Jean PERRÉAL

et Pierre SALA

 

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Pierre Sala à propos du talent de Jean Perréal : rendre " présent ce qui est esloigné. "

 

 

J'accueille ici avec un grand plaisir l'article de Luisa NIEDDU, " L'hommage de Jean Perréal à son ami Pierre Sala ", paru dans Peindre à Lyon au XVIe siècle, sous la direction de Frédéric ELSIG, Biblioteca d'arte, éd. Silvana Editoriale, Milan, 2014, p. 151-155. (Actes du colloque : " Peindre à Lyon au XVIe siècle ", Genève, 26-27 octobre 2012)

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L'hommage de Jean Perréal à son ami Pierre Sala

Luisa Nieddu

 

Jean Perréal doit sa renommée à l'essor d'un humanisme littéraire qui, en France, cherche à égaler le modèle italien (1). Formé sans doute par son père Claude, peintre et poète, il fréquente un milieu qui le conduit à pratiquer lui-même la poésie (2). Mentionné en 1471 au service de Louis XI (3), il s'établit à Lyon, où il noue des liens d'amitié avec l'humaniste Pierre Sala. Ce dernier lui dédie son Livre d'amitié (4). Il accorde une attention particulière aux relations entre la poésie et la peinture (5), comme il l'écrit dans son Petit Livre d'amour (Londres, British Library, Stowe 955, fol. 4) :

" je vos enuoye ce petit liure ou il y a peincture et parolle qui sont les deux chemins par ou lon peult entrer dedans la meson de memoyre car peincture sert a leiul et parolle a loureille et son de la chose passee comme si ele estoit presente ". Au folio 17 du même opuscule, Perréal, comme pour le remercier de sa renommée littéraire, lui rend hommage, en fixant ses traits pour la postérité. C'est ce portrait que nous proposons d'analyser, en commençant par nous interroger sur l'origine de cette amitié.

 

L'origine d'une amitié

Pierre Sala, frère du poète Jean Sala, naît à Lyon vers 1457-1458 dans une vieille famille d'artisans lyonnais (6). Il est documenté jusqu'en 1529. Entré au service de Charles VII vers 1480, il a accompli une carrière diplomatique. Il s'est intéressé à l'Antiquité non seulement à travers les auteurs classiques mais aussi à travers les vestiges archéologiques qu'il a collectionnés dans sa maison lyonnaise, devenue célèbre au début du règne de François Ier sous le nom de l'Antiquaille (7). Jean Perréal, qui a à peu près le même âge, a certainement eu plusieurs occasions de le rencontrer.

Les deux amis ont peut-être mené ensemble de délicates missions diplomatiques durant les guerres d'Italie (8). Ils ont pu aussi partagé le même office de maître de camp ou de grand chambellan auprès de Pierre II de Bourbon et de son épouse Anne de Beaujeu (9). Le nom de Pierre Sala apparaît en effet en qualité de " varlet de chambre " dans le même registre où figure en décembre 1488 Jehan de Paris : " Pierre Salla aussi varlet de chambre ordinaire dudit [?] la somme de six vingt livres tournois a lui semblablement ordonnée par icellui [?] et par son estat dont cy devant est faicte mention pour ses gaiges par lui desserviz durant ceste presente année commencant et finissant comme dessus que cedit present comme luy a payée et baillée par vertu dudit estat dont cy devant est faicte mention comme appert par sa quictance dactée du XXIIIIème jour de mars dudit an IIIIxx et neuf pour cecy ladicte somme de... VIxx ". Dans la même liasse de documents, Jehan de Paris est attesté pour avoir reçu " au mois de décembre mil cccc quatre vingts et huit […] la somme de vingt livres tournois pour ses gaiges et entretenement ou service " (10). Peut-on en déduire que les deux hommes sont déjà en contact à ce moment-là ? C'est probable, bien qu'il n'y ait aucune preuve formelle.


Les Emblesmes et devises d'amour

La miniature qui nous intéresse ici est incluse dans un précieux manuscrit intitulé Les Enigmes ou les Emblesmes et devises d'amour ou encore le Petit Livre d'amour. L'opuscule compte vingt folios et mesure 13,1 x 9,8 cm. Doté d'une reliure rase de velours vert olive, il est muni d'un étui en bois recouvert de cuir vert et or avec des anneaux de manière à être porté à la ceinture (11). Ses folios de parchemin très fin sont teintés en rouge et présentent des lettres d'or, en suivant un usage antique.
Ecrit en français, le poème, dont la structure se compose de quatorze quatrains d'hexasyllabes, relève du genre de l'énigme qui se développe au début du XVe siècle avec l'essor d'une culture ésotérique (12). Il est précédé par une longue épître (fol. 13v) dédiée à sa dame et amie d'enfance, Marguerite Bullioud (13). Celle-ci est honorée en tant que femme aussi belle qu'instruite par d'autres hommes de lettres tels que Cornelius Agrippa (14). Elle épouse Pierre Sala une dizaine d'années après la mort de son premier mari, Antoine Buatier, trésorier du roi, en tout cas avant décembre 1506 (15). Dans chaque strophe apparaissaient les initiales P M de Pierre et Marguerite. Chaque stance est entourée de l'initiale M, formée par l'intersection entre deux compas, motif qui témoigne de l'intérêt de Sala pour l'hermétisme (16). L'illustration, inspirée de modèles lombards, présente une série de scénettes (17). Elle s'inscrit dans la tradition iconographique propre à la poésie amoureuse et au genre de l'épigramme (18). Selon Janet Backhouse, elle pourrait être parisienne plutôt que lyonnaise (19). Plus récemment, elle a été attribuée au Maître de la chronique scandaleuse et datée autour de 1505 (20). Elle se détache nettement du portrait du folio 17 qui, dû de toute évidence à une autre main, est aujourd'hui reconnu unanimement comme celui de l'auteur du poème, à savoir Pierre Sala. Et le fait même qu'il soit identifié à Sala fournit un argument important en faveur d'une attribution à Jean Perréal. On peut même dire que ce portrait devient l'une des œuvres de référence pour reconstituer la production du peintre.

 

 

Le portrait

Dès 1919, Paul Durrieu a attiré l'attention sur le portrait (21). Il considère alors le manuscrit comme " une pure merveille d'exécution ", supérieur en finesse à la composition de Jean Bourdichon, et le date du début du XVIe siècle, reconnaissant la paternité du portrait à Jean Perréal sur la base de l'identification du modèle (22). Il relève également la présence d'une inscription ou plutôt d'une devise (" Lesser le venir à la trappe "), presque effacée sur les bords de la miniature et qui semble imiter l'écriture cursive de Léonard de Vinci.

