 

Du 28 Mai au 29 Juin 1859 : George Sand, Alexandre Manceau et l'actrice Adèle Bérengère, au cours du voyage qui les conduira de Nohant en Auvergne et en Velay, s'arrêtent à Boussac. « Nous allons voir le château et les tapisseries. » Elle n'en écrira pas plus. Dommage ...

 

15 Juillet 1861

Séance extraordinaire à deux heures de l'après-midi

(Maire : Auguste DESFOSSES-LAGRAVIÈRE)

 

Lecture par le Maire d'une lettre du Sous-Préfet sollicitant, en vue de la prochaine session du Conseil d'Arrondissement, les demandes de la commune.

— le Conseil, après en avoir délibéré, vu la loi du 18 Juillet 1837, à l'unanimité, demande :

1°. Que les études de la lacune de la route départementale n° 7 aux abords de Boussac soient faites le plus promptement possible et le tiers des fonds départementaux lui soit accordé à dater de 1863, avec d'autant plus de raison que cette route n'a rien coûté au département pour sa confection, et qu'elle a une très grande importance.

2°. Que les tapisseries qui font suite à celles qui décorent le salon de la Sous-Préfecture, classées comme Monuments historiques, soient réparées.

(Le Maire rappelle que ces tapisseries se trouvent à l'hôtel de ville. Cela semble signifier que ces trois tapisseries n'ont subi aucune réparation !)

(en marge : expédié le 16)

 

IIIe République : après la défaite de Sedan le 4 Septembre 1870 et la chute de l'Empire, Adolphe Thiers devient le premier Président de la IIIe République du 17 Février 1871 au 24 Mai 1873.

 

En 1870, du 28 Septembre au 9 Octobre, soit 12 jours, George Sand est reçue au château pour fuir une épidémie de variole à Nohant. Les tapisseries sous ses yeux chaque jour. Elle en parle, vues de nuit. Tout ceci est noté dans son Journal d'un voyageur pendant la guerre de 1870.

 

« 3 Octobre.

Ma petite chambre, si confortable, en apparence, est comme les autres lézardée en mille endroits. Dans le cabinet de toilette, le vent éteint les bougies à travers les murs. L'alcôve seule est assez bien close, et j'y dors enfin ; le changement me réussit toujours.

Dans la nuit pourtant je me rappelle que j'ai oublié au salon une lettre à laquelle je tiens.

Le salon est là, au bout d'un petit couloir sombre. J'allume une bougie, j'y pénètre. Je referme la porte derrière moi sans la regarder. Je trouve sur la cheminée l'objet cherché.

Le grand feu qu'on avait allumé dans la soirée continue de brûler, et jette une vive lueur. J'en profite pour regarder à loisir les trois panneaux de tapisserie du XVe siècle qui sont classés dans les monuments historiques. La tradition prétend qu'ils ont décoré la tour de Bourganeuf durant la captivité de Zizime.

M. Adolphe Joanne croit qu'ils représentent des épisodes du roman de la Dame à la licorne. C'est probable, car la licorne est là, non passante ou rampante comme une pièce d'armoirie, mais donnant la réplique, presque la patte, à une femme mince, richement et bizarrement vêtue, qu'escorte une toute jeune fillette aussi plate et aussi mince que sa patronne. La licorne est blanche et de la grosseur d'un cheval.

Dans un des tableaux, la dame prend des bijoux dans une cassette ; dans un autre, elle joue de l'orgue ; dans un troisième, elle va en guerre, portant un étendard aux plis cassants, tandis que la licorne tient sa lance en faisant la belle sur son train de derrière. Cette dame blonde et ténue est très-mystérieuse, et tout d'abord elle a présenté hier à ma petite-fille l'aspect d'une fée. Ses costumes très-variés sont d'un goût étrange, et j'ignore s'ils ont été de mode ou s'ils sont le fait du caprice de l'artiste. Je remarque une aigrette élevée qui n'est qu'un bouquet des cheveux rassemblés dans un ruban, comme une queue à pinceau plantée droit sur le front.

Si nous étions encore sous l'empire, il faudrait proposer cette nouveauté aux dames de la cour, qui ont cherché avec tant de passion dans ces derniers temps des innovations désespérées. Tout s'épuisait, la fantaisie du costume comme les autres fantaisies.

Comment ne s'est-on pas avisé de la queue de cheveux menaçant le ciel ? Il faut venir à Boussac, le plus petit chef-lieu d'arrondissement qui soit en France, pour découvrir ce moyen de plaire. En somme, ce n'est pas plus laid que tant de choses laides qui ont régné sans conteste, et d'ailleurs l'harmonie de ces tons fanés de la tapisserie rend toujours agréable ce qu'elle représente.

Ayant assez regardé la fée, je veux retourner à ma chambre. Le salon a cinq portes bien visibles ... »

7 Décembre 1870  

(Maire : Auguste DESFOSSES-LAGRAVIÈRE)

 

 - Voter une somme de mille francs pour être employée à extraire et casser de la pierre pour réparer et entretenir les rues de Boussac et les chemins vicinaux.

- Lecture de la circulaire de M. le Préfet du 1er Décembre en conséquence du décret du 28 9bre dernier relatif au crédit de six millions pour encourager des travaux d'utilité communale, que la saison devient rigoureuse et qu'il y a nécessité de créer du travail aux ouvriers de la ville de Boussac.

 

18 Septembre 1871

(Maire: Louis GILBERT)

 

Exposé du nouveau Maire :

Son prédécesseur, M. Desfosses, a prêté à la ville de Guéret pour le Concours de 1869 des tapisseries appartenant à la commune de Boussac, que M. Desfosses les avait déjà réclamées avant le 04 Septembre 1870.

Que depuis, M. le Sous-Préfet a eu l'obligeance de prier M. le Préfet de vouloir inviter la ville de Guéret à les retourner à la ville de Boussac. Ne recevant pas de réponse, il a écrit lui-même à M. le Préfet actuel ; ce dernier, à sa visite du 21 Mai à Boussac, lui a dit qu'il avait vu les administrateurs de Guéret et que les objets réclamés seraient retournés très prochainement. Un mois s'étant écoulé, nouvelle demande à M. le Préfet à la date du 21 Juin qui est restée sans réponse.

Que sur quoi il a écrit de nouveau à M. le Préfet. Ce magistrat a répondu que très prochainement nos tapisseries seraient renvoyées, mais qu'il ne dissimulait pas que le musée de Guéret aurait bien désiré les conserver.

Après avoir consulté officieusement le Conseil, M. le Sous-Préfet a répondu que la ville de Boussac tenait à ce que les tapisseries lui soient remises.

Que malgré toutes les correspondances, les administrateurs de la commune de Guéret ne font point la remise demandée.

 

Le Conseil,

- vu l'exposé du Maire ;

- considérant qu'il paraît y avoir mauvais vouloir de la part des administrateurs de la ville de Guéret,

— autorise à l'unanimité le Maire à prendre toutes les mesures pour contraindre la ville de Guéret ou tout autre détenteur à faire la remise des tapisseries de la ville de Boussac.

IIIe République : Patrice de Mac Mahon, Président du 24 Mai 1873 au 30 Janvier 1879.

 

12 Novembre 1876          

(Maire : Auguste DESFOSSES-LAGRAVIÈRE)

             

Le Conseil Municipal autorise le Maire à adresser avant le 15 Janvier 1877 une demande   la Commission chargée de centraliser les demandes pour l'Exposition Universelle de 1878 afin de pouvoir envoyer « les tapis qui ornent le salon de la Sous-Préfecture et ceux qui restent à l'hôtel de ville ».

1er Mai 1877

Séance extraordinaire à huit heures du matin

(Maire : Auguste DESFOSSES-LAGRAVIÈRE)

 

Lecture d'une lettre du baron de Rothschild qui demande à la ville de Boussac qu'on expédie les tapisseries de l'hôtel de ville à Paris afin de les faire examiner. Car avant d'en devenir acquéreur, il désirerait s'assurer si elles sont susceptibles d'être réparées.

— Le Conseil Municipal, dans l'intérêt de la ville, accepte la proposition de M. de Rothschild et décide après en avoir délibéré que les tapisseries seront expédiées à Paris sans frais pour la municipalité et seront accompagnées par un délégué nommé par le Conseil Municipal.

Invité par le Conseil à mettre aux voix la nomination du délégué, M. le Maire s'y refuse et dit que le choix de cette personne n'appartient qu'à lui.

— Le Conseil, à l'unanimité des membres présents moins M. le Maire, désigne comme délégué M. Piquand, membre du Conseil municipal.

 

 

03 Novembre 1878

Séance légale à trois heures de l'après-midi

(Maire : Louis GILBERT)

 

Lecture d'une lettre du Ministre des Beaux-Arts qui demande :

- l'autorisation pour l'Administrateur de la manufacture des Gobelins de prendre copie des tapisseries exposées au Trocadéro par la ville de Boussac. (George Sand le préconisait dès 1847)

— refus du Conseil Municipal qui « regrette de ne pouvoir déférer à ce désir ».

 

IIIe République :

Jules Grévy, Président du 30 Janvier 1879 au 2 Décembre 1887.

09 Mars 1879

Séance extraordinaire à 9 heures du matin

(Maire : Siméon AUCOUTURIER)

 

Lecture par le Maire d'une lettre du 07 Mars du Sous-Préfet relative à une demande du Préfet de la Haute-Vienne.

— accord du Conseil Municipal pour l'envoi de La Dame à Limoges durant deux mois et un retour fin Mai 1879, aux frais de la ville de Limoges.

 

24 Février 1882

Séance extraordinaire à deux heures de l'après-midi:

(Maire : Siméon AUCOUTURIER)

 

Exposé du Maire :

M. Marcel Montel, fabricant de tapisseries à Felletin, espérait vendre les tapisseries de Boussac mais que pour cela il demandait à être autorisé à en emporter un panneau contre le dépôt d'une garantie et à retourner ledit panneau dans un délai de quelques jours.

Messieurs les conseillers municipaux présents, formant la majorité du Conseil, à l'unanimité, ont autorisé M. le Maire à confier à M. Montel un des trois panneaux des tapisseries de l'hôtel de ville.

