Jean PERRÉAL 2

 

" … non pas à moy, nygault,
Qui parle autant comme un gros papegault.
Je broulle et pains, je rimasse en saison
Pour mon plaisir, sans rime ne raison… "
(vers 91-94)

" Mais je me ris de joyeuse risee
Quant dis que suis la Dyana prisee.
Tu fais et dis de moy ce qu'il te plaist ;
Je suis contant et point ne me deplaist,
Car tant me plais, cherchant bonne amytié,
Qu'à moy n'auras jamais inymité ;
A toy je suis dedens le cueur real,
JEHAN est mon nom, mon surnom Perréal. "
(vers 105-112)

" Ores tu scès que je ne suis qu'un homme
Bien peu scavant, que vieillesse consomme ;
Par quoy aras pitié de la personne.
Tu congnois bien, en ce que je m'assonne,
A mon parler trop rustique et rural,
Qu'il n'y a sens ne joyeulx ni moral "
(vers 113-118)

Extraits de son Epître à Jacques Le Lieur

 

Que savons-nous

de Jean Perréal ?

 

Peu de choses, tout comme pour une pléiade d'artistes contemporains. Plusieurs raisons expliquent ces silences : l'époque n'était pas à signer ses œuvres, l'iconoclasme protestant a détruit nombre d'œuvres d'art dans les églises et cathédrales, les révolutionnaires ont fait le reste sans oublier le désir de " modernité " du clergé du 19ème siècle qui fit disparaître bien des chefs-d'œuvre.

" Au nom de Pierre Sala est associée une autre personnalité éminente de la vie artistique lyonnaise, Jean Perréal, véritable homme orchestre, poète, diplomate, organisateur et décorateur de fêtes, peintre et enlumineur, mais dont la réputation tenait principalement à son art de portraitiste. Il est difficile d'évaluer l'influence de ce personnage, qui au surplus eut une carrière de peintre de cour, sur le milieu artistique de sa ville d'adoption. "
François Avril, Les Manuscrits à peintures en France - 1440-1520, BN et Flammarion, 1993, p. 357 (livre écrit avec Nicole Reynaud).

 

Où est-il né et à quelle date ?

Il est dit Johannes Parisensis. Le surnom " de Paris " ne signifie pas obligatoirement une naissance à Paris. Mais il n'est pas forcément né à Lyon.

L'origine berrichonne n'est guère plausible, même si on signale un Jean de Paris à Bourges en 1483. Né vers 1460-1463, il semble trop jeune pour suivre Henri de Vulcop à Bourges où ce dernier exerce entre 1464 et 1472.

Mais il a pu être son élève puisque Henri de Vulcop est documenté jusqu’en1479 selon le site Inventaire du département des Arts graphiques du Louvre qui donne en 1998 une biographie d'Henri de Vulcop : « Ecole des anciens Pays-Bas. Documenté en 1451-vers 1459/1479. Peintre et enlumineur. Originaire de Vuilkop aux environs d'Utrecht. Documenté à Paris en 1451, puis à Chinon en 1454-1455 au service de la reine Marie d'Anjou, puis en 1463-64 au service de Charles de France [le frère de Louis XI], enfin comme artiste indépendant à Bourges jusqu'en 1472. » Jean Perréal aurait alors entre 16 et 19 ans.

 

http://arts-graphiques.louvre.fr/detail/artistes/0/4443-HENRI-DE-VULCOP

 

— L'ouvrage Heures à l'usage de Bourges, imprimé sur parchemin et publié à Paris en 1511 par le libraire Simon Vostre, contient des illustrations dont certains personnages ont le même visage " fourbe " que des chasseurs de La Chasse à la licorne. Et certaines des femmes que la Mort vient chercher portent diverses mêmes coiffes que Mary ou Claude dans La Dame. Bibliothèque municipale, Bourges, cote By 12024. Voir fol. b4v et fol. k6r.

http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=1014


— André Chastel écrit en 1991 : " Un autre peintre signalé à Tours et Bourges porte le nom de Henri Vulcop (ou Villecocq). On l'identifie maintenant avec l'anonyme dit Maître de Coëtivy du nom du livre d'heures destiné au seigneur de ce nom (vers 1455, Vienne) peintre très raffiné, dont on a cité "le jardin de France". Peut-être est-il l'auteur des cartons de tapisserie sur le thème de la licorne quelques années plus tard. "
" Histoire de l'Art français. Livre III : Temps modernes, 1440-1620 ", Revue de l'Art, 1991, n°93. p. 7-17.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rvart_0035-1326_1991_num_93_1_347917

— Voir Dictionnaire de la peinture, sous la direction de Michel Laclotte, Jean-Pierre Cuzin, Larousse, 2003. Entrée " Perréal ", p. 631
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k12005093/f632.texte

 

Dictionnaire de la peinture. Entrée " Maître de Coëtivy ", p.486-7.
" Puisque l'artiste [Le Maître de Coëtivy] paraît avoir été essentiellement actif à Paris, comme en témoignent l'usage de Paris de ses livres d'heures et le vitrail de Saint-Séverin, il faut renoncer à voir en lui Henri de Vulcop, originaire d'Utrecht, peintre et enlumineur en titre de Charles de France, le frère de Louis XI, actif en Touraine puis à Bourges entre 1450 et 1470."

 

L'influence flamande qui marque l'œuvre de Perréal pourrait signaler une origine parisienne, Paris étant pendant tout le 15ème siècle l'un des milieux artistiques les plus ouverts à cette influence.

 

Jacques BUSSE. Dans Emmanuel BENEZIT, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays par un groupe d'écrivains spécialistes français et étrangers, Gründ, T.8, 1976, p. 232.

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PERREAL, Pereal (Jean) ou Johannes Parisiensis, ou Jehan de Paris, peintre, miniaturiste et architecte, né peut-être à Paris vers 1455 ou 1460, mort à Paris ou peut-être à Lyon, en juin ou juillet 1530, croit-on (Ecole française).

D'après des documents, on sait qu'il fut le plus célèbre peut-être des artistes de son temps, et pourtant on ne peut plus lui attribuer aucune œuvre avec certitude, Faut-il ou non le confondre avec le MAITRE DE MOULINS ? Jehan de Paris est nommé en 1483, dans la Fourrière de la reine Charlotte, à Lyon, comme valet de chambre du roi (Charles VIII, puis Louis XII). En 1489, il aurait été chargé de l'organisation des fêtes pour l'entrée de Charles VIII à Lyon ; en 1493 il aurait organisé les fêtes pour l'entrée d'Anne de Bretagne dans la même ville. Entre 1499 et 1502, il aurait accompagné plusieurs fois Louis XII en Italie. C'est au retour d'un de ces voyages qu'il dessina, à la demande d'Anne de Bretagne, les patrons pour le tombeau de ses parents, François II et Marguerite de Foix, aujourd'hui à la cathédrale de Nantes, que Michel Colombe exécuta en marbre de Gênes, dont les allégories des Vertus seront, comme on le verra ci-après, rapprochées des figures du triptyque de Moulins. La correspondance entre Perréal et Marguerite d'Autriche, retrouvée par M. Leglay, ne laisse aucun doute sur le rôle prépondérant qu'il eut à la construction et à la décoration de l'église de Brou, de 1506 à 1511. Marguerite d'Autriche lui demanda notamment, en plus du programme général de la décoration de Brou, un projet pour le tombeau de son mari Philibert II de Savoie et de sa belle-mère Marguerite de Bourbon. Michel Colombe, qui, là encore, devait être l'exécutant du projet, étant mort, ce tombeau fut exécuté par Conrad Meyt et sur d'autres cartons que ceux de Perréal.

Le fait que son premier biographe ait été Jehan Le Maire de Belges, dans sa Légende des Vénitiens (Lyon 1509), laisse penser que les sept planches qui ornent les Illustrations de la Gaule et singularités de Troyes, du même auteur (Lyon 1510), sont dues à Perréal. On lui attribue aussi la direction des travaux de peinture occasionnés par la mort d'Anne de Bretagne, en 1514. Avant les travaux et recherches contemporains sur la personnalité de cet artiste, il faut encore consulter L'Abecedario de Manette ; les Observations sur la correspondance de Jean Perréal avec Marguerite d'Autriche, par M. Dufay ; la Notice sur Jehan Pereal, par A. Péricaud (Lyon 1858) : Jehan de Paris, valet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles VIII et Louis XII par J. Renouvier 1861 une monographie importante par Maulde la Clavière, 1896.

Lui ont encore été attribuées les peintures sur verre de l'église des Carmélites à Tours ; les miniatures de la Bible Oglethorpe, conservée à Oxford ; deux peintures sur bois représentant La messe de Saint-Grégoire et Le mariage de Charles VIII ; lui turent encore attribués à une Exposition des Primitifs Français : Le Mariage mystique de sainte Catherine, — La Vierge et deux donateurs, — Portrait d'un seigneur âgé, — Poème de Jean Marot sur la campagne de Louis XII en Italie, — Soumission de la ville de Gênes. Récemment fut encore attribuée à Perréal la fresque des Arts libéraux de la cathédrale du Puy.

De nos jours d'autres documents ont permis de préciser qu'il fut plusieurs fois en Italie, comme il a été mentionné plus haut, ainsi qu'en témoigne sa correspondance avec le marquis de Gonzague, et qu'il fut envoyé deux fois en Angleterre, en 1514 par Louis XII pour peindre un portrait de Marie Tudor, en 1519 par François Ier pour peindre le portrait d'Henry VIII.

Mais surtout une hypothèse se répandit selon laquelle Jean Perréal ne serait autre que le Maître de Moulins, hypothèse tentante si l'on considère que l'ensemble d'œuvres le plus prestigieux de cette époque, n'a pu être attribué qu'à un maître anonyme tandis que l'on demeure incapable d'attribuer avec certitude aucune œuvre à l'artiste qui a laissé derrière lui le renom du plus grand peintre de son temps. S'il était tentant de fondre ce nom avec cette œuvre, les coïncidences viendraient donner du poids à ce qui n'était qu'une supposition. Il fut établi que Perréal était en relation avec le duc Pierre II de Bourbon - mari d'Anne de Beaujeu, fille de Louis XI — qui commanda vers 1498 le triptyque de la cathédrale de Moulins. D'autre part le portrait du cardinal Charles II de Bourbon, attribué au Maître de Moulins fut peint vers 1485, époque où Perréal organisait à Lyon la réception de ce même cardinal Charles II. C'est de cette coïncidence que G. Hulin de Loo, le premier, supposa l'identité des deux artistes.

En 1904, dans ses Primitifs Français, Henri Bouchot signalait la ressemblance entre les figures du triptyque de Moulins et les allégories des Vertus, sculptées par Michel Colombe aux angles du tombeau du duc François de Bretagne, dans la cathédrale de Nantes, d'après des patrons de Perréal. Pourtant cette séduisante hypothèse de l'identité du Maître de Moulins avec Jean Perréal est de nouveau souvent rejetée, surtout en raison de ce que l'on perd toute trace d'une activité quelconque du Maître de Moulins à partir de 1500, alors que Jean Perréal ne mourra que vers 1530.

En outre, toutes les anciennes attributions à Perréal tendent à être rejetées les unes après les autres, pour ne lui conserver que trois portraits exécutés à l'enluminure : ceux de Charles V et d'Anne de Bretagne, vers 1495, conservés à la Bibliothèque Nationale ; et celui de Pierre Sala, écrivain, écuyer de Charles VIII et ami de Perréal, cette enluminure figurant précisément dans un recueil de poèmes d'amour dus à Perréal lui-même, ce qui donne un poids singulier à cette dernière attribution.

L'importance apparente de cette technique de l'enluminure dans l'œuvre de Perréal, ou plutôt dans le peu que l'on en sache, a également conduit à l'identifier à l'enlumineur Jean de Paris.


Perréal, dit Jean de Paris

Nicole REYNAUD, "Les Manuscrits à peintures", p. 365-6. Dans François AVRIL et Nicole REYNAUD, Les manuscrits à peintures en France : 1440-1520, Paris, Bibliothèque nationale et Flammarion, 1993.

Mieux connu par les documents et par la littérature de son temps que tous les peintres français du XVe et du XVIe siècle, Jean Perréal, plus communément appelé Jean de Paris, est resté sans œuvre malgré maintes tentatives d'attribution - notamment celle qui le créditait de l'œuvre du Maître de Moulins - jusqu'en 1963, où Sterling put identifier une miniature attestée de sa main (Complainte de Nature à l'alchimiste errant, Paris, musée Marmottan, coll. Wildenstein, ms. 147) et, à partir de là, rassembler par rapprochements stylistiques un corpus d'une quinzaine d'ouvrages, enluminures, dessins ou peintures. Perréal s'est alors révélé un artiste original mais plus modeste que le bruit fait autour de son nom par ses contemporains et notamment par son ami Lemaire de Belges ne le laissait croire : sa personnalité correspond à celle que Perls (l935) avait définie sous le nom provisoire de " Maître de Charles VIII ".

 

 

Extrêmement actif dans tous les domaines, de la peinture et de l'enluminure à la décoration, à l'architecture, aux travaux publics, aux modèles pour la sculpture, voire à la poésie ou à la diplomatie, Perréal a été peintre en titre de Charles VIII à partir de 1496, de Louis XII qui l'apprécia particulièrement et l'emmena avec lui à Milan dans ses campagnes de 1499, de 1502 et de 1509, et de François Ier auprès de qui il se maintint en faveur jusqu'à sa mort en 1530. Est-ce lui qui avait déjà été, comme on l'affirme, entre 1484 et 1490 valet de chambre de la petite Marguerite d'Autriche, alors reine de France ? On n'en a pas la preuve, étant donné la fréquence du nom de Jean de Paris dans les documents et le fait que ce Jean de Paris, qui figurait déjà en même place dans la même rubrique de la fourrière des comptes la reine Charlotte de Savoie († 1483), n'est pas désigné comme peintre et que les travaux de peinture apparaissant dans la comptabilité de Charlotte et de Marguerite sont au nom de Bourdichon ou d'inconnus.

 

 

En dépit de son surnom dont on ignore l'origine, Perréal était étroitement attaché à Lyon, où il avait sa demeure, sa famille, ses affaires et ses relations et où le consulat le consultait fréquemment et mettait à profit l'influence qu'il avait à la cour. On l'y rencontre régulièrement de 1485 à 1522, date où il élit sépulture à Saint-Nizier. Même après son entrée au service de Charles VIII, les documents le montrent travaillant pour Lyon et responsable de l'organisation et de la réalisation des entrées solennelles dans la ville qui était devenue, avec les guerres d'Italie une autre capitale du royaume. On peut se demander comment il concilie diverses charges, pension du roi, pension de la reine Anne de Bretagne pour le tombeau de ses parents aux Carmes de Nantes dont il donne les patrons et dont il surveille l'exécution par le sculpteur Michel Colombe, pension de l'archiduchesse Marguerite d'Autriche pour les tombeaux de la maison de Savoie à l'église de Brou, travaux édilitaires à Lyon.

 

Au titre de peintre du roi, quel fut le partage du travail entre Bourdichon et lui, tous deux approximativement du même âge et pourvu du même office, quoique Perréal soit officiellement entré en charge quinze ans plus tard ? On rencontre Bourdichon beaucoup plus souvent dans les comptes royaux conservés, pour les besognes courantes relevant de son office ; on connaît davantage Perréal par des relations annexes, documents divers, chroniques ou correspondance, qui le montrent davantage en concepteur, faiseur de patrons et ordonnateur de cérémonies, entrées ou obsèques royales, dont celles d'Anne de Bretagne en 1514 et celles de Louis XII en 1515. On sait qu'il était surtout renommé comme portraitiste, notamment en enluminure, et que Louis XII l'estimait dans cette spécialité au point de vouloir le montrer en exemple aux Italiens. Il était aussi expert en portraits aux " crayons de demi-couleurs ", à en croire Léonard de Vinci qui recommandait d'apprendre de lui le " mode de colorier à sec ".

 

 

C'est dans ce genre du petit portrait, qui commence à prendre son essor comme un genre propre et spécialisé — tel le portrait d'homme récemment acquis par le Louvre, étroitement cadré comme celui de Pierre Sala —, que son apport semble avoir été le plus intéressant. S'il n'est pas l'introducteur de la' Renaissance en France — il meurt âgé l'année de l'arrivée de Rosso à Fontainebleau —, on peut juger décisive l'influence de ses portraits dessinés sur le genre qu'allait développer si brillamment Jean Clouet, de même que celle de ses enluminures sur le portrait en miniature, brusquement mis à la mode vers 1530, notamment en Angleterre. Il est possible aussi que ses petits portraits vivants et directs, sur fond de couleur, aient été à l'origine de la lignée qu'illustrera à Lyon précisément, au milieu du XVIe siècle, Corneille de Lyon. Sterling voyait le titre de gloire le plus certain de Perréal dans le rôle qu'il a joué dans l'art du portrait en France en en renouvelant la conception au cours de sa carrière et en l'amenant ainsi au seuil de l'esthétique de la Renaissance.

 

" D'autres poètes que Lemaire cité avaient été les amis de notre peintre & l'ont invoqué dans leurs vers.

— Guillaume Cretin le met en compagnie des célébrités qu'il appelle, après les muses, au secours de sa verve en défaut :

Secourez-moi & Bigne & Villebresme
Jehan de Paris, Marot & de La Vigne
Je ne puis plus à peine escryre ligne.
(Complainte sur la mort de Guillaume Bissipat)

Clément Marot :
On ne connaît pas précisément l'époque de ce vingt-sixième rondeau : Aux. amys & sœurs de feu Claude Perreal, Lyonnois. Il est placé, par les éditeurs, de 1525 à 1529. M. de Laborde, qui l'a cité dans La Renaissance, a déjà remarqué qu'il ne pouvait s'appliquer qu'à Jehan Perreal, & que le prénom de Claude n'était qu'une saute de copiste.

— A-t-il pu être oublié dans la liste rimée que le chanoine Pèlerin donna en 1521 dans sa Perspective artificielle ? Pour ne pas le croire, je me décide à l'y trouver sous le nom altéré de Jehan Joly. Quelque éloignée que soit cette interprétation, on n'en trouve pas de meilleure ; elle n'a rien d'extraordinaire dans une nomenclature d'artistes beaucoup plus fantasque que celles que nous avons vues, & dont personne n'a donné encore la restitution. "

Jules Renouvier, Jehan de Paris, varlet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles VIII et Louis XII.

 

Il pourrait être né entre 1455 et 1460 car la première apparition de ce nom, Jean de Paris (mais est-ce lui ?), date d'Avril 1483 à Lyon où on le charge d'apprêter le chariot qui transportera François de Paule que Louis XI mourant appelle auprès de lui (Albert Châtelet en doute). En 1485, toujours à Lyon où il était alors maître, deux écus lui sont payés pour l'entrée solennelle du cardinal Charles de Bourbon. Peut-être est-il au service de la reine Charlotte de Savoie en 1483 comme fourrier. Dès octobre 1484, il devient le professeur de dessin de la jeune Marguerite d'Autriche qui deviendra ainsi la princesse la plus cultivée de son temps.

 

Portrait de Marguerite d'Autriche - vers 1482 - 1500
attribué à Jean Hey (le Maître de Moulins ?)
Metropolitan Museum of Art - New York

 

En 1487, toujours attaché à Pierre de Beaujeu comme fourrier de la maison de Beaujeu, on le charge (avec Lancelot de la Varanne, successeur de Tristan l'Ermite comme prévôt de l'hôtel) d'aller récupérer en Anjou les bijoux et diamants qu'Anne de Bretagne avait confiés, pendant la Guerre folle, à Mme du Plessis-Bourré. Il signa le 6 Octobre 1487 un reçu. (cf lettre 1 dans Perréal alchimiste)


Extraits de Monique Chatenet, la Cour de France au XVIe siècle - Vie sociale et architecture, Picard, 2002.

" LA FOURRIÈRE ET L'ÉCURIE

10 000 personnes composent le train de la cour sous François Ier.