En 1949, Grete Ring intègre la miniature dans sa première mise à jour systématique du catalogue de Perréal (23). Elle considère l'artiste comme l'un des meilleurs enlumineurs de sa génération. Dans une contribution plus tardive, elle a également proposé de situer l'exécution du portrait au début du XVIe siècle (24). En 1935, Klaus Perls retire la miniature des œuvres de Perréal pour l'ajouter au groupe d'œuvres du maître baptisé par lui le Maître de Charles VIII (25), personnalité que Sterling identifiera à Perréal lui-même (26).

Le portrait est accompagné d'un quatrain (fol. 16v) (27) :

Reguardez en pytye
votre loyal amy
qui na jour ne demy
Bien pour v[otr]e amytye

Il se présente comme la représentation d'un tableau autonome, muni d'un cadre (28).

Pierre Sala est montré en buste de trois-quarts devant un fond brunâtre, selon une formule flamande. Coiffé d'un béret à double rebord (le mortier), il porte une chemise et un collier avec un curieux médaillon retombant sur une chemise blanche sous le pourpoint ouvert. Il parait âgé d'un peu plus de trente ans, ce qui conduit à proposer une date au tout début des années 1490.

La question de la date doit également être envisagée du point de vue du style, en comparant le portrait au reste de la production de Perréal. Or, les jalons chronologiques manquent cruellement. La miniature peut être néanmoins rapprochée du Portrait de jeune inconnu (Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 1363, fol. 22v-23), daté généralement aux environs de 1490, ou du Portrait d'homme du musée du Louvre, situé vers 1493. Le style paraît ainsi corroborer la date induite par l'âge supposé du modèle et qui se placerait avant les séjours lombards pendant lesquels l'artiste entretient, comme on le sait, une relation étroite avec le milieu de Léonard, notamment avec Giovan Antonio Boltraffio (30). Mais il n'en demeure pas moins que cette datation au début des années 1490 contredit celle du reste de l'illustration, située vers 1505. Devons-nous ainsi reculer la datation de l'ensemble du manuscrit ou considérer le portrait comme la réplique enluminée d'un tableau peint une quinzaine d'années plus tôt ?

Cette dernière hypothèse, défendue notamment par Carlo Vecce (31) et Carlo Pedretti (32) est ingénieuse. Elle met en tout cas en évidence le succès rencontré à Lyon par les petits tableaux de Perréal et par une formule neuve que poursuivra Corneille de La Haye à partir des années 1530.

 

NOTES


1- F. Simone, Il Rinascimento francese, Turin, 1961, p. 93, 96, 156, 162.

2- Ch. J. Dufay. " Essai biographique sur Jehan Perréal, peintre et architecte lyonnais ", Mémoires de la Société littéraire de Lyon, 1863 p. 109-110, 114, 128, 131-32. On attribue à Perréal, d'une façon incertaine, une œuvre narrative, composée dans les années 1494-1495 et publiée en 1533, où l'auteur raconte l'épisode tortueux des noces d'Anne de Bretagne et de Charles VIII. Voir A. Lefranc, " Recherches sur l'auteur du roman de Jean de Paris ", Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 1941, 2, p. 117-140.

3- Ch. J. Dufay, " Essai biographique... ", 1863, p. 115-121 ; Ch. J. Dufay, " Jehan Perréal dit Jehan de Paris ", Revue du Lyonnais, IX 1870, p. 56, 60 ; R. de Maulde La Clavière, " Le portrait de Philibert II de la Platière à Chantilly ", Gazette des Beaux Arts, XXVIII, 902, p. 223-226.

4- P. Sala, Le Livre d'Amitié, éd. G. Guigue, Lyon, 1884.

5- R. W Lee, L'ut pictura poesis. La teoria umanistica della pittura, Florence, 1974, p. 119-122.

6- E. M. Bancel, Jehan Perréal dit Jehan de Paris, peintre et valet de chambre de roi Charles VIII, Louis XII et François Ier, recherches sur sa vie et son œuvre, Paris, 1885, p. 131, 173 ; E. Balmas et D. Valeri, L'età del Rinascimento in Francia, Florence, 1968, p. I28.

7- P. Fabia, Pierre Sala..., 1934, p. 11.

8- La présence de Pierre Sala est mentionnée durant la campagne de Charles VIII à Naples en 1495. Voir R Fabia, Pierre Sala, sa vie et son œuvre, avec la légende et l'histoire de l'antiquaille, Lyon, 1934, p. 23. En 1858. Antoine Péricaud publie un document selon lequel Charles VIII demande aux consuls de Lyon l'exemption des taxes pour " nostre chirurgies et varlet de chambre ordinaire Jehan de Paris " dans une lettre rédigée à Verceil le 22 septembre 1495 et présentée le 15 octobre de la même année. Notons que la définition de chirurgies pourrait se rapporter à l'activité de peintre d'anatomie, mentionnée par Jean d'Auton. Vial et Audin proposent plutôt d'identifier ce chirurgies au Lyonnais Jean Breysset ou Broisset, remettant en cause la présence italienne de Perréal en 1495. Voir A. Péricaud, " Notice sur Jehan Perréal, dit Jehan de Paris ", Revue du Lyonnais, XVI, février 1858. p. 331 ; M. Audin et E. Vial, Dictionnaire des artistes et ouvriers d'art de la France lyonnais, Paris, 1910-1919, p. 100.

9- P. Jodogne, " Etude sur Jean Perréal ", Studi francesi, 1965, 4, p. 83-86.

10- Paris, Archives Nationales, KK. 87, fol. 63v et sq.

11- E. MiIlar et D. Litt, Souvenir de l'exposition de manuscrits français à peintures, Paris, 1933, p. 42, fig. LXIV.

12- E. Burin, " Pierre Sala's Pre-Emblematic Manuscripts ", Emblematica, II, 1988, p. 15.

13- L Miur, "Pierre Sala and the romance of Jean de Paris ", French studies, 14, 1960, p. 232-234.

14- P. Fabia, Pierre Sala…, 1934, p. 39.

15- C. King, " Proof of love or proving a will ? The historical location of the love poems written by Pierre Sala, B. L. Ms. Stowe 955 ", Gazette des Beaux-Arts, 112, 1988, p. 173-184.

16- M. M. Fontaine, " Banalisation de l'alchimie à Lyon au milieu du XVIe siècle et contre-attaque parisienne ", dans Il Rinascimento a Lione, éd. A. Possenti et G. Mastrangelo, Rome, 1988, I, p. 61-62, 263-322.

17- J. Backhouse, " Illuminated manuscripts and the Tudor portrait miniature ", dans Early Tudor England. Proccedings of 1987 Harlaxton symposium, Woodbridge, 1989, p.4.

18- P. Cifarelli, " Maintes beles fables. Le collezioni in Francia tra Medioevo e Rinascimento ", dans L'Europa e il levante nel cinquecento. trasmigrazioni e mutazioni della favola esopica. La favola in versi di Sala Correzet Haudent, éd. L Zilli, Padoue, 2006, III, p.5-32.