Ledit M. Montel a lors été appelé et a offert de déposer comme garantie entre les mains de M. le Receveur municipal des titres de rente 3 et 5 % représentant ensemble 300 f. de rente au porteur.

Cette offre a été acceptée.

Il a été confié, pour une huitaine de jours, et contre le dépôt de garantie ci-dessus audit M. Montel, le panneau dans lequel la princesse tire des bijoux d'un coffret que lui présente une suivante et est sous une tente sur le couronnement de laquelle se trouve l'inscription A mon seul désir.

(3 tapisseries, dont La Tente, sont donc à l'Hôtel de Ville)

05 Mars 1882

Séance extraordinaire à deux heures de l'après-midi

(Maire : Siméon AUCOUTURIER)

 

Le Maire expose les éléments suivants :

- un acquéreur sérieux a proposé d'acheter les six panneaux de tapisseries provenant du château moyennant la somme de 25 000 f. payés à la commune plus 500 f. au profit du Bureau de bienfaisance.

- Il fait observer que ces tapisseries sont dans un état de dégradation tel que pour en assurer la conservation, il est urgent qu'elles soient réparées au plus tôt ; que les réparations qu'elles exigent entraîneraient aux dires d'experts une dépense d'environ 12 000 f. ; qu'il est matériellement impossible à la commune de faire cette dépense et que d'ailleurs il n'existe dans les bâtiments civils aucune place pour les trois panneaux qui sont déposées à l'Hôtel de Ville.

- Il croit qu'il serait avantageux pour la commune et aussi dans l'intérêt de l'art, d'aliéner lesdites tapisseries pour la somme proposée ; que par ce moyen ces précieux restes seraient conservés et la commune de contracter l'emprunt voté par délibération du 11 Septembre 1881.

En conséquence, il propose au Conseil d'offrir à M. le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts d'aliéner lesdites tapisseries au profit de l'Etat moyennant la somme proposée de 25 000 f.

Et dans le cas où cette proposition ne serait pas acceptée, de demander à M. le Ministre l'autorisation de les vendre aux conditions offertes.

Le Conseil Municipal, après en avoir délibéré :

- considérant l'impossibilité pour la commune de faire restaurer et de placer lesdites tapisseries et les avantages qu'elle retirerait de leur aliénation, surtout au moment où elle va se trouver dans l'obligation de faire des dépenses énormes pour l'agrandissement du champ de foire et la construction de l'avenue de la gare,

— à l'unanimité, adopte les propositions de M. le Maire.

 

(Ultérieurement, l'emprunt de 20 000 f.

- à contracter à la Caisse des Dépôts et Consignations au taux de 4% et remboursable en 14 annuités égales de 1 893 francs

- a été maintenu et voté le 16 Avril 1882 pour payer le prix de l'immeuble exproprié pour l'agrandissement du champ de foire, pour des dépenses assez considérables aux « maisons d'école », et qu'elle devra l'année suivante faire les réparations au château et dépenser une forte somme pour l'avenue de la gare.]

 

 

 

(Une légende tenace veut que l'argent de la vente de La Dame ait été utilisé pour le pavage du champ de foire ! Or le bon état des rues et places de la ville est une préoccupation bien antérieure à la vente des tapisseries.)

 

14 Juin 1882

(Maire : Siméon AUCOUTURIER)

 

1- Lecture par le Maire d'une lettre du 10 Juin d'Edmond du Sommerard, Directeur du Musée des Thermes et de l'Hôtel de Cluny. Le 9 Juin, une séance de la Commission des Monuments historiques, tenue sous la présidence du Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, a décidé :

- le placement de La Dame au Musée de Cluny

- le versement d'une indemnité de 25 500 f. à la ville de Boussac payable en 2 annuités, en 1882 et 1883.

 

La décision de la Commission des Monuments historiques étant conforme aux propositions de la délibération du 5 Mars dernier, M. le Maire propose de l'accepter.

— le Conseil Municipal, après en avoir délibéré, à l'unanimité, autorise M. le Maire à aliéner au profit de l'Etat les tapisseries de Boussac aux conditions proposées par la lettre précitée de M. le Directeur du Musée de Cluny.

 

2- M. le Maire expose que l'enlèvement des tapisseries qui ornent le salon de la sous-préfecture va nécessiter des réparations au dit salon et il invite le conseil à fixer la somme que l'on pourra employer aux dites réparations et à l'achat d'une tenture devant remplacer les dites tapisseries.

— le Conseil Municipal, après en avoir délibéré, à l'unanimité, vote qu'une somme de mille francs sera mise à la disposition de M. le Maire pour l'acquisition d'une tenture qui devra remplacer les tapisseries du salon de la sous-préfecture et pour les réparations jugées nécessaires au dit salon.

Qu'à cet effet il sera demandé l'ouverture au budget de 1882 d'un crédit spécial de la dite somme de mille francs.

 

Le 17 Juillet 1882, La Dame à la licorne fait son entrée à Cluny.

 

 

 

La Grande Galerie ou Salle des émaux de l'ancien musée de Cluny

où était exposée La Dame à la licorne

Bibliothèque historique de la ville de Paris, Album 4°3 (n° 185)

 

Les tentures étaient sauvées : leur restauration pouvait être entreprise, une première fois par la manufacture des Gobelins, puis entre 1941 et 1944, par Mme et M. Brégère.

 

La dent de narval, haute de 1m 91, une « corne de licorne » qui aurait été offerte à Charlemagne par le calife de Bagdad Hârûn ar-Rachîd, après avoir quitté le trésor de la basilique Saint-Denis pour le musée de Cluny, a longtemps côtoyé La Dame avant d’être exposée dans une autre salle.

 

Edmond du Sommerard, « Tapisseries du XVe siècle provenant du château de Boussac », Bulletin du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 1882, p. 323-325.

 

Le Musée de Cluny a acquis récemment de belles et précieuses tapisseries provenant de Boussac et dont un spécimen a figuré, en 1878, à l’Exposition du Trocadéro. Ces tapisseries datent du XVe siècle et ornaient jadis les salles du vieux château de Boussac, assemblage de constructions d’époques différentes dont la partie la plus importante a été, suivant la tradition, édifiée au XVe siècle par Jean de Brosse et Nicole de Châtillon, sa femme.

 Ces tapisseries sont au nombre de six ; elles ont été décrites par Georges (sic) Sand dans son roman de Jeanne, publié en 1844, et passaient pour avoir été apportées d’Orient par Zizime et avoir décoré la tour du château de Bourganeuf pendant sa longue captivité. Georges (re-sic) Sand ajoute qu’elle « les croit d’Aubusson et qu’il est à peu près certain qu’elles ont charmé les ennuis de l’illustre infidèle dans sa prison et qu’elles revenues à celui qui les avait fait faire ad hoc, Pierre d’Aubusson, seigneur de Boussac, grand maître de Rhodes. » 

 Ces tapisseries, au nombre de six, paraissent représenter les épisodes du Roman de la Dame à la Licorne ; au milieu de chacune d’elles se trouve la dame en riche costume du XVe siècle sur une sorte d’îlot de verdure flanqué de palmiers et d’arbres verts. Elle est accompagnée de dames d’atour, et de chaque côté se trouvent une grande licorne et un lion tenant de longues lances ornées d’écussons à ses armes. Les sujets sont sur fond rouge émaillé de fleurettes, d’oiseaux et de petits animaux chimériques.

 Ces tentures sont remarquables ; elles ont subi malheureusement quelques détériorations ; on les répare en ce moment et elles seront incessamment exposées dans une grande galerie nouvelle en voie de préparation à l’hôtel de Cluny.

 

6 Août 1882

Séance extraordinaire à neuf heures du matin

(Maire : Siméon AUCOUTURIER)

 

Vote de la somme de 2 250 F pour la réparation des écoles communales.

 

— le Conseil Municipal, après en avoir délibéré, considérant que la dépense dont il s'agit est urgente et indispensable, que la commune est aujourd'hui parfaitement en mesure de faire face à cette dépense attendu que la vente récente de ses tapisseries à l'Etat met dès maintenant à sa disposition une somme de 12 750 francs, à l'unanimité, vote que la somme de 2 250 francs laissée à la charge de la commune pour la réparation de ses écoles et l'achat du mobilier scolaire sera prélevée sur es ressources ordinaires au moyen d'un crédit ouvert à cet effet par addition au budget de 1882.

 

14 Février 1883

(Maire : Siméon AUCOUTURIER)

 

Le Maire expose les éléments suivants :

- la somme de 1 000 f. votée le 14 Juin 1882 pour la restauration du salon de la Sous-Préfecture est insuffisante

- les autres réparations du même salon peuvent être évaluées à 300 f.

- les tapisseries achetées à Felletin ont coûté 1 400 f.

 

Le Conseil Municipal, après en avoir délibéré, considérant qu'en effet le crédit de 1 000 f. ouvert au budget 1882 pour réparation au salon de la Sous-Préfecture est insuffisant, que ladite réparation est très urgente et qu'il est impossible de la retarder,

 

— à l'unanimité, demande à M. le Préfet l'ouverture au budget de 1883 d'un crédit spécial de 700 f. pour ladite réparation.

15 Avril 1883

Séance extraordinaire

(Maire : Siméon AUCOUTURIER)

 

M. le Maire expose que les fournitures et réparations pour le salon de la sous-préfecture n'ayant pu être faites avant la clôture de l'exercice 1882, le crédit de mille francs ouvert à cet effet au budget de 1882 n'avait pas été utilisé.

Qu'aujourd'hui les dites fournitures étaient faites et les dits travaux terminés, que les fournisseurs et ouvriers désiraient être payés et que pour cela il était urgent de demander l'ouverture par addition au budget de 1883 d'un nouveau crédit de mille francs pour remplacer celui de pareille somme qui n'avait pu être utilisé.

 

— Le Conseil Municipal, après en avoir délibéré, considère qu'il est indispensable de payer sans retard les ouvriers et les fournisseurs susdits ; à l'unanimité, demande à M. le Préfet l'ouverture d'un crédit de mille francs par addition au budget de 1883 pour remplacer celui de pareille somme inscrit au budget de 1882 et qui n'a pu être utilisé pour payer les réparations du salon de la sous-préfecture.