Sous la responsabilité du grand maréchal des logis, la fourrière a la mission redoutable d'organiser les déplacements du roi. On y reviendra plus loin. L'écurie, au budget considérable, est l'un des services les plus importants de la cour, d'où le rôle éminent du grand écuyer qui, lors des cérémonies, porte l'épée du roi. Sous ses ordres, les écuyers administrent les énormes écuries royales - divisées en grande et petite écuries en 1582 - qui regroupent les " grands chevaux " de tournoi et de guerre, les chevaux et les mules des litières et des chariots servant aux transports quotidiens, enfin les coches ou " chariots branlants " - futurs carrosses - dont la mode se développe au cours du siècle, comme le raconte dans ses mémoires Jacques-Auguste de Thou. 

L'écurie comprend en outre des " chevaucheurs " à qui incombe le service de la poste royale. En dépendent aussi les pages ou " enfants d'honneur ", qui font à la cour leur éducation et participent notamment au service de la table en portant la " viande du roi ". 

La répartition des logis

Comment procède le service de la fourrière ? Un texte intitulé Ordre qui de tout temps a esté observé et gardé de par les maréchaux des logis et fourriers du roy au faict et departement des logis de Sa Majesté [vers 1560-1564 ; BnF, fr. 7225, fol. 377-380] précise la manière dont opèrent les fourriers lors d'un déplacement pour " départir " les logements du roi, des reines et des enfants de France en " ville " ou en " village ", en lieu " large ", " étroit ", " très étroit ", voire " pressé ". Sans entrer dans des détails inutiles, il est intéressant de comprendre les grandes lignes de cette opération qui s'apparente sans doute au mode de déplacement des armées royales. Le calcul des fourriers était basé sur une équation préétablie entre corps d'officiers et paroisses (ou corps d'officiers et quartiers quand le roi séjourne dans une grande ville). 

LA CHAMBRE (p. 22-25)

On l'a beaucoup dit : la principale modification opérée par François 1er dans la maison du roi concerne la création du corps des gentilshommes de la chambre. En fait, il s'agit surtout d'un changement de dénomination, le rôle assigné à ces nouveaux officiers correspondant d'assez près à celui des chambellans, tel que le décrit Machiavel vers 1500 :

 

" L'office de chambellan consiste à faire compagnie au roi, à le précéder dans sa chambre, à assister aux séances du conseil ; et dans le fait ce sont les hommes du royaume qui jouissent de plus de considération. Ils ont des traitements considérables de 6, 8, 10, 11 000 francs ; cependant quelques-uns n'en ont pas du tout, parce que le roi donne souvent ce titre à des personnes dont il veut honorer les services, et quelquefois même à des étrangers. Ils jouissent dans toute l'étendue du royaume du privilège de ne point payer de gabelles ; et pendant qu'ils sont à la cour, ils mangent à la table des chambellans qui est la première après celle du roi " (Tableau de la situation de la France, 1510) Machiavelli 1954, p. 484; éd. fr.: Machiavel 1823-1826, t. VI, p. 447-507.

Toutefois, le nouveau titre permet au roi de se composer un brillant entourage de favoris tout en accordant généreusement celui de valet de chambre (avec l'exemption fiscale qui lui est attachée) à des hommes de mérite, et notamment à des artistes ou à des humanistes de renom. Dès le règne de François 1er, la responsabilité effective du service est passée au Premier gentilhomme de la chambre avec l'immense privilège qui en relève de dormir dans la chambre du roi - et donc de voir le souverain avant son lever. Les noms des responsables de la chambre de François Ier et de Henri II : Guillaume Gouffier, Claude d'Annebaut et Jacques de Saint-André – trois favoris insignes – font comprendre d'eux-mêmes l'importance stratégique de la charge. 

Le service concerne toutes les activités prenant place dans la chambre, la garde-robe et le cabinet du roi lever, toilette, vêtements, santé mais également ce qu'on appelle d'abord " les affaires ", puis le " conseil du cabinet ", c'est-à-dire un conseil privé, et le secrétariat personnel. Aussi, outre les gentilshommes et les valets, le service de la chambre comprend-il une série d'officiers aux rôles les plus divers : maître de la garde-robe et valets de la garde-robe qui s'occupent des vêtements du roi avec quelques artisans tailleur, savetier, pelletier, tapissier, peintre ou menuisier. Pour la santé, les médecins du roi, avec le chirurgien et les apothicaires, pour la toilette le barbier, pour les affaires enfin les fameux notaires et secrétaires du roi. 

La maison de la reine

La maison de la reine, qui n'atteint jamais les dimensions de celle du roi, est néanmoins la seconde par la taille, bien avant celle du dauphin. La seule à la concurrencer voire à la dépasser, est la maison de la mère du roi, en particulier quand cette dernière détient, elle aussi, la dignité de reine.

Depuis Anne de Bretagne qui l'a profondément réorganisée, sa composition est similaire à celle du roi, avec toutefois deux différences importantes.

D'une part, sa direction est confiée à un " chevalier d'honneur ", charge équivalente à celle du grand maître dans la maison du roi, comme l'écrit l'anglais Richard Cook qui a laissé une description très précise des maisons des reines en 1584 (Potter et Roberts, 1988, p. 312-326) :  

" La cour de la reine mère et de la jeune reine dans ces deux cours, les principales dignités résident dans la personne de leurs chevaliers d'honneur, car ils sont dans ces cours les surintendants de toute la maison et sont reconnus comme ayant autorité sur tous les maîtres et gouverneurs de celle-ci. Tous les maîtres d'hôtel inférieur, et tous les autres officiers leur rendent compte de toutes les dépenses. La charge principale et la plus honorable de ces chevaliers consiste à accompagner et à servir les reines partout où elles se rendent, de les aider à monter ou descendre tous les escaliers, à monter ou à descendre de leurs chevaux et de leurs carrosses ou dans tout pas sage difficile. Et ces chevaliers les conduisent seulement par le bras et leur portent assistance en tout lieu. " 

D'autre part et surtout, le service de la chambre est assuré par des femmes les " dames ", les " filles " et les " femmes " de la reine. Sous la responsabilité de la " dame d'honneur ", elles forment à peu près le quart des effectifs dans les maisons féminines : 

" Parmi les demoiselles d'honneur [dames et les filles de la reine], il y en a une chargée de toutes les commander et les gouverner, appelée Dame de Honeur de la Royne regnente Cette dame a pour charge de se tenir constamment dans la chambre de la reine où ailleurs au milieu des demoiselles et de servir et d'assister les reines, en toute occasion. "  

Les dames de la reine, qui tiennent un rôle analogue à celui des gentilshommes de la chambre dans la maison du roi, appartiennent à la noblesse en faveur, de même que les filles de la reine (ou demoiselles d'honneur) qui sont des jeunes filles, ou les gouvernantes des enfants. En revanche, les femmes (ou femmes de chambre), les nourrices, les lavandières et a fortiori, les "femmes de retrait " appartiennent à des couches plus modestes de la société.

 

Ce n'est qu'en 1490 qu'il apparaît nettement à Lyon comme responsable avec Jean Prévost de l'entrée de Charles VIII. En 1494, il en sera de même pour l'entrée de la reine Anne de Bretagne dont il a dessiné le portrait sur l'avers d'une médaille d'or fondue en cent exemplaires que Charles VIII offrit à son épouse.


Citons Jules Renouvier (1804-1860), Jehan de Paris, varlet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles VIII et Louis XII, éditeur : Auguste Aubry, Paris, 1861.

" Maistre Jehan de Paris fut, en 1489, le peintre principal chargé par la ville de Lyon des travaux de décoration & de représentation pour l'entrée de Charles VIII ; on en a récemment trouvé, dans les archives de la ville, les comptes écrits & signés de sa main. On voit par ces comptes que Jehan de Paris avait fait les patrons & rhétorique des histoires qui furent représentées, & que d'autres peintres nommés Dominique, Jacques le Catelan & Philipeaux y avaient aussi besogné à des ouvrages qui ne seraient pas aujourd'hui du ressort des peintres.

Ils reçoivent salaire pour avoir monté un lion dans un grand tupin de terre, & avoir ensuite assorti le poil & les peaux dudit lion ; pour avoir fait des costumes : une robe pour le Soleil, deux habits pour le berger & France ; & même pour avoir rempli des rôles : saint Michel, le Serpent, le Diable ; " celui qui fit le Diable & qui cuida brûler, " Jacques le Catelan " besongna " à la cité de Jérusalem & peignit " l'eschaffaut " de la place de l'Herberie.

En 1493, Jehan de Paris fut encore l'ordonnateur principal de l'entrée du roi & de la reine Anne de Bretagne à Lyon. Les comptes en existent encore dans les archives de la ville. "



Le 5 mars 1494, a lieu à Lyon l'entrée solennelle de la reine Anne. Un combat naval est simulé sur la Saône : les chambellans se battent à coups d'oranges. " Le devis des jeux et mystères, aujourd'hui perdu, avait été tracé par " Jean de Paris " qui y avait travaillé pendant huit jours. L'un des tableaux vivants devait représenter " le dauphin, qui jetait des dragées aux gens ". Il ne peut s'agir de l'enfant royal en personne puisque nous savons qu'il est resté à Amboise. " (Yvonne Labande-Mailfert, p. 199)

 

Citons aussi Pierre Pradel, Les autographes de Jean Perréal
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1963_num_121_1_449654

" La plus ancienne signature de l'artiste que nous connaissons est conservée aux Archives municipales de Lyon, au bas qu'une quittance de travaux relatifs à l'entrée de Charles VIII dans la ville, datée du 23 février 1490 ; dans le libellé, Jean de Paris s'intitule " peintre de Lion " ; sa signature est suivie d'une combinaison graphique assez adroite faite de trois anneaux entrelacés. Signature et dessin se retrouvent dans le même fonds, au terme d'un compte du 26 avril suivant relatif au même événement et sur une quittance du 4 février 1493 donnée par " Jean de Paris peintre habitant de Lyon ", pour l'aménagement décoratif de l'entrée du pont de Saône. En outre, la même signature, mais non suivie des trois anneaux, figure au bas d'une requête de 1490 adressée au Consulat de Lyon, toujours à propos des travaux de l'entrée royale. " (p. 133)

 

" Quoi qu'il en soit, ce type de signature […] est assez caractéristique pour nous permettre de différencier le peintre Jean de Paris installé à Lyon — qui un jour arborera le nom de Perréal * — du Jean de Paris, fourrier de Pierre de Beaujeu, signataire le 6 octobre 1487 d'une décharge de menus joyaux d'Anne de France, dont la garde lui avait été confiée. " (p. 134) (* c'est moi qui souligne. JL)

 

" Nous connaissons, outre les autographes lyonnais, neuf lettres de Perréal, épaves d'une correspondance qui fut certainement abondante, si l'on envisage la faconde et l'empressement à prendre la plume dont témoignent les pièces conservées […] la plus ancienne de 1499, est datée de Milan ; les huit autres se groupent durant la période 1509-1512 et se rapportent aux travaux de Brou, demandés à Perréal par Marguerite d'Autriche. " (p. 138)

Pierre Pradel, Les lettres de Jean Perréal
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1963_num_107_1_11509

 

Une médaille, coulée en or, fut offerte à Louis XII et Anne de Bretagne le 15 mars 1500 par la ville de Lyon en l'honneur de leur visite. D'après les dessins de Jean Perréal, elle fut modelée par Nicolas Leclerc et Jean de Saint-Priest, puis exécutée par les orfèvres Jean et Colin Lepère avant d'être fondue.

 

 

"NAISSANCE DE LA MÉDAILLE À LYON. La première médaille française est lyonnaise.

La médaille est une invention de la Renaissance italienne du milieu du Quattrocento (début de la Renaissance Italienne). Mais, c’est à Lyon que fut coulée la première médaille française, au tout début du XVe siècle. De retour d’Italie en mars 1500, Louis XII et sa femme, Anne de Bretagne, sont de passage à Lyon. La ville, désireuse de les honorer par un présent prestigieux et surtout “à la mode”, commande alors à des artistes lyonnais une belle médaille de bronze à leur effigie. Cette première médaille lyonnaise est tellement réussie, tellement spectaculaire, que bon nombre de personnages célèbres voudront ensuite leur médaille qui rappellera leurs hauts faits ou leurs actions marquantes. Dans une telle logique, il est naturel de retrouver la trace des principaux événements qui ont marqué l’histoire de Lyon aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles."

François PLANET, conservateur du médaillier du Musée des Beaux-Arts de LYON


Bronze argenté - 133,7 mm ; 451,17 g.

Musée départemental Dobrée inv.896.1.1051- Nantes

L'original en or a disparu mais cette médaille, la seconde coulée en France à l'imitation des médailles de la Renaissance italienne, a été largement diffusée par de nombreux retirages successifs, contemporains ou ultérieurs, en argent ou en bronze.

http://www.fapage.com/medaille_louis12_anne_de_bretagne.htm

Les inscriptions sont :
— à l'avers, le buste de Louis XII sur un champ de fleurs de lys, avec la légende : +felice. Lvdovico. regnante. dvodecimo. Cesare. altero. gavdet. omnis. nacio. (Sous l'heureux règne de Louis XII, toutes les nations jouissent d'un autre César).
— et au revers, le buste d'Anne de Bretagne sur un champ de fleurs de lys et d'hermine, avec la légende : +Lvgdvn. repvblica. gavdente. bis. anna. regnante. benigne. sic. fvi. conflata. 1499. (Lorsque la République de Lyon se réjouissait du second règne de la bonne reine Anne, je fus ainsi fondue).

Sous le buste couronné de la reine en robe d'hermines, un lion rampe qui symbolise la ville et l'hommage. Il en a coûté 1490 livres 7 sols 8 deniers tournois au consulat de Lyon. Mais Anne a toujours compté cette médaille comme un de ses plus précieux souvenirs, et a même été satisfaite que la ville ait popularisé cet hommage jusqu'à en faire tirer un certain nombre d'exemplaires d'argent et de bronze.

 

Medalla de Luis XII de Francia (1462-1515)
Probablemente de Leclerc, Saint-Priest y Lepère, por dibujo de Perréal
Ca. 1500 - Bronce - Ø 79 mm
Museo Arqueológico Nacional, Madrid
(merci à Dulce Maria GONZALEZ DORESTE)

 

Teston de Louis XII - Buste du roi à gauche, coiffé d'une couronne sur un chaperon - A droite : écu de France couronné dans un polylobe

Louis XII est le premier roi de France à faire graver son buste sur la monnaie qui devient le "teston".

Ce teston de Louis XII est la première monnaie française représentant le souverain régnant. Frappé à Lyon lors de la 1ère  émission du 6 avril 1514 - Argent - D. 2,9 cm - Inv. 2005-9.

En Occident, le portrait monétaire hérité de Rome disparaît à l'époque médiévale pour revenir à la Renaissance, en Italie, à la fin du XVe siècle. Les Sforza, ducs de Milan, sont les premiers à frapper des pièces à leur effigie : des testons, de l'italien testa, tête. Ceux-ci connaissent immédiatement un vif succès et Louis XII, devenant duc de Milan, en frappe à son tour. Il importe cet usage en France pour le monnayage royal, par l'ordonnance du 6 avril 1514. Les testons à l'effigie de Louis XII sont extrêmement rares, car il meurt en décembre de la même année.

 

En décembre 1495, avec des gages annuels de 240 livres tournois, il est peintre ordinaire et valet de chambre du roi de retour d'Italie ; était-il du voyage ? Certainement car c'est lui qui, en mai, a apporté à Naples le portrait de Charles-Orland à Charles VIII. Ce portrait fut volé à la bataille de Fornoue avec quelques dessins des peintres officiels, butin qui fut ensuite restitué.

 

Certainement, comme le suppose Yvonne Labande-Mailfert (p. 226) : " En allant avec Hercule d'Este, son beau-père, au-devant de Charles VIII sur la route d'Asti le 9 septembre 1494, Ludovic pensait qu'il pourrait mener le roi à sa guise en le flattant, en lui disant, selon Commynes : " Je vous aideray à faire plus grant que ne fut jamais Charlemaigne. " Il croyait ainsi pouvoir se faire remettre les places florentines de Sarzana et de Pietrasanta, qui autrefois dépendaient de Milan, lorsqu'on serait entré en Toscane, sur les terres ennemies.

 

Pour commencer, connaissant par Galeazzo le penchant du roi, il va lui présenter les plus jolies femmes de Milan, menées par sa jeune épouse, Béatrice d'Este, dix- sept ans, et par sa fille naturelle, à peine sortie de l'adolescence, qu'il a donnée en mariage à Galeazzo. Elles sont vingt-quatre à cheval, à califourchon, chatoyant cortège. La beauté et la nouveauté des costumes ont stupéfié les Français. De son pinceau, le peintre du roi — qui est peut-être Jean de Paris — a relevé les couleurs du costume de Béatrice pour les princesses de Moulins. Sans doute est-ce là l'origine de ces carnets de modèles des " femmes de divers pays " qui seront saisis à Fornoue [qui figure dans les collections Robertet à la BN]. De son côté, le secrétaire de la reine, André de La Vigne, prend des notes pour son récit du Voyage de Naples.

 

La future duchesse était vêtue d'une robe de satin vert au corps chargé de diamants, de perles et de rubis et au décolleté audacieux. Les manches laissaient bouffer la chemise fine et se paraient de longs rubans de soie grise traînant jusqu'à terre. Sur le chapeau de soie cramoisie tremblaient trois plumes d'autruche, rouges et grises. Six carrosses suivaient, couverts de velours vert et de drap d'or, pleins de jeunes personnes les plus séduisantes que l'on eût su découvrir. Le roi les invita au bal qu'il devait donner, à la nuit, pour les faire danser à la française. Ces Milanaises ne semblent pas avoir été effarées par la laideur de corps et de visage du roi. On vantait ses qualités d'âme. Sanudo le disait di animo generoso, di ingegno excellente. "

 

En 1496, il sollicite alors, comme membre de la corporation des " peintres, tailleurs d'images et voirriers " de Lyon, en tête des douze peintres lyonnais, l'approbation royale des statuts qu'ils viennent de donner à leur profession. Figure sur cette liste son aîné Jean Prévost, peintre du chapitre de la cathédrale Saint-Jean.

 

Jean Perréal devient peintre de Cour en 1497. Il se partage entre Lyon et les différents lieux de séjour de la Cour. Il suit le nouveau roi Louis XII en Italie fin 1499 (il peut avoir rencontré Léonard de Vinci alors à Turin) et peut-être en 1502, et en 1509. Il dit dans la préface à sa Complainte avoir été à Marignan.

 

" Nous n'avons pas de documents sur les travaux que put faire Jehan de Paris à la suite de Charles VIII en Italie ; mais les livres gros & petits imprimés sur cette campagne, depuis Le Vergier d'honneur, d'André Delavigne jusqu'aux Nouvelles du Roy en sa ville de Naples, contiennent des gravures sur bois, où plusieurs sujets ont assez d'actualité pour qu'on puisse les croire faits sur ses dessins. J'essaierai ailleurs d'en donner une indication plus précise ; on doit encore lui faire une part dans les planches qui accompagnent les petits livres publiés sur la mort de Charles VIII, l'avènement de Louis XII, son sacre à Reims, son entrée à Paris, & ses Nouvelles de Milan.

 

Le chroniqueur Jean d'Auton, dans ses Chroniques de Louis XII rapporte cet "événement" d'août 1501.

 

Ung nommé Jehan de Paris, painctre du Roy, dist ausi avoir veu a Millan, peu de jours devant, la semblance d'ung enfent monstrueulx, mort n'avoit gueres, lequel estoit né de la femme d'ung mareschal de ladite ville de Millan ; et avoit celuy enfent tout le corps assez bien organisé, avecques deux visages, l'ung devant, l'autre derrière ; a celuy de devant n'avoit yeulx, nez, ne bouche, mais avoit sur le fronc ung vit et deux coillons ; au visage de derrière avoit ausi au menton ung vit et deux coillons, et au lieu de la bouche, ung petit trou tout rond ; au mylieu de ce visage, avoit ung nez applaty contre la chair, et deux semblances d'yeulx sans veue, et a chascun œil deux poppieres, l'une dessus, l'autre dessoubz ; lequel enfent, ainsi monstrueux, sitost qu'il fu né et baptizé, en poisle, par l'advys des parens, tous espaventez de ceste orreur, fut estainct, et enterré en terre saincte.