19- J Backhouse, " French manuscript illumination, 1430-1530 ", dans Renaissance Painting in manuscripts. Treasures from the British Library, New York, 1983, p. 169-174.

20- F. Avril et N. Reynaud, Les manuscrits à peintures en France, 1440-1520, Paris, 1993, p. 368-369.

21- P. Durrieu, " Les relations de Léonard de Vinci avec le peintre français Jean Perréal ", Etudes italiennes, 1919, I, p. 152-167.

22- Voici l'inscription : " Cet de vray le portret de Pierre Sala Mestre dote! ches le Roy avec des énigmes quil avoit fet a sa metresse qui estoit gran hocle à Madame de Ressis laquelle est sortie de la meysou de (Gui) lhem(s) qn Quency " (fol. 17v).

23- G. Ring, A century of French Painting, 1400-1500, Londres, 1949, p. 244-245.

24- G. Ring, " An attempt to reconstruct Perréal ", The Burlington Magazine, 92, 1950, p. 255-260.

25- K. Perls, " Le Maître de Charles VIII ", dans L'Amour de l'Art, Paris, 1935, p. 95-99.

26- Ch. Sterling, " Une peinture certaine de Perréal enfin retrouvée ", L'Œil, 104, 1963, p. 2-15, 64-65 ; N. Reynaud, " Deux portraits inconnus par Jean Perréal au Louvre ", Revue du Louvre, 4, 1996, p. 36-46 ; A. Ballarin, Leonardo a Milano. Problemi di leonardimo milanese tra quattrocento e cinquecento, Vérone, 2010-2011, p. 757.

27- E. Burin, " Pierre Sala's Pre-Emblematic... ", 1988, p. 7-9.

28- G. Zappella, Il ritratto nel libro italiano del cinquecento, Milan, 1988, p. 13-23 ; C. Cieri Via, " L'immagine dietro al ritratto ", dans Il ritratto e la memoria, éd. A. Gentili, P. Morel et C. Cieri Via, Rome, 1993, p. 9-28.

29- Calo Vecce suppose que Perréal reste en Italie durant les années 1495-1496 puis 1500-1502, en conseillant Léonard sur la façon de protéger la Cène. Voir C. Vecce, " Piglia da Gian de Paris ", Achademia Leonardi Vinci, X, 1997, p. 208-213. Pietro C. Marani place le séjour milanais de Perréal entre août 1494 et novembre 1495, avançant le moment de sa rencontre avec Léonard. Voir P. C. Marani, Leonardo, l'Ultima Cena, Milan, 1999, p. 25.

30- M. T. Fiorio, " La "cassetta dè colori" di Jean Perréal ", dans L'Opera grafica e la fortuna critica di Leonardo da Vinci, actes du congrès international (Paris, musée du Louvre, 16-17 mai 2003), Florence, 2006, p. 36. On connaît la mention de Perréal par Léonard dans le Codex Atlanticus (fol. 669, ex 247 r-a) : " Piglia da Gian di Paris il modo de colorire a secco e 'l modo del sale bianco e del fare le carte impastate, sole e in molti doppi, e la sua cassetta de' colori. Impara la tempera delle cornage. Impara a dissolvere la lacca gomma. Tolli del seme de' fotteragi e delle gniffe bianche, delli agli da Piacenza ". Voir J. P. Richter, The literary works of Leonardo da Vinci compiled and edited from the original Manuscripts, Londres- New York, 1970, 2, p. 349 ; A. Marironi, " I codici di Madrid (8937e 8936) : I codici della Biblioteca nazionale di Madrid nelle loro relazioni con alcuni fogli del Codice Atlantico ", dans XIV lettura vinciana, Vinci, Biblioteca Leonardiana, 20 avril 1974, Florence, 1975, p. 152-153 ; J. P. Richer, The Notebook of Leonardo da Vinci, New York, 1970, 2, p. 1379 ; A. Ballarin, Leonardo a Milano..., 2010-2011, 2, p. 750.

31- C. Vecce, " Piglia… ", 1997, p. 208-213 ; C. Vecce, " Léonard de Vinci et la France ", dans Léonard de Vinci : dessins et manuscrits, catalogue d'exposition (Paris, musée du Louvre, 5 mai-14 juillet 2003), Paris, 2003, p. 21-26.

32- C. Pedretti, " Il Pierre Sala di Jean Perréal ", L'Erasmo : bimestrale della civilità europea, 24, 2004, p. 39.

 

"A l'Anticaille, des livres vous en verrez cent ..." : la bibliothèque humaniste de Pierre Sala - Bibliothèque Municipale Part-Dieu de Lyon
http://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_02MNSO00101THMsala

Sur Pierre Sala :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Sala

https://sites.google.com/site/marquesetprovenancemss/pierre-sala

http://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_02MNSO00101THMsala

Sur le Traité de l'Amitié
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9063857f

Sur le Petit Livre d'Amour :
http://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=8452

http://britishlibrary.typepad.co.uk/digitisedmanuscripts/2013/02/be-my-valentine.html

Sur Les Prouesses [ou Hardiesses] de plusieurs roys, dédiées au roy François Ier
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90615193

Sur Hardiesses de plusieurs roys et empereurs
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9058181z

Sur Le Chevalier au Lyon
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9060715t

Sur Les Antiquités de Lyon
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90606587

Sur Giovan Antonio Boltraffio :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Giovanni_Antonio_Boltraffio
http://it.wikipedia.org/wiki/Giovanni_Antonio_Boltraffio?oldid=10675699

Sur Corneille de Lyon ou de La Haye :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Corneille_de_Lyon

 

 

 

 

Le texte écrit de droite à gauche,
à la manière de Léonard de Vinci,
encadré par deux M formés de quatre compas.

Ce M est-il l'initiale du prénom de son épouse Marguerite ?

Mal fait clocher devant boyteux
Emblesmes et devises d'amour

1500-1505 - British Library - Londres

Le manuscrit de Paris de cette Epistre sur l'amitié (catal. gén. des mss. français de la BnF. ; ancien suppl. français,III, 1896, p. 286.) actuellement n° 14.942 du fonds français, autrefois n° 5.089 du supplément français, est, comme celui de Lyon, un petit in-4 (242 X 162 millimètres) de 16 feuillets en parchemin.

La dédicace est faite "par l'escuier Sala à son amy maistre Jehan de Paris". Elle répond, ou se donne l'air de répondre, à une lettre du destinataire :

O chier amy, après voir bien leue
Ton épistre, de si grande vallue,
Où tu me parles et d'amour et d'amys,
Croy pour certain que mon estude ay mis
A en chercher les volumes et rolles
Des anciens qui en tindrent parolles.
Car je te veulx de ce aulcunement
Faire respons, non si subtillement
Qu'il appartient à ton gentil esprit ;
Mais ton sçavoir supportera l'escript
De moi qui suis et que tu as trouvé
Ton bon amy, celà est tout trouvé.