 

Le 21 avril 1883 : article paru dans le Figaro, sous la signature de Pierre Giffard

 

LA DAME A LA LICORNE

 

Aujourd'hui samedi, la commission des monuments historiques, ayant à sa tête M. Jules Ferry, ministre des beaux-arts, va inaugurer au Musée de Cluny une salle nouvelle dont on a beaucoup parlé avant qu'elle fût mise en état, et dont on parlera beaucoup plus encore maintenant qu'elle est admirablement installée par les soins de M. du Sommerard, l'artiste consommé qui préside aux destinées des musées archaïques de Cluny et du Trocadéro.

Il s'agit de la salle où seront exposées désormais les tapisseries de la Dame à la Licorne, six merveilles de l'art français au quinzième siècle.

« Dans chacune d'elles, une dame richement vêtue de brocart d'or et de velours, est placée sur un îlot de verdure, ayant à ses côtés un lion et une licorne qui soutiennent des lances ornées d'oriflammes et d'étendards. Le fond est rouge vif sans bordures, semé de fleurs, d’oiseaux et d'animaux en couleurs. Le parterre de verdure sur lequel se dressent la figure principale et les animaux symboliques est, lui-même, émaillé de fleurettes au milieu desquelles on voit courir des lapins et jouer des singes. Tous les écussons, oriflammes et fanions que supportent le lion et la licorne sont de gueules à la bande d'azur chargée de trois croissants d'argent. »)

Ainsi parle le supplément au livret du musée de Cluny qui va sortir de l'imprimerie la semaine prochaine. Ici, ajoute-t-il, la dame est debout, présentant des friandises à son faucon ; là, elle se tient, encore debout, en riche costume, tressant une couronne avec les roses que lui présente une jeune fille. Plus loin, coiffée, d'un turban enrichi d'une torsade de perles, elle joue de l'orgue ; plus loin encore, elle sort d'une tente qui porte sa devise : A mon seul désir. Enfin, elle tient la licorne sur ses genoux et l'image de la bête fantastique se reproduit dans un miroir. Et, partout, le lion et la licorne encadrent le sujet principal de la tapisserie. C'est la vie d'une grande et honeste dame ou damoiselle, en quatorze cent et tant.

Ces six pièces, larges de, trois mètres, environ chacune, sur 3 m. 70 de haut, ont été achetées 25.000 francs, il y a deux ans, par la commission des Monuments historiques, pour être déposées au musée de Cluny comme étant les spécimens les plus merveilleux du genre. Et en effet, il faut voir le fini de la tapisserie, le dessin délicat des contours, le coloris adorable des velours, des brocarts représentés par l'artiste. On dirait de la peinture vivante et digne des plus grands maîtres.

 

***

 

Ce que le livret ne dira pas ― simple modestie de l'auteur ― c'est la multiplicité des démarches qui ont été faites d'abord pour acquérir ces tapisseries, ensuite pour éclaircir le cas de cette dame à la Licorne, dont personne ne pouvait parvenir à savoir le nom.

Elles ont été acquises de la municipalité de Boussac (Creuse).

 

Le château de Boussac, classé en 1837 comme monument historique, n'en était pas moins devenu l’hôtel de la sous-préfecture de cette « localité ». Des tapisseries que par hasard un ou deux voyageurs égarés dans ce lugubre chef-lieu d'arrondissement, avaient remarquées, et que George Sand avait signalées avec admiration dans Jeanne, ornaient .la salle principale du vieux castel sous-préfectoral. Mais pourquoi les Boussacois auraient-ils respecté ces tapisseries dont ils ignoraient la valeur ? On les avait coupées en partie pour les faire entrer dans les panneaux de la sous-préfecture ; ce qui restait servait de tapis et de paillassons aux huissiers du sous-préfet.

C'est un effet sous les pieds des susdits que M. du Sommerard trouva le tiers de la collection à la Licorne, lorsque la Commission des Monuments historiques l'eût délégué à Boussac pour voir les tapisseries et les acheter au besoin.  

Inutile de dire que les conseillers municipaux de Boussac se firent d'abord tirer l'oreille pour céder à l'Etat ces œuvres d'art qu'ils ne pouvaient vendre  à d'autres qu'à lui, en vertu de la loi de classement des monuments historiques. Enfin ils s'amendèrent, et moyennant le prix indiqué plus haut, la Commission entra en possession des bienheureuses loques. Elles arrivèrent tendrement surveillées au musée de Cluny, où M. du Sommerard les fit étaler sur le parquet d'une salle nouvelle ― celle qui s'ouvre aujourd'hui. C'est là que les  amis de l'art, quelques intimes et privilégiés, dont nous fûmes, purent les admirer. Malgré les déchirures et les trous énormes, l'effet était déjà saisissant. C'est là que commencèrent des travaux de patience qui viennent seulement de prendre fin ces jours-ci. Des artistes de premier ordre, et peu connus, d'ailleurs, furent appelés par le directeur de Cluny, et travaillèrent sur place à réparer l'outrage des ans, aussi bien que celui des pieds sous-préfectoraux. On obtint, grâce à des précautions infinies, des rapiéçages et des reprises inappréciables au premier coup d'œil, et il résulte de ces travaux laborieux une Dame à la Licorne intacte, belle de jeunesse et de fraîcheur, qui fera l'admiration des temps à venir.

Il faut remarquer que ce chef-d'œuvre est, comme on dirait aujourd'hui, laïque. Il nous montre la vie d'une dame au château, et non celle des saints ou des martyrs. Le cas de ces tapisseries civiles du XVo siècle est fort rare, aujourd'hui du moins.

 

***

 

Qui était la Dame à la Licorne ? Ni le sous-préfet de Boussac, ni le maire, ni M. du Sommerard lui-même ne le savaient. Il y a quinze jours encore on s'apprêtait à rédiger une sorte de certificat négatif d'origine historique, lorsque le hasard vint sauver la situation. A la bibliothèque de l'Institut, MM. du Sommerard et Lalanne ont trouvé des renseignements qui éclairent l'origine des six chefs-d'œuvre.

La Dame était une dame Le Viste, de Lyon (le Lion symbolise l'origine, et la Licorne, ou la vitesse, symbolise le nom, en même temps qu'elle est un compliment sur la chasteté de la dame).

D'après une tradition que rien ne justifie, les tapisseries de Boussac auraient été apportées d'Orient par Zizim, fils  puîné de Mahomet II, chassé pur Bajazet et dirigé sur la France par Pierre d'Aubusson, seigneur de Boussac et grand-maître de Rhodes, auprès duquel il s'était réfugié en 1482. II est exact que Zizim a été captif en France, et à Boussac même. Mais les tapisseries portent la marque absolue de la confection française ou flamande. Peut-être même sortent-elles d'Aubusson dont la renommée était au quinzième siècle dans tout son éclat. D'ailleurs Pierre d'Aubusson quittait le pays fort jeune pour s'en aller revêtir à Rhodes l'habit des Hospitaliers, et il ne revint jamais en France.

Telle est l'histoire résumée de la Dame à la Licorne, dont les journaux illustrés vont reproduire à l'envi la délicieuse image. C'est un véritable trésor que cette série de six compositions quasiment intactes aujourd'hui.

Il est vrai qu'à Cluny les trésors ne se comptent plus. Ainsi, la salle nouvelle contient dans ses vitrines une collection de chaussures de tous les temps et de tous les âges, qui va faire autant de bruit que les tapisseries de ses murailles. 

Ajoutons, qu'avec les 25,000 francs de la Licorne, les braves gens de Boussac ont construit un marché magnifique, dont le besoin se faisait, paraît-il vivement sentir. De sorte qu'ils sont contents, et nous aussi.

 

Pierre Giffard.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2785453/f2.item.zoomhttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34355551z/date1883

 

 

6 Mai 1883

Séance extraordinaire

(Maire : Siméon AUCOUTURIER)

 

Sur proposition de M. BOURSAULT,

le Conseil municipal à l'unanimité émet le vœu que le château de Boussac soit classé au nombre des monuments historiques et invite M. le Maire à faire le plus tôt possible toutes les démarches nécessaires.

22 Mai 1884

Séance ordinaire

(Maire : Siméon AUCOUTURIER)

 

M. BOURSAULT renouvelle la proposition qu'il avait faite le 6 Mai 1883 relative au classement du château de Boussac comme monument historique et il prie ses collègues de vouloir bien s'associer à lui pour prier l'administration de vouloir bien accueillir leur proposition avec faveur.

 

— Le Conseil municipal à l'unanimité approuve la proposition de M. BOURSAULT et émet le vœu que le château de Boussac soit classé comme monument historique.

 

30 Décembre 1924           

(Maire : Pierre LEMUT)

Le château est vendu par la ville au département de la Creuse pour 130 000 francs. 

 

25 juillet 1930

(Maire : Pierre LEMUT)

Le château (cad. AI 91) est classé Monument Historique par arrêté du 25 juillet 1930.        

 

25 Mars 1963         

(Maire : Gustave GIBARD)

 

— Le Conseil adopte le projet de pavage du Champ de foire à effectuer sur plusieurs années.  

 

27 Novembre 1964          

(Maire : Gustave GIBARD)                                              

                                                                                    

Le Ministre  des  PTT, Jacques MARETTE, a informé le Maire que l'émission « Premier Jour » du timbre de La Dame à la licorne ne pourrait avoir lieu à Boussac comme demandé du fait que les tapisseries sont à Paris.