Mais la chose par les matrones, qui parlent voluntiers, fut descouverte et semée partout ; tellement que plusieurs voulurent voir celuy monstre. Et de faict, fut desterré et veu de chascun, dont pour ce fut a Millan tenu conseil, ou plusieurs grans clercz et autres se trouverent, lesquelz dirent, par conclusion, que ceste estrange merveille demonstroit au pays de Lombardye que les hommes de celle terre estoyent tant tachez du très horrible peché sodomiticque, que myeulx devoyent porter en la face les segretz virilles, pour l'impropere de leurs vices, que les tenir en lieu couvert pour en abuser contre nature, et preposterer son droict. Ore, avoit celuy Jehan de Paris portraicté la figure dudit monstre, apres le vif ; laquelle monstra au Roy et a plusieurs autres, du nombre desquelz je fuz, comme celuy qui lors suyvoye la cour pour savoir des nouvelles et icelles par escript rediger.

 

Jean d'Auton, Chroniques de Louis XII. Publié pour la Société de l'histoire de France par René de Maulde La Clavière - H. Laurens, Paris, 1889-1895, t. 2, p. 102-104.

 

 

Nos anciens artistes saisissaient volontiers les occasions d'étudier la nature, même dans ses écarts, & de servir la curiosité publique.

On connaît de ces monstres plusieurs gravures italiennes & allemandes. Notre Français se rencontra ici avec un peintre de grand nom. Léonard de Vinci, selon le témoignage de Lomazzo (Tructato dell' arte della pittura Milano, 1585, in-4, p. 637), fit aussi à Milan le dessin d'un enfant monstrueux. La description qu'il en donne se rapporte trop bien à celle de Jean d'Auton pour qu'on ne puisse douter que ce ne soit le même que dessina Jehan de Paris.

 

Jehan de Paris suivit en Italie Louis XII comme il avait suivi Charles VIII, & il y a lieu de lui faire une grande part dans les gravures qui accompagnèrent les livrets publiés sur cette campagne. On en signale dans les Lettres nouvelles de Milan, imprimées vers 1500 avec des vers de Pierre Gringore. "

 

Jules Renouvier, Jehan de Paris, varlet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles VIII et Louis XII.

 

Durrieu Paul. "Relations de Léonard de Vinci avec Jean Perréal". In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 63e année, N. 3, 1919. p. 255.
doi : 10.3406/crai.1919.74157
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1919_num_63_3_74157

M. le comte Durrieu continue et termine la communication qu'il a commencée à propos du quatrième centenaire de la mort de Léonard de Vinci, survenue en France, près d'Amboise, le 2 mai 1519, et dont l'objet est d'étudier les relations de Léonard avec le Français Jean Perréal, artiste fameux en son temps, peintre en titre des rois de France Charles VIII, Louis XII et François Ier. 

L'existence de ces relations est attestée par une note autographe de Léonard de Vinci, conservée à Milan. M. Durrieu a recherché si l'on ne pourrait pas découvrir d'autres témoignages du fait, qui viendraient, non pas du côté de Léonard de Vinci, mais du côté de Perréal. Il signale à ce propos qu'une figure publiée en 1529 par Geoffroy Tory dans son livre de Champfleury, et que Tory affirme être " pourtraicte " de la main de Jean Perréal, est tout à fait analogue, dans son principe, à un dessin de Léonard, dont l'original existe à l'Académie des Beaux-Arts à Venise. 

M. Durrieu expose d'autre part que notre regretté confrère Emile Picot a publié en 1913 une épître en vers de Perréal, adressée par lui à son ami Jacques Le Lieur. Dans cette épître, Perréal expose ses théories en matière de peinture ; et il se trouve que ces théories sont entièrement d'accord avec les idées que Léonard avait lui-même, de son côté, sur l'art de la peinture. 

Enfin M. Durrieu a pu étudier à Paris et à Londres des manuscrits à miniatures exécutés pour deux amis intimes de Perréal, Jacques Le Lieur, déjà nommé, et Pierre Sala, seigneur de l'Anticaille sur Lyon. Dans ces manuscrits que Perréal a certainement contribué à enrichir de peintures de sa main, M. Durrieu a constaté la présence de certains traits qui semblent bien trahir une imitation de Léonard de Vinci.

Paul Durrieu, Les relations de Léonard de Vinci avec le peintre français Jean Perréal, Paris, Ernest Leroux, 1919 - 16 pages.

 

A son retour d'Italie, il devient valet de chambre de la reine qui le prend sous sa protection. De 1506 à 1512, toujours attaché au roi, il perçoit une pension de valet de chambre de Marguerite d'Autriche pour la construction, en collaboration avec Jean Lemaire de Belges (son premier biographe dans son livre La Légende des Vénitiens paru à Lyon en 1509), de l'église et des tombeaux qu'elle souhaite élever à Brou. Projet abandonné et achevé par des artistes flamands moins affairistes au gré de la duchesse de Savoie. Mais le plan de Jean Perréal accepté en 1511 ne sera pas modifié par la suite. (Pierre Pradel, p. 149, donne la date du 15 juillet 1510 pour sa nomination comme peintre et valet de chambre de Marguerite d'Autriche ; ce n'est qu'à partir de cette date qu'il peut se dire " peintre de Madame " : "vostre valet de chambre et paintre indigne", dernier adjectif auquel il renoncera quand il se pensera bien admis.)

 

" Mais est-ce qu'on " gracieuse " un valet ? Est-ce qu'on " donne des louanges " à un valet ? C'est cette fois le vocabulaire qui nous trompe. Le siècle des Lumières et à sa suite le siècle bourgeois nous empêchent de voir les choses comme elles étaient. Le XVIIe siècle, si complexe, n'en finit pas, lui, d'emboîter, d'ajuster et de tuiler le Moyen Age, le présent et l'avenir, et de faire coexister des notions, des manières d'être et de sentir qui nous paraissent contradictoires et qui ne l'étaient pas.

 

"Valet ", au XVIIe siècle, c'est encore un titre de noblesse, et c'est déjà en train de devenir une injure. C'est encore, comme ici, un privilège (que Jean-Baptiste Poquelin a tenu à conserver pour son fils), et c'est déjà la plus basse condition domestique. Valet, c'est le titre qu'on donnait au Moyen Age aux jeunes seigneurs qui faisaient leur service noble, avant d'être armés chevaliers ; on était page, puis valet. Quand Villehardouin raconte qu'on a envoyé un messager au roi " avec le valet de Constantinople ", de qui parle-t-il ? Du fils de l'empereur... Quand Louis X III nomme Jean Poquelin père Tapissier-Valet de chambre du roi, il lui confère la plus haute distinction qu'il puisse accorder à un membre de la corporation des tapissiers : il l'élève jusqu'à lui, le prend parmi ses gens, le charge de travailler à la décoration de ses châteaux et lui donne pour signe distinctif dans sa propre chambre, de lisser la couverture de son lit. C'est une manière d'anoblissement ; et c'est bien ainsi que Molière l'entend. 

Mais cela ne s'entend ainsi qu'à l'intérieur de ce système qu'est la cour. Hors de la cour, les choses ont changé, et le mot avec elles. Un siècle avant Molière, Etienne Pasquier notait déjà cette évolution : " Valet anciennement s'adoptait fort souvent à titre d'honneur près des rois, car non seulement on disait Valet de Chambre ou de Garde-Robe, mais aussi Valet tranchant et d'écurie ; et maintenant le mot valet se donne dans nos familles à ceux qui entre nos serviteurs sont de moindre condition. "

 

Cent cinquante ans plus tard, Saint-Simon, lorsqu'il écrit " le maréchal de Noailles, le plus valet de tous les hommes ", a déjà fait glisser le mot vers sa valeur la plus méchamment péjorative. Méfions-nous des mots. C'est à peine si leur carapace change quelquefois un peu avec l'orthographe : mais ce dont ils parlent s'est transformé avec les choses, avec les manières de vivre, avec les mœurs, avec les pensées. Les mots sont pleins de sous-entendus, dont les hommes les remplissent comme des pâtés en croûte et parfois nous ne comprenons plus ce qu'ils disent. "

Philippe Beaussant, Le Roi-Soleil se lève aussi, Gallimard, 2000, pp. 70-71.

 

Partie basse du tombeau de Marguerite d'Autriche
église de Brou (Bourg-en-Bresse)
Le gisant de Marguerite porte les cheveux longs, torsadés et libres.
Tombeau de type nouveau à priants et gisants superposés,
imaginé pour Henry VII d'Angleterre
et réalisé à Saint-Denis pour Louis XII et Anne de Bretagne.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Monast%C3%A8re_royal_de_Brou

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_de_Brou

Jean Lemaire de Belges parle de lui-même puis de Jean Perréal dans La Légende des Vénitiens, éditée à Lyon par Jean de Vingle en 1509 :

 

"Quand à ma petitesse, si elle ny ha esté presentiallement, si les ha elle combatus de ceste plume, ainsi que vous voyez. Sil y eschet loz, grâces en soient à Dieu. Mais vostre bon amy, et mon singulier patron et bienfaiteur nostre second Zeuxis ou Apelles en peinture maistre Jean Perreal de Paris, peintre et varlet de chambre ordinaire du Roy, duquel la louenge est perpétuelle et non terminable : car de sa main Mercuriale il ha satisfait par grant industrie à la curiosité de son office et à la récréation des yeux de sa treschrestienne majesté, en peingnant et représentant à la propre existence, tant artificielle comme naturelle dont il surpasse aujourdhuy tous les citramontains, les Citez, Villes, Chasteaux de la conqueste et l'assiette d'iceulx, la volubilité des fleuves, l'inéqualité des montaignes, la planure du territoire, l'ordre et le désordre de la bataille, l'horreur des gisans en occision sanguinolente, la misérableté des mutilez nageans entre mort et vie, l'effroy des fuyans, l'ardeur et impetuosité des vainqueurs et l'exaltation et hilarité des triomphans ; et si les images et peintures sont muettes, il les fera parler ou par la sienne propre langue bien exprimant et suaviloquente. Parquoy à son prochain retour, nous en voyant ses belles œuvres, ou escoutant sa vive voix ferons accroire à nous mesmes avoir esté presens à tout. "

 

Propos dithyrambiques d'un ami poète. Malheureusement, aucune de ces œuvres ne paraît nous être parvenue, pour une meilleure connaissance de Jean Perréal.

  

Est-il l'auteur des illustrations du livre du même Jean Lemaire de Belges, Illustrations de la Gaule et singularités de Troyes, paru en 1510 ?

 

LETTRE DÉDICATOIRE

Jean Le Maire De Belges, treshumble disciple et loingtain imitateur des meilleurs indiciaires et historiographes,

au sien tressingulier patron et protecteur maistre jehan perreal de paris, painctre et varlet de chambre ordinaire du roy treschrestien, salut.

 

Par les tiennes derrenieres lettres (treschier et honnorable arny) adressées au noble et magnificque seigneur, chevalier, messire Claude Thomassin, capitaine de ceste tresnoble cité lyonnoyse et conservateur des foires d'icelle, j'ay veu et entendu comment nostre premiere epistre de l'Amant Vert a despieça trouvé grace devant les yeulx de la Royne, voire tant qu'elle la ramentoit encoires quelque fois, à la tresgrand felicité et bonne aventure de celui mien si petit (mais tres-joyeux) labeur.

 

Dont, comme je feusse prouchain de mettre fin à l'impression du premier livre des Illustrations et Singularitéz, je me suis advisé que ce ne seroit point chose malsëant ne desagrëable aux lecteurs de aussi faire imprimer ladicte epistre, attendu qu'elle est favorisée par l'approbation de ladicte tressouveraine princesse, et encoires y adjouster la seconde, pour estre ensemble publiées soubz la tresheureuse guide et decoration du nom de sa haultesse et majesté tresclere, à la quelle (s'il te plait) pourras faire ung petit et humble present de la lecture du tout, tel qu'il est, comme de ta chose propre mieulx que mienne ; car tout ce peu et tant que j'ay de bien procede de ton amistié, benivolence et avancement. Le tout puissant te conserve longuement heureux et prospere.

 

A Lyon le premier jour de Mars, l'an de grace Mil cincq Cens et dix.

Jean Lemaire de Belges, Les Epîtres de l'Amant Vert, édition de Jean Frappier, Giard et Droz, 1948

 

Jacques Abelard note p. 60 dans son ouvrage Les Illustrations de Gaule et singularitez de Troye de Jean Lemaire de Belges : étude des éditions, genèse de l'œuvre, Droz, 1976.

 

" Baudrier (Bibliographie lyonnaise, T.11, p. 3) en attribue trois à Guillaume Leroy, fils du plus ancien imprimeur lyonnais, surnommé le " maître au nombril ". Les vignettes de cet artiste sont en effet reconnaissables à ce que ses personnages lourds et trapus ont leur nombril souligné par une sorte de virgule. Il n'est pas impossible cependant que Perréal ait dessiné au moins les armes de Marguerite car celles-ci semblent porter sa griffe. "

*

Jules Renouvier, Jehan de Paris, varlet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles VIII et Louis XII, écrit :

" Mais les meilleurs renseignements nous viendront encore ici de Jean Lemaire. Il avait commencé, étant encore au service de Marguerite d'Autriche, la publication de son livre fabuleux, historique & poétique, intitulé les Illustrations de Gaule & singularités de Troye, & il le poursuivit quand il passa au service d'Anne de Bretagne, avec les mêmes qualités de secrétaire indiciaire & historiographe.

[La première édition fut donnée à Lyon par Etienne Baland, avec un privilège du roi daté de Lyon 1599, une dédicace à Marguerite d'Autriche, & une épître à Jehan Perreal datée de 1510. La seconde fut imprimée à Paris pour maistre Jean Lemaire, indiciaire & historiographe de la royne, par Geoffroy de Marnes, 1512 & 1513. Il y en eut d'autres en 1525, 1528 & 1529 avec les mêmes planches reproduites ou copiées.]

C'est là qu'avec les dédicaces aux deux princesses & avec les poésies en leur honneur, se trouvent les épîtres à " maistre Jehan Perreal de Paris, painctre & varlet de chambre ordinaire du roi ", qu'il appelle son " singulier patron & protecteur ", son " chier ami, le bon ami du roi, & notre second Zeuxis en paincture ".

L'auteur n'y fait aucune allusion aux figures qui décorent son livre, si ce n'est pour dire qu'elles font bien nécessaires à son propos, mais on peut bien soupçonner que le cher artiste n'y fut pas tout à fait étranger ; leur publication, presque simultanée à Lyon & à Paris, vient confirmer la conjecture. Ces figures consistent en sept planches, dont deux ne sont qu'une répétition agrandie, auxquelles viennent s'ajouter les marques des imprimeurs dans les diverses éditions.

 

Les armoiries de l'auteur fort compliquées avec sa devise : De peu assez.


– Les armoiries d'Anne de Bretagne, écus accolés de France & de Bretagne au-dessus d'un pré où broutent des vaches, avec la devise : Vivite felices. [point de vaches, mais les hérissons de Louis XII et les hermines de Bretagne]


– Noé ou Janus & Titea sa femme, réparateurs du genre humain, dans un navire.


– Hercules, premier roi de Gaule, Galatea sa femme, & Araxa, reine de Scythie, demi-femme & demi-serpent, représentations appropriées aux premiers chapitres du texte.


– Les armoiries de Marguerite d'Autriche avec sa devise : Fortune infortune fort une (Fortis fortuna infortunat fortifer unam).

Ces planches font gravées avec régularité & fermeté sans trop de pesanteur, bien que les détails y soient crûment exprimés. Le dessin indique une manière sage, où le plus gros des façons italiennes est déjà imité.

 

La plus remarquable par la composition & par la taille, est celle qui fut ajoutée à l'édition de Marnes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Lemaire_de_Belges

On y voit représentée la reine Anne sur son trône, à l'angle d'une enceinte formée de panneaux & d'un terrain fleuri ; devant la reine, s'ébattent trois demoiselles, &, à ses pieds, est la figure de la Puissance accompagnée d'un ange qui lui présente un livre. La reine est accoutrée à l'antique, avec les cheveux épars & la couronne sur la tête. Le caractère tout païen de la composition est encore marqué par le Mercure gaulois qui figure dans le fond, & par l'inscription au devant du trône DIVE IVNONI ARMONICE SACRVM [soit diva Iunoni harmonice sacrum, harmonieuse Junon, déesse sacrée].

Les miniaturistes n'avaient guère représenté la reine Anne que devant son prie-dieu ; les graveurs sur bois la représentèrent en Junon.

C'est sous son règne que la Renaissance avait fait son plus grand mouvement, & Jehan de Paris en avait été l'un des plus actifs promoteurs ; ce ne peut être que lui, attaché plus particulièrement à la reine comme valet de chambre & garde de la vaisselle, ami & patron de son historiographe, qui a donné le dessin de cette apothéose. Nous verrons que ce n'est pas le seul portrait d'elle qu'il eut à faire.

A la suite des Illustrations de Gaule parurent chez Geoffroy de Marnes d'autres opuscules, en prose & en vers, de Jehan Lemaire, & c'est dans l'épître qui accompagne l'un de ces opuscules, la Légende des Vénitiens, factum en faveur de la ligue de Cambrai, que se lisent les détails les plus intéressants sur notre peintre, dont l'auteur raconte les travaux en Italie à la suite du roi.

" De sa main mercuriale il a satisfait par grant industrie à la curiosité de son office & à la récréation des yeux de sa très chrétienne Majesté , en paignant & représentant à la propre existence, tant artificielle comme naturelle, dont il surpasse aujourd'hui nous les citramountains , les cités, les villes, chasteaux de la conqueste & l'assiette d'iceulx, la volubilité des fleuves, l'inégalité des montaignes, la planure du territoire, l'ordre & le désordre de la bataille, l'horreur des gisans en occision sanguinolente, la misérableté des mutilés nagans entre mort & vie, l'effroy des fuyans, l'ardeur & impétuosité des vainqueurs, & l'exaltation & hilarité des triomphans ; & se les ymaiges & painctures font muettes, il les fera parler ou par la sienne propre langue bien exprimant & suaviloquente. Par quoy à son prochain retour, nous envoyant ses belles œuvres, ou escoutant sa vive voix, ferons accroire à nous mêmes avoir été présens à tout. "

En rapportant cette description des tableaux & des dessins de Jehan de Paris, M. de Laborde a pensé qu'ils avaient été sans doute utilisés par les sculpteurs du tombeau de Louis XII (La Renaissance, t. I, p. 186).

On sait, en effet, que Jehan Juste en exécutant ce monument, en 1518, avait placé au soubassement des bas-reliefs représentant l'entrée de Louis XII à Milan, le passage des montagnes de Gênes & la bataille d'Aignadel.

On sait aussi que ces sculptures étaient traitées à la façon des peintres, avec des plans successifs, des fonds, des ciels & des paysages.

Nous avons indiqué, d'un autre côté, les livres d'histoire & de nouvelles où se trouvent des planches de batailles & de sièges, qui, dans leurs petites proportions, se rapportent à peu près aux descriptions de l'auteur. Il ne nous manque qu'un fil pour en faire une attribution plus précise."

 

Antoine du Four, poète ecclésiastique Dominicain, évêque de Marseille, confesseur de Louis XII et d'Anne de Bretagne, prédicateur ordinaire de la Cour, imagine de composer un ouvrage qu'il intitule Vie des Femmes Illustres.

Le manuscrit déposé au musée Dobrée de Nantes est orné de soixante-seize miniatures par Jehan Perréal. Anne de Bretagne est présentée au premier rang, entourée d'un groupe de femmes composée de Pénélope, Véturie, Lucrèce, sainte Mélanie, sainte Hélène, Jeanne d'Arc, Médée, Athalie, Cléopâtre et Agrippine. Parmi les portraits, une image à pleine page d'Anne de Bretagne, assise sous son dais et entourée de ses dames d'honneur.

Anne de Bretagne manifeste ainsi son goût passionné pour les manuscrits. Sa bibliothèque personnelle comporte mille trois cents à mille cinq cents volumes, dont 1140 lui ont été donnés par Charles VIII au retour d'Italie : parmi ces ouvrages de piété, sciences, philologie, histoire, fabliaux, romans de chevalerie, en latin, français, grec et italien, la Reine préfère les manuscrits.

Elle collectionne la vaisselle d'or et d'argent. Ses trésors : des tableaux, vases, statues, plats ciselés rapportés par Charles VIII et Louis XII des campagnes d'Italie. Elle a des milliers d'aunes de tapisseries, de Turquie, de Flandre, de France. Ses goûts sont très traditionnels et encore médiévaux : elle préfère le style " français " du gothique flamboyant.