 

 

A la fin du volume, en vers aussi, est un double remerciement "par maistre Jehan de Paris à son amy l'escuier Sala" :

Avoir bien veu ton épistre louable,
Riche de sens et d'un parler affable,
O chier amy, mon sçavoir et pratique
C'est lors trouvé quasi paralytique,
Car en lisant les sentences matures
De ton rescript, je pense aux lectures
Où jour et nuyt tu travailles à veoir,
Et m'esbahis où tant en peulx avoir,
Combien que sçay ta costume et nature,
Prendre plaisir à veoir mainte escripture,
Et mesmement en croniques et gestes
Des faitz rommains, plus qu'en code et digestes.
Bien y appert en ta fulgente épistre
Que tu m'adresses et as bien voulu tistre
Pour me monstrer, ainsi que tu l'as mis,
Que c'est d'amour et de parfaits amys...

Un second remerciement "par maistre Jehan de Paris" contient une allusion au prénom de "l'escuier Sala" :

Pierre ne rend humeur ou liqueur précieuse
Qui tant distille doulx et soit plus fructueuse,
Que les beaux mots dorez en ton épistre mis,
Traictant de vraye amour et de parfaits amys.

 

Petit livre d'amour - entre 1500 et 1525
British Library

Sa devise : "Espoir en Dieu".

https://sites.google.com/site/marquesetprovenancemss/pierre-sala

 

 

 

 

 

Pierre Sala achète à un nommé Berjon une vigne située sur la colline de Fourvière, territoire appelé le Champ de Colle, couvert de ruines de l'époque romaine. Dans cette parcelle, il fait construire une maison nommée "l'Antiquaille" sans doute à cause des vestiges antiques proches.

Le logis est propre et duysant
Pour composer ; je me vois desduisant
Parmi léans, en eschevant esmay ;
Le rossignol y chante au mois de may
Et ijargonne aultement son latin.

1- enluminure frontispice des Prouesses de plusieurs Roys - écrit vers 1523 - BnF, Ms. fr. 10420, fol. 1 v.
Vue partielle de la colline de Fourvière dominée par la maison de Pierre Sala. La scène avec des personnages évoque la visite que fit François 1er à Pierre Sala.

2- enluminure frontispice de la Complainte au dieu d'Amour - écrit entre 1517 et 1523 - Cod. 2618, fol. 1 v. - Österreichische Nationalbibliothek - Vienne
Un " Amour " armé d'une flèche s'approche, ailes déployées, d'une fenêtre derrière laquelle Pierre Sala se tient.

Pierre Sala écrivant et rêvant,
touché par la flèche de Cupidon

Antiquaille - La Maison de Pierre Sala : étude du bâti, diagnostic archéologique, Service archéologique de la Ville de Lyon, du 5 mars au 4 juin 2007.
http://www.archeologie.lyon.fr/archeo/sections/fr/sites_archeologiques/69005_lyon/antiquaille/antiquaille_-_1

 


 

 

Le Livre d'Amitié

par l’escuier Sala à son amy maistre Jehan de Paris

 

 Chier amy, après avoir bien leue
Ton epistre de si grande vallue
Où tu me parles et d’amour et d’amis,
Croy pour certain que mon estude ay mis
A en chercher les volumes et rolles
Des anciens qui en tindrent parolles ;
Car je te veulx de ce aulcunement
Faire respons, non si subtillement
Qu'il appartient à ton gentil esprit,
Mais ton sçavoir supporter a l’escript
De moi qui suis et que tu as trouvé
Ton bon amy, cela est tout prouvé.

 

LE LIVRE D'AMITIE

 

Tulles dit que amytié est une volunté que l’on peult avoir envers aulcun pour les biens qui sont en luy, par la quelle volunté l’on ayme celle personne, non pas pour soy, mais pour cause du bien qui est en celuy qu'on ayme.

Sainct Augustin dit à ce propoz que qui considèrera les biens qui sont en Dieu, il sera aymé sur toutes choses, pour ce qu'il y a plus de bien en luy que en toute aultre chose, et ne l’eymerons pas simplement pour nous, mais absolutement pour ce qu'il est bon, et pour cause de sa bonté serons ardans et désirans sus toutes choses d'estre à luy et avec luy, ne ne debvons extimer chose nulle au regard de luy.

Sainct Ambroise dit, et pareillement Aristote, que l’amy est ung aultre soy-mesmes. Et pour ce, dit sainct Jherosme que suspicion nulle ne peult ny ne doit estre contre l’amy pour ce qu'il est ung aultre soy-mesmes.

Cassidore dit que amytié procède d'ung uzaige, d'une habitude ou acoustumance et continuation d'eymer par une élection que la personne eslit une chose estre digne d'eymer, par laquelle élection il conclud d'eymer celle chose et de là en avant si continuellement il l’eyme que il ne s’en peult oster ne divertir. Et pour ce Cassidore conclud que vraye amytié est en soy ferme et solide et preste en toutes les necessitez de son amytié est en soy ferme et solide et preste en toutes les nécessitez de son amy, et s’acorde avecques luy en tous ses désirs, bons ou maulvais, et pour ce dit l’on que entre les choses humaines il n'est riens plus doulx que amytié. Doncques vit bien celuy seul et comme beste qui n'a point d'amy.

Et qui veult venir à la source dont la fontayne de amytié procède, on trouvera que c'est amour, car, comme j'ay desjà dit, quant la personne se met en une continue amour sus aulcun, de ceste continuation d'eymer vient amytié, ainsi amour peult estre sans amytié, car elle précède amitié, mais amitié ne peult estre sans amour. Amitié vient doncques d'amour. Pour ce dit sainct Augustin que amitié est ung consentement de la personne à ce qu'il ayme, lequel consentement vient et procède de benivolance, de charité qui est amour.

Cassidore dit que la suavité et doulceur des affections de ceulx qui conviennent ensemble par bonne amour, plaisirs et doulceurs qu'ilz sont l’ung à l’aultre par sincérité d'affection divisées, fréquentées de choses honnestes, équalité de voullentez et continuée en inviolable soy et loyaulté, sont gracieux et doulx, fermes principes, racines et nourrissemens de vraye amour.

II semble que Aristote vueille bailler une aultre manière de parvenir à amitié et dit que amitié est une vertu qui consiste au moyen de deux estrémitez : c'est assavoir entre contention et flaterie. Ainsi amytié a son opération et consiste en parolles qui en œuvre et a deux estrémitez : l’une en excez, l’aultre en deffault.

