LA DAME,

" demeure alchimique " ?

 

Car c'était un spectacle digne de contemplation et de désir, que ces magnificences du ciel, révélations du Dieu encore inconnu, et cette somptueuse majesté de la nuit, éclairée d'une lumière pénétrante…
Hermès Trismégiste, Livre III, fragments du Livre Sacré, traduction Louis Ménard

 

Sage pierre, Amour, fait de boue or précieux,
Change le rien en chose et me transmue en Dieu.
(I, 244)

Rentre en toi-même, ami, cette pierre des sages,
Il ne faut la chercher sur d'étranges rivages.
(III, 118)

Trône et tente de Dieu sont les noms qu'on lui prête,
Arche, tour, fort, jardin, arbre, source et maison,
Miroir, océan, lune, étoile, aurore et mont,
Etant cela Marie est une autre planète.
(IV, 42)

Pour monter jusqu'aux cieux, il te faut, pèlerin,
Passer, et le plus droit, par la croix des chemins
. (V, 60)

Angelus Silesius, Le Pèlerin chérubinique, 1656

 

 

" L'alchimie constitue comme un courant souterrain accompagnant le christianisme qui, lui, règne à la surface. A l'égard de ce dernier, elle se comporte comme un rêve par rapport à la conscience et, de même que le rêve compense les conflits du conscient, l'alchimie s'efforce de combler les lacunes que laisse subsister la tension régnant entre les contraires dans le christianisme. L'axiome de Marie la Prophétesse (" L'un devient deux, le deux devient trois et du trois sort l'un comme quatrième ") en est probablement l'expression la plus pertinente … Dans cet aphorisme, entre les chiffres impairs de la dogmatique chrétienne s'insèrent les chiffres pairs qui signifient le féminin, la terre, le monde souterrain, le mal lui-même. Ces derniers sont personnifiés par le 'serpens mercurii' (serpent mercuriel), le dragon qui se crée et se détruit lui-même, et qui représente la 'prima materia' (matière originelle). Cette conception fondamentale de l'alchimie renvoie au 'tehom' (tohu-bohu) (Genèse 1,2), à Tiamat aux attributs de dragon et, par là, au monde matriarcal originel qui, dans la théomachie du mythe de Marduk, a été vaincu par le monde paternel. L'évolution de la conscience vers l'aspect masculin, d'une telle importance pour l'histoire du monde, est tout d'abord compensée par l'aspect chtonien et féminin de l'inconscient. Dans certaines religions préchrétiennes déjà, on voit apparaître une différenciation du principe masculin sous la forme d'une spécification père-fils, transformation qui atteint à sa plus haute signification dans le christianisme. Si l'inconscient était simplement complémentaire, il aurait accompagné cette métamorphose de la conscience en mettant en relief la mère et la fille (en face de la trinité Père-Fils-Saint-Esprit du christianisme) et il aurait pu trouver toute la matière nécessaire dans le mythe de Déméter et Perséphone. Mais comme le montre l'alchimie, il a préféré le type Cybèle-Attis sous la forme 'prima materia'-'filius macrocosmi' (fils du macrocosme) (c'est-à-dire du Mercure). Ceci met en évidence le fait que l'inconscient n'agit pas simplement en opposition au conscient, mais qu'il se comporte plutôt comme un partenaire ou un adversaire, modifiant plus ou moins l'attitude de la conscience. " (C.G. Jung, Psychologie et alchimie, pp.33-35)

 

http://herve.delboy.perso.sfr.fr/index.html

http://www.alchemywebsite.com/index.html

http://www.levity.com/alchemy/emb_heart.html

 

" En tant que vision du monde fondée sur les correspondances et " sympathies " unissant macrocosme et microcosme, l'hermétisme connut en effet en Occident, entre le 14ème et le 17ème siècle, un glorieux renouveau, antérieur puis parallèle à ce qu'on nomme classiquement Renaissance, où est censée avoir été modelée la figure de l'homme moderne. Y aurait-il donc eu deux manières de " renaître " dont l'une, rationaliste et humaniste, aurait finalement éclipsé l'autre, opérative et hermétisante ? " écrit Françoise Bonardel (La Voie hermétique, Dervy, 2002)