Jean Perréal (Jehan de Paris), valet de chambre gardien des orfèvreries de la reine avec Jehan Neveu, trésorier de l'épargne établit du 7 mai au 14 février 1507 un inventaire spécial de sa vaisselle d'or qui sera marqué à son chiffre.

Jean Perréal se verra confier le soin d'achever le château de Nantes : la tour de la Couronne d'or, les deux étages de loggias sont de lui.

Didier Le Fur, dans son livre Anne de Bretagne, miroir d'une reine, historiographie d'un mythe (éd. Guénégaud, 2000) signale que "parallèlement au manuscrit de Pierre Choque [ouvrage commandé par Louis XII relatant ces obsèques], existe un second récit intitulé Le trespas de l'hermine regrettée. C'est un texte anonyme dont nous ne connaissons que deux exemplaires ... Il est accompagné de six miniatures, pleine page, de fort belle facture, attribuées à Jean Perréal qui fut le metteur en scène des funérailles. Il s'agit très probablement d'un texte concurrent au premier." Voici l'une de ces miniatures : présentation du corps de la reine défunte dans la salle d'honneur du château de Blois (Petit-Palais, ms.665).

 

Récit des funérailles d'Anne de Bretagne, par Pierre Choque, dit Bretaigne, son héraut d'armes. Manuscrit, BNF, fr. 23936 et édition de Lucien Merlet et Max de Gombert, Récit des funérailles d'Anne de Bretagne : précédé d'une complainte sur la mort de cette princesse, Paris, Aubry, 1858.

http://cour-de-france.fr/article3621.html

Arrivée du corps d'Anne de Bretagne

et réception par le cardinal de Luxembourg

à Saint-Denis

Paris, Petit Palais- ms. 665

 Miniature attribuée à Jean Perréal (1513)

 

" A la mort d'Anne de Bretagne, en 1514, Jehan de Paris fut chargé des travaux de peinture usités en ces circonstances.

 

Dans La Commémoration & la complaincte publiées sur cette mort par le hérault d'armes Bretaigne, il est cité deux fois : d'abord comme l'un de ceux qui, à Blois, assistèrent à la mise au cercueil du corps de la reine, &, ensuite, pour avoir besoingné à la saincte & remembrance faicte près du vif après la face de la reine, qui à Paris fut portée sur un drap d'or par les quatre présidents de la cour.

 

Chaque fois le narrateur ajoute qu'il ouvra moult à toutes les affaires de la conduite de la reine défunte, de Blois, à Paris.

 

Les manuscrits qui ont été conservés de cette Commémoration contiennent une dizaine de miniatures, où l'on peut prendre une idée de ces représentations funéraires. On y voit le corps de la reine exposé en son lit de parement, la face découverte, dans la salle d'honneur du château de Blois, entourée des principaux assistants, sa mise au cercueil, le lit posé dans la salle de deuil & dans l'église Saint-Sauveur hors du château ; puis le corps de la reine porté en l'église de Paris par les quatre présidents, & le cœur d'or émaillé contenant son cœur, exposé dans la chapelle ardente.

 

Il n'y a pour tout mérite dans ces miniatures qu'une certaine vérité de physionomie & de costume ; elles sont d'une pratique trop dégradée pour qu'on y reconnaisse la main du peintre en titre de ces funérailles ; on peut y reconnaître cependant des réductions faites à la grosse des patrons qu'il avait exécutés.

 

Il y en a six exemplaires (n°s 9709, 9710, 9711, 9712, 9713, 1 & 2) qui reproduisent avec peu de différences d'exécution dans leurs miniatures, au nombre d'une dizaine, les mêmes représentations. Les plus soignés sont les numéros 9709 & 9711 ; le texte de cette relation a été publié par MM. Merlet & de Gombert. Paris, Aubry, 1858, .pet. in-8, (Trésor des p. rares & inéd.)

 

D'après les comptes de la cour qui nous restent, le peintre du roi paraît employé à des travaux fort divers & plus humbles que ceux que nous venons de voir."  

 

Jules Renouvier, Jehan de Paris, varlet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles VIII et Louis XII .

 

A la fin du Moyen Âge, les rois de France portent le deuil en violet ; les reines, en blanc. Puis Anne de Bretagne introduit à la Cour de France le port du noir pour les reines veuves.

 

"Le lundi 16 janvier au soir, le corps de la reine fut dépouillé de ses vêtements. On l'enveloppa, nu, dans un linceul et on le mit dans un cercueil de plomb. Furent présents à cette cérémonie tous les gens de sa maison dont André de la Vigne et Jean Perréal qui fit le masque funéraire de la reine et plusieurs ornements pour la salle d'honneur. Le cercueil resta longtemps ouvert."

 

Jean Perréal dessina aussi les regalia (la main de justice, le sceptre, la couronne), copies des originaux, spécialement conçues pour accompagner l'effigie qu'il avait aussi créée qui symbolisait le corps politique et invisible de la reine : masque mortuaire en plâtre peint le plus ressemblant possible, un corps fait de bois habillé des vêtements que la reine portait sur son lit de parade, dans la chambre d'honneur du château de Blois. Il sera aussi chargé de dessiner les trophées, écussons et armoiries du char funèbre, escorté de 400 porteurs de flambeaux, qui partira d'Amboise le 4 février pour arriver à Saint-Denis le 16, voyage de huit jours à raison de 20 kms par jour.

 

Il conçut aussi le reliquaire d'or renfermant le cœur de la reine déposé, lors de funérailles somptueuses, le 13 mars 1514, à Nantes, dans le tombeau qu'Anne de Bretagne avait fait édifier pour ses parents (Marguerite de Foix et François II) en 1500 (œuvre achevée en 1507 par le sculpteur Michel Colombe, sur un sien projet) (ce cœur est actuellement au musée Thomas Dobrée de Nantes).

http://www.bretagnenet.com/strobinet/barzaz/anneb.htm

http://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article371

Miniature d'un manuscrit
des Funérailles d'Anne de Bretagne
Chapelle ardente pour le cœur d'Anne de Bretagne

dans l'église des Carmes de Nantes, v.1515
BNF, ms. fr. 5094, folio 51v

De Pierre Pradel (Anne de France, p. 203) cette remarque à propos d'Anne de France :

 

" …ils se tenaient à l'écart de l'esprit nouveau. Le foyer d'art moulinois, naguère si brillant et qui avait accueilli d'emblée les importations italiennes, n'était plus que souvenir alors que le roi bâtissait le nouveau Blois et Chambord, Bonnivet, sa magnifique demeure, les grands commis, Duprat, Berthelot et Bohier, leurs châteaux de Nantouillet, Azay-le Rideau ou Chenonceaux. Anne de France négligeait, malgré les offres de service de Jean Perréal, d'élever à Souvigny un tombeau à la mémoire de Pierre, à l'instar de ceux commandés par Anne de Bretagne pour ses parents, Marguerite d'Autriche pour son époux et François I pour Louis XII. Ce déclin devint bientôt tragique. Un an après la disparition de l'éphémère comte de Clermont, Suzanne accouchait de deux jumeaux morts. Ces deuils laissaient entrevoir la précarité de l'avenir de la maison. "

 

En 1514, Louis XII l'envoie à Londres peindre le portrait de Mary qu'il désire épouser et pour surveiller l'emploi des 2 000 livres stipulées dans le contrat de mariage de Mary pour achat de joyaux et vêtements. Peintre de Charles VIII et Louis XII, Perréal travailla pour François Ier jusqu'à sa mort en 1527, en recevant, comme Clouet à partir de 1523, 240 livres de gages annuels. Selon Alexandra Zvereva, Jean Perréal a pu faire le portrait de Marguerite d'Autriche vers 1510-1512 lorsqu'il travaille au projet du tombeau de Brou. François Ier préfère Jean Clouet à Jean Perréal pour peindre sa mère vers 1516 dans une miniature.

 

Alexandra Zvereva, "Louise de Savoie et les recueils de portraits au crayon", dans Louise de Savoie (1476-1531), p. 193. Dans Pascal Brioist, Laure Fagnard et Cédric Michon (dir.), Presses universitaires de Rennes et François-Rabelais de Tours, 2015.

 

En 1519, selon Gustave Lebel dans British-French artistic relations in the XVI century (New York, Gazette des Beaux-Arts, 1948), François 1er l'aurait envoyé à Londres pour peindre Henry VIII, mais les preuves manquent.

 

Du Dictionnaire des Artistes et ouvriers d'art du Lyonnais de Marius Audin et Eugène Vial (Ed. Provinciales, 1992) j'extrais les informations suivantes : marié (vers 1494 ?), on lui connaît au moins deux filles (l'une épouse à Bourges en 1511, le pelletier Georges de Ruilly ; l'autre était dame de Champeneux) et deux fils (l'un d'eux, Claude (v.1493-v.1538), occupé en 1511 à Dôle aux 'estudes des lois et décrets'). Comme beaucoup, il voyage énormément : plusieurs fois en Italie, en Angleterre, il suit la Cour à Blois, à Tours, à Saint-Germain-en Laye, à Paris. En 1529, il est à Paris pour diriger des réparations du château de Melun de François de Bourbon, comte de Saint-Paul. En 1530, 'il meurt probablement à Paris, en juin ou juillet, en tout cas après le 5 Avril, date d'une quittance signée de sa main'. Etienne Bancel le fait mourir à Lyon, dans sa maison de la rue Neuve-Thomassin.

 

Artiste le plus célèbre de son temps selon les documents, on ne peut lui attribuer paradoxalement que peu d'œuvres. Il a été en même temps, comme quelques artistes extrêmement actifs de cette période, poète, enlumineur, peintre, décorateur, architecte.

 

Marguerite de Navarre, L'Heptaméron - Quatriesme journée, Trente deuxiesme nouvelle - extrait :

"Ainsi s'en alla Bernaige faire sa charge. Et quant il fut retourné devant le Roi son maistre, luy feit tout au long le compte que le prince trouva comme il disoit ; et, en autres choses, ayant parlé de la beaulté de la dame, envoya son painctre, nommé Jehan de Paris, pour luy rapporter ceste dame au vif. Ce qu'il feit après le consentement de son mary, lequel, après longue penitence, pour le desir qu'il avoit d'avoir enfans et pour la pitié qu'il eut de sa femme, qui en si grande humilité recepvoit ceste penitence, il la reprint avecq soy, et en eut depuis beaucoup de beaulx enfans."

http://visualiseur.bnf.fr/CadresFenetre?O=NUMM-101461&M=tdm

 

" Qu'est devenu ce portrait [celui d'une dame allemande, commandé par Charles VIII, dont parle Marguerite de Navarre dans L'Heptaméron], ainsi que ceux de Philibert de Savoie et des princesse Marguerite de Bourbon et de Marguerite d'Autriche dont parle Michel Colombe dans sa lettre du 3 décembre 1511 ?

Que sont devenus également les tableaux et les nombreux portraits des personnages de la cour de France que peignit Jean Perréal ? Ils ont disparu, hélas ! sans laisser aucune trace, car on ne rencontre le nom de Jehan Perréal dans aucun catalogue ni dans aucune galerie. Le temps les a sans doute dispersés un peu partout, en France, en Angleterre, en Italie, en Autriche et autres lieux, où ils sont sans doute attribués à d'autres peintres, le plus souvent à des peintres flamands, parce que les premières œuvres de Jehan Perréal ont le caractère de cette école qui était à la mode en France à la fin du 15ème siècle "

 

écrit Etienne Bancel dans son étude de 1885, page 27, Jehan Perréal dit Jehan de Paris, peintre et valet de chambre des rois Charles VIII, Louis XII et François Ier : Recherches sur sa vie et son œuvre, Paris, H. Launette, 1885.

http://www.archive.org/stream/jehanperralditj00bancgoog/jehanperralditj00bancgoog_djvu.txt

 

Poète

 

De lui, un long poème de 1 800 octosyllabes, Complainte de Nature à l'Alchimiste errant, écrit en 1516 et dédié à François 1er. Les dix-neuf premiers vers forment en acrostiche Jehan Perréal de Paris.

 

Ajoutons une épître en 40 décasyllabes et 10 alexandrins pour remercier Pierre Sala de lui avoir dédié son Livre d'amitié.

 

Une autre en 170 décasyllabes pour l'humaniste rouennais Jacques Le Lieur vers 1528.

 

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/36/noticesurjacques 00pico/noticesurjacques00pico.pdf

 

Il nous est parvenu de lui 9 lettres parmi une correspondance qui fut certainement très abondante : une de Milan le 14 novembre 1499 à François de Gonzague, marquis de Mantoue, atteste sa présence en Italie. Les huit autres (de 1509 à 1512) à Marguerite d'Autriche ou à Louis Barangier, son secrétaire, au sujet des travaux de Brou.

 

Guillaume Crétin (1460-1525), dans sa Complainte sur la mort de Guillaume de Bissy, s'adresse ainsi à ses amis :

 

Abbé d'Auton, et maistre Jehan le Maire,

Qui en nostre art etez des plus expers,

Ouvrez l'archet de votre riche aumaire,

Et composez quelque plaincte sommaire

En regrettant l'ami que ores je perds ;

Secourez-moi Bigne et Villebresme,

Jehan de Paris, Marot et de Lavigne.

 

Ecrivain ?

 

Donnons ici la parole à François Rabelais dans un extrait de son Pantagruel (1532) :

 

Résumé du chap. XXX : Les Dipsodes, gouvernés par le roi Anarche, envahissent le pays des Amaurotes, à savoir l'Utopie sur lequel règne Gargantua. Pantagruel part donc en guerre. Lui et ses compagnons triomphent de leurs ennemis par des ruses invraisemblables : piège de cordes pour faire chuter les 660 cavaliers, livraison d'euphorbe et de " coccognide " pour assoiffer l'ennemi contraint de boire. Peu après, Pantagruel triomphe de Loup Garou et de trois cents géants. Epistémon (dont le nom signifie " celui qui sait, qui est instruit, qui a de l'expérience ", soigné après une décapitation, raconte son séjour aux Enfers, où toute la hiérarchie terrestre est inversée. Les combats terminés, Pantagruel prend possession des terres des Dipsodes.

 

Titre du passage : " Comment Epistemon, qui avoit la couppe testée, fut guery habilement par Panurge et des nouvelles des diables et des damnés. "

 

Le pape Jules, crieur de petits pastis ; mais il ne portoit plus sa grande et bougrisque barbe.

Jean de Paris estoit gresseur de bottes.

Artus de Bretaigne, degresseur de bonnetz.

Perceforest porteur de coustrets.

Boniface pape huitiesme estoit escumeur de marmites.

Nicolas pape tiers estoit papetier.

Le pape Alexandre estoit preneur de ratz.

Le pape Sixte, gresseur de vérole.

 

http://www.mediterranees.net/mythes/enfers/catabases/pantagruel.html

Est-ce notre Jean Perréal ou est-ce l'auteur du Roman de Jehan de Paris que Abel Lefranc et Lynette Muir reconnaissent en Pierre Sala ?

 

Lefranc, Abel, " Recherches sur l'auteur de Jean de Paris ", Académie des inscriptions et belles-lettres. Comptes rendus des séances, 1941, p. 117-140.
http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1941_num_85_2_77404
Muir, Lynette, " Pierre Sala and the Romance of Jean de Paris ", French Studies, 14:3, 1960, p. 232-234.

 

Enlumineur

On lui attribue :

— la miniature-frontispice illustrant le poème La Complainte de Nature à l'Alchimiste errant

 

 

— Emile Picot, Notice sur Jacques Le Lieur, échevin de Rouen, et sur ses heures manuscrites, 1913 :

 

" Soit par amour de l'art, soit par simple vanité, Jacques Le Lieur paraît avoir fait exécuter un grand nombre de manuscrits ; il a dû patronner, à Rouen même, un atelier d'où sont sortis plusieurs recueils de poésies palinodiques et diverses copies de ses ouvrages. "

 

Ainsi le Recueil de chants royaux, ballades et rondeaux, composés au puy de Rouen ; précédé d'un prologue adressé à Guillaume « Cretin » par « JAQUES LE LYEUR ». Ms. fr. in-fol. sur vélin de 49 II.

 

" Ce volume, l'un des plus beaux que possède la Bibliothèque Nationale, est orné de 60 miniatures de la grandeur d'un quart de page.

Un poème qui suit les pièces palinodiques, La Chasse d'ung cerf privé (fol. 45) est décoré de 9 miniatures de la grandeur de la page.

Parmi les petites peintures, il en est un certain nombre de tout premier ordre, qu'on ne peut attribuer qu'à un grand artiste. A première vue on est frappé de la ressemblance qu'elles offrent avec les miniatures exécutées par Jean Bourdichon pour les Heures d'Anne de Bretagne ; mais Bourdichon mourut en 1520 et le manuscrit est vraisemblablement de quelques années postérieur. On est tenté de croire que Le Lieur qui, nous l'avons vu, professait pour Jean Perréal une admiration sans bornes, lui aura confié la décoration du recueil. Il n'est guère douteux, en effet, qu'il ait été peint pour Le Lieur. La première pièce est signée de son nom, et, s'il a groupé des œuvres dues aux lauréats des palinods, il figure lui-même dans cette anthologie pour 9 chants royaux, 3 ballades et 4 rondeaux. Le dernier rondeau est de lui, et, selon toute vraisemblance, il est aussi l'auteur de La Chasse d'ung cerf privé. Nulle part, il est vrai, on ne trouve les armes des Le Lieur, mais, comme les pages n'ont pas de bordures, on peut croire que le miniaturiste n'a pas voulu nuire à l'effet de ses tableaux en y ajoutant des ornements superflus. Jean Perréal, n'étant mort qu'en 1530, aurait pu exécuter les miniatures vers 1528, année où il entra en relations avec l'amateur normand.

Dans tous les cas, cette hypothèse ne s'appliquerait qu'aux poésies palinodiques ; la seconde partie du volume, celle qui contient La Chasse d'ung cerf privé, doit être postérieure. M. Pierre Le Verdier a observé que l'une des miniatures nous montre la tour de la Cathédrale (celle de Robert Becquet) en construction, et que ce détail permet de la dater de 1543 ou 1544.

La Bibliothèque nationale en possède un autre manuscrit abrégé (fr. 25429 ; Gaignières 39), qui est orné de neuf jolies gouaches. B. N., ms. fr. 379 (ancien 6989). "

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90595696.r=Po%C3%A9sie.langFR

 

— l'ensemble des miniatures du manuscrit Emblesmes et devises d'amour, dont le portrait de son ami Pierre Sala (avant 1457-1529), écrivain, écuyer, ancien panetier du dauphin Orland, puis maître d'hôtel de Louis XII.

 

— des miniatures du livre Dictz Moraulx pour faire tapisserie (vers 1493) (Bibliothèque Nationale de France)

 

— un portrait de Louis XII qu'on lui attribue où Charlemagne pose la main sur l'épaule du roi (Madrid, Biblioteca nacional, ms. vitr. 24.1, fol. 1), portrait remplaçant celui de Charles VIII après sa mort inattendue et accidentelle.http://www.reflexstock.com/stock-photo-image/V_rard-Antoine-active-1485-1512-55514038-0.jpg

 

— des retouches sur des miniatures ?

Le Tite-Live de Rochechouart - Messager apportant une lettre (détail)

(miniature frontispice commencée par le Maître du Boccace de Munich

et achevée par un autre artiste à la fin du XVe siècle)

(Angers, vers 1450 - Tours, vers 1470-1480 - et Paris (?), vers 1490-1500

Parchemin, 208 f., 522 x 372 mm - BnF, département des Manuscrits, Fr. 20071)

 

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Livius_der_Sorbonne.jpg?uselang=fr

 

D'après le très beau livre : Jean Fouquet, peintre et enlumineur du XVème siècle, sous la direction de François Avril, BnF - Hazan, 2003, pp. 339-341.

Les critiques attribuent communément la grande peinture du feuillet 5 à Jean Fouquet lui-même.

Regardons-la : un groupe de personnages massés à gauche ; au premier rang, un personnage important reçoit une lettre d'un messager agenouillé devant lui. Le fond représente une ville ; la rue principale, vue en enfilade, est bordée de maisons à pignon. A gauche, une tour en construction : maçons, tailleurs de pierre occupent le plan intermédiaire.