Oblitération le 31 Octobre 1964.                                                         

 

 

 

 

 

 

Dessiné et gravé par Pierre Gandon

 

 

 

 

 

 

Texte imprimé au verso de l'enveloppe

 

LA DAME A LA LICORNE

 

Les tapisseries de la Dame à la Licorne, six merveilles de l'Art Français du 15e siècle aurait été commandées par le Prince Zizim fils de Mahomet II ; prisonnier de Pierre d'Aubusson grand maître de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem. Le prince turc Zizim fut captif durant 5 années dans divers châteaux de la Marche. C'est au cours d'un séjour au château d'Aubusson et devant les Chefs-d'Œuvre d'art exposés qu'il eut l'idée de faire exécuter les tapisseries de la Dame à la Licorne qui ornèrent ses appartements de Bourganeuf. La sultane favorite est représentée entourée de plantes et d'animaux orientaux, tantôt elle fait de la musique, tantôt elle admire ses bijoux, ou reçoit un étendard armorié à écusson semé de croissants. Les tapisseries furent données par le Prince Zizim avant son départ de Bourganeuf pour Rome au seigneur de Boussac. D'après une seconde légende, les tapisseries auraient été composées pour le mariage de Claude Le Viste. Les armoiries étant celles de la famille lyonnaise des Le Viste. Les tapisseries — les plus belles du monde — peuvent être admirées au Musée de Cluny.

 

 

 

 

Le samedi 27 Mars 2010, la statue de la Licorne est inaugurée sur la place centrale de Boussac par M. Franck FOULON, Maire de Boussac.

 

 

Elle est l'œuvre du sculpteur creusois Marcel CHALUMEAU, ancien professeur de taille de pierre et de sculpture au Lycée des Métiers du Bâtiment de Felletin, restaurateur de monuments historiques et artiste tailleur de pierre.

 

 

« J'ai mis un mois pour tailler cette statue de granit, et c'est pour moi un bel hommage à Boussac, mais aussi aux maçons et aux tailleurs de la Creuse. Les jeunes du Lycée de Felletin m'ont aidé, c'est très important de mettre en avant la nouvelle génération. » 

 

La disposition (alinéas), la ponctuation et l'orthographe des textes ont été modifiées pour une meilleure lisibilité.

 

BIBLIOGRAPHIE :

 

Jacques-François BÉGUIN, « Les sous-préfets de Boussac de l'an VIII à 1840 », Mémoires de la Société des sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, t. 36 (1967), p. 374-404 — t. 36 (1968), p. 519-541 — t. 43 (1987), p. 78-98 — t. 43 (1988), p. 286-305 — t. 43 (1989), p. 552-580 — t. 47 (2001), p. 535-545.

 

Daniel DAYEN, « Itinéraires et séjours creusois de George Sand », pp. 311-326, Mémoires de la Société des Sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, tome L, 2004.

 

Carmen DECU TEODORESCU, « La Tenture de la Dame à la Licorne. Nouvelle lecture des armoiries », p. 355-367, dans Bulletin Monumental, tome 168-4, année 2010, Société Française d'Archéologie.

 

Jacky LORETTE, « La Dame à la Licorne : huit tapisseries ? », p. 353-364, Mémoires de la Société des Sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, tome LIII, 2007.

 

Henry MARTIN, « La Dame à la licorne », Mémoires de la Société Nationale des Antiquaires de France, 8e série, t.7, 1924-1927, p. 137-168.

 

George SAND, « Un coin de la Marche et du Berry : les tapisseries du Château de Boussac », L'Illustration, 3 Juillet 1847.

http://www.amisdegeorgesand.info/tapissbouss.html

http://www.amisdegeorgesand.info/

 

Promenades autour d'un village, Paris, Michel Lévy frères, 1866 (où le texte précédent est repris)

http://www.gutenberg.org/files/12889/12889-h/12889-h.htm

 

Journal d'un voyageur pendant la guerre

https://beq.ebooksgratuits.com/vents/Sand-journal.pdf

 

Archives municipales de la ville de Boussac :

Registres des délibérations du Conseil Municipal

 

Archives départementales de la Creuse :

Fonds de la sous-préfecture de Boussac: 3Z1 - 3Z119

Série 4N : immeubles et bâtiments départementaux

4N 140 : château de Boussac

4N 170 et 171 : dossiers concernant le mobilier des sous-préfectures d'Aubusson, Bourganeuf et Boussac

4N 183 à 187 

 

Les différents textes relatifs

aux tapisseries

de La Dame à la licorne

 

 

Jean-François Bonnafoux, annuaire du département de la Creuse pour 1850, Guéret, Dugenest et Niveau, p. 237.

 

« Dans une pièce des appartements qui sont affectés au logement du sous-préfet, on montre aux visiteurs les des tapisseries de haute lisse qui servirent à orner la prison dorée de l'infortuné Zizim, lorsqu'il habitait la tour de Bourganeuf. La sultane favorite y est toujours représentée entourée des fleurs et des animaux qu'elle aime ; faisant de la musique admirant des bijoux, ou recevant l'hommage d'un étendard parsemé de croissants, jusque sur la hampe ; mais il est facile de reconnaître que son cœur est loin d'être satisfait. » 

 

*

 

Jean-François Bonnafoux, « Tapisseries de Boussac, volées et réintégrées », p. 102, Mémoires de la Société des Sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, tome I, 1847.

 

« Une partie des belles tapisseries du château de Boussac, qui ont servi à orner l'appartement de Zizim dans la tour de Bourganeuf, a failli passer entre les mains des infidèles. Cette soustraction a fait scandale dans la localité ; le Conseil Municipal, prévenu à temps, a fait rentrer une partie des morceaux enlevés, sans que les tribunaux aient eu à se prononcer sur ce vol. Mais l'affaire n'a pas été totalement mise sous le boisseau, et le Maire de Boussac se propose, dit-on, de demander des dommages-intérêts, pour certains lambeaux qui ont été impitoyablement coupés et qui n'ont pas été renvoyés. Nous avons dû signaler ce méfait, afin qu'il ne puisse plus se renouveler et pour que l'on sache bien que nous aurons toujours les yeux ouverts quand il s'agira de la conservation de nos monuments nationaux que nous entourerons toujours de notre sollicitude, et que nous saurons toujours retrouver lorsqu'une main infidèle cherchera à les détourner à son profit.

Cette fois nous avons été prévenu par le Conseil Municipal de Boussac ; honneur aux citoyens intègres et indépendants qui ont su faire respecter leurs droits et conserver à la ville dont les intérêts leur sont confiés, un de ses plus beaux ornements. »

 

*

 

Cyprien Pérathon, « Boussac » dans Album historique et pittoresque de la Creuse, Aubusson, Langlade, 1847, p. 23-24.

 

« En terminant, nous signalerons les tapisseries qui décorent une salle du château de Boussac et qui sont, à elle seules, une poétique et touchante histoire. On croit qu'elles ont servi à meubler les appartements de l'infortuné Zizim, dans la tour de Bourganeuf. Ce pâle et triste héros qui est venu jeter sur notre contrée quelque chose de la poésie de l'Orient, avait été doublement frappé, comme amant et comme prince, et le souvenir de la femme oublieuse le poursuivait jusque dans sa froide prison. Pendant qu'il y faisait construire des bains et s'essayait à lui donner quelque chose de la physionomie orientale, il faisait exécuter, à Aubusson peut-être, ces charmantes tapisseries qui rappellent les suaves dessins que les enlumineurs du moyen-âge traçaient sur le pur vélin et entouraient d'ornements de cinabre, de fleurons d'or et d'azur.

La femme aimée est représentée dans chacune de ces tapisseries et l'étendard Turc déploie à ses côtés ses trois croissants de feu. L'une d'elles montre la sultane en pleurs debout sous une tente: elle place ses perles et ses colliers dans une cassette qu'une de ses femmes lui présente, et sur le haut de la tente est écrite en caractères gothiques cette légende mystérieuse : A mon seul désir. »

 

*

 

Henri Aucapitaine, « Note sur les tapisseries du château de Boussac », Revue archéologique, vol. XIX, 1853, pp. 15-16.

 

« Dans un des salons actuels du sous-préfet, on voit trois pans de tapisserie de haute lisse. Ces trois morceaux excitent dans le cœur un sentiment indéfinissable de pitié, quand on songe qu'elles furent exécutées au château de Bourganeuf (Creuse), sous la direction du malheureux prince oriental Zizim, qui, sous le froid et brumeux de la Marche, cherchait à s'entourer des souvenirs de ce chaud et voluptueux ciel d'Orient qui l'avait vu naître.

L'Almée du Sérail, la sultane favorite, y est toujours représentée, entourée de plantes et d'oiseaux orientaux, tantôt elle fait de la musique, elle admire des bijoux ou reçoit un étendard armorié à écusson semé de croissants. Au point de vue de l'histoire, et surtout du fini de l'exécution, ces tapisseries sont des plus remarquables. Je ne comprends guères comment un historien du pays [Joullietton] a pu les regarder comme d'origine Turque, il n'en avait sans aucun doute jamais vus, elles ont été très probablement tissées à Aubusson et peuvent rivaliser avec les plus magnifiques produits des Gobelins. »

 

 

*

 

Cyprien Pérathon, compte rendu du congrès archéologique et des assises scientifiques de Guéret, 1866, p. 66-70

 

« M. Cyprien Pérathon regarde comme d'origine marchoise, et de la fin du XVeme siècle, les six panneaux de tapisserie qui ornent deux des salles du château de Boussac. Il y a trois ans, dit-il, une exposition d'objets d'art et d'archéologie s'ouvrit dans les salles de l'hôtel de ville de Guéret. Deux pièces de tapisserie appartenant à la tenture du château de Boussac attirèrent surtout l'attention des visiteurs. Suivant la tradition, ces tapisseries ont décoré la tour qu'habita Zizim à Bourganeuf.

Notre illustre Pierre d'Aubusson gouvernait les chevaliers de Rhodes lorsque le hasard des guerres civiles le rendit maître de la destinée de Djem, fils de Mahomet II, communément appelée Zizim par les chrétiens (1482). Rhodes ne paraissant pas assez sûr, Pierre d'Aubusson voulut abriter le proscrit au sein de nos montagnes, à quelques lieues du château du Monteil où lui-même était né.

Zizim fut remis à la garde du commandeur Gui de Blanchefort, fils du seigneur de Bois-Lamy et de Souveraine d'Aubusson, sœur du grand maître.