 

Francesca-Yvonne CAROUTCH (Le Mystère de La Licorne, à la recherche du sens perdu, p.361) écrit : "La Dame, vierge comme la forêt, est la manifestation de la Sophia, de la Shakti, de la Shekinah, c'est-à-dire de la Sagesse et de l'éternel féminin. Cette divinité des forêts est aussi l'âme de la chevalerie. Elle se dépouille de ses joyaux pour s'absorber sous la tente de la présence divine. La devise "A mon seul désir" signifie que le désir de la créature est accordé à celui des étoiles. Le terme désir provient de l'étoile, comme sidéré, sidéral. Ces tentures dont les protagonistes sont la Dame (Materia Prima), la Licorne (Mercure) et le Lion (Soufre) sont souvent analysées comme une Demeure Philosophale, un Logis Alchimique, ou un Mutus Liber."

 

L'histoire de Mary est conçue sous la forme d'un septénaire évoquant sept événements importants de la part française de sa courte vie. La part d'ésotérisme occidental qu'a réservée Jean Perréal dans La Dame a conservé de l'hermétisme alexandrin le schéma de la chute et de la réintégration, schéma repris par la fable religieuse d'Adam rédimé par Jésus.
" Esotérisme courtois " (selon les termes d'Antoine Faivre) qui s'appuie sur l'opposition alchimique traditionnelle entre les éléments solaires groupés autour de la présence du lion à la droite de Mary et les éléments lunaires et féminins groupés autour de la présence de la licorne à la gauche de Mary.

 

Page suivante, sera étudiée le " traité " sur l'alchimie dont Jean Perréal est l'auteur, un long poème de 1 800 octosyllabes, Complainte de Nature à l'Alchimiste errant, écrit en 1516 et dédié à François 1er. Les dix-neuf premiers vers forment en acrostiche Jehan Perréal de Paris. Ce texte fut longtemps intégré au Roman de la Rose de Jean de Meung (http://romandelarose.org/App.html?locale=fr#home).

L'alchimie se réduit-elle pour Perréal au principe de pureté ? Son admonestation préliminaire à l'adresse des mauvais alchimistes, les " souffleurs ", visait sans doute les faux-monnayeurs. Perréal a-t-il fréquenté le laboratoire et ses fourneaux ?

Ou bien " l'alchimiste " Perréalien n'était-il (et c'est beaucoup) que l'artiste, le créateur, qui œuvre à la permutation de " la matière commune de l'esprit humain " en " noble or ". La vierge, la licorne, le miroir, l'or, le soleil, la lumière forment le vocabulaire de cette transformation et l'inspiration divine, sa grammaire. L'artiste, divinement inspiré, devient créateur à l'instar de Dieu le Père qui a cédé sa puissance de création à la nature. Dans son long traité alchimique, Perréal recommande au bon alchimiste de tenter d'imiter la Nature. Foi naturiste pour qui l'enfournage de la matière qui deviendra en 9 mois de lente cuisson la pierre philosophale est identifiable à la procréation naturelle, animale ou agricole. L'art, à son tour, peut-il œuvrer comme la Nature ?


Je suis la Nature parfaite, et quand tu désireras me parler, appelle-moi par mon nom et je te répondrai. Picatrix
, traité de magie médiéval

 

La représentation allégorique de la Nature symbolise la part féminine et maternelle de la création.

L'alchimiste se doit de respecter les lois de la nature, même si son entreprise pour réaliser le Grand Œuvre opère une accélération, voire une amélioration des processus naturels.

Le dossier élevé du siège évoque la recommandation alchimique : " dissous et coagule " ainsi que le motif de la génération naturelle faite de naissances, de morts et de renaissances que la double spirale formalise.