 

Nicole Reynaud (Jean Fouquet, RMN, 1981, p. 75-76) a montré les liens indiscutables de la composition avec l'art de Fouquet et elle considère cette enluminure comme une de ses dernières œuvres autographes ; à l'exception, bien sûr, du groupe de gauche, profondément remanié ultérieurement, probablement quand le manuscrit a appartenu à François de Rochechouart.

 

" Le personnage en manteau long figuré à gauche, au premier plan, est traditionnellement identifié avec ce dernier, dont nous avons ici un superbe portrait (on serait tenté de le donner à Jean Perréal, le portraitiste attitré de la cour dans les années 1500). Nicole Reynaud a montré que cette figure avait été retouchée, tout comme le jeune porte-épée à ses côtés, ce dernier personnage représentant sans doute à l'origine une dame, dont le hennin est encore partiellement visible. La lettre que remet le messager au personnage principal étant adressée au comte de Tancarville, peut-être celui-ci figurait-il à l'origine Guillaume d'Harcourt… "

 

 

 

Dessinateur

 

Perréal apprit probablement à Jean Clouet la technique du dessin au crayon, mais ce fut ce dernier qui sut donner au portrait au crayon ses titres de noblesse. S'il n'est pas l'introducteur de la Renaissance en France, Jean Perréal a joué un rôle décisif dans le développement du portrait qui va devenir, avec des artistes comme Jean Clouet, un genre autonome. Bien qu'on ne connaisse pas d'autre dessin à la pierre de couleur avant Jean Clouet, il est probable que Jean Perréal utilisait ce même procédé.

 

On ne possède de lui que des dessins à la pointe d'argent - les portraits de Philippe de la Platière et du comte de Ligny à Chantilly - , mais on peut croire qu'il utilisait la technique du crayon d'après une lettre qu'il a écrite à Louis de Barangier, secrétaire de Marguerite d'Autriche, à propos d'un portrait de la femme de ce dernier qui était " de croions qui n'est que demy-couleurs ". On a en effet proposé récemment d'attribuer à Perréal certains crayons de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg. Nicole Reynaud lui "restitue" un dessin (pierre noire et sanguine) conservé dans ce musée représentant Jean Le Veneur, évêque de Lisieux depuis 1502. Il paraît même que Perréal apprit cette méthode des cayons à Léonard de Vinci, ce qui confirmerait l'origine française de cette technique. En effet, dans le Codice atlantico, daté approximativement de 1494, Léonard se propose de reprendre de " Jehan de Paris " le " moyen de colorier à sec ", l'utilisation d'un " sel blanc " et une façon de préparer le papier : " Piglia da Gian de Paris il modo de colorire a secco et il modo del sale bianco e des fare le carte impastate ". S'agit-il de la technique du dessin à la pierre noire et à la sanguine ?

 

" Va trouver Ligny (Ingil) et dis-lui que tu l'attendras à Rome (a morra) et l'accompagneras à Naples (in lo panna). Aie soin de faire la donation (e no igano dal) et prends le livre de Vitolone et les mesures des édifices publics. Aie deux coffres recouverts, prêts pour le muletier ; des couvertures de lit rempliront fort bien cet office ; il y en a trois, mais tu en laisseras une à Vinci. Prends les poêles des Grazie. Fais-toi donner par Giovanni Lombardo la (maquette du) théâtre de Vérone. Achète quelques nappes et serviettes, chapeaux, souliers, quatre paires de chausses, un grand manteau en peau de chamois, et du cuir pour en faire de neufs. Le tour d'Alessandro. Vends ce que tu ne peux emporter.

 

Fais-toi donner par Jean de Paris la méthode pour peindre à sec, et la façon de fabriquer du sel blanc et du papier teinté, soit en feuilles détachées, soit en rames, et aussi sa boîte à couleurs. Apprends à obtenir la couleur chair, à la détrempe. Apprends à fondre la résine dans le vernis laqué. (Piglia da Gian di Paris il modo di colorire a secco e il modo del sale bianco e del fare le carte impastate.)

 

Prends des graines de... (fotteragi), d'herbe à tabac blanc (?) (gniffe) et d'ail de Plaisance. Prends le De Ponderibus. Prends les ouvrages de Léonard de Crémone. Prends des graines de lis, d'alchimille commune, et de melon d'eau. Vends les planches de l'échafaudage. Donne le poêle à qui l'a volé. Apprends le nivellement, et combien de terre un homme peut extraire en une journée. "

Léonard de Vinci, Codice Atlantico ou Codex Atlanticus, fol. 247 r. a. - Bibliothèque Ambrosienne de Milan, traduit de l'italien par Louise SERVICEN.

 

http://expositions.bnf.fr/renais/arret/4/index.htm

Et Albert Châtelet écrit : " parmi les nombreuses feuilles attribuées aux Clouet, il est probable qu'un examen attentif permettrait d'en rendre encore quelques autres à Jean Perréal."

 

Très tôt après l'arrivée au pouvoir de François 1er, Jean Perréal semble évincé et c'est Jean Clouet, au service du roi de 1516 à 1537, qui élabore la représentation peinte du roi : un portrait de trois quarts portant une coiffe. Rares sont les portraits de François 1er, peints ou dessinés, qui ne soient pas de Jean Clouet (1480-1541) ou de son fils François (1520-1572) qui paraissent en avoir le monopole, à part celui de Joos van Cleve, vers 1532, à Philadelphie, (et de la douzaine de copies ultérieures), peintre d'Anvers, appelé à la Cour de 1530 à 1533, et celui du Titien de 1538, au Louvre. Il y a dans cette nouvelle situation de quoi être aigri pour un artiste qui fut le peintre attitré des deux rois précédents.

 

Quelques extraits du livre d'Etienne Jollet, Jean et François Clouet, Lagune, 1997

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" Paradoxalement, on peut en effet parler, avec McGibbon [Jean Bourdichon, a painter of the Fifteenth Century, Glasgow, 1933], d'une dégradation au XVIe siècle du rang social des artistes par rapport au siècle précédent " (p. 24)

 

" Cependant l'étape la plus importante est la création, en 1524, de la catégorie des "peintres et gens de mestier". Désormais, les artistes se trouvent identifiés socialement par leur activité et non par leur degré de proximité vis-à-vis de la personne du roi. On trouvera donc Jean et François Clouet en compagnie des armuriers, des brodeurs, des cordonniers, des tailleurs, de tous ceux qu'on regrouperait aujourd'hui sous lie vocable commun d'"artisans de luxe". Ils constituent un groupe toujours plus important (13 en 1524, 21 au début du règne de Henri II en 1547, 25 à la fin de celui de Charles IX en 1574). " (p. 24)

 

" Les " livres de pourtraictures " se multiplient à partir de 1520 environ. Ils présentent, sous forme de gravures, différents modèles ornementaux. Le plus célèbre étant la Fleur de la science de pourtraicture et patrons de broderie façon arabique et ytalique de Francisque Pellegrin. Dans cette acception, "pourtraire" est synonyme d' "orner", comme l'illustrent ces vers de Ronsard :

 

Tout ainsi qu'une prairie

Est portraite de cent fleurs

Ceste neuve Bergerie

Est peinte de cent couleurs

 

 

Cet emploi est d'une importance capitale pour les " Clouet ", puisqu'il signifie que le jeu de similitude et de différenciation entre les visages viendra en concurrence d'un autre système combinant les mêmes caractéristiques, mais cette fois pour le vêtement et la parure. Cela veut dire aussi que la tension dans le portrait entre le corps et le vêtement, plus largement entre l'animé et l'inanimé prend une intensité inédite. Elle affecte directement la pratique artistique et Perréal en est conscient quand il déclare "J'ay revyré mes pourtraictures, au moins (moyen) des choses antiques que j'ay vu ès parties d'Italie, pour fère de toutes belles fleurs un trossé bouquet dont j'ay monstré la (sic) le ject au dict Lemaire, et maintenant, fais les patrons que j'espère arez en bref." (p. 44).

 

Pierre Pradel corrige ce texte rapporté par E.M. Bancel : " Or Perréal a écrit : " … que j'ay eu es parties d'Italie " ; ce qui est différent. Le texte authentique signale que l'artiste n'a pas travaillé seulement d'après ses souvenirs, mais d'après des documents recueillis et rapportés. L'homme curieux, avide de nouveauté, faisant son miel de toutes fleurs, se trahit, tel que nous le révèlent les dessins d'initiales anthropomorphes illustrant le Champfleury de Geoffroy Tory, qui sont, comme le comte Durrieu l'a montré, des interprétations par Perréal de dessins de Vinci. " (pp. 149-150)

 

" La sanguine, fabriquée à partir de l'argile rouge, et la pierre noire, tirée de l'ardoise apparaissent mélangées dans un dessin de Jean Clouet préparatoire au portrait de Jouvenel des Oursins ; mais c'est au côté d'autres médiums. On fait traditionnellement remonter l'usage systématique de la combinaison des deux crayons à Jean Perréal, sur la foi d'une note de Léonard de Vinci datée approximativement de 1494. " (p. 88)

 

L'utilisation d'un "sel blanc " pourrait être interprétée comme une préparation pour des " feuilles préparées ".

 

 

" La pertinence du rapprochement avec les crayons n'est pas absolue, notamment parce que les "crayons" ne présentent pas de préparation visible. Un autre document, d'une interprétation tout aussi délicate, permet peut-être d'associer Perréal à cette nouvelle pratique. Il s'agit d'une lettre écrite par Louis XII à Guillaume de Montmorency, envoyée d'Asti en Italie le 18 avril 1507 : " Quand la chanson sera faicte, par Fenyn et vos visaiges pourtraicts par Jehan de Paris, ferez bien de me les envoyer pour monstrer aux dames de par de ça, car il n'y en a point de pareils " (BnF, ms. fr. 2915, fol. 17). Dans un pays où les dessins à la pointe d'argent prolifèrent, cette technique habituelle en France ne saurait être considérée comme une nouveauté. Il pourrait s'agir de la plume, très appréciée en France et beaucoup moins en Italie. Toutefois, il serait étonnant qu'une technique si répandue puisse être aux yeux du roi une curiosité digne de l'attention des "dames de par ça " : c'est pourquoi on peut y voir l'évolution des premiers "crayons". De fait, on a proposé d'attibuer certains crayons de l'Ermitage à Jean Perréal. " (pp. 88-90)

* Nicole Reynaud, « Deux portraits inconnus par Jean Perréal au Louvre », Revue du Louvre, 1996, n°4, p. 36-46. Nous [Etienne Jollet] ajouterions volontiers le François 1er jeune.

 

 

" De l'usage autonome du dessin, en dehors des conjonctures faites autour de Jean Perréal, les exemples sont peu nombreux. Le premier est relativement précoce. Il s'agit de l'envoi par Mme d'Hangest (ou de Langest) à François 1er d'un portrait de son fils Henri, dont elle a la charge (" la figure de vostre Henriet en un feuillet "). Du support évoqué, on peut déduire qu'il s'agit d'un dessin (des années 1520). […] La deuxième mention sûre se trouve dans un sonnet des Amours de Cassandre de Ronsard, publié pour la première fois en 1552. Il évoque François Clouet en ces termes :

 

Un seul Janet, honneur de nostre France,

De ses crayons ne les portrairoit mieux. "

(sonnet 214)

 

" L'œuvre de Jean Clouet, dès ses premières œuvres, s'inscrit dans une tradition du portrait français dont les principaux jalons sont connus : Jean le Bon, au milieu du XIVe siècle et Louis II d'Anjou, un siècle après, marquent l'emprise du profil dans la genèse du portrait individuel autonome ; le Charles VII de Jean Fouquet, qui est manifestement la source d'inspiration du François 1er de Jean Clouet et le Charles VIII de Jean Perréal, correspondent à la stabilisation du modèle du buste de trois quarts dans un espace sans profondeur, le regard portant hors des limites du cadre " (pp. 30-31)

Charles VIII - v. 1490-1495 - BnF - département des Manuscrits
tempera sur bois de 23 x 14,5 cm, attribuée à Jean Perréal
insérée dans la couverture d'un livre d'heures

" Le dessin constitue la première étape dans l'élaboration du portrait On en a un témoignage pour Jean Perréal :

 

" (...) madame vostre belle mère et madame vostre bonne femme m'onlt fait honneur de leurs biens et des vostres, à telles enseingnes que j'ay fait des croions [crayons] qui n'est que demy couleurs le visaige de madame la maistresse, votre femme. Elle cuide que ce soit grand chose, maiz quelque jour en vostre présence nous ferons mieulx."

 

On remarquera l'étrange dernière proposition : qu'est-ce que pourrait bien ajouter la présence de l'homme ? Ou bien Perréal veut dire qu'il réalisera un portrait de celui qu'il considère comme son bienfaiteur ; ou bien la " présence " de celui-ci est capable de l'inspirer lors de l'exécution d'un nouveau portrait de sa femme. " (p.22)

 

(Lettre de Jean Perréal à Louis Barangier, 8 octobre 1511, in E.M.Bancel. p. 208)

 

Albert Châtelet lui accorde :

 

— les gravures dans l'édition des comédies de Térence publiée par Jean Trechsel en 1493 (Bibliothèque Nationale de France), des Vigiles du roi Charles VII imprimées par Claude Dayne en 1496 et celles des Quatre Fils Aymon imprimées par Jean de Vingle en 1497.


Scène de l'Andrienne de Térence - 1493 - BnF - Ye 384, f.7

Le Champ fleury de Geofroy Tory - Paris - 1529 :

 

"Champ fleury. Au quel est contenu l'Art & Science de la deue & vraye Proportion des Lettres Attiques, qu'on dit autrement Lettres Antiques, & vulgairement Lettres Romaines proportionnees selon le Corps & Visage humain."

 

Doit-on à Jean Perréal le dessin de certains caractères d'imprimerie (par exemple le projet des lettres I et K avec un corps humain) ?

 

"LA TABLE" placée au début de l'ouvrage indique :

"Noms des Autheurs & honnestes personnages alleguez & mansionnez en tout cest Oeuvre. Desquelz les aucuns sont en Latin, & les autres en Francois selon que la doulceur de la pronunciation d'iceulx est amyable aux oreilles de plusieurs."

Et parmi ces auteurs : "Jehan Perreal autrement dict Jehan de Paris".



Dessins des petits I et K du Champ Fleury
ou Champfleury de Geofroy Tory

DE le I, toutes les autres lettres, comme j'ay dit, prenent & ont comancemant a estre faictes & escriptes.

C'est ascavoir, ou en estant garde en sa droitte ligne, ou en estant reflecte & courbe, ou en estant brise. Et luy seul entre toutes les lettres garde sa droicte ligne perpendiculaire, a l'imitation du corps humain, qui luy estant sus ses pieds tout droit la represente. En luy ouvrant les bras & jambes peu ou plus monstre la ditte briseure, comme il peut estre facilement entendu en la sequente figure que j'ay faicte apres celle que ung myen seigneur & bon amy Jehan Perreal, autrement dict Jehan de Paris. Varlet de chambre & excellent Paintre des Roys, Charles huitiesme, Loys douziesme, & Francois Premier de ce nom, m'a comuniquee & baillee moult bien pourtraicte de sa main.

 

 

http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=649&numtable=B410186201_I65

 

http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numtable=B410186201_I65&numfiche

=649&mode=1&index=112&ecran=0

 

http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/somimg.asp?numtable=B410186201_

I65&mode=3&ecran=0&numfiche=649#

 

http://www.bvh.univ-tours.fr:8080/xtf/view?docId=tei/B410186201_I65/B410186201_I65_

tei.xml&chunk.id=n10&toc.id=n10&brand=default

 

Nous savons peu de chose des graveurs de poinçons qui aidèrent les libraires, les éditeurs et les imprimeurs de Paris à obtenir de "très beaux caractères ronds & parfaits" dont parle La Caille et qu'employa Badius pour relever en France "l'art de l'Imprimerie qui commençait à décliner et à tomber dans le gothique". Geoffroy Tory, de Bourges, régent de l'Université, humaniste, dessinateur et graveur, dirigea tous les détails de l'impression de son livre Champ Fleury, " auquel est contenu l'art & science de la deue et vraye proportion des lettres attiques et vulgairement Lettres Romaines, proportionnées selon le corps & le visage humain". Avec la collaboration de Jean Perréal qui lui avait appris le dessin, il y a réuni nombre de belles lettres ornées et de décorations typographiques.

 

 

" Un dernier témoignage, le plus glorieux, est venu de Geoffroy Tory.

 

Quand cet excellent artiste composa son Champfleury, parmi ses lettres à imitation du corps humain, il plaça un I & un K, avec des jambages figurés par un homme les bras & les jambes écartés, dont le dessin lui avait été donné par Perreal.

 

" Figure que j'ay faicte, dit-il, après celle que ung mien seigneur & bon amy Jehan Perreal autrement dit Jehan de Paris, varlet de chambre & excellent peintre des rois Charles huitiesme, Louis douziesme & François premier, m'a communiquée & baillée moult bien pourtraicte de sa main. " (Champfleury, à Paris, sur le Petit-Pont, à l'enseigne du Pot-Caffé, in-fol. (1529), p. XXXVI II, v°)

 

Comme ces lettres ressemblent à plusieurs autres qui se trouvent dans l'ouvrage, notamment au deuxième livre, M. Bernard a pensé que Perreal avait fourni la majeure partie de ces dessins, &, partant, qu'il avait été le maître de Tory (Geoffroy Tory, par M. Bernard. Paris, 1857, in-8, pp. 11,20, 34). Le graveur emprunta des dessins à d'autres, tels que Simon du Mans, qu'il nomme au commencement de son livre, & auquel il paraît autant attaché qu'à Perreal, mais il était lui-même bon dessinateur & il ne fit pour son livre que des emprunts très partiels.

 

A les regarder de près, les figures de Perreal que nous avons citées se distinguent de la plupart des autres par un dessin plus modéré. En les prenant pour terme de comparaison, il n'est pas aussi facile que l'a cru M. Bernard de lui attribuer certaines planches des Heures de Vostre & de Tory. Ici, plus encore que pour les livrets d'histoire, les jalons manquent.

 

Les Heures de Simon Vostre, dans les éditions à calendrier de 1507, montrent, par les grands sujets de leurs planches comme par leurs encadrements, un changement de manière qui est, m'a-t-il semblé, le troisième dans le développement compliqué de leur ornementation. Ce changement est surtout indiqué par une imitation italienne dans les édifices & dans les figures.

 

Jehan de Paris ne fut certainement pas étranger à cette évolution de nos graveurs d'Heures ; j'y reconnaîtrais d'autant plus sa main, que la manière en est encore modérée. Elle fut remplacée bientôt par une manière d'imitation italienne beaucoup plus intense. On en juge par les mêmes Heures où les trois planches signées d'un G & attribuées avec raison à Geoffroy Tory, sont d'un dessin qui diffère des précédentes & innove encore sur toutes celles qu'on rencontre dans les Heures de Vostre.

 

Il nous paraît donc impossible de suivre plus loin M. Bernard, lorsqu'il attribue à Perreal des vignettes qui sont prises dans les Heures de Geoffroy Tory de 1527, qui sont d'une façon tout à fait différente.

 

Dans l'histoire des anciens artistes, que nous réédifions avec peine mais avec passion, il y a quelque chose de plus triste que l'ignorance où nous sommes réduits souvent des œuvres véritables : c'est la méprise à laquelle nous sommes exposés des œuvres apocryphes.

 

Jules Renouvier, Jehan de Paris, varlet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles VIII et Louis XII

 

 

Peintre - portraitiste

 

Quels tableaux lui attribuer ? Depuis fort longtemps, critiques et historiens de l'art lui attribuent ou lui retirent telle ou telle œuvre.

 

Il y a celles sur lesquelles tout le monde s'accorde :

 

— des huiles sur bois : les portraits de Charles VIII et d'Anne de Bretagne (vers 1494) (Bibliothèque Nationale de France) " On a voulu reconnaître le double portrait de Charles VIII et d'Anne de Bretagne dans un petit diptyque de la BnF (ms. lat. 1190 ; cf. Limousin, 1954), mais il ne s'agit pas du couple royal, et l'attribution de l'œuvre à Perréal est incontestable. " (Alexandra Zvereva)

 

— deux portraits d'un homme et d'une femme (vers 1493) (Musée du Louvre)

 

— le portrait de Philippe de la Platière, seigneur des Bordes, dit Bourdillon (vers 1495), dessin à la pointe d'argent rehaussé d'or (Musée Condé de Chantilly)

 

— le portrait de Louis de Luxembourg, comte de Ligny (vers 1500) dessin à la pointe d'argent (Musée Condé de Chantilly)

 

— le portait de Monsieur de Bellefourrière (1521) (Metropolitan Museum de New York)

 

— en 1507, Louis XII demande par lettre, depuis l'Italie qu'on lui envoie une chanson de Févin avec un portrait par Jean Perréal, pour montrer aux dames de ce pays que rien ne peut en égaler l'art.