Le prieuré de Saint-Jean de Bourganeuf était le chef-lieu de la langue d'Auvergne, importante division de l'ordre des chevaliers de Rhodes. Les constructions, héritages des templiers, menaçaient ruines. Blanchefort y fit faire " des bains et une tour qui s'y voit encore. " Les plus grands soins furent employés à embellir la demeure réservée au prince Djem. Rien ne fut oublié de ce qui pouvait lui rappeler la patrie absente ; et, en se rappelant ce que dit Froissard (Chroniques, liv. 4, chap. 53, ann. 1396) du goût des princes de l'Orient pour les tapisseries historiées, en présence d'une tradition constante, il n'est guère permis de douter que les tapisseries de Boussac n'aient servi à meubler les appartements de Zizim dans la tour de Bourganeuf.

Nous empruntons à un célèbre écrivain la description de ces tapisseries :

« Sur six larges panneaux, en voit le portrait d'une femme… », George Sand, L'Illustration du 3 juillet 1847, « Un coin de la Marche et du Berry : les tapisseries du Château de Boussac », vol. IX, p. 275-276. Mais erreur dès de deuxième mot: George Sand a écrit "huit" et non "six" !)

 

« On ne peut guère hasarder que des hypothèses sur le sujet que représentent ces tapisseries. En les signalant l'un des premiers (Album hist. et pitt. de la Creuse, p. 24, art. Boussac), nous les avons attribuées aux fabriques d'Aubusson, et, en rappelant cette légende mystérieuse : à mon seul désir, écrite en caractères gothiques au-dessus de la tente qui abrite la dame des tapisseries de Boussac, nous songions à la femme aimée dont Zizim, suivant une tradition, aurait été forcé de se séparer eu fuyant à Rhodes. M. de la Touche, un poëte, a vu là le portrait d'une dame de Blanchefort, nièce de Pierre d'Aubusson, d'autres celui de la belle Hélène de Sassenage, dont un roman dauphinois du XVIIeme siècle consacre le souvenir et les amours. On croit y reconnaître aussi des scènes d'un roman allemand du XVeme siècle, ou bien d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale, le roman de La Dame à la licorne. Le plus souvent, les tapisseries historiées du XVeme et du XVleme siècle, lorsqu'elles ne représentent pas des scènes de l'histoire grecque ou romaine, puisent dans les romans de chevalerie ou représentent des sujets allégoriques. Dans tous les cas, leur interprétation présente les plus grandes difficultés.

Nous serons plus affirmatif pour le lieu de la fabrication des tapisseries de Boussac. Joullietton se trompait en leur attribuant une origine orientale ; elles ne peuvent être que flamandes ou marchoises. Elles sont peut-être l'un et l'autre à la fois, en ce sens que, suivant de grandes probabilités, elles ont été fabriquées à Aubusson d'après les procédés flamands.

Nous croyons avoir démontré ailleurs (Notice sur les manufactures de tapisseries d'Aubusson, Felletin et Bellegarde, Limoges, impr. Chapoulaud, 1862) que les fabriques de tapisseries d'Aubusson ont été restaurées ou fondées du temps de Louis Ier, duc de Bourbon et comte de la Marche, dans la première moitié du XIVeme siècle. Le comte Louis avait épousé une flamande, Marie de Hainaut (Moréri). Il fut en relations continuelles avec les Flandres, les monnaies de ces industrieuses provinces se rencontrent, fréquemment à Aubusson, le mot flamand est resté parmi nous dans le langage populaire, enfin la tradition, qu'il ne faut pas systématiquement repousser, est constante à cet égard.

A Laval (Mayenne), un fait pareil se produisit à la même époque. Ses fabriques de toiles furent fondées par des Flamands qui vinrent s'établir dans le Maine à la suite d'une princesse de Flandre, qui avait épousé le comte de Laval.

Quoique le croissant figure dans un grand nombre d'armories de villes et de familles, la profusion avec laquelle il est semé sur les tapisseries de Boussac, ne peut que corroborer l'opinion que cette tapisserie a été exécutée pour Zizim.

Une ordonnance de François Ier, de 1542, mentionne les fabriques de tapisseries de notre vieille Marche, des inventaires du XVleme siècle signalent des tapisseries fort anciennes, d'Aubusson. Ces fabriques existaient donc évidemment à la fin du XVeme siècle. Dès lors, rien ne nous oblige à faire venir de Flandre la tenture de Zizim, quand les métiers dans le genre flamand fonctionnaient à quelques lieues de Bourganeuf. La merveilleuse exécution des tapisseries de Boussac ne peut être invoquée contre nous, car, dans l'ordonnance douanière de 1542, les tapisseries de la Marche sont classées au premier rang " parce que c'est ouvrage de prince " ; de même que plus tard elles luttèrent avec les Gobelins, qui ne dédaignèrent pas de recruter des ouvriers à Aubusson.

En résumé, les belles tapisseries de Boussac ont été très probablement tissées pour Zizim, dans la Marche, sur le métier de haute ou basse lisse, ce qui importe peu et ce qu'il est impossible de déterminer aujourd'hui. »

 

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Georges Callier, « Vente des tapisseries de Boussac », Bulletin monumental, 1882, p. 567-568.

 

Vente des tapisseries de Boussac. - Le 3 octobre 1837, la ville de Boussac a acquis, moyennant 22 000 francs, le château qu'avait longtemps possédé la célèbre maison de Brosse, qui compte parmi ses illustrations le maréchal de Boussac.

Cet immeuble appartenait, au moment de la vente, à Mme de Ribeyreis, née de Carbonnières, qui en avait hérité de sa famille, propriétaire au moment de la Révolution; mais nous n'examinerons pas, aujourd'hui, comment la famille de Carbonnières vint à posséder cette seigneurie.

Le château de Boussac était orné de six fort belles pièces de tapisseries comprises dans la vente et dont la provenance et le motif iconographique ont donné lieu à des conjectures sans nombre, qui seront l'objet d'une note ultérieure.

Ces tapisseries ne sont pas orientales, mais flamandes ; leur sujet n'a aucun rapport avec l'histoire de Zizim, elles n'ont pas été tissées à Aubusson, et les croissants qui s'y rencontrent ne sont pas une raison de les attribuer à des ouvriers d'au-delà du Danube. Les armes qui s'y voient : de gueules à la bande d'azur, chargée de trois croissants montants d'argent sont celles de la famille Leviste, dont il est parlé à la page 374 de l'Armorial de Bresse par M. Révérend du Mesnil.

Ces tapisseries sont parfaitement connues, les trois panneaux qui se trouvent à la mairie (les trois autres sont tendus dans le salon de la sous-préfecture) ayant figuré à diverses expositions de Paris, Limoges et Guéret ; mais le peu de soins dont elles ont toujours été l'objet de la part de leurs propriétaires ne prouve pas qu'elles fussent, pour cela, appréciées par la municipalité de Boussac comme elles devaient l'être, et l'autorisation de les photographier fut toujours et systématiquement refusée pour des raisons qu'il importe peu d'apprécier ici.

Avouons-le sans plus tarder, une telle richesse artistique était lourde à une ville sans ressources ; aussi la vente des tapisseries fut-elle à plusieurs reprises décidée par le conseil municipal, dont les délibérations restèrent sans effet en présence du veto opposé par l'État, qui usait sagement, en cette circonstance, de son privilège sur les monuments historiques, et voulait s'en réserver la priorité.

Dans le courant de l'année 1882, la ville de Boussac décida de construire des chemins utiles, sans doute, et d'établir un champ de foire ; les ressources faisant défaut, la vente des tapisseries fut de nouveau décidée, et un riche collectionneur de Paris, M. de Rothschild, croyons-nous, en offrit 50 000 francs ; l'Etat intervint et finit par les payer, après de longs pourparlers, 25 500 francs ; elles lui ont été livrées le 17 juillet dernier. On pourra maintenant les étudier à l'aise dans l'un de nos grands musées de Paris.

 

Georges Callier, Inspecteur de la Société française d'Archéologie, Maire de Malval en Creuse.

 

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Cyprien Pérathon, Histoire d'Aubusson, Limoges, Ducouturier, 1886, p. 307-308.

 

« Les plus anciennes tapisseries qu'il soit permis d'attribuer à nos fabriques sont les six magnifiques panneaux qui décoraient naguères le château de Boussac, et qui sont devenus, depuis 1882, l'un des ornements du musée de Cluny. Sur chacune de ces tapisseries, on voit le portrait d'une jeune femme, vêtue de six costumes différents, tous à la mode de la fin du XVe siècle. C'est une merveilleuse collection des modes patriciennes de l'époque. Le croissant est semé partout à profusion, et la licorne, symbole de la chasteté, parait être l'attribut particulier de la noble dame. On y lit la légende : Mon seul désir, que l'on retrouve sur plusieurs monuments du XVe siècle, particulièrement sur la miniature d'un livre d'heures offert par Talbot à Marguerite d'Anjou, épouse de Henri VI, roi d'Angleterre.

D'après la tradition, la tenture de Boussac aurait été fabriquée par ordre du grand-maître Pierre d'Aubusson, à Aubusson même, pour le prince Zizim. En signalant celte œuvre d'art aux archéologues, nous avons exprimé l'opinion qu'elle pouvait représenter la dame à la Licorne, héroïne d'un roman allemand anonyme du XVe siècle, l'époque par excellence des allégories raffinées (1). Les critiques d'art les plus autorisés n'hésitent pas à en faire honneur à la manufacture d'Aubusson (2).

 

(1) Album hist. et pitt. de la Creuse, art. Boussac, 1842. – « Notice sur les manufactures de tapisseries d'Aubusson, etc. » Doc. cit., 1862.