En excez, quant la personne parle à celuy qu’il dit estre son amy et dit de luy plus que il n'est en le flatant ; ce est excez. L'aultre estrémité est en deffault, c'est assavoir, quant il voit errer son amy, que il ne le blasme et reprent ; et pour ce le moyen qui est entre ces deux extrémitez est vérité ; c'est assavoir dire vérité à son amy sans dissimulation et sans flaterie le reprendre de son vice, et non le souffrir errer. Cela est vraye et entière amytié, mais il fault ce faire par une charitable amour, non pas en se courrossant, car ce seroit excez en desplaisir, comme flaterie est excez en plaisir. Et pour ce, dit sainct Ambroise a ce propoz, que, qui congnoist en son amy aulcun deffault, on le doit corriger à part, et, si ne veult croire, que on le corrige en publicque, et s il n'en tient compte, on ne doit avoir nul débat avecques luy, mais le laisser et habandonner, car il n'est digne d'estre eymé.

Sainct Grégoire dit que on ne se doit conjoindre par amytié à mauvaise et vicieuse personne, car qui se y conjoint, il fault qu'il participe à ses vices. Pour ce déffendit Dieu à son peuple que ilz n'eussent amytié ne acointance au peuple de Chananée, car ilz estoient mauvais et ydolatres. La raison est merveilleusement évidente que on ne doit une mauvaise personne prendre pour amy, car il n'est maulvais sinon pour ce qu'il n'ayme point Dieu ; et s'il n'eyme point Dieu, comme pourra il aymer ung homme ? Une aultre raison : puisque amytié est fille de justice, comme je t'ay dit au commancement, elle ne peult estre ne résider sinon en homme bon et vertueux.

Sainct Ambroise dit que amitié ne peult estre en personnages de diverses meurs ; si doncques les meurs de la bonne et vertueuse personne sont en bien, comme se peult il joindre par amitié à la personne vicieuse dont les meurs sont sondez en malice ? Et si les meurs de tous deux sont maulvais, vraye amitié ne peult estre, pour ce que justice ne peult estre avecques malice. Seulle et vraye perfaicte amitié réside doncques aux couraiges des bons et non pas des maulvais et malicieux.

Cassidore dit que l’amytié des pouvres est plus ferme et plus seure que celle des riches et rent la raison, car le pouvre qui est content de ce qu'il a et qui ne convoite grans richesses ne honneurs, il n'a cause ne occasion de flatter son amy ne de dissimuler qu'il ne luy die purement la vérité des choses.

Item, communément ou richesse habunde, envie y est légièrement nourrie, pourquoy peult plus tost sourdre entre deux riches envie que entre deux pouvres. L'envie de celuy que l’on répute son amy est trop plus périlleuse que de celuy que l’on scet estre son ennemy.
Cleobolus dit que l’on se peult très bien garder de tenvie de son ennemy, pour ce que la hayne y est ouverte et magnifeste, mais tenvie de son amy est mussée et couverte. Pour ce ne peult estre vraye amytié où envie règne.

Pitagoras dit que la propriété de Vraye amitié est telle que les biens des amys doivent estre communs ensemble. Ce qui n'est pas facille à conduyre entre riches et plus facillement se conduit entre pouvres.
L'on monstra à Demostènes ung pouvre homme qui estoit moult aymé d'un riche et le tenoit pour son amy, Demostènes respondit : « Comme est-il possible que ce pouvre homme soit amy du riche ne que le riche soit amy du pouvre, car s’il estoit son amy il luy despartiroit la moitié de ses biens, veu qu'il est en grant nécessité ».

Socrates dit que l’amy de la personne est sa sapience, et son ennemy est sa follie. Par sapience il entend les vertus et par follie les vices.
Ochier amy, celuy qui n'a ceste très plaisante et delectable vertu d'amitié il la doit acquérir pour soy parer et vestir des riches couleurs qu'elle porte.

Anatharsis dit que autant que vault le corps sans Ame, autant vault l’homme sans amitié.

Aristote dit que amitié est nécessaire à la vie de l’homme, car nul sans amy ne doit désirer de vivre, posé qu'il eust tous les biens du monde.
Tulles dit que mieulx vault acquérir amitié et amis que sers et esclaves, car il est plus seur de commander à ceulx qui de bon cueur et vouluntiers obéissent comme sont amis, que ceulx que il fault contraindre ; car le bon et loyal amy ne sera ne requerra faire à son amy chose qui soit contre droit et raison.

Cassidore dit que le vray fesuge en toute adversité est en l’amy. Vraye amitié n'est pas en praticque de gueing ne en flaterie dissimulée. Dit en oultre que le plus des vivans pense à nuyre tung à taultre, pourquoy raison nous amoneste de acquérir amitié et amys.

Saluste dit que puissante armée, trésors ne richesses d'ung roy ne sont si vrayes seuretez de son royaulme comme est la seureté de ses vrais féaulx amys, lesquelz ne se disposent de le servir pour trésor ne pour craincte, mais seullement par amitié.

Sainct Augustin dit que il n'est chose plus doulce ne délectable que d'avoir ung amy à qui l’on puisse parler seurement et dire les pensées de son cueur comme à soy-mesmes. Telle amitié n'est pas seullement une chose, mais en contient plusieurs, car, de quelque costé que tu te tournes et où tu ailles, elle est preste, elle ne despart point de ta pensée, et si ne importune point ny ne fait desplaisir ne moleste. Pour ce ne nous est en ce monde ne feu ne eaue tant nécessaire que est amitié. Par elle les absens nous sont présens, car si ton amy est loing de toy quant au corps, si est-il en ta présence quant au cueur et à la pensée ; et, qui plus est, par amytié les mors revivent, car l’amy vivant ne peult oublier l’amy mort ; par ainsi l’amy mort vit au cueur de l’amy vivant.

Qui veult congnoistre la force d'amitié il la pourra apparcevoir par ennemitié. Quelle puissance, quel royaulme, quelle monarchie est au monde qui ne se puisse par inimitié ou par malveillance destruire ? Et d'aultre part, quelle ruyne est tant grande qui ne se puisse par amitié recouvrer. Si doncques nous voulons contempler le bien d'amitié quel il est, nous le trouverons non moindre mais plus ferme que le bien de sancg et de lignaige. Trop souvent texpérience le monstre et la raison semble estre clere, car le lien de sancg et de lignage nous oblige par nécéssité de nature et nous contrainct par amitié à noz parens ; mais l’amytié que nous avons à aultruy ne nous oblige que par nostre simple et libéralle voulenté sans quelque contraincte. Or, est l’arbitraige de l’homme si noble qu'il résiste quand il se voit contrainct, pour ce, il fait plus voulentiers ce qui procède de sa seulle libéralité que ce qu'il est forcé qu'il fasse par force ou par conctraincte.

Sénecque dit à ce propoz que le noble homme se veult plus mener que tirer, se l’amy pouvoit acomplir tout ce que il vouldroit faire pour fon amy, il ne seroit pas en la puissance de homme ne de fortune de luy pouvoir nuyre.

Quintilien dit que il ne treuve point que nature ait fait entre les choses humaines œuvre qui se puist préférer à amitié. Quelle aide se peult trouver contre fortune sinon la bonté et tamitié de l’amy ? Quelle félicité plus grande pourroit avoir l’humain lignaige sinon que tous amis peussent tung pour taultre acomplir leurs défirs ; il ne feroit ne guerres ne batailles il ne seroit ne meurtriers ne larrons.