 

— le portrait de Mary Tudor que Louis XII lui demanda d'aller peindre à Londres avant de l'épouser en 1514

 

— le portrait d'Henry VIII que François 1er lui commanda en 1519

 

— deux portraitsd'un jeune homme, seigneur de la cour de François 1er (vers 1525-1530)

 

— un fragment de vitrail à la Walters Art Gallery de Baltimore

 

— les deux croquis à la plume au dos de comptes de la ville de Lyon

— " Jean Perréal, auteur, selon nous, du beau frontispice aux armes royales peint au début d'un traité du héraut Berry destiné à Louis XII (Paris, BN, Fr. 5873). François Avril, Les Manuscrits à peintures en France - 1440-1520, BN et Flammarion, 1993, p. 311.

 

Soit en définitive, une dizaine d'originaux (miniatures, tableaux, dessins), quatre copies et peut-être un vitrail sur un patron qu'il a pu fournir. C'est bien peu, il faut l'avouer, pour un peintre unanimement admiré par ses contemporains !

 

 

 

Louis XII en prière - 1500-1510

peinture sur verre - Walters Art Gallery, Baltimore

 

 

Portrait de Charles VIII - peinture à l'huile sur bois ( 37,7 H ; 28,1 L )

Ccopie ancienne, sans doute du 16e siècle, d'un tableau deJean Perréal dont on connaît plusieurs versions (collection particulère et Versailles)

Chantilly, musée Condé

Portrait de Louis XII, " le plus beau de tous les portraits de ce roi ", une huile sur bois (vers 1514) qu'Henry VIII possédait dès 1542 (Windsor Castle)

Est-ce l'original de la main même de Perréal ou une copie ?

http://www.royalcollection.org.uk/eGallery/object.asp?object=403431

 

Portrait de François 1er

D'après un tableau disparu de Jean Clouet selon Nicole Garnier-Pelle et Alexandra Zvereva.

Ce portrait est à rapprocher du dessin attribué à Jean Perréal du musée de l'Ermitage, Saint-Petersbourg (cf. ci-après)

peinture à l'huile sur bois - 35 x 25 cm - Chantilly, musée Condé

Portrait de Louis de Luxembourg, comte de Ligny (v.1470-1503)

dessin à la pointe d'argent, pierre noire, sanguine, rehauts d'or

de Jean Perréal - vers 1493 - 20,1 x 13,7 cm

autrefois attribué à Lucas de Leyde

Chantilly, musée Condé


Portrait de Philibert II de la Platière (v. 1465-1499), seigneur des Bordes dit Bourdillon, avec l
a devise : " IATENS-LEVRE " : " J'attends l'heure ".

dessin à la pointe d'argent, pierre noire, sanguine, rehauts d'or - vers 1495 - 20 x 13 cm

attribué à Jean Perréal par Etienne Jollet (in Jean et François Clouet, Lagune, 1997) - autrefois attribué à Lucas de Leyde

Chantilly, musée Condé

http://www.famillebourdillon.fr/biographie%20segineur%20des%20bordes.htm

 

A la demande de Charles VIII, Jean Perréal renouvelle les portraits du couple royal, fait vers 1495-1496 de nombreux portraits des favoris et des fidèles du roi. Mais il n'en reste apparemment que deux, ceux de Louis de Luxembourg, comte de Ligny et Philibert de La Platrière, seigneur des Bordes, dit Bourdillon (Chantilly, inv. PD 397 et 398).

 

Deux dessins de mêmes dimensions, de même composition et de même technique : préparation blanche, ébauche à la pierre noire, puis pointe d'argent. Les légendes "le feu mr bourdillon" et "le conte de lingny" ne sont inscrites que sous Louis XII.


Portrait de femme (Jeanne Besse ?)
peinture à l'huile sur bois - Jean Perréal - 1493 ?
H. : 0,24 m. ; L. : 0,18 m.
acquis en 1993 par le musée du Louvre


Portrait de d'homme - peinture à l'huile sur bois - Jean Perréal
Inscription au dos : Marin de La Chesnaye, conseiller au Parlement
1493 : date du tableau ou de l'entrée en fonction au Parlement ?
Panneau autrefois monté en diptyque à charnières avec le portrait de femme précédent
H. : 0,24 m. ; L. : 0,18 m. - acquis en 1993 par le musée du Louvre

/

 

" De tels petits portraits privés et élégants représentant un époux, un parent ou un ami, parfois réunis en diptyque, étaient en effet devenus la spécialité de Perréal, sollicité de plus en plus souvent par les courtisans inspirés et presque encouragés par l'exemple royal, à la seule exception près qu'ils ne lui commandaient jamais de crayons, mais des miniatures et des peintures à l'huile et a tempera. Ces portraits firent la renommée de Perréal… "

Alexandra Zvereva

(Ne demeurent que deux exemples de ces diptyques : celui du couple du Louvre et celui dit de Charles VIII et d'Anne de Bretagne)

 

http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=1048&langue=fr

http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=1047&langue=fr


D'après Jean Perréal, François Ier, roi de France,
Saint-Petersbourg, musée de l'Ermitage,
Cabinet des dessins, inv. 2862.

 

" De récents travaux permettent de lui attribuer aujourd'hui avec certitude trois portraits exécutés à l'enluminure : ceux de Charles VIII et d'Anne de Bretagne (vers 1495) à la Bibliothèque Nationale à Paris et au British Museum à Londres, celui de Pierre Sala (vers 1500-1505), ancien écuyer de Charles VIII. Par leur réalisme à la fois attentif et élégant, ces effigies sont un témoignage intéressant sur les techniques picturales en vigueur, au seuil de la Renaissance. "

Dictionnaire universel de la peinture, éd. Le Robert, 1975, sous la direction de Robert Maillard, p. 225.

 

 

Alexandra Zvereva (Portrait dessinés à la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, 2011) écrit qu'en 1495, " Perréal entra au service du roi pour de toute évidence pallier la faiblesse de Bourdichon dans la pourtraiture. "

 

Elle recense :

Jean Perréal ou atelier,
Anne de Bretagne, reine de France,
Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage,
Cabinet des Dessins, inv. 2863.

Jean Perréal ou atelier,
Charles VIII, roi de France,
Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage,
Cabinet des Dessins, inv. 2856.

 

" Malgré l'abandon de la pointe de métal, on retrouve dans ces dessins tout ce qui caractérise l'art perréalien : le trait nerveux et attentif aux accidents du visage, les iris plats et très clairs, les pupilles noires sans reflet, les quelques cils bordant la partie éloignée de chaque paupière, le sillon des lèvres exagérément courbe, et, plus particulièrement, une certaine spontanéité, qui, en ce qui concerne le couple royal, ne se teintera de bienveillance majestueuse que dans les peintures officielles. Néanmoins, la construction de ces portraits est différente des portraits de Ligny et de Bourdillon : l'artiste n'étudia que les visages, placés presque au centre de la feuille et en occupant la majeure partie, se contentant d'indiquer assez sommairement les chevelures et ignorant complètement le vêtement, y compris les coiffes."

Alexandra Zvereva

 

D'après Jean Perréal, Engilbert de Clèves, comte de Nevers,
Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage,
Cabinet des Dessins, inv. 2859.

" Le portrait d'Engilbert de Clèves, comte de Nevers, pourtant contemporain, étonne par le soin apporté au vêtement, en dépit de quelques approximations, et la dense ombre portée qui fait ressortir le contour du visage. "

 

D'après Jean Perréal, Mary Tudor,
Florence, musée des Offices,
Cabinet des Dessins et Estampes, inv. 3911 F.
(Dessin reproduit dans l'Epistola consolatoria de morte Ludovica XII, regis Francorum
de Joanne Benedicto Moncetto de Castellione, Paris, 1515.
)

 

" Dans sa volonté de " rendre vif " et " présent " chaque modèle tout en respectant la formule rigide empruntée aux images des souverains qui exigeait de montrer avant tout la dignité, Perréal s'imposa la simplicité, seul moyen d'approcher la vérité, mais aussi permit aux sentiments personnels d'affection, d'amour ou d'amitié d'illuminer les visages.

Ses images directes et presque spontanées sur fond de couleur convenaient idéalement à la très récente société de cour, désormais admise dans la représentation… "

Alexandra Zvereva

 

"Depuis Jean Perréal, peintre de Charles VIII et de Louis XII, jusqu'à Nicolas Leblond et Charles Decourt, au service de Henri IV, en passant par Jean et François Clouet, Jean Decourt ou les frères Dumonstier, tous commençaient leur œuvre par un dessin à la pierre noire et à la sanguine, utilisé ensuite autant de fois que nécessaire pour les peintures, les miniatures, les crayons ou les gravures."

Alexandra Zvereva, "Tout beau, tout esclatant, tout brave, tout superbe " : le vêtement dans les portraits", Revue de l'Art, n° 174/2011-4, p. 33-42.

 

Les œuvres suivantes sont-elles de sa main ?

Portrait de Louis XII, Gouache sur vélin, d : 4 cm. Welbeck Abbey, The Portland Collection.
Dans Lyon Renaissance : Arts et Humanisme,
dir. Ludmila Virassamynaïken, Coédition musée des Beaux-Arts de Lyon / Somogy éditions d'Art, 2015, p. 148.

Louis XII en prière dans sa chapelle avec deux de ses courtisans (vers 1500) du manuscrit de la Géographie de Ptolémée (Bibliothèque Nationale de France)

Le manuscrit est passé ensuite entre les mains de Louis XII, et le portrait de Louis de Bruges a été adapté pour le roi de France par Jean Perréal.

Les armes du premier commanditaire ont été aussi recouvertes par les armes royales. Intégré dans la Librairie royale de Blois sous Louis XII, avec l’ensemble des manuscrits de Louis de Bruges, ce volume y portait une reliure de velours bleu (inventaires de 1518 n° 697-698 et de 1544 n° 1122). Il a été transféré dans la Bibliothèque royale de Fontainebleau en 1544 avec l’ensemble des collections royales.


http://expositions.bnf.fr/fouquet/grand/ch9.htm

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b60007804/f12.item


— un portrait d'une dame anglaise, peut-être Margaret Tudor, reine d'Ecosse - 1514 - National Portrait Gallery de Londres

 

— un portrait de dame, Galerie des Uffizi, Florence (mentionné en 1846 dans l'inventaire du Palazzo Pitti ; à l'Uffizi depuis 1932)

http://www.artcyclopedia.com/artists/perreal_jean.html

http://www.virtualuffizi.com/uffizi1/Uffizi_Pictures.asp?Contatore=388

 

— un portrait d' Henry VII d'Angleterre - v. 1500-1525 au Milwaukee Art Museum



http://collection.mam.org/details.php?id=4618



— les Armes d'Anne de Bretagne (que signale ce site :

http://www.allposters.fr/-st/Jean-Perreal-Affiches_c82627_.htm )

 

— Frontispice de Description des Pays par Gilles Le Bouvier, "Heraut Berry" - enluminé par Jean Perreal (?)
écu des rois de France - heaume de l'Ordre de Saint.Michel - couronne - cri de guerre de rois de France : " Montjoye Saint Denis "
BnF - folio D verso FR 5783 - Coll. des Manuscrits, Paris

trouvé sur ce site :

http://www.lessing-photo.com/search.asp?a=1&kc=20202020818E&kw
=LE+BOUVIER%2C+GILLES+%22HERAUT&p=1&ipp=

— Cette illustration du sacre de Claude de France. Le Sacre, couronnement, triumphe et entrée de la tres crestienne royne et duchesse ma souveraine dame et maitresse madame Claude de France... et sa reception faicte a Paris. http://www.beauxartsparis.fr/ow2/catzarts/voir.xsp?id=00101-26946

extrait du livre d'Etienne Jollet, Jean et François Clouet, Lagune, 1997

 

En demandant " Jean Perréal " sur un moteur de recherche,
vous trouverez dans " images " des œuvres que certains critiques ou musées lui octroient.


" L'ensemble de ces procédés [dans le tableau Charlotte de France, v. 1524 - collection Epstein - Chicago)] qu'on peut qualifier d'archaïques mais qui n'en sont pas moins cohérents est présent dans un tableau dont l'attribution est problématique, le Banquier du musée de Saint-Louis.

 

Le Banquier - v. 1522 - Saint Louis Museum of Art

C'est C. Sterling qui l'a attribué à Jean Clouet, en le rapprochant notamment d'un dessin conservé à Chantilly.

 

On doit souligner le fait que le type prognathe du visage inciterait à le rapprocher des portraits de Perréal.

 

Cependant on trouve ici ce regard rêveur, propre aux œuvres de Jean Clouet à cette époque, qui semble s'éloigner des réalités éminemment matérielles que constituent les écus d'or français reposant sur la tablette. D'autres caractéristiques invitent au rapprochement, comme le traitement des mains ou celui des plis, assez maladroits, soulignés par des sortes d' " éclairs mous " qui parcourent la matière.

 

Quant à l'identité du modèle, l'inscription : "l'an 1522. Fait à 35 " n'aide guère à la faire découvrir. Le monogramme placé sur le bouton du col a été lu par C. Sterling " MTRAVES " : ce serait Martin Travers, trésorier de Tours, qui entre autres paie les artistes à Tours en 1516 pour l'entrée de François 1er.

 

Le problème est que ses armoiries ne sont pas celles qui figurent sur le chaton de la bague passée à l'index gauche, jusqu'ici non identifiées. Le statut du personnage n'est pas parfaitement clair. Les portraits de marchands sont rares en France à l'époque. Les pièces de monnaie peuvent dans certains contextes prendre une valeur symbolique pour évoquer la paix et la prospérité.

 

On notera enfin un curieux détail concernant la tablette : à gauche c'est une table ou du moins un plan, à droite cela ressemble d'autant plus à un parapet vu de face que le bras paraît reposer dessus et qu'on voit une sorte de faille, qui rappelle beaucoup les interstices entre moëllons visibles dans nombre de portraits à tablette de l'école du Nord.

 

S'ensuit un effet de torsion surprenant, qu'on voudrait rapprocher d'un effet de métamorphose repéré dans une œuvre attribuée parfois à Jean Clouet, le soi-disant Guillaume Gouffier du musée de Saint-Louis.

 

anonyme (école française) - Guillaume Gouffier
v.1520-1525 - Art Museum - Saint-Louis

C'est celle qui affecte l'objet tenu dans la main droite du personnage. Au-dessous de la main, il s'agit manifestement d'un bâton, puisqu'on voit un " nœud " au-dessus, on retrouve le traditionnel rouleau repris à la statuaire romaine. " (p. 175-176)

 

— René de Maulde de la Clavière lui attribue la série des sept portraits à l'antique des amis d'enfance de François 1er, du livre de la Guerre gallique (traduction libre des Commentaires de César) éxécuté pour François 1er en 3 volumes (le tome 1 se trouve au British Museum ; le tome 2, à la BNF ; le tome 3, à Chantilly) : Artus Gouffier, Anne de Montmorency, Jacques de Chabannes, Just de Tournon, Guillaume Gouffier, Odet de Foix, Guillaume de la Marck. M. Bouchot donne ces portraits à Jean Clouet.

 

— A propos d'un manuscrit relatif à l'Ordre de Saint-Michel exécuté vers 1495 :

frontispice des Statuts de l'ordre de Saint-Michel
copie pour Pierre II de Bourbon, peint à l'extrême droite
v. 1495, miniature sur parchemin - BnF - fr. 14363 f.1

 

— Albert Châtelet attribue la miniature à Jean Prévost.

 

— Paul Durrieu pense que le livre a été commandé par Charles VIII et il attribue la miniature-frontispice à Jean Perréal (Un chef-d'œuvre de la miniature française sous Charles VIII, Paris, in-4°)

 

— René de Maulde de la Clavière pense que ce manuscrit fut offert à Charles VIII par le duc Pierre II de Bourbon, " le plus grand seigneur de France ", qui en fut le commanditaire auprès de Jean Perréal ; cadeau pour marquer la fin de la régence de 1494 à 1495 et le retour du roi qui guerroyait en Italie.

Selon lui, l'artiste, avec " son humour habituel ", a figuré derrière le roi deux personnages qui se ressemblent, " dans une pose de familiarité " : Pierre de Bourbon " dédoublé ".

 

René de Maulde de la Clavière note que Jean Perréal, en disgrâce vers 1495, aurait pu entrer à nouveau en faveur auprès du roi qui le prend à son service en 1496 : " …cette œuvre où l'artiste avait mis toute son âme, et nous croyons trouver ici la clef de la faveur soudaine qui officiellement porta Perréal au premier rang. " (p. 81)

 

Ce manuscrit contient aussi une dédicace en vers adressée au roi. Jean Perréal l'aurait-il écrite ?


dessin à la plume - manuscrit de l'Ordre de Saint Michel

" Nous n'en parlerions si, au-dessous, à côté l'A initial du texte, nous ne trouvions encore une de ces plaisanteries qui semblent éclore tout naturellement, dès qu'on prononce le nom de Perréal. Il a esquissé, à la plume, deux têtes d'un même individu, en profil et en trois-quarts. Quel est cet individu ? Avec un peu d'imagination, on pourrait se figurer que c'est Perréal lui-même, mais nous n'irons pas jusqu'à là. " (p. 83)

Né en 1550, Jean Perréal aurait 45 ans en 1495 ; né en 1460, 35 ans. L'âge du personnage correspond-il ?

 

— les miniatures de la Bible Oglethorpe (Oxford)

— des peintures sur verre dans l'église des Carmélites à Tours que je n'ai pas retrouvées

 

La tapisserie La reine Sémiramis et deux servantes au Honolulu Museum of Art de Jean Perréal ?

https://eo.wikipedia.org/wiki/Dosiero:QueenSemiramis2.jpg https://commons.wikimedia.org/wiki/File:QueenSemiramis2.jpg http://honolulumuseum.org/art/exhibitions/15320-identify_yourself/

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Perr%C3%A9al

 

Robert RANJARD, La Touraine archéologique, Gibert-Clarey, Tours, 1958, 3è édition, pp. 102-103-104

" L'Eglise des Carmes est devenue l'église paroissiale Saint-Saturnin après la Révolution et la destruction de la précédente église placée sous ce vocable, située au sud de la rue du Commerce actuelle. Un premier édifice fut construit par les Carmes après 1324 et achevé en 1343. L'archevêque de Tours ayant refusé de la consacrer, ils obtinrent du pape Jean XXII la permission de faire donner cette bénédiction par l'évêque de Capoue le 2 janvier 1344. Devenue trop petite, cette église fut remplacée par celle que nous voyons aujourd'hui, au XVè siècle, grâce la libéralité de Louis XI, qui fit en même temps rebâtir les cloîtres et une partie des bâtiments conventuels. Ce nouveau monument se composa d'une nef et d'un collatéral méridional. C'est en 1818 qu'un architecte de mauvais goût ajouta le collatéral septentrional, dont les arcs en plein cintre jurent avec les arcades en arc brisé du XVè siècle. L'église Saint-Saturnin fut assez gravement endommagée lors des divers bombardements de 1944, et surtout lors de la destruction du pont de Saint-Cyr. Tous les remplages et vitraux des fenêtres furent alors détruits et le lambris couvrant la nef fut enlevé en plusieurs endroits.

[…]

La nef, couverte en charpente, communique avec les collatéraux par sept arcades, en arc brisé à droite, en plein cintre à gauche et modernes de ce côté. Elle est éclairée au chevet qui est plat, par une immense fenêtre qu'ornait avant la Révolution un vitrail que Charles Loizeau de Grandmaison [archiviste-paléographe, historien de l'art ; 1824-1903] a attribué à Jean de Paris. Cette verrière représentait des scènes de la vie de la Vierge. Dans le chœur sont des stalles du XVIè siècle provenant de l'abbaye de Cormery.