(2) Cf. Bulletin du comité des travaux historiques, 1882, p. 323

 

 

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Jules Guiffrey, Histoire de la tapisserie depuis le Moyen-Age à nos jours, Tours, Mame, 1886, p. 148.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207171d.r=guiffrey,+jules.langFR

 

« Si les six pièces de l'histoire de la Dame à la licorne, conservée jusqu'à ces dernières années au château de Boussac, et depuis peu acquises par le musée de Cluny, proviennent réellement des ateliers de l'Auvergne comme on l'a quelquefois prétendu, elles font le plus grand honneur aux vieux artisans de Felletin et d'Aubusson. Mais, à l'appui des conjectures émises sur les origines de ces tapisseries, d'une originalité si étrange et d'un sentiment décoratif si puissant, aucune preuve sérieuse n'a été produite jusqu'ici. Elles se trouvaient depuis longtemps dans la ville qui vient de les céder à notre musée parisien : voilà tout ce qu'on sait de leur histoire. Elles datent incontestablement des premières années du XVIe siècle mais, comme elles ne se rattachent à aucun type connu, cette singularité même déroute toutes les hypothèses. Le choix du sujet est-il, ainsi qu'on l'a supposé, une allusion voilée aux vertus de la dame dont les armoiries, répétées sur chaque pièce, rappellent la maison lyonnaise des Le Viste. A ces questions il est impossible, jusqu'à nouvel ordre, de répondre catégoriquement. Toute description ne donnerait qu'une idée vague de ce monument unique. Nous, avons cru mieux faire en présentant une reproduction en couleur de la partie centrale de la tapisserie principale. Malgré les difficultés de la tâche, M. Pralon a su rendre avec un véritable talent les délicatesses et le caractère de l'original. »

 

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Henri de Lavillatte, Esquisses de Boussac (Creuse), Paris, Emile-Paul, 1907.

 

« Enfin, Boussac s'est laissé enlever ses tapisseries... sans protester... sans faire une révolution ! »

 

« Depuis 1883, elles sont installées dans une salle construite spécialement pour leur exposition. Ce dernier détail seul suffit à indiquer la valeur qu'on leur attribua. M. du Sommerard disait, quelques jours après la vente, et nous tenons ce détail de M. le docteur Desfosses, qu'il venait d'acheter, pour un morceau de pain, une pièce unique. » (p. 24)

 

« La Dame à la Licorne, placée maintenant dans un des grands musées de notre capitale, est, il est vrai, mieux à la portée de la vue de tous, elle est pour toujours assurée des soins auxquels elle a droit, et il est aisé de comprendre que le chroniqueur du Figaro, journal éminemment parisien, se félicite de la voir transportée à Paris... ; mais, hélas ! nul musée ne pourrait donner à la châtelaine du XVe siècle la forteresse de Jean de Brosse, nul décor ne lui rendrait le cadre féodal qu'elle a perdu... Quel regret, on le voit, que sa disparition sans espoir de retour, et, comme conséquence, disparue aussi la visite des artistes et des touristes qui, chaque année, pendant la belle saison, à la suite de l'excursion classique le Toulx-Sainte-Croix et des pierres Jomâtres, venaient admirer Boussac, la belle salle des gardes qui était encore, il y a quelques années. Telle que du temps du Maréchal, et surtout ces admirables tapisseries dont chacun cherchait l'explication comme on cherche l'explication d'un rébus. » (p. 25)

 

Beaucoup de naïveté dans la conclusion de ce texte, mais qui explique bien les sentiments qui motivèrent la délibération du 9 Mars 1842 !

 

« La suite en comportait un plus grand nombre. »

 

« Lorsque, antérieurement à. l'acquisition faite par le musée, un amateur, bien connu, entra en négociations pour l'achat des tapisseries, on fit des recherches, dans les greniers et dans les combles de l'hôtel de ville et du château de Boussac, dans l'espoir de découvrir quelques fragments d'autres panneaux. Les recherches furent infructueuses et on ne trouva que des débris informes, inutilisables. De vieux habitants de la ville se souvenaient que des morceaux de tapisseries avaient servi autrefois de tapis de pieds sous les tables de travail des employés ... » (p. 150.)

 

Puis est relaté l'épisode Mouzard-Sencier.

 

«  ... elles sortent des ateliers d'Aubusson, ce qui n'est même plus discuté aujourd'hui. " Cette tenture semble avoir été exécutée à Aubusson dans la seconde moitié du XVe siècle ; on remarque la noblesse de la conception, l'élégance des figures, si éloignée de la lourdeur flamande ", écrit M, Eugène Muntz dans La Renaissance en Italie à l'époque de Charles VIII.

 

M. Pérathon, dans un article publié dans le volume XII des Mémoires de la Société des Sciences naturelles et archéologique de la Creuse, 1900, ajoute à cette citation : « Plusieurs critiques d'art partagent cette opinion conforme, à la tradition locale, qui se trouve corroborée par une remarque que nous avons faite lorsque la municipalité de Boussac envoya deux de ces panneaux à Aubusson pour être réparés. Nous vîmes alors ces pièces sur le métier et nous pûmes constater que la chaîne de ces tapisseries était de laine, suivant l'usage des anciennes fabriques de la Marche, tandis que les Flamands employaient de préférence le chanvre ou le lin pour la chaîne de leurs ouvrages. M. Grellet, de la manufacture Jorrand, qui avait également vu, lors de leur restauration, à Aubusson, les panneaux de Boussac, estime, nous a-t-on dit, qu'il avait reconnu la chaîne presque spéciale d'Aubusson et que le mode de fabrication ne laissait aucun doute sur leur provenance. " (p. 151-152)

 

Sur 17 pages (p. 155-171), Henri de Lavillatte ne retient pour interprétation de La Dame que la légende Zizim en alliant les écrits de George Sand et de Henri Aucapitaine, sans expliquer la présence des armes Le Viste qu'il signale pourtant en citant des notes d'Edmond du Sommerard.

 

Son point de vue est le suivant :

1°- Les tapisseries sortent des ateliers d'Aubusson ;

2°- Elles ont été fabriquées vers la fin du XVe siècle et les costumes des personnages sont tous de cette époque ;

3°- Il semble indiqué qu'elles ont été faites sur l'ordre de Zizim et qu'elles ont servi à orner les murs du château de Bourganeuf, alors que ce prince l'habitait et s'y était créé une luxueuse installation.

Tous ces faits concordent complètement avec la tradition locale et avec la date de l'arrivée de Zizim à Bourganeuf, vers 1483 ;

4°- Les tapisseries représentent les scènes de la vie d'une grande dame, princesse ou patricienne de l'époque, dont le portrait figure au premier plan dans chaque panneau ... » (p. 165) Ce serait soit Marie de Blanchefort, la nièce de Pierre d'Aubusson, soit Alméïda, sa favorite grecque.

 

« Telle est l'explication que nous donnons à nos lecteurs. Nous n’affirmons pas qu'elle soit sûre et certaine, mais elle peut passer pour plausible, et c'est une solution, dans tous les cas, comme l'écrit George Sand en parlant de la sienne, "tout aussi absurde qu'on pourrait l'attendre d'un antiquaire de profession." »

 

Alors pourquoi l'expliquer en tant de pages, tout en se voulant "historien" ?

Comme il l'avait fait pour les armes Le Viste, il élude très facilement l'arrivée de La Dame à Boussac : « Après le crime d'Alméïda, Zizim, bien certainement, ne voulut plus avoir sous les yeux le portrait de celle qui avait empoisonné la douce Marie de Blanchefort. Enlevées, et sans doute provisoirement déposées dans les combles d'une des tours du château de Bourganeuf, les tapisseries furent abandonnées par le prince au moment de son départ pour Rome. Elles restèrent, par la force même des choses, la propriété de Pierre d'Aubusson, qui était grand-prieur d'Auvergne et commandeur de Bourganeuf, et elles sont venues, dans la suite, décorer les murs du château de Boussac. » (p. 171)

 

 

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Gaston Migeon, Les arts du tissu, Paris, Laurens, 1909, p. 276-277. Chapitre : Tenture de la Dame à la Licorne. Atelier français, première moitié du XVIe siècle (Musée de Cluny)

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6119996h/f104.image

 

« En énumérant ces diverses tapisseries, je n'en ai pas indiqué les dates, qui sont variables, car certaines portent très certainement les caractères du XVIe siècle à ses débuts. Il serait fort difficile d'en préciser les origines, qui sont impossibles à affirmer, en l'état de nos connaissances, et c'est un beau sujet de notre histoire artistique qui reste à traiter.

Un grand point d'interrogation se pose aussi au sujet d'une des tentures les plus célèbres, et assurément les plus goûtées, qui soient conservées dans nos musées, la tapisserie de la Dame à la Licorne, du musée de Cluny. Cette tenture en 6 pièces se trouvait au château de Boussac (Creuse) où elle fut acquise il y a vingt-cinq ans environ par le musée.

Sur un fond rose parsemé de fleurettes et de petits animaux, tout analogue à celui des deux tentures de la collection Martin Le Roy, une belle dame vêtue à la mode du commencement du XVIe siècle, debout, joue d'une sorte de harpe posée sur une table placée entre elle et une jeune fille qui l'accompagne : de chaque côté, un lion et une licorne tiennent entre leurs pattes un grand piquet surmonté d'une oriflamme. Ailleurs, sous une tente dont les rideaux sont tenus écartés par lé même lion et la lui présente la suivante.

La même suite de tentures, sur fond vert, peut-être supérieure, à celle de Cluny, se trouverait conservée au château de Verteuil en Dordogne, appartenant au comte Aymery de la Rochefoucauld. Cette énigmatique tapisserie est très déroutante, car elle ne se rapporte à aucun type connu. Sa beauté décorative et son originalité si rare en font un chef-d'œuvre incomparable de l'art français. Peut-être serait-il un peu hasardeux d'attribuer, comme l'a fait Eug. Muntz, cette admirable tenture à un atelier de la région même, à Felletin, dont les métiers étaient en pleine activité à ce moment des premières années du XVIe siècle.

Dans de nombreux inventaires de cette époque sont mentionnées les tentures des ateliers de Felletin. Mais ils ne durent guère produire d'œuvres d'un caractère aussi artistique, s'étant bornés à une fabrication industrielle et courante. Les armoiries répétées sur chaque pièce et se rapportant à la famille des Le Viste, ne sont pas de nature à préciser une origine. Les Le Viste étaient bien originaires de Lyon, mais à en croire Natalis Rondot l'art de la haute lisse n'y fut pas très développé. M. J. Marquet de Vasselot a émis l'hypothèse d'une origine tourangelle, la Loire ayant été à ce moment le vrai centre artistique de la France. Il a cherché à grouper autour de ce type remarquable du musée de Cluny une dizaine de tentures analogues (voir la Collection Martin Le Roy, t. IV, p. 27).