De nombreux éléments de l'illustration portent des mots ou expressions en latin.

 

Le Koré Kosmou (ou Pupille du monde, discours d'Isis à son fils Horus), en sa partie XXIII, 9-13, mentionne ainsi le mythe de la création que résume Françoise Bonardel : " à l'origine, le monde était seulement divisé en deux : le monde d'en dessus, immortel, immuable ; et celui d'en dessous, ignorant Dieu. Dans un élan d'amour à son égard, Dieu sourit et dit : 'Que Nature soit !' et un objet féminin de toute beauté jaillit de sa voix. Reconnaissant sa soumission au Père, Nature s'unit à Labeur et met au monde Invention. Dieu remplit alors toutes choses créées de mystères, et les place sous la protection d'Isis ". Elle ajoute plus loin : " Aussi peut-on parler d'une sorte de 'dialectique' des rapports de la Nature et de l'Art puisqu'attendant de l'homme qu'il la délivre de sa matérialité obscure, la Nature n'en est pas moins la médiatrice du perfectionnement humain. "

Le Dialogue entre la Nature et le Fils de la Philosophie, traité attribué à Egidius de Vadis et édité en 1595 à Francfort par l'Alchimiste Bernard-Gabriel Pénot du Port, est un discours initiatique dans lequel la Nature engage l'Alchimiste à réfléchir sur le magistère en prenant son œuvre en exemple et en observant comment elle gouverne par la mesure et la proportion des éléments. Au Fils qui annonce : " J'ai l'intention de produire le Soleil et la Lune " (c'est à dire l'or et l'argent sous les traits du Lion et de la Licorne), la Nature recommande : " Il n'en est pas de cette Science comme des autres, car elle ne doit pas être enseignée à tout le monde et il est peu d'hommes qui soient dignes d'une si grande faveur. Ainsi on ne doit, selon l'usage des Anciens, la communiquer que par des énigmes, des paraboles, des figures et autres semblables. "


Carl Gustav Jung mit à jour l'existence dans l'inconscient humain d'un dynamisme de transformation : "Cette curieuse faculté de métamorphose dont fait preuve l'âme humaine, et qui s'exprime précisément dans la fonction transcendante, est l'objet essentiel de la philosophie alchimique de la fin du Moyen
Âge", écrit-il. "Elle exprime son thème principal de la métamorphose grâce à la symbolique alchimique. Il nous apparaît aujourd'hui avec évidence que ce serait une impardonnable erreur de ne voir dans le courant de pensée alchimique que des opérations de cornues et de fourneaux. Certes, l'alchimie a aussi ce côté, et c'est dans cet aspect qu'elle constitua les débuts tâtonnants de la chimie exacte. Mais l'alchimie a aussi un côté vie de l'esprit qu'il faut se garder de sous-estimer, un côté psychologique dont on est loin d'avoir tiré tout ce que l'on peut tirer : il existait une "philosophie alchimique", précurseur titubant de la psychologie la plus moderne. Le secret de cette philosophie alchimique, et sa clé ignorée pendant des siècles, c'est précisément le fait, l'existence de la fonction transcendante, de la métamorphose de la personnalité, grâce au mélange et à la synthèse de ses facteurs nobles et de ses constituants grossiers, de l'alliage des fonctions différenciées et de celles qui ne le sont pas, en bref, des épousailles, dans l'être, de son conscient et de son inconscient."

Une illustration, extraite du traité Aurora Consurgens, présente une image alchimique de ce processus. Le cavalier de gauche, " solaire ", est le moi conscient. Le cavalier de droite, la lune, représente l'inconscient. Leur confrontation est celle des deux composantes de la personnalité.