Arisote démonstre comme il y a trois manières d'amitié et laquelle on doit choisir : la première amitié si est pour prouffit, la seconde pour plaisir ou volupté et la tierce pour honnesteté. Ces trois manières d'amitié adviennent toutes pour ce que on les tient toutes estre bonnes. Ainsi la cause qui meut homme d’avoir amitié à taultre est pour ce que on répute bon ce pourquoy on ayme ; se la personne répute son guein et prouffit estre chose bonne et pour ceste cause seulle et non pour aultre il ayme la personne ; ceste amitié n'est à louer. C'est la cause deffaillant teffaict cessera. Pareillement se par cause de volupté ou délices on ayme, si les délices ou la volupté cesse, tamitié cessera, par ainsi n est à louer ny à choisir ou accepter tamitié qui procède d'amour fondée en prouffit ou en délices car ce n'est pas vraye amitié mais est marchandise. Encores par meilleur raison appert telle amitié non estre véritable, ainsi tamitié d'honnesteté et de vertu est permanente.

Socrates devise comme on doit esprouver son amy et dit touteffoiz que on ne doit point esprouver son amy à sa nuysance ou grevance, mais ne soyez pourtant sans experimenter ton amy et par faulte de t’esprouver n’atens point ta grant nécessité, mais toy non indigent fains que tu ayes besoing de son aide. Devise avecques luy des choses communes et légières, puis de choses graves et pesantes et que tu veulx fort tenir secrettes ; si tu n’y treuves seureté d'amy tu n'y as riens perdu ne tu n'y es grevé ne offence ; si tu le treuves ferme tu  l’as gaigné et acquis. Ainsi par ce moyen tu peux descouvrir son couraige, se il te cuide en la nécessité que tu luy dis et il fait ce que tu luy requiers tiens le et le prens pour seur amy, car on congnoist trop mieulx l’amy en adversité que en prospérité.

Yzocrates dit que l’or fin est approuvé au feu et l’amy en temps de tribulation et d'aversité, car ce que l’on fait lors pour son amy procède et vient d'une constance et ferme bénivolence d'amour et de charité.
Aristote dit que le loyal amy est une forteresse inexpugnable, qui en treuve ung bon il treuve ung riche trésor, car or ne argent ne sont acomparez au vray amy.

Boece dit que amitié est généralité de toutes richesses, car le vray amy possède ses amis et tous leurs biens.

Sainct Jehan Crisostome dit que ung amy n'est pas ung homme seul mais est plusieurs, car se ilz sont dix amys, il est tout ce que sont tous ses dix. S'il y a doncques dix amys, il a le vouloir de cent car chascun des dix ont l’affection a luy semblable. Ainsi, l’ung veult ce que dix veullent et par ce chascun d'eulx vault dix, par ainsi les dix vauldront cent. Il a pour dix amys xx piedz et xx mains labourans pour luy, il a xx yeulx veillans à son proffit et honneur, il a xx oreilles escoutans tousjours pour ce qui luy pourroit nuyre ou prouffiter ; par ce moyen s’il y a ung ennemy tous ses amys seront ennemis de son amy. Il n'est pas seullement porté de ses propres piedz, mais le portent et soustiennent tous les piedz de ses amys. Ainsi appert qu'il n'est nul trésor à comparager aux bons et justes et loyaulx amys.

Yzocrates dit : quant l’on veult acquérir ung amy il y fault aller meurement et lentement et non point monstrer trop grant semblant d'eymer, car après que l’on c’est déclairé totallement amy, c'est honte et reprouche qui n'y continue, et ceste vertu ay-je esprouvée en vous mon bon sir et frère, car je vous ay veu par maintes foiz reffuser l'amitié et acointance d'une personne vicieuse quant vous congnoissoyez que son amitié estoit muable et ne vous y pourroiez longuement entretenir.


A ce propoz Socrates dit que qui veult faire ung amy il se fault premier informer s’il a eu amitié à aultre et comme il s’yest conduit ; car tiens te seur que tout ainsi qu’il c'est conduit avecques aultre que ainsy se conduira il avecques toy ; et si tu le treuves tel que tu t'y doibves arrester, le commancement de entrer en sa bénivolence sera de dire bien de luy, car dire bien de la personne sans flaterie ne adulation est signe d'amour et d'amitié et qui attrait merveilleusement à soy celuy de qui on parle en bien.

Senecque dit ung second moyen, c'est de avoir avec la personne que l’on veult aymer familières et privées devises, c’est assavoir en lieux honnestes, non en lieux infâmes et dit que en tavernes ne en jeux ne aux mangiers ne treuvent l’on pas les vrais amys. Ains sont là les amys pour autant et non plus que le vin et la viande durera.

Democritos disoit que il ne désiroit point avoir amy riche, mais je désire bien, dit-il, que ceulx qui seront mes amys deviennent riches, comme s’il voulust dire : je vueil labourer et procurer le bien de mon pouvre amy affin qu'il deviengne riche, car pour procurer bien, honneur et prousffit à aultruy on acquiert son amitié. C'est bien raison que on ayme celuy qui procure le bien ou c'est grant villenye.

Salomon semble vouloir sentir que amitié vient quasi par succession, car il dit : retiens ton amy celuy qui a esté amy de ton père, car il est vraysemblable que il te sera bon amy comme il a esté à ton père.

Socrates aussi dit qu'il appartient au filz d'estre héretier des amis de son père comme il est héretier de ses biens.

Aristote dit que soy séparer d'une amour encienne et acostumée est misérable désolation, mais il entend du bon amy et vertueux. En oultre il dit que l’amy doit eschever le jugement entre ses amys, car, par ce moyen, il peult perdre l’ung, c'est assavoir celuy qui sera condempné, mais bien, dit-il, qu'il est bon de juger entre ses ennemis, car il n'y peult perdre pour ce qu'ilz sont desjà ses ennemis, mais il y peult gaigner car celuy pour lequel il jugera demeurera son amy. Par ce est apparant que l’on ne doit par nul moyen irriter son amy qui le veult entretenir, car son amour ne réside pas en l’arbitrage des personnes, mais en son couraige seullement.

Tulles dit que l’on doit entretenir les anciennes amitiez comme les plus seures et ballie la similitude d'ung cheval viel bien fait à la bride et d'ung jeune polain, car tout ainsi que le viel cheval porte son maistre plus doulcement et seurement que ne fait le jeune polain, tout ainsi supporte le viel amy son amy, mais le jeune polain qui fait les saulx en pleine terre souvent gette son maistre en ung fossé et luy rompt bras ou jambe, aussi fait le jeune inexpert amy.