[…]

Le collatéral septentrional, bâti en 1818, couvert en fausses voûtes pseudo-romanes, n'a aucun intérêt par lui-même. Sa troisième fenêtre cependant renferme dans sa verrière des fragments d'un vitrail du XVè siècle, qui furent déposés en 1939 et échappèrent à la destruction, et où figurent Dieu le Père, le couronnement de la Vierge, une autre figure de la Vierge, des saints et des martyrs. "

 

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Bernard Chevalier m'écrit le 15.10.11 au sujet de ces œuvres perdues : " Dans l'église de La Riche, des fragments de vitraux anciens ont été mêlés à d'autres plus modernes, le tout sans logique. "

 

— deux peintures sur bois : la Messe de Saint-Grégoire et le Mariage de Charles VIII

Le Mariage mystique de Sainte-Catherine, La Vierge et ses donateurs, portrait d'un seigneur âgé, illustration d'un poème de Jean Marot sur la campagne de Louis XII en Italie, la soumission de la ville de Gênes (que Pierre Francastel lui accorde)

 

— la fresque des Arts Libéraux de la cathédrale du Puy. Entre autres attributions à découvrir sur l'un des sites suivants, Louis Gillet a attribué cette fresque au Maître de Moulins ; Louis Hourticq et Madeleine Huillet d'Istria à Jean Perréal en trouvant des ressemblances entre les visages des Arts Libéraux et certains portraits de notre artiste.

L'architecte Aymon Mallay, chargé de la restauration de la cathédrale du Puy-en-Velay, avait réservé à Prosper Mérimée (toujours lui quand il s'agit de sauver une œuvre d'art !) le privilège de procéder lui-même au décapage de la muraille le 23 septembre 1850 afin de découvrir les peintures recouvertes par un épais badigeon.


Sont représentées : la Grammaire (avec Priscien), la Logique (avec Aristote), la Rhétorique (avec Cicéron) et la Musique (avec Tubal). Cette peinture est incomplète car elle comprenait très certainement les Sept Arts (avec la Géométrie, l'Arithmétique, et l'Astronomie).

 

La Musique est représentée par une femme tenant un positif. Près d'elle, certains pensent reconnaître Josquin Desprez qui, un marteau dans chaque main, frappe sur une enclume : allusion à Pythagore et à sa théorie des rapports entre les sons, échafaudée en écoutant les bruits produits par le choc de marteaux de différents poids sur l'enclume d'un forgeron.

Le rapport de Prosper Mérimée est à lire sur le site suivant :
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1958_num_102_2_10880?_Prescripts_Search_tabs1=advanced&


L'ouvrage suivant est aussi à consulter :
Annie Regond, La peinture murale du XVIe siècle dans la région Auvergne, thèse.

 

— gravure à lui attribuée, un instant aperçue sur Internet :

 

— Ce tableau trouvé sur le site suivant :

http://www.alaintruong.com/archives/2009/01/16/12116020.html

Attributed to Jean Perréal (? 1450/60 (?) - After 5 April 1530 Paris), Portrait of Louis XII, King of France

oil on panel. 11 3/4 by 7 5/8 in.; 29.8 by 19.4 cm. Estimate 30,000—40,000 USD

PROVENANCE : Lippmann, Berlin.

LITERATURE AND REFERENCES : J. Dupont, "A Portrait of Louis XII Attributed to Jean Perréal," in The Burlington Magazine, September 1947, vol. lxxxix, No. 534, p. 239, reproduced Plate II A (as anonymous, possibly by Jean Perréal).

CATALOGUE NOTE : This painting relates closely to another Portrait of Louis XII in the Royal Collection (RCIN 403431). That portrait, first ascribed to Jean Perréal in 1947,1 is now considered to be from the workshop of Perréal. Another version was published by M. J. Friedländer as by the Master of the Legend of the Magdalene.2

1. See J. Dupont, op.cit., pp.235-239 passim.
2. See M.J. Friedländer, Early Netherlandish Painting, vol. XII, New York 1975, reproduced Plate 21, no. 29A.

Sotheby's. Important Old Master Paintings, Including European Works of Art. 29 Jan 09. New York www.sothebys.com photo courtesy Sotheby's

http://www.artcyclopedia.com/artists/perreal_jean.html

  Sale & Lot No. Description & Estimate Date & Location
N08516102 Attributed to Jean Perréal, Portrait of Louis XII, King of France
Panel, Oil
37,500 USD
Thu 29 Jan 2009 02:00 PM
New York

 

— Ce tableau lui fut attribué par Etienne Bancel qui l'a offert au Louvre

Il est désormais attribué au Maître de 1499
Actif à Bruges et à Gand à la fin du XVe siècle

La Vierge et l'Enfant Jésus et un couple en prières
1490 (H. : 0,71 m. ; L. : 0,55 m) - Musée du Louvre
Don d'Etienne Bancel en 1884 (comme Jean Perréal)
Cette œuvre n'est pas visible actuellement dans les salles du Musée

Considéré un temps comme relevant de l'Ecole française des XVe - XVIe siècles
(Jean Perréal, confondu parfois avec le Maître de Moulins) - Typique cadre "gothique'' de la fin du XIXe siècle.

http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=24153&langue=fr

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Le site du Louvre signale un retable provenant de l'ancienne église Saint-Jacques-de-la-Boucherie à Paris. La composition, présentant les apôtres réunis autour de la Vierge endormie, cependant que son âme monte au ciel, se rapproche d'une création du peintre Jean Perréal, connue par des témoignages indirects. On sait ainsi que Michel Colombe avait sculpté à Tours une Dormition de la Vierge, détruite en 1562. Le retable est donc iconographiquement très proche du milieu tourangeau, cependant que le style des figures d'apôtres renvoie à l'art des frères Juste, sculpteurs d'origine italienne travaillant à Tours.

 

La Dormition de la Vierge, France, vers 1520. Albâtre. Entré en 1881. Département des Sculptures. H. : 1,10 m. ; L. : 2,28 m. ; Pr. : 0,23 m.

http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=2048&langue=fr

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Et il reste des œuvres qui n'ont pas encore trouvé de façon unanime leur auteur. Qui du Maître de la Chasse à la Licorne, du Maître de la Dame à la Licorne, du Maître de Moulins, du Maître de Saint-Gilles, du Maître aux pieds-bots, de Jean Bourdichon, d'Henry de Vulcop, de Jean Hay, de Jean Perréal, de Jean Clouet, les œuvres suivantes ?

 

— bois gravé (Histoire de Clovis, Urie, Charles VIII, nativité)

— les enluminures du Livre d'Heures d'Anne de Bretagne (que l'on attribue à Jean Bourdichon)

— les gravures du Missel de Verdun (1481), des Heures de Vostre (1496-1498), des Heures de Séguier, des Heures de Le Camus

-— la xylographie de La Grande Passion

 

— les vitraux et la rose de la Sainte-Chapelle à Paris

— les patrons des vitraux des églises Saint-Séverin, Saint-Germain l'Auxerrois, Saint-Gervais, de la chapelle de l'Hôtel de Cluny

— la double fresque de l'église Saint-Séverin à Paris

 

— la tapisserie du Mythe de Persée de Charles Guillard (dont le petit-fils André II épousera Marie Robertet, la petite-fille d'Antoine Le Viste)

— certaines tapisseries du cycle La Guerre de Troie (Londres, V. A. M. ; Zamora, cathédrale ; Metropolitan Museum ; Montréal, musée des Beaux-Arts ; diverses coll. part. ; nouveau Tribunal de commerce de Montereau-Fault-Yonne en Seine-et-Marne)

— la tapisserie Pénélope, rescapée des Femmes illustres (ou vertueuses) (Museum of Fine Arts de Boston)

— la tapisserie de Narcisse à la fontaine (Museum of Fine Arts de Boston)

— la tenture de La Chasse à la Licorne (Cloisters - Metropolitan Museum of Art de New York)

— la tenture de La Dame à la Licorne.

http://www.mfa.org/collections/search_art.asp?coll_keywords=tapestries&coll_start=11

http://www.amaryllidaceae.org/mythe/narkissos.htm

Pour atteindre la page "Pénélope", cliquer ici

Pour atteindre la page "Narcisse", cliquer ici


Georges Bordonove (Louis XII, Pygmalion, 2010) lui octroie :

— un portrait d'Anne de Bretagne le jour de sa mort

— le tableau du sacre de Louis XII installé au Musée de Cluny

— les dessins du tombeau d'Anne de Bretagne et de Louis XII à Saint-Denis. D'autres lui préfèrent Guido Mazzoni. Ce mausolée a été sculpté par le florentin, installé à Tours, Giovanni di Giusto Betti dit Jean Juste.

" Le monument fut admiré par toute l'Europe ; il reste l'un des plus beaux témoignages de l'art français de la Renaissance. Jean Perréal s'était inspiré du tombeau de Jean-Galéas Visconti dans la Chartreuse de Pavie. Ainsi, par-delà la mort, Louis XII rejoignait-il symboliquement son bisaïeul le duc de Milan. II y a là de quoi rêver. " (p. 292)

 

Petrus Agricola donne quatre reproductions sur son site :

http://www.flickr.com/photos/28433765@N07/3154531696/

Epistres Envoyées au Roi - Anne de Bretagne - Louis XII - St. Petersburg - National Library of Russia - Fr.F.V.XIV.8 - illuminated manuscript - Jean Perréal - Jean Bourdichon

 

Bernard Quilliet, dans son Louis XII, (Fayard, 1986) signale en annexe l'existence d'un grand tableau provenant du Parlement de Paris et représentant Louis XII en majesté, qui pourrait être une œuvre de Jean Perréal. Ce tableau n'existe plus, certainement brûlé dans les incendies pendant les événements de La Commune de Paris en 1871. Deux dessins conservés au Musée du Louvre reproduisent ce portrait. Alexandre Lenoir les a réunis dans son Recueil de gravures pour servir à l'histoire des arts en France (Paris, 1811, in-folio).

 

" Il faut également mentionner l'attribution au peintre de miniatures [Jean Clouet] dont certains dessins de Chantilly sont des préparations (Charles de Cossé, comte de Brissac, Metropolitan Museum), portraits, dans des médaillons circulaires, des Preux, héros de la bataille de Marignan (Commentaires de la guerre gallique, Paris, B. N.), qui ont été aussi attribués à Perréal. "

Dans http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Clouet/151626

  

Pas facile quand rien n'est daté ni signé, quand ne subsiste ni bon de commande, ni facture, ni correspondance quelconque ! Ne reste des critiques et historiens de l'art que les suppositions, les reniements quelques années plus tard.

— La représentation de la Madone à travers les âges / par Joseph H.-M. Clément,... - Bloud (Paris) - 1909  
p.51 http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k91685x.image.r=perr%C3%A9al.f55.langFR

— De tout / J.-K. Huysmans - P.-V. Stock (Paris) - 1902
p.141 http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k998397.image.r=perr%C3%A9al.f146.langFR
p.149 http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k998397.zoom.r=perr%C3%A9al.f154.langFR

— Marie-Elisabeth et Jean-Thomas BRUEL, « Deux témoignages de l'art de Jean Perréal en Bourbonnais : la piéta d'Autry-Issards et le portrait Petitdé de la collégiale de Moulins », Bulletin trimestriel de la Société d'Emulation du Bourbonnais, 1998/99, 137-151, 225-231 (ill.)

http://www.paperblog.fr/dossier/france/autry-issards/

(le nom de Jean Hay est cité pour avoir donné les cartons de ce vitrail moulinois dit de la famille Petitdé)

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=

AUTR&VALUE_98=Perr%E9al%20Jean%20&DOM=INV&REL_SPECIFIC=3

http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/HTML/IVR83/IM03000326/INDEX.HTM

 

— Ne faut-il pas relever (et expliquer) une ressemblance entre les visages de plusieurs femmes dans les œuvres suivantes dont les attributions sont incertaines ou anonymes ?

 

Michel Colombe - le double visage de La Prudence - tombeau de François II de Bretagne - cathédrale de Nantes

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tombeau_de_Fran%C3%A7ois_II_de_Bretagne
http://nantescathedrale.free.fr/tombeau.htm

Pour une interprétation alchimique du tombeau de Nantes :

http://herve.delboy.perso.sfr.fr/gardes_corps.htm

Ce tombeau est encadré par les statues des quatre Vertus Cardinales de l'ancienne scolastique médiévale (Prudence, Tempérance, Justice et Force) que l'Alchimiste qui veut construire en lui-même un 'nouvel homme' développera dans les trois Vertus Théologales (Foi, Espérance et Charité) qui devraient finalement s'épanouir dans les deux Vertus Philosophales (Intelligence et Lumière).

 

" Peut-être arrivera-t-il au spectateur de soupçonner une légère malice (et encore n'est-ce qu'un soupçon) de la ressemblance d'un reptile qu'étouffe tranquillement la Force, avec la salamandre, emblème de Louise de Savoie et son fils. " (René de Maulde de la Clavière, p. 25)

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Prudence avec un dragon ailé - Lyon - v. 1510
Détail d'un plat de reliure peint par Robinet Testard
François Desmoulins - Traité sur les vertus cardinales
pour Louise de Savoie - BNF - ms fr. 12247

 

 

 

Madeleine de Bourgogne, dame de Laage, présentée par sainte Madeleine
Le Maître de Moulins (Jean Hey ? Jean Prévost ? ) - entre 1490 et 1495 Louvre

 

Pénélope des Femmes illustres

http://www.mfa.org/search/collections?keyword=tapestries&objecttype=88&page=2&rows=16
commandée par Ferry de Clugny, évêque de Tournai
Boston Museum of Fine Arts

 

1- Le Maître de Moulins, vers 1500
Charlemagne et la rencontre de sainte Anne et saint Joachim à la Porte Dorée
National Gallery - Londres

2- Le Maître de Moulins - Annonciation - 1475-1480
Fragment du retable de la Conception de la cathédrale Notre-Dame de Moulins
Art Institute of Chicago

http://giangi.free.fr/Jea_nHeyMoulins.html

 

Pour Martha Wolff, conservatrice en chef de l'Art Institute of Chicago, L'Annonciation de Chicago et Le Baiser à la Porte dorée sont les deux morceaux d'un même panneau en chêne qui servait autrefois de support unique à un retable. "

Charlemagne a été coupé et la gauche de l'Annonciation repeinte. Le thème du retable serait le suivant : l'Immaculée Conception au centre d'un groupe de figures trônant, la Vierge en gloire, sainte Anne et la Vierge avec l'Enfant Jésus ? Derrière Charlemagne, sur un mur, apparaît un drap d'honneur de couleur rouge.

Le triptyque de Moulins montre la Vierge en gloire avec douze étoiles et la lune à ses pieds : pour Martha Wolff, Anne de France et Pierre de Bourbon attendaient héritier.

("Le Maître de Moulins entre Moyen Age et Renaissance", L'Estampille - L'Objet d'art, n° 462, nov. 2010, p. 42-51)


La Vierge et l'Enfant – marbre - anonyme
sculpture française - vers 1530 - Le Louvre

 

L'Histoire de Persée

(aux armes de Charles Guillard,

seigneur de l’Espichelière,

et de sa femme Jeanne de Wignacourt)

collection privée

 

http://www.cairn.info/revue-le-moyen-age-2001-3-page-455.htm

 

 

Mme Freeman signale que plusieurs tapisseries portent le prénom et/ou le nom de leur créateur présumé. Ainsi de Jan van Roome (la tapisserie de la Rédemption au Metropolitan Museum de New York ; la tapisserie de la Glorification de Charles VIII aux Cloisters où le nom figure sur les chausses d'un jeune page), de Léonard Knoest (son nom figure sur la plateforme au centre de L'Invention de la Croix à Bruxelles).

Dans La Chasse, deux inscriptions, lisibles mais difficiles à déchiffrer, laissent à penser que le peintre pouvait se prénommer Jean ou Johannes :

- sur le cor d'un gentilhomme dans le seconde tapisserie : peuvent se lire de droite à gauche les lettres JONES..AN..ON…E (de FECIT ? )

- sur le cor du chasseur qui menace la licorne d'un épieu dans la troisième tapisserie.

 

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Jules Renouvier, Des gravures sur bois dans les livres de Simon Vostre, libraire d'heures, Lyon, Perrin, 1862.

 

Selon Jules Renouvier, Simon Vostre paraît être le premier libraire à avoir publié des Heures à gravures, dès 1484. En 36 ans, jusqu'en 1520, Vostre publie 90 éditions d'Heures.

 

 

" On a remarqué, en général, dans les planches de nos Heures une certaine imitation des gravures de Martin Schongauer, et dans la plus récente notice de cet excellent artiste, M. Galichon a signalé quelques figures du Portement de Croix et de la Passion, qui se trouvent reproduites dans des planches de Simon Vostre. (Gazette des Beaux-Arts, t. III, p. 329-330, Paris, 1860) On pourrait établir dans d'autres sujets des rapprochements d'ensemble aussi bien que des similitudes de figures, notamment dans celles des Juifs, des bourreaux, mais je n'en trouve pas moins établi pour cela le mérite propre de l'artiste français. Il éclate dans le profit qu'il sait tirer des ouvrages du plus éminent graveur, et son originalité reste entière dans la composition, dans les attitudes et dans les expressions des principales figures, toutes prises dans des types nationaux. " (p. 9-10)

 

" Jusqu'à ce que des documents certains viennent nous apprendre quel est leur véritable auteur, nous devons laisser anonymes dessinateur et graveur et les mettre au compte du libraire qui eut, du moins, le mérite de les entreprendre en commandant le travail aux meilleurs artistes. Il se trouva peut-être parmi ces miniaturistes dont nous commençons à connaître les noms plutôt que les œuvres, tels Robinet Testard, Jehan Bourdichon, Jehan Poyer. Ces planches ont la précision du trait, la propreté de travail et le champ de composition qui conviennent à des miniaturistes. " (p. 13)

 

 

" Plusieurs de ces sujets répètent ceux que nous avons vus dans les éditions de 1488 et de 1498, mais la composition en est toujours différente. Leurs planches, de dimensions plus grandes et dans des cadres à colonnettes, présentent des figures allongées avec des airs étriqués et grimaçants, des draperies étoffées et arrangées à l'antique ; les fonds, chargés de travaux, sont encore garnis de parties criblées. Plusieurs laissent voir des édifices italiens. L'imitation italienne est flagrante dans quelques sujets, comme le massacre des Innocents, dont la composition grandiose et criarde, la taille ressentie et colorée prend quelques airs de l'école de Mantegna […] C'est ici qu'on pourrait, à bon droit, supposer l'intervention de ceux de nos peintres qui avaient vu l'Italie à la suite des campagnes de Charles VIII et de Louis XII, et notamment Jehan Perréal dit Jehan de Paris, peintre ordinaire du roi et de la reine Anne de Bretagne, qui a laissé d'autres traces dans la gravure en bois de ce temps. " (allusion au travail sur bois de Geoffroy Tory) (sur internet, p. 17)

 

 

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Perréal possédait-il un atelier ? On connaît le nom d'un de ses aides, Jean le Noir, qui l'aida pour l'entrée de Louis XII à Lyon. Il aurait enseigné à ses deux filles à qui est attribué un " charmant petit manuscrit " ayant appartenu à Catherine de Médicis. " On y remarquait les paysages, les cours d'eau sinueux, les habitations, les types des hommes que l'on voit encore dans le Valentinois, ainsi que le coloris fin, qui constituent le style de Jehan Perréal et de son école " (E.M. Bancel, op.cit. p.159). Il a initié Geoffroy Tory dans l'art du dessin. M. Bancel cite encore Bernard Salomon et L. Corneille de Lyon (v.1490 - v.1550).

 

Jean Perréal, peintre de génie

  

 

 

Pour s’en convaincre, ces extraits du gigantesque site Quatuor  :

 

« Le propos n'est toutefois pas ici de classer les œuvres derrière une étiquette, mais de montrer que d'autres voies intéressantes ont été explorées au 15e siècle que la voie suivie par la Renaissance italienne.

 

Pour la représentation plane de l'espace, l'invention de la perspective dite "scientifique" à l'époque de la Renaissance est fréquemment présentée comme un "progrès" dans l'art, et qui plus est, un progrès dont il aurait été impossible de se passer.