Dans Alchimie, Etudes diverses de Symbolisme hermétique et de pratique Philosophale, J.J. Pauvert, 1964 et 1978, Eugène Canseliet écrit : " Délicieusement moulée dans sa robe verte, parée de gemmes et de bijoux somptueux, comme le doit être une reine, l'unique Dame élue, qui concentre et accapare toutes les pensées du sage, maintient, par surcroît, la lance de joute dressée, sa bannière flottante, de gueules avec bandes d'azur, meublée de trois croissants chers à Diane de Poitiers. Cabalistiquement, il importe d'entendre : la lune de poids tiers, pour la raison que, le sujet étant d'excellente qualité et convenablement préparé, la fraction mercurielle, qui en est recueillie à la fin de la première opération, pèse, à peu de chose près, trois fois moins que la totalité engagée au début.
Le lion rouge, portant, en bandoulière, l'écu aux trois lunules en position ascendante, est emblématique de l'esprit lumineux, c'est-à-dire du soufre igné ou sperme minéral, qui illuminera, en l'embrasant et la fécondant, la matière mercurielle, suffisamment mondée pour le recevoir, à la suite des trois réitérations de la même épreuve par le sel et le feu. C'est alors que l'Artiste, comme le lion hermétique, peut faire sien le verset 11 du Psaume 91 de David :
Et mon bien sera élevé comme la corne de la licorne, et ma vieillesse dans la miséricorde féconde.
Et exaltabitur sicut unicornis cornu meum, & senectus mea in misericordia uberi.
"

Et en commentaire de la reproduction du Toucher actuel, il note : " La main doit être experte et pure pour la manœuvre de cette verge, dont dépend que l'eau mercurielle et lumineuse jaillisse du rocher. " Comment le comprenez-vous ?

Pour la simple raison qu'il est l'auteur d'un ouvrage longtemps reconnu comme un classique de la littérature alchimique, Complainte de Nature à l'alchimiste errant, peut-on écrire que Jean Perréal était un féru d'alchimie ? Grand Initié ou simple souffleur repenti, Adepte conséquent ou simple compagnon de route curieux de tout, Philosophe ou spagyriste ? Il était en relations épistolaires avec Corneille Agrippa (Henricus Cornelius Agrippa ab Nettesheim, philosophe et médecin allemand, 1486-1535) alchimiste notoire et selon André Vernet, " Perréal écrivit donc un poème sur l'alchimie, pour l'attaquer assurément dans ses représentants indignes, mais plus encore pour défendre sa légitimité quand elle est pratiquée comme il se doit. Perréal n'est pas sceptique, il croit à l'alchimie, mais, comme tous les adeptes, à la sienne seulement. "


André Vernet, dans son étude Jean Perréal, poète et alchimiste (Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, T III, éd. Droz, 1943), écrit : " L'originalité réelle de Perréal réside avant tout dans le fait que son poème est le premier en date des poèmes français qui au XVIème siècle aient essayé de traiter pareil sujet. Perréal n'avait à sa disposition que des traités volumineux en un latin barbare et confus et les quelques vers, à la vérité bien venus, du Roman de la Rose. Perréal a su bâtir une œuvre qui n'a pas péri et où il a laissé la marque de ses qualités propres : clarté, précision un peu sèche, élégantes concisions. Il n'encombre point ses vers de descriptions fumeuses en style hermétique. Son vocabulaire est technique ; il n'ignore aucun des éléments requis pour le grand œuvre, il connaît les appareils nécessaires, il décrit dans les termes les plus appropriés les phases successives de la chrysopée : on [A.M Schmidt] a pu dire qu'il avait " rationalisé " l'alchimie ".

Et pour conclure : " Ainsi est complétée l'image de ce génie universel auquel rien n'aura manqué. Peintre, sculpteur, architecte, Perréal, comme les maîtres de la Renaissance italienne, joignit à ces divers talents celui d'écrire. Six manuscrits, sept impressions françaises, onze éditions au moins de la traduction allemande, trois de la version latine et une traduction anglaise ont assuré à son poème un public étendu et laissent soupçonner, sinon apprécier, l'influence que Jean Perréal, à notre insu, a pu exercer pendant plus de deux siècles sur la littérature alchimique de l'Europe et sur la poésie scientifique en France. "


Quels seraient les éléments qu'une pensée alchimique aurait glissés dans chaque tapisserie de La Dame dessinée, peut-être, à la même date (1516) que l'enluminure qui illustre le poème ?
Cet alchimiste d'une cinquantaine d'années qui dialogue avec Dame Nature en petite tenue est-il l'autoportrait de Jean Perréal lui-même qui, né vers 1460, aurait eu 56 ans en 1516 ?