 

Edmond du Sommerard, Appendice au Catalogue et description des objets d'art de l'antiquité, du Moyen âge et de la Renaissance exposés au Musée de Cluny, 1884, p. 678-680.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k141339s/f722.image.r=edmond+du+sommerard.langFR

 

10346 à 10351. — La Dame à la Licorne, suite de six grandes tapisseries exécutées dans la seconde moitié du XVe siècle et provenant du vieux château de Boussac, réédifié par Jean de Brosse, seigneur de Boussac, chambellan et maréchal de France, mort en 1433, et par Nicole de Châtillon, sa femme.

Ces tapisseries, aux armes, devise et attributs de la maison de Le Viste qui portait de gueules à la bande d'azur chargée de trois croissants montants d'argent, représentent diverses scènes de la vie d'une dame de haut parage au XVe siècle. La maison de Le Viste appartenait dans le principe à la haute bourgeoisie de Lyon, mais dès le XIVe siècle elle se rattacha par des alliances aux plus grandes familles de la Provence et du Dauphiné : « Maison bourgeoise, dit Claude le Laboureur, en 1682, dans ses Mazures de l'abbaye royale de l’isle Barbe, laquelle après avoir passé par toutes les charges dont elle estoit capable et par le consulat entr'autres, quitta le négoce pour s'adonner à la jurisprudence, par le moyen de laquelle elle s'acquit l'honneur de la noblesse, des lettres et des armes [tome II, page 657). »

D'après une tradition que rien ne justifie, les tapisseries de Boussac auraient été apportées d’Orient par Zizim, fils puiné de Mahomet II, chassé par Bajazet et dirigé sur la France par Pierre d'Aubusson, seigneur de Boussac et grand-maître de Rhodes, auprès duquel il s’était réfugié en 1482. C'est une légende populaire motivée sans doute par les croissants des armes de la maison de Le Viste, car ces tapisseries sont incontestablement d’origine européenne ; elles ont été exécutées soit dans les Flandres, soit en France, et peut-être même à Aubusson dont les ateliers existaient dès les premiers temps du moyen âge et dont les produits de haute lisse ont joui d’un renom mérité jusqu'aux dernières années du XVIIe siècle, époque de leur décadence.  George Sand, dans son beau roman de Jeanne, publié en 1844, affirme qu'elles ont été faites par ordre de Pierre d'Aubusson, seigneur de Boussac et grand-maître des hospitaliers de Rhodes. Cette attribution nous paraît sujette à contestation attendu que nulle part elles ne portent son attache, et que Pierre d'Aubusson, seigneur de Boussac, partait en l'année 1423, à l'âge de vingt-deux ans, pour aller revêtir l'habit de simple hospitalier à Rhodes, devenait grand-maître en 1416 et mourait en 1503 sans être revenu en France. Elles n'auraient donc pu être exécutées par ses ordres que pour être offertes à une dame de la maison de Le Viste devenue par alliance propriétaire du château de Boussac dans la seconde moitié du XVe siècle.

Ce qui est certain, c'est que ces belles tentures qui décoraient depuis cette époque le château de Boussac, château qui s'élève sur un rocher dominant à pic le cours de la petite Creuse et dont la grande salle aux immenses cheminées est encore en bon état de conservation, ont été exécutées pour la dame de Le Viste dont elles portent les armoiries, qu'elles sont devenues la propriété de la ville en 1837 lors de l'acquisition du château converti depuis en hôtel de la sous-préfecture, dont trois d'entre elles ornaient encore le salon principal dans ces derniers temps pendant que les autres étaient empilées à la mairie dans les plus mauvaises conditions, et qu'elles ont été cédées en 1882, par l'autorité municipale, au Musée de Cluny où elles ont été remises en état et où leur conservation est désormais assurée.

La Licorne, cet animal fabuleux qui passe pour le symbole de la chasteté, de la force et de la vitesse, que les anciens disaient ne pouvoir être vaincue que par une vierge et que Géliot donne en 1535 comme « aimant la chasteté en telle sorte que les naturalistes tiennent qu'elle ne se peut prendre sinon en mettant une pucelle ès-lieux où elle a de coustume d'aller boire et de se repaître, à laquelle elle court si tost qu'elle l'aperçoit » occupe dans ces tapisseries une place importante et constitue avec le Lion, symbole de l'origine de la maison de Le Viste, le support de leurs armoiries. C'est à n'en pas douter, une allusion directe aux vertus de la Dame, allusion que vient confirmer d'ailleurs l'attitude familière prise par l'animal chimérique dans la dernière de ces belles tapisseries.

Dans chacune d'elles, la Dame richement vêtue de brocart d'or et de velours, est placée sur un îlot de verdure, ayant à ses côtés un lion et une licorne qui soutiennent des lances ornées d'oriflammes et d'étendards. Le fond est rouge vif sans bordures, semé de fleurs, d'oiseaux et d'animaux en couleurs. Le parterre de verdure sur lequel se dressent la figure principale et les animaux symboliques est lui-même émaillé de fleurettes au milieu desquelles on voit courir des lapins et jouer des singes. Tous les écussons, les oriflammes et les fanions que supportent le lion et la licorne sont de gueules à la bande d'azur chargée de trois croissants d'argent. Les lances elles-mêmes auxquelles sont fixés les étendards et les oriflammes sont chargées de croissants montants d'argent sur fond d'azur.

Dans la première de ces tapisseries (N. 103456) la dame est debout : elle  tient un faucon sur son poing gauche et prend de la main droite des friandises que lui présente dans une belle coupe en orfèvrerie une dame d’atour richement vêtue et debout près d'elle, friandises qu'elle s'apprête à donner à l’oiseau qui voltige sur son poing ; — à droite et à gauche, le lion et la licorne supportent les lances auxquelles se rattachent les flammes et les étendards aux armes de la maison de Le Viste. Les mêmes armoiries se retrouvent sur les mantelets de soie qui sont rattachés par des agrafes en orfèvrerie au cou du lion et de la licorne ; un petit chien assis sur la traîne de la dame la regarde et semble lui demander sa part du repas. — Largeur 3m20 sur une hauteur uniforme de 3m70.

10347. — La dame se tient debout, en riche costume, tressant une couronne de roses. Près d'elle, une jeune fille, en costume de suivante, lui présente un plateau rempli de fleurs. A droite et à gauche, le lion et la licorne supportent les étendards et les écussons à la bande d'azur chargée de trois croissants d'argent ; un peu en arrière des figures, un singe monté sur un tabouret joue avec les roses placées dans une corbeille. — Larg. 3m10.

10348. — La dame dans un brillant costume, coiffée d'un turban enrichi d'une torsade de perles et surmonté d'une aigrette, pose les mains sur les touches d'un jeu d'orgue dont les boiseries sont surmontées d'un petit lion et d'une petite licorne ; une jeune fille se tient de l'autre côté de l’instrument et en fait mouvoir les soufflets ; de chaque côté du groupe sont le lion et la licorne portant les écussons et étendards à la bande d'azur chargée de trois croissants d'argent. — Largeur 2m90.

10349. — La dame est debout sur le seuil d'une belle tente dont le lion et la licorne relèvent les côtés. Elle est en grand costume, coiffée d'un turban que surmonte une plume ; une jeune fille lui présente un coffret dans lequel elle prend une chaîne d'or richement travaillé. La tente est en damas bleu semé de larmes d'or ; sur son bandeau on lit la devise A mon seul désir, et le pavillon qui la surmonte porte l'écusson, aux armes des Le Viste. Près de la dame et sur un tabouret se tient le petit chien favori. — Largeur 4m60.

10350. — La dame est vêtue d'un riche costume de velours et de brocart d'or ; elle se tient debout, s'appuyant de la main gauche sur la licorne debout auprès d'elle, et tenant de la main droite son étendard à la bande d'azur chargée de trois croissants d'argent. Le lion est assis à sa droite. — Largeur 3m50.

10351. — La dame, vêtue d'une robe de brocart et coiffée d'une torsade de perles avec aigrette, est assise entre le lion et la licorne ; cette dernière pose ses pattes sur les genoux de sa maîtresse qui lui présente un beau miroir dans lequel se reproduit l'image de l'animal. Le lion, debout de l'autre côté, porte l'étendard aux armes de la dame. — Largeur 3m20.

 

Notes sur les tapisseries du château de Boussac (auteur anonyme) (propriété de la Société des Sciences Naturelles et Archéologiques de la Creuse)

 

[entre crochets et souligné : non dans le texte original]

 

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Les tapisseries du château de Boussac ont à juste titre attiré l'attention des archéologues et c'est avec raison que M. Mérimée les a consignées dans l'inventaire des richesses que la France possède en fait d'antiquités.

La tradition dit que ces tapisseries furent confectionnées à Aubusson à l'époque de la captivité de Zizimi dans notre pays, elles étaient destinées à l'ornement du séjour de ce prince infortuné.

La ville de Boussac avec des fonds obtenus du Gouvernement vient de les faire réparer, mais tout en louant l'intention, nous regrettons que le travail de leur restauration n'ait pas été conduit avec plus de soin et d'intelligence. Les entrepreneurs de rapiéçage n'ont cherché ni à imiter le grain du lainage, ni à suivre les tons des couleurs.

 

Les tapisseries sont au nombre de six ; trois, les suites qui aient subi une réparation sont placées dans la grande salle de la sous-préfecture, les trois autres non moins belles que les premières sont dans une grande chambre appelée salle à manger où les rats continuent de les ronger.

 

Nous allons exposer le sujet de ces tapisseries, leur état de conservation, leurs dimensions.

 

[Dans le grand salon : L'Ouïe - L'Odorat - Le Toucher.

Cf relevé M. MORIN]

 

N°1 [L'Ouïe]

A gauche de la porte d'entrée, dimensions. Largeur 2 + 6. h. l : 5 x 2. Une femme debout devant un petit orgue placé sur une table rectangulaire recouverte d'un riche tapis. La difficulté de représenter le tapis sur la tapisserie a été heureusement vaincue. La femme qu'on suppose la favorite de Zizimi est richement vêtue. Elle porte une coiffure d'étoffe du 15e siècle. Les cheveux blonds disposés en bandeaux cachés sur le front par des pierreries enchâssées dans l'or paraissent vers le menton. Entourés par une bandelette bleue, les deux faisceaux, après avoir enlacé les deux parties latérales de la tête, viennent former une aigrette au-dessus du front. Le col est entouré d'une parure de pierres bleues enchâssées dans l'or qui se reproduit comme bracelet.