Sainct Thomas d'Aquin decleire trois manières pour conserver et garder perpétuellement amytié : la première est de non point tromper ne décepvoir son amy ne en fait ne en parolle, mais luy tenir loyaulté et vérité ; la seconde qu'il ne révèle ne descueuvre les secretz de son amy pour chose qu'il luy adviengne ; la tierce que pour riens il ne habandonne ne délaisse son amy au besoing en nécessité ny en adversité.

Pétrarque démonstre par raison comme l’on ne pert point son amy puis qu'il est mort et dit : si tu as eyme ton amy comme aymer le debvois, tu as aymé sa vertu, laquelle ne peult morir, pourtant doncques pour sa mort tu n'as riens perdu. Pourquoy l’on dit que vraye amour n'est point mortelle pource qu’elle ayme la vertu de l'homme et non pas la chair. Tu pourras dire : la mort m'a osté mon amy ; raison respond : la mort t'a osté le corps, mais ne t'a osté ne ton amitié ne ton amy, car il est des choses qui ne sont subgettes ne à mort, ne à fortune, mais seullement à vertu, laquelle entre aultres choses humaines est ceste qui souverainement est franche et qui tient en liberté tout ce qui despent d'elle. Se doncques amour et amitié procèdent de vertu, elle est en telle liberté que elle ne crainct ne mort, ne fortune ; pour ce est-il que le vray amy ayme son amy mort et vif et ne seroit point amitié de si grant pris qu'elle est si elle se pouvoit perdre par fortune ou par mort.

Valère met un exemple qui vient à ce propoz et dit que après que Gracus, ung grant sir de Romme sut par son cryme condempé à perdre la vie et privé de l’honneur de sépulture, ung sien amy nommé Blosius fut souppessonné d'avoir esté de la conjuroison dudict Gracus, mais il n'estoit accusé de nulz tesmoings, touteffoiz il fut mandé à venir par devant le consule Lelius, lequel l’interrogua luy disant : « Vien sa Blosius, chascun scet la grant amitié qui estoit entre toy et Gracus, dy vérité, ce Gracus te eust commandé à mettre le feu dedans le temple de Jupiter l’eusse tu faict ?» Blosius luy respondit : «  Croy pour certain Lelius que Gracus n'eust jamais commandé ne prié de faire ung tel villain fait ».  Quant Lelius vit que Blodus persistoit en l'amour de Gracus qui estoit accuse, attaint condempné et jà exécuté il luy sembla que il ne le devoit tant excuser, si luy dit derechef : « Respons moy Blosius à ma demande, si Gracus te eust commandé de mettre le feu dedans le temple de Jupiter li eusse tu mis ? » Alors Blosius ardant en l’amour de son amy Gracus et qui ne l’avoit point pour sa mort oublié respondit en confiant et ferme courage : « Je te jure, Lelius, que si je eusse sceu luy faire plaisir pour ce faire je l’eusse fait. » Quant Lelius oyt ceste response il le condempna à mourir.

Valére fait icy une belle insignuation d'amitié disant que si Blosius se fut voulu tenir à sa première responce on ne l’eust sceu en riens charger, mais de peur qu'il ne fit prejudice à l’integrité d'amitié et que l'on ne luy eust peu reproucher que par sa négation il eust rompu son amitié. Il ayma mieulx morir que mentir ne de fléchir en l’amour de son amy.

Valère racompte ung aultre exemple d'amitié venant a nostre propoz et dit que Octovien César avoit ung bon chevalier son amy et domestique, lequel fut prins par fortune de guerre et mené devant Anthoyne ennemy de Octovien. Quant Anthoyne le vit devant luy il luy dit : « Que te semble il par ta foy que je doy faire de toy ? » Le gentil chevalier luy respondit en ferme constance sans varier : « Anthoyne faiz moy trancher la teste, car pour graces ne pour biens que tu me sceusses donner, ne pour torment que tu me peusses faire endurer tu ne me scaurois à ce mener que je départisse de l'amour de César ne que je peusse estre ton chevalier ne ton amy. » Anthoyne voyant la constance et loyaulté de ce noble chevalier, de tant, qu'il le vit plus ferme, de tant fut-il plus enclin de luy donner la vie. Et par ainsi la grant loyaulté d'amitié fut cause de le saulver et de priser et honnorer sa vertueuse constance.

Boece dit que fortune aspre et horrible fait déclairer et descouvrir qui sont les vrais amis ou les fains.

Valère dit que honte ou vergoigne vient d'amour honneste, car qui ayme aultruy d'amour honneste, par la vertu d'amitié il doubte de faire chose qui soit mal faicte ou deshonneste et reprochable et pour ce que entre toutes manières d'amour et amitié l’amour de mariage est la plus honneste, Valère veult prouver par exemples que elle est la plus ardente et véhémente que nulle aultre amour ou amitié, et pour ce quant il y a traison en, ceste amour l’infamye et la vergoigne en est plus grande et plus à blasmer.

Or vous vueil je compter mon cher sir et amy en brefz langaiges aulcuns examples que Valère recite disant que il fut un roy de Thezalle nommé Ametus, lequel sut condempné par les respons de Appollo à morir ; mais de tant fut-il préféré que s il pouvoit trouver quelque parant ou amy ou de par luy ou de par sa femme qui pour luy et en son lieu voulsist souffrir mort que il seroit répité. Ametus fit grant diligence partout mais il n'en trouva nul. Quant ce vint à la congnoissance de sa femme, la royne, nommée Alcestes, incontinant d'une ferme constance et servente amour, aymant mieulx endurer la mort que devant elle veoir celle de son mary, se vint présenter pour luy pour le saulver dont sa mort s’en ensuivit et son mary demeura vif.

Ung aultre exemple en recite Vallère de Gracus Plancius qui tant ayma sa femme que quant on luy apporta la nouvelle de sa mort, il mit soubdainement la main à ung poignal qu'il avoit à son costé pour ce tuer, mais ses amis qui près de luy estoient le prindrent soubdain et empeschèrent le coup, ce nonobstant maulgré leur force il se blessa, mais non mortellement, le glaive luy fut osté des poings et le portèrent en sa chambre sus son lit. Ce fait, il faignit de se vouloir repouser et estre appaisé et le laissèrent, et quant il se vit seul sans coteau ne instrument dont il se peust blesser, il print sa playe a ses deux mains et de telle force la dessira et eslargit que tout son sang en descendit à bas tellement que il en morut. Par ceste violante et cruelle ouverture que il fit de son corps fut apperte la grant amour dont il aymoit sa femme.