James Michel CORNUDET (Collège du Grand Chêne) (Interprétation alchimique de la dame à la licorne, lettre inédite du 11 Mai 1990, in Francesca-Yvonne CAROUTCH, Le Mystère de La Licorne, à la recherche du sens perdu, Dervy, 1997, pp.116-117) interprète La Dame ainsi :
" 1- Le Goût : Le Lion est le soufre (masculin). La Licorne, le minerai purifié après la première opération alchimique. La Lune montante suggère la récupération de la Rosée, force de la Nature.
2- L'Odorat : Le singe respire les fleurs. Il symbolise le minerai (Soufre et minerai). Le chardon symbolise le gardien de la Rosée, qu'il garde entre ses feuilles. C'est la raison pour laquelle existe en Angleterre un Ordre du Chardon.
3- Le Toucher : Ce sens est lié à la fixation du mercure, et au règne de Jupiter. Le singe qui symbolise ici le mercure est enchaîné. La chaîne de la robe (Catena Aurea) est la chaîne des plans successifs qui vont de l'Empyrée à la matière grave. Le diadème représente la matière qui se lève au-dessus du creuset.
4- La Vue : Voici la période du REBIS, la chose double ; soufre et mercure étant unis, ne peuvent plus être séparés. C'est le signe que le nitre céleste a épousé le nitre terrestre.
5- L'Ouïe : Ce sens correspond à l'Œuvre au Rouge. Ceux qui procèdent par la voie sèche peuvent entendre des sifflements qui sortent du creuset, sur le mode d'une octave ascendante. La robe somptueuse de la Dame indique l'ultime séparation entre les reliquats de l'Ombre et de la Lumière de la matière qui rougeoie de plus en plus.
6- À mon seul désir : Nous approchons de la phase ultime de la Pierre au Rouge. La Dame, ainsi que sa suivante, sont habillées de rouge. La Pierre est personnifiée par le coffret aux joyaux, symboles de richesse. Il y a ici le rappel des conditions pour obtenir le nitre céleste (Bélier-Taureau). L'inscription 'À mon seul désir' doit être lue : SEL D'AMMON. "

 

Après Simone Hannedouche, La Dame à la Licorne, essai d'interprétation, Cahiers d'études cathares, n°22, 1964, Albert Le Normand, Sur la symbolique de la tapisserie de La Dame à la Licorne, Cahiers de psychologie de l'art et de la culture, n°6, Paris, 1980 et La Loge Heptagone (La Dame à la Licorne, interprétation symbolique, La Maison de Vie, 2000) dont je recommande la lecture, je vais tenter (oser !) d'appliquer la " grille " alchimique sur chaque tapisserie pour une lecture complémentaire à celle, centrale, marytudorienne.

 

1- Des éléments communs

le rouge
Couleur la plus rare dans la nature car sa longueur d'onde est la plus déviée par le prisme, elle symbolise en alchimie le principe fondamental Sulphur (le soufre). L'œuvre au rouge, la rubedo, c'est à dire l'élévation du feu à son intensité supérieure, est le stade ultime du processus de transformation de la matière originelle. Les croyances ancestrales de tous horizons (où le rouge sacralisé et initiatique renvoie à la chair de la terre-mère et aux rites sacrificiels supposés apporter l'immortalité à leurs victimes) qui menèrent à l'alchimie affirment que la perfection ne peut s'atteindre sans avoir auparavant disparu.