La bordure de la robe qui est bleue à manches larges. Cette robe est flottante.

[reprise de la même tapisserie page 3]

Une femme qu'on suppose être la favorite de Zizimi ; elle est debout devant un petit orgue placé sur un meuble recouvert d'un riche tapis. Coiffure : le fond de la tête est recouvert d'une étoffe d'or, une bande d'étoffe bleue relevée sur le front par un bandeau de pierreries retombe sur les épaules. Les cheveux blonds descendent de chaque côté et sont relevés par un lien bleu en deux faisceaux qui après s'être développés sur les parties latérales de la tête forment une aigrette au-dessus du front. La figure vue de trois-quarts. Les traits fins et réguliers, le front haut, la bouche petite. Une beauté française. Le reste de la personne est maigre, la poitrine peu développée, elle est recouverte par un ( ... ) vêtement ; une robe bleue de velours à larges manches à retroussis verts fermée sur le (sternum), ouverte à partir du nombril et retenue par trois gros rubis. La robe est flottante garnie d'une large bordure fond or à dessin rouge qui couvre la poitrine et forme toute la partie supérieure de la robe.

Les doigts portent sur le clavier de l'orgue d'une étendue de deux octaves environ et est disposé par tons et demi tons. Les deux piliers latéraux de l'orgue sont surmontés l'un d'un lion, l'autre d'une licorne. Une domestique debout derrière l'orgue y entretient l'air avec deux soufflets. Chaque main fait mouvoir un soufflet. L'irrégularité de la figure de ce personnage fait ressortir la régularité des traits de l'autre.

La suivante est coiffée d'une pièce d'étoffe dorée attachée sur le front par quelques pierreries et retombent sur le derrière de la tête. On voit quelques cheveux au travers. Elle porte un collier qui fait deux fois le tour du col. La robe est en soie bleue moirée à bordure rouge uni. Les manches relevées au coude sont doublées de jaune. La figure est de trois-quarts.

On voit à droite du cadre, près d'un oranger chargé de fruits, une licorne qui porte dans ses pieds de devant le bâton d'un gonfanon rouge. Le bâton du gonfanon est bleu couvert de croissants d'argent. La bannière rouge avec un sautoir [croquis] bleu garni de trois croissants d'argent flotte sur le feuillage d'un pin chargé de fruits. De l'autre côté du tableau est un lion accroupi, queue en l'air, auprès d'un houx chargé de fruits ; il porte un drapeau semblable à celui de la licorne à l'exception que la bannière en est carrée. On y trouve aussi le sautoir bleu et les trois croissants ; il flotte près d'un chêne garni de glands. Le terrain est un gazon vert émaillé de fleurs : pensées, marguerites, violettes, etc ... où sont quatre animaux : un lapin, un lion, un lièvre et un renard. L'atmosphère est remplacée par un fond rouge parsemé de bouquets de fleurs et d'animaux : un mouton, un loup, un lièvre, un lapin et tout en haut, on voit deux oiseaux volant : l'un, une bécasse ; l'autre, bec crochu.

Cette tapisserie est assez bien conservée. Les réparations n'ont pas gâté les personnages. [fin page 3]

 

Page 2

 

N° 2. [L'Odorat]

Largeur 35/4 ; en face de la cheminée. La favorite de ¾ ? Coiffure comme haute mais avec bande dorée. Les cheveux ne sont pas relevés au-dessus de la tête. Presque de face ; riche collier. Robe courte en velours bleu, à manches plates ne venant qu'à mi-bras avec un parement rouge en soie à reflets ; le reste du bras est un gaze et terminé par un riche bracelet. La taille porte une cordelière. La robe est ouverte sur le côté gauche, relevée sur le côté droit. La doublure en soie rose à reflets. Une robe de dessous fond or richement brodée ne laisse pas voir les pieds. La favorite est occupée à faire une couronne d'œillets de différentes couleurs. Sa suivante à sa droite. Coiffée en cheveux blonds, robe bleue garnie de boutons aux manches et sur les côtés ; doublée de jaune. Longues manches plates ; relevée par derrière. Jupon rouge ; figure de profil ; lui présente des fleurs sur un plat d'or. Même terrain que le tableau précédent. Gazon émaillé de fleurs où sont deux animaux : lapin, mouton.

 

Auprès de la favorite, un banc avec un panier de fleurs, un singe debout sur le banc en prend une.

Aux deux côtés du tableau : le lion et la licorne portant les deux drapeaux comme dans le tableau précédent. A droite, la licorne avec un écusson (mot souligné) rouge (sautoir bleu) en bandoulière, au pied d'un houx, tient le drapeau carré qui flotte sur le pin. Le lion avec un écusson rouge en bandoulière, sautoir bleu avec croissants d'argent. Le drapeau fendu flotte sur un chêne. Fond rouge garni de fleurs; en ligne, au milieu, quatre animaux : lapin, lièvre, lévrier, lionne. Au haut du tableau, cigogne et pie (mots soulignés).

 

N° 3. [Le Toucher]

En face la porte d'entrée. 3. ½. Une femme de ¾. Diadème orné de pierreries, cheveux blonds flottant sur les épaules, riche collier ; robe traînante en velours bleu ; manches plates à mi-bras terminées par une étoffe brodée. Chaîne autour du corps à laquelle est suspendu un médaillon. La robe est ouverte sur le côté et laisse voir une riche doublure et une sous-robe d'hermine. La sultane porte un drapeau carré semblable aux autres. Elle tient par la corne frontale la licorne portant un écusson comme au n° 2. En face d'elle, le lion; à droite, le chêne ; au-dessus, le houx. A gauche, les orangers ; au-dessus, le pin. Gazon émaillé ; un lapin ; fond garni de fleurs ; dans le milieu : un faisan, un singe avec un collier auquel est attaché par une chaîne un cylindre – traîneau ; une guenon attachée enchaînée par le milieu du corps, une perdrix grise ; au-dessus des deux côtés du drapeau, une lionne, un tigre ; auprès du houx, un renard ; au-dessus, deux oiseaux volant. Cette pièce a été gâtée : dans l'angle gauche du bas, par un rapiéçage d'un pied carré qui montre qu'on ne fait plus à Aubusson ce qu'on y eût fait jadis. Le derrière du lion : des fleurs.

 

[dans la salle à manger : La Vue - Le Goût - La Tente]

Page 4

N°. 4 [La Vue]

 

Salle à manger. La favorite accroupie dans les fleurs. Cheveux blonds roulés sur un turban et retombant sur le dos; figure de face. Robe: fond d'or, brodée de bleu, relevée sur le devant; doublures velours cramoisi. Jupe flottante moirée d'une belle draperie. Elle tient de la main droite un riche miroir monté sur un pied d'or. La licorne posant les deux pattes de devant sur la sultane s'y regarde réfléchie à la droite du principal personnage.

Le lion portant le drapeau carré. Derrière lui, deux chênes. Derrière la licorne, trois houx. La sultane flatte la licorne en lui posant la main gauche sur le cou.

Gazon émaillé de fleurs. Lièvre, blaireau tacheté, lapin. Fond rouge semé de fleur ; un mouton, un lièvre, un lapin. Au bas du tableau, bordure rouge semée de fleurs.

Cette tapisserie qu'on pourrait encore sauver ne sera bientôt plus qu'un lambeau.

 

Salle à manger

N°5. [La Tente]

 

La sultane : les cheveux relevés en turban, petite aigrette sur le front. Riche robe en velours rouge à manches plates terminées depuis l'aisselle par de larges manches en dentelle. La robe tronquée sur le devant laisse voir un jupon à riches arabesques. Près d'elle, une suivante en robe rouge, coiffée en cheveux, lui présente un coffret dans lequel la sultane prend un mouchoir et de riches parures. Elle est sous un dais magnifique terminé par un petit drapeau.

Autour du ciel du dais, cette inscription gothique: à mon seul désir. Les draperies du dais rond sont bleues semées de larmes d'or et soutenues d'un côté par le lion à gueule ouverte et de l'autre par la licorne qui tiennent deux drapeaux comme dans le numéro 1.

A gauche, trois chênes ; au-dessus le pin. A droite, trois orangers et un houx. Entre le lion et la sultane, un banc ; sur le banc, un coussin ; sur ce coussin, un chien à long poil d'un admirable travail.

Gazon émaillé de fleurs ; fond rouge semé de fleurs et d'animaux. Le gazon est raccommodé avec un morceau de drap bleu, un morceau de grosse tapisserie moderne ; et près de la licorne, par un morceau de tapisserie rouge pris à une ancienne tapisserie du même style. Le houx est en lambeaux. La partie droite de la tapisserie a été coupée ou remployée.

 

N°6. [Le Goût]

La sultane debout. (Guirlande) autour des cheveux. Robe très riche à dessins variés. Elle tient un oiseau sur l'index de la main gauche. Figure de face. De la droite, elle prend des graines que lui présente une suivante dans (un calice : mot rayé et remplacé par) une coupe d'or. A ses pieds, son épagneul.

A droite, la licorne portant un drapeau carré. Trois chênes, un pin. A gauche, le lion portant un drapeau. Le reste qui contenait le houx

[suite page 5]

et les orangers a été coupé ou remployé.

Gazon émaillé de fleurs ; grande quantité de (roses). Fond rouge semé de fleurs et d'animaux: lapin, singe, lionne, loup, etc ...

 

Toutes ces tapisseries sont encadrées dans des boiseries modernes. Elles ont été remployées ou coupées selon l'exigence du cadre. Quand les trois premières ont été levées pour les faire raccommoder, les parties relevées étaient en pièces ; on a fait jouer les ciseaux. L'ouvrier qui les a démontées m'a dit qu'elles auraient facilement garni toute la muraille.

Si on ne se hâte de préserver les trois dernières, leur ruine est assurée et de ces belles tapisseries, il ne restera bientôt que quelques lambeaux ruinés par les rats. [fin]