Encores vueil je vous en compter ung aultre exemple que Valère en dit de Marcus Plancius, sénateur de Romme, lequel eut charge des Rommains de mener une armée par mer. Sa femme qui l'aymoit de loyalle et très ardente amour  ne voullut pour nulle chose consentir que il allast en celle armée sans elle et voulloit estre participante de sa peine. Son mary aussi qui ne l’aymoit pas de moindre amour que elle faisoit luy ne l’oza reffuser, combien que il eust grande craincte que sa personne delicate ne peust porter les tormens de la mer. Touteffoiz il ne la peut destourner. Si ce mirent tous deux en mer et tant firent qu'ilz arrivèrent au port de Tarente ; là print la demoiselle une malladie dont elle morut, son mary dispoza ses funérailles qui anciennement estoient moult sumptueuses, car l'on faisoit une grande assemblée de bois faiz par estages et eschassaulx l’ung sus l’aultre et au dessus estage estoit mis le corps mort en ung lit doré et là le venoient oindre de précieux oignemens ceulx que plus dignes en estoient l’ung après l’aultre. Son mary doncques qui estoit celuy qui premier se devoit avancer monta en l’eschaffault faignant de vouloir oindre le corps comme la costume estoit de faire aux nobles dames.  

Luy, venu devant elle, la baisa en la bouche puis tira son espée et la se mit tout au travers de son cueur, car il ne vouloit vivre après elle. Si tomba mort de costé sa tant aymée femme. Ses amys voyant se cas piteux firent en grans pleurs et lamentations les funérailles de tous deux en ung mesme instant, en icelle cité de Tarente où les mémoires y sont encores.

Ces trois exemples monsieur et ancien amy chier seront fa sin de mon épistre dont la conclusion est telle que il n'est nulle amour ne amytié en ce monde qui soit à comparer à celle de mariage quant elle est honneste et que tous deux s’entreeyment loyaulment et d'amour réciproque.

Vale.


  Réponse

Par maistre Jehan de Paris à son amy  l'escuier Sala.

Avoir bien veu ton espitre louable,
Riche de sens et d’un parler affable,
O cher amy, mon scavoir et pratique
C’est lors trouvé quasi par paralitique,
Car, en lisant les sentences matures
De ton rescript, je pense aux lectures
Où jour et nuyt tu traveilles à veoir,
Et m’esbahis où tant en peulx avoir,
Combien que scay ta costume et nature
Prendre plaisir à veoir maincte escripture,
Et mesmement en croniques et gestes
Des faitz Rommains plus qu’en code et digestes
Mais plus es ditz des philozophes antiques,
Tous plains de meurs et secrez autentiques,
Car sans cesser, si tu es adelivres
Ton gent esprit traveille sus les livres,
Bien y appert en ta fulgente espitre
Que tu m’adresse et as bienvoulu tistre,
   
Pour me monstrer, ainsy que tu l’as mis,
Que c'est d’amours et de parfaitz amys,
Car, sans mentir, tant y a de sentences
Des grans acteurs fulciez de substances
Et de raisons dont dame virité
Y aura lieu et grant auctorité,
Et diray plus, mats sans affection,
Fors en parlant de ta complexion,
Que je congnois, sans mentir, bien encline
A bien aymer et en vertu bénigne,
Par quoy concluz que par grant habondance
De noble cueur où fait sa residance
La vraye amour, trop plus necte que perle,
Se ouvre la bouche et de par le cueur parle,
C’est que j’entens que ton espitre as faicte
D'ung cueur entier et d’une amour parfaicte
Qui en toy gist pour ton amy servir,
Et son amour en aymant desservir.
Or, te doint Dieu, escuier tant gentil,
Tousjours santé et l’esperit subtil,
Comme tu as en amour laudatoire
Et après mort nous aymer en sa gloire.
 
Or va par tout le monde et par terre et par mer
Va, espitre, où tu veulx, nul ne te peult blasmer
Car ton facteur te fit par raison si entière
Dont la forme est d’honneur et d’ amour la
matière
Qu’on doit faire ung trésor de toy qui t’aura leue
Tant es digne de loz et de riche vallue.
Pierre ne rend humeur ou liqueur précieuse
Qui tant distille doulx ou soit plus fructueuse
Que les beaulx motz dorez en ton espitre mis
Traictant de vraye amour et de parfaitz amys.

 

https://archive.org/stream/lelivredamitidd00guiggoog#page/n10/mode/2up

 

 

 

Le roman Jean de Paris


Abel LEFRANC, "Recherches sur l'auteur du roman de Jean de Paris". In : Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 85e année, N. 2, 1941, p. 117-140.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1941_num_85_2_77404

Jean Perréal cité 3 fois :

— p. 126 :
Or, j'avais été conduit moi-même vers l'hypothèse de Pierre Sala il y a un assez long temps, en partant de l'édition, donnée par Georges Guigue, en 1885, du Livre d'Amitié dû à cet écrivain lyonnais et dédié par lui à Jean de Paris, le célèbre peintre dont Jean Perréal était le véritable nom. La rencontre, faite plus tard, de la supposition émise par Montaiglon m'engagea assez naturellement à pour suivre des recherches plus précises dans le sens de cette identification, avec l'espoir de les voir aboutir.
Fixons d'abord les principales conditions auxquelles devra répondre, selon toute apparence, une investigation de ce genre. Il est hors de doute — les critiques et les éditeurs sont d'accord sur ce point — que l'auteur du roman a dû vivre à la Cour de France, connaître les dessous de l'histoire du mariage de Charles VIII sur lequel le public était peu renseigné, et posséder des notions très précises sur les usages et le cérémonial si exactement décrits par lui. Qu'il ait même appartenu à l'entourage immédiat de Charles VIII et d'Anne de Bretagne, c'est ce qui paraît au plus haut point vraisemblable. L'origine lyonnaise de l'auteur ne semble pas moins admissible…

— p. 131-132
" L'ancien écuyer royal a composé un petit traité de genre moral que M. Georges Guigue a publié, on l'a vu, sous ce titre : Le Livre d'amitié. Il en subsiste deux manuscrits : l'un à Lyon et l'autre à Paris. Le premier est dédié à Claude de Riverie, son beau-frère, par une lettre qui ne manque ni de finesse ni de bonne grâce ; le second, à Jehan de Paris, c'est-à-dire au célèbre peintre Perréal, son intime ami, par une pièce de vers à laquelle cet artiste répond par deux poésies qui figurent à la fin du manuscrit, sous cette rubrique : " Par Maistre Jehan de Paris à son ami l'escuier Sala. " Comment ne pas rapprocher le titre même de notre roman du nom de ce personnage, mêlé de près à la vie de Sala et, coïncidence curieuse, à l'une de ses œuvres ?

— p. 138, note 1 :
" On n'aborde pas, pour le moment, la question subsidiaire qui peut se poser, à propos de Jehan Perréal, dit Jean de Paris, très mêlé à toutes les choses lyonnaises et grand ami, on l'a vu, de Pierre Sala. Cet artiste aurait-il aidé l'auteur de Jehan de Paris dans l'élaboration de son œuvre, par exemple dans les descriptions si brillantes du cortège du héros ? L'auteur, d'autre part, lui aurait-il emprunté son nom pour le donner au roman, comme il est fort possible ? Ce sont là des problèmes accessoires que l'on ne peut examiner actuellement. "


 

 

 

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