 

Dans ce texte on s'efforcera de montrer que le mode de représentation de l'espace utilisé dans cette série de tapisseries prend admirablement le contre-pied de cette attitude, et qu'au lieu de soumettre l'œuvre d'art au dictat de la vision en perspective, elle joue avec elle pour parvenir à ses fins qui est de "faire du relié / détaché". […]

 

Pour la Renaissance italienne aussi la perspective est un moyen privilégié de faire du relié/détaché : toutes les parties de l'espace sont ainsi reliées efficacement à un ou à plusieurs points de fuite, et dans ce dessin de l'espace qui relie le paysage et les figures, se détachent les personnages ou les éléments que l'artiste veut souligner.

 

Il existe plusieurs façons de "détacher" des personnages sur un fond de vision perspective. On peut citer par exemple la méthode fréquente de Fra Angelico, qui consiste à traiter le personnage de façon assez silhouettée et revêtu d'une couleur acidulée très lumineuse qui tranche sur le fond du paysage resté plus terne.

 

Il existe aussi la méthode fréquemment utilisée par Léonard de Vinci, notamment dans La Joconde, qui consiste à disposer un personnage en très gros plan se détachant sur le fond d'un paysage lointain qu'il cache partiellement.

 

Trop souvent la perspective dite "scientifique" élaborée depuis la Renaissance est considérée comme un progrès dans l'art, un progrès lié à la qualité du réalisme qu'elle permet. Pourtant, représenter de façon convaincante la réalité n'a rien à voir avec la qualité ou avec l'intérêt artistique, mais concerne seulement le savoir-faire, l'efficacité de l'illusionnisme. L'artiste qui est à l'origine de la Dame à la Licorne n'ignorait pas les effets réels de la perspective, mais au lieu de s'y soumettre, il joue avec, il les utilise pour donner le maximum de force à l'effet plastique qu'il met en œuvre.

 

L'artiste ici ne cherche pas à représenter les choses telles qu'on peut les voir dans la réalité, ce qui n'est qu'affaire d'habileté, mais il utilise la représentation des choses et des êtres comme prétexte pour matérialiser et pour visualiser les relations qu'il ressent exister entre les choses, les gens, les animaux et les plantes.

 

Que l'artiste ait réussi à faire ressentir plastiquement ces relations sans se soumettre à l'illusion de la perspective, montre qu'il existait pour l'art occidental à partir de la Renaissance une autre "filière" possible que la filière de l'illusion d'optique majoritairement suivie depuis.

 

Les impressionnistes du 19e siècle, puis après eux les fauves, les cubistes, les abstraits, etc…, ont fait voler en éclat la fausse assimilation entre la qualité de la représentation naturaliste et l'intérêt plastique de l'œuvre. Depuis cette époque cependant, un profond divorce persiste entre le "grand public" et l'art moderne, et peut-être faut-il remonter précisément au 15e siècle pour trouver la racine de ce divorce.

 

Génération après génération, depuis la Renaissance l'œil a été exercé à d'abord considérer que l'art consistait d'abord dans l'illusion efficace de la réalité, fut-elle une réalité idéale ou idéalisée, et plus dur fut le choc quand ce type d'illusion devint un carcan trop contraignant pour que les artistes puissent continuer à s'en accommoder.

 

Si la filière que représente la Dame à la Licorne avait était suivie plutôt que la filière de la représentation en perspective, peut-être alors, génération après génération, l'œil aurait été exercé à lire d'abord les relations entre les formes proposées par l'œuvre plutôt que sa qualité d'illusionnisme, et peut-être alors la transition avec ce qu'aujourd'hui nous appelons l'art moderne, se serait faite de façon plus graduelle, sans impliquer de rupture et de divorce entre les artistes et le dit "grand public". » 

 

La suite, une analyse de la tapisserie L’Odorat, à la page :

http://www.quatuor.org/art_gothique_15eme_02.htm

 

Décorateur

Il est l'organisateur de nombreuses entrées princières à Lyon : cardinal de Bourbon (1485), duc de Savoie (1489), Charles VIII (1490, 1495) Anne de Bretagne (1494), Louis XII (1499, 1507), archiduc Philippe (1503), François de Rohan (1506), connétable de Bourbon (1515), François 1er (1515, 1522), reine Claude (1516).

 

Il participe aux cérémonies de mariage de Charles VIII en 1491, de Louis XII et de Mary en 1514, aux funérailles d'Anne de Bretagne en 1514 et de Louis XII en 1515.

 

Voir : Tania Lévy, « La fête imprévue : entrées royales et solennelles à Lyon (1460–1530) », Questes, 31, 2015.

http://questes.revues.org/4269

 

Le jour du mariage d'Anne de Bretagne et de Charles VIII, le 6 décembre 1491 au château de Langeais, lors de la rédaction des contrats, Anne de Beaujeu fait signer à la " petite duchesse aux hermines " une clause stipulant qu'en cas d'absence d'héritier mâle, il est convenu qu'elle doit épouser le successeur de Charles VIII. Ainsi, la Bretagne reste française, si Anne et Charles ont un fils, il sera roi et gardera le duché dans son apanage. Sinon la reine devra épouser le nouveau roi de France, ce qui augmente les chances d'engendrer un dauphin.

 

Lors des guerres d'Italie (première guerre d'Italie ; 1494-1497), la régence est attribuée à Anne de Beaujeu, qui a déjà tenu ce rôle de 1483 à 1491. Anne de Bretagne est encore jeune (17 ans) et sa belle-sœur la suspecte. Elle n'a qu'un rôle réduit en France comme en Bretagne et doit parfois accepter d'être séparée de ses enfants en bas âge. Anne vit essentiellement dans les châteaux royaux d'Amboise, de Loches et du Plessis ou dans les villes de Lyon, Grenoble ou Moulins (lorsque le roi est en Italie).

 

Architecte, urbaniste

et ingénieur militaire

 

Par ses dessins des patrons de grands ensembles sculptés, il participe à la réalisation des tombeaux des ducs de Bretagne à Nantes en 1502 et des ducs de Savoie à Brou en 1511.

 

A la demande de l'archiduchesse Marguerite d'Autriche, épouse de Philibert le Beau, duc de Savoie, mort à 24 ans d'un refroidissement, en septembre 1504, après une courte et heureuse union, il joue le rôle d'intermédiaire pour les travaux de l'église de Brou, édifiée entre 1505 et 1536.

 

L'église abbatiale de Brou à Bourg-en-Bresse, " temple de l'amour et de la fidélité ", est l'un des chefs-d'œuvre récapitulatif du gothique flamboyant, comme l'est La Dame. Exubérance de l'ornementation à la limite expressive ultime du style gothique, réseau géométrique des lignes inspirées de la nature, couleurs vives. Un exemple précis : l'aspect oriental et le léger déhanchement nonchalant mais élégant (le contrapposto que le gothique emprunta à la statuaire antique à partir de la seconde moitié du 13ème siècle) de la statue d'une sibylle.

 

La découverte et l'étude de sculptures antiques permettent aux artistes de représenter leurs personnages dans des attitudes moins hiératiques, plus élégantes et plus animées. Est adoptée la pose du déhanchement ou contrapposto codifiée par Praxitèle et Lysippe : le corps est axé autour du nombril, centre de gravité ; si le bras droit est porté en avant, la jambe droite est rejetée en arrière, et l'inverse pour les deux autres membres.

 

Eglise de Brou - Bourg en Bresse

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_de_Brou

http://naturelle.canalblog.com/albums/eglise_de_brou/photos/3416974-statuette.html

 

Pendant ce temps, Perréal, qui résidait à Lyon, d'où il allait à Bourg quand besoin était, avait terminé le plan de l'église de Brou. Il avait reçu une lettre favorable de Marguerite d'Autriche ; il y répondit le 1er décembre 1511.

 

A Madame, Madame Marguerite.

 

" Madame, tant et sy très humblement que faire puis à vostre bonne grace me recommande.

Madame, j'ay receu une vostre lettre escripte à Bosleduc dont vous remercie faisent mencion que avez receu la mienne que vous escrips comme j'avoie esté à Brou et mené les maistres pour aviser de l'esglise.

 

Madame, je vous avise que j'ay fait le patron ou pourtrait de ladite esglise, et y ay fait tout ce que j'ay peu inventer et que j'ay veu par tout où j'ay esté. Vray est que l'on peult adjouster tout ce qu'il vous plaira, aussy l'ay mis soubz vostre correccion comme verrez par mes lettres. J'ay aussy fait le couvent basti en trois parchemyns. Vous plaira avoir le tout à gré. Il y a plus de deux moy que tout est fait, maiz, comme j'ay peu sçavoir, Jehan Le Maire est demouré malade sus les champs [il s'était cassé le bras et était allé se faire soigner à Lyon], comme l'on m'a dit, il a esté à Tours vers Michel Coulombe pour soliciter les patrons que je faiz faire de la sépulture et y a esté long temps comme il m'a rescript. Je croy qu'il est sus les champs pour tirer vers et portera tout.

 

Madame, je vous ay bien voulu rescripre pour ce que ce pourteur est homme seur et aussy que je me tire tousjours vers luy, car, sans mentir, je l'ay trouvé, quant je suis à Bourg, celuy qui plus congnoist mon intencion et congnoist bien que j'ay veu comment tout doit aler. J'ay plus communiqué avec luy que aux aultres. Il vous pourra dire ce qu'il m'en semble. Et, comme je vous ay rescript par Jehan Le Maire, se vous entendez que de vostre esglise je y aye l'ouel ainssy que m'avez rescript il fauldroit que j'eusse par vous quelque peu d'auctorité et pour vostre profit, car à présent je n'y ay pas grant crédit. Ce que j'en dis est afin tendent de bien conduire voz affaires, car ce dis-je pour maistre Thibault duquel ne puis chevir et ne puis avoir ouvriers tant qu'il y sera, et puis il ne scet rien et veult tout faire. Il a receu cent escus et ne veult bailler argent pour paier les petis patrons que je faiz faire, maiz les paie de mon argent.

 

Madame, vous en ferés ce qu'il vous plaira, maiz avec luy ne saroie vivre. Je amasse mieulx avoir entreprins tout seul, car aussy bien fault il que je fasse tout et que je mette les ouvriers en œuvre et que je les envoye quérir.

 

Madame, je prie au benoist filz de Dieu qu'il vous doint sa grace. A Lyon ce premier jour de décembre. De vostre

 

"


La faveur de Jean Perréal auprès de Marguerite ne dura guère : maitre Thibaut, le tailleur d'images, triompha de Jean Perréal qui était sans cesse exposé à la jalousie des artistes et des maîtres maçons, à la mauvaise volonté et aux railleries des ouvriers. Ses projets, trop savants ou trop choquants par leur nouveauté, rencontraient une vive opposition.

 

http://195.220.134.232/numerisation/tires-a-part-www-nb/0000005531752.pdf

 

" Contrôleur ", architecte ou ingénieur, il dirige à Lyon divers chantiers : construction et réfection d'hôpitaux (1493, 1517), construction d'un pont sur le Rhône et alignement des quais de la Saône (1509). En 1523, il est nommé par le roi commissaire général et maître des œuvres des réparations des fortifications de la ville qu'il a déjà menées en 1494 et 1512.

 

Notre artiste - Protée fait partie des personnes dont on dénombre les biens, meubles et immeubles, possédés par les habitants de Lyon en 1515. Jean Perréal, dit de Paris, peintre, tient une maison haulte, moyenne et basse, en la dicte rue (rue Thomassin), joignant la maison Antoine de La Vanelle, devers matin, et la maison Antoine Forestz, bossetier, devers soir. Extimée valoir par an 60 livres, pour ce 200 livres ; à la charge de 3 livres 10 solz 10 deniers pension à Baltazard Chapard et Jean son frère, et 35 solz 6 deniers mesire Estienne Chappard, reste 148 livres 8 solz 9 deniers.

On lit en marge : Il a rachepté la dicte pension, pour ce demeure la maison à son dernier taux.

 

Les meubles du maître sont cotés 100 livres. Plus tient, qu'il a acquis de messire Antoine Chapuis, une vigne, Saint-Sébastien, contenant trente fessorées (estimée), 30 livres. (Cette vigne fit partie du ténement de Roland Gribaud, où eut lieu, en 1529, la fameuse trouvaille des Tables en bronze de l'empereur Claude, appelées aussi Tables-Claudiennes.)

 

La nommée de Perréal se termine par un nouvel article, ainsi conçu : Plus tiennent les hoirs du dit Perréal, à Escully, au lieu appelé les Gorges, une petite maison, deux bicherées de terre et une vigne contenant vingt-quatre fosserées, qui fut des hoirs Anthoine Mégret. Extimé le tout 48 livres…C'est à Etienne, l'un des trois fils de feu Louis Chapard, que le controlleur Jehan de Paris devait une pension de 2 livres 10 sous.

 

Une lettre de son ami Cornélius Agrippa nous apprend qu'il se trouvait à Saint-Germain-en-Laye, auprès de François Ier en avril 1527.

 

"Contrerolleur"

Je cite la conclusion (pp. 165-166) de l'étude de Pierre Pradel : Le " titre même de peintre s'espacera d'ailleurs peu à peu dans les textes mentionnant Perréal, laissant place au qualificatif plus sonore et plus creux de " contrerolleur " qui prévaudra sous le règne de François Ier.

 

Peut-être nous sera-t-il permis de connaître un jour l'exacte portée de cette fonction qui témoigne d'aspirations très nettes, quels que soient les effets qui en résultèrent. Il reste en tout cas à Perréal l'incontestable honneur d'avoir voulu hausser la condition de l'artiste en France et d'avoir recherché auprès de Marguerite d'Autriche et à la Cour de France une sorte de contrôle général des Arts. Il semble qu'il fut dépassé par les événements. L'idée ne sera pas perdue ; mais c'est à des Italiens que François 1er confiera la fonction et il faudra attendre le règne de Louis XIV pour voir s'établir cette gérance de l'art officiel dont Perréal avait rêvé à son profit dès les premières années du XVIe siècle. "

 

N'y a-t-il pas ici une désillusion dont naîtra, en partie, la tapisserie Pavie en 1525 ?

 

Diplomate

 

Dans son article : "Le personnel diplomatique au début du XVIe siècle. L'exemple des relations franco-anglaises de l'avènement de Henry VII au Camp du Drap d'Or (1485-1520)" (Dans Journal des savants, 1987, n° 3-4, pp. 205-253), Charles Giry-Deloison cite deux fois Jean Perréal parmi les diplomates français.

 

- Lors de la répartition par " origines sociales " :

Jean Perréal figure parmi les 14 roturiers (soit 25,46% des diplomates d'alors) avec Jean d'Auffay, Robert de Bapaume, Antoine Bohier, Robert Gaguin, Georges Gaston, Jean Guérin, Antoine de Pierrepont, Denis Poillot, Etienne de Poncher, Guillaume de Sandouville, Pierre-Louis de Valtan, Jean du Vergier, Macé de Villebresme.

La noblesse comptait 36 représentants soit 65,45 % des diplomates.

 

- lors de la répartition des " charges détenues " relativement peu variées.

" Nous en avons dénombré sept grandes catégories que nous avons classées selon leur dépendance à l'égard du pouvoir central.

Echappent toutefois à cette répartition les trois émissaires dont nous ignorons les fonctions (Jean Bon, Jean de Durfort et Jean de La Bonnerre), et Jean Perréal dit Jean de Paris, peintre officiel du Roi et à ce titre stipendié de la Couronne, mais qui n'émargeait pas au " Rolle et Estât des Officiers de la Maison du Roi ".

 

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jds_0021-8103_1987_num_3_1_1509#

 

Jean Perréal

et le prince Zizim ?

 Selon les sources, le prince Zizim est passé à Lyon à deux reprises.

Une première fois, en 1483, il est conduit à Lyon où il aurait rencontré Louis XI avant d'être dirigé vers Saint-Jean-de-Maurienne (Ulysse Chevalier, Un Tournoi à Romans en 1484, Romans, Sibilat, 1888, p. 8). " On l'embarqua sur l'Isère, puis sur le Rhône jusqu'à Lyon, et on le conduisit de château en château jusque dans celui de Sassenage, en Dauphiné… " (William Duckett, Dictionnaire de la conversation et de la lecture, t. 52, Paris, Belin-Mandar, 1839, p. 478).

La seconde fois, le 5 décembre 1488, pour rejoindre le sud par le Rhône au cours de son voyage pour Rome.

Les deux fois, Jean Perréal semble être à Lyon et peut donc avoir rencontré Zizim et sa suite.

Il peut l'avoir revu en 1495, au cours de l'expédition qui marque le point de départ des guerres d'Italie, conduite en septembre 1494 par Charles VIII pour conquérir le royaume de Naples. Les Français assiègent Rome en décembre 1494 ; Charles VIII se fait remettre Zizim par le nouveau pape Borgia, Alexandre VI. Le royaume de Naples est conquis sans difficulté en février 1495 et Charles VIII se fait couronner roi. Zizim qui accompagne Charles VIII, meurt le 25 février 1495, à Capoue ou à Naples, pour certains, empoisonné, pour d'autres, de mort naturelle.

 

Et nous, que devons-nous à Jean Perréal ?

 

 

Bibliographie

A. Péricaud l'aîné, Notice sur Jehan Perréal, dit Jehan de Paris, lue à la Société littéraire de Lyon, le 10 février 1858.
http://books.google.fr/books?id=WXFMnWCHhAUC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

M. Dufay, Observations sur la correspondance de Jean Perréal, dit de Paris, avec Marguerite d'Autriche concernant l'église de Brou, imprimerie de Milliet-Bottier, Bourg-en-Bresse, 1853
http://books.google.fr/books?id=MoBy5DlV9YYC&printsec=frontcover&dq=jean+perreal&hl=fr


Charles-Jules Dufay, Essai biographique sur Jehan Perréal dit Jehan de paris, peintre et architecte lyonnais, Lyon, 1864
http://books.google.fr/books?id=2kQBAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=jean+perreal&hl=fr

Charles-Jules DUFAY, Essai biographique sur Jehan Perréal, 2013, réédition
http://www.lulu.com/shop/charles-jules-dufay/essai-biographique-sur-jehan-perr%C3%A9al/paperback/product-20972826.html
ou
http://www.amazon.fr/Essai-biographique-sur-Jehan-Perr%C3%A9al/dp/1291370501/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1369494145

René Maulde-La-Clavière, Jean Perréal dit Jean de Paris: peintre de Charles VIII, de Louis XII et de François 1er , Paris, Ernest Leroux, 1896
http://archive.org/details/jeanperralditje00clagoog (prendre "full text")
http://archive.org/stream/jeanperralditje00clagoog/jeanperralditje00clagoog_djvu.txt

Site Culture.fr
http://www.culture.fr/recherche/?typeSearch=collection&SearchableText=Perr%E9al%20Jean&portal_type=CLT_Site_Note#categorie_2

France 1500 entre Moyen Age et Renaissance
Portraits par Jean Perréal d'une femme et d'un homme (vers 1500)
Livret pédagogique - Réunion des musées nationaux, 2010
http://www.rmn.fr/IMG/pdf_DP_France1500_eleves-3.pdf

http://www2.ac-lyon.fr/enseigne/lettres/louise/lyon/plans.html

Most widely held works about Jean Perreal and Most widely held works by Jean Perreal
http://www.worldcat.org/identities/lccn-nr95-3380

Les informations de ce site sont-elles toutes fiables ? :

http://www.portrait-renaissance.fr/Artistes/jean_perreal.html

Les Archives de l'art français :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5550740h/f1.image
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5550740h/f22.image

Nouvelles Archives de l'Art Français, sur Jean de Paris et Jean Perréal, p. 139-145.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2061714/f155.image

Nicole Hochner, Louis XII, Les dérèglements de l'image royale (1498-1515), Seyssel, Champ Vallon, 2006 : Jean Perréal est cité plusieurs fois.
http://books.google.fr/books?id=98EtH4jrUG8C&pg=PA55&dq=jean+perreal&hl=fr#v=onepage&q=jean%20perreal&f=false

Pierre Jodogne, " Etudes sur Jean Perréal ", Studi Francesi, 1965, pp. 83-86.

Relation avec la page "Alchimie" de "La Chasse à la Licorne" : cliquer ici

 

Mariage d'Anne de Bretagne et de Charles VIII le 6 décembre 1491

au château de Langeais (Indre et Loire).

Howard et moi étions invités.

 

 

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