 

Voici le chapitre X du Livre des figures hiéroglyphiques où Nicolas Flamel célèbre la couleur rouge :

Figure 8
(l'homme rouge-vermillon et le lion)

Sur un Champ violet obscur, un Homme rouge de pourpre, tenant le pied d'un Lion rouge de Laque, qui a des ailes, et semble ravir et emporter l'Homme.

Explication de cette Figure :

Ce champ violet et obscur, représente que la pierre a obtenu par l'entière décoction, les beaux vêtements entièrement citrins et rouges, qu'elle demandait à saint Pierre qui en était vêtu, et que sa complète et parfaite digestion (signifiée par l'entière citrinité) lui a fait laisser sa vieille robe orangée. La couleur rouge de laque de ce volant lion, semblable à ce pur et clair écarlatin du grain de la vraiment rouge grenade, démontre qu'elle est maintenant accomplie en toute droiture et égalité. Qu'elle est comme un lion, dévorant toute nature pure métallique, et la changeant en sa vraie substance, en vrai et pur or, plus fin que celui des meilleures minières. Aussi elle emporte maintenant l'homme hors de cette vallée de misères, c'est-à-dire, hors des incommodités de la pauvreté, et infirmité, et avec ses ailes le soulève glorieusement hors des croupissantes eaux d'Égypte (qui sont les pensées ordinaires des mortels) et lui faisant mépriser la vie et richesses présentes, le fait nuit et jour méditer en Dieu, et ses saints, habiter dans le Ciel empyrée, et boire les douces sources des fontaines de l'espérance éternelle. Loué soit Dieu éternellement, qui nous a fait la grâce de voir cette belle, et toute parfaite couleur purpurine, cette belle couleur du pavot sylvestre du rocher, cette couleur tyrienne étincelante et flamboyante, qui est incapable de changement, et d'altération, sur laquelle le Ciel même, et son Zodiaque ne peut plus avoir domination ni puissance, dont l'éclat rayonnant et éblouissant semble comme quasi communiquer à l'homme quelque chose de sur-céleste, le faisant (quand il la contemple et connaît) étonner, trembler, et frémir en même temps. O Seigneur, fais-nous la grâce que nous en puissions bien user, à l'augmentation de la foi, au profit de notre âme, et accroissement de la gloire de ce noble royaume. Ainsi soit-il. "

http://hdelboy.club.fr/fig_hier.htm

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Flamel-figures.png

La maison " au grand Pignon " dite de Nicolas Flamel, aujourd'hui Auberge Nicolas Flamel, au 51 rue de Montmorency à Paris, avec son inscription gothique, restaurée par la Ville : "Nous homes et femes laboureurs demeurans ou porche de ceste maison qui fut fée en l'an de grâce mil quatre cens et sept somes tenus chascun en droit soy dire dire tous les jours une patenostre et l'ave Maria en priant, Dieu qui de sa grâce pardoint aux poures pescheurs trespassez. Amen."

"De terre suis venu et en terre retourne"

la pierre tombale de Nicolas Flamel
Musée du Moyen Âge de Cluny - Paris

 


 

les cinq éléments
La Vue représenterait le feu ; Pavie : la terre ; L'Odorat : l'air ; Le Goût : l'eau et L'Ouïe : l'éther.
Deux citations d'Albert Le Normand : " La Quintessence est le résultat des vibrations que donnent les impressions simultanément ressenties par l'Etre incarné au cours des expériences de son existence, effectuées à l'aide des cinq sens, et qui permet à l'éventail de sa perception de s'ouvrir, de s'élargir, d'évoluer sur le plan intérieur uniquement. " et puis : " Ces tentures relatent au moyen d'un langage symbolique adéquat, l'Expérience de transmutation alchimique qui s'effectue dans l'être humain en " recherche ", afin que l'énergie négative et positive se fondent dans la seule Energie qu'est le Principe-Unique ".

la Licorne
Elle est l'un des symboles favoris des alchimistes du Moyen Âge et de la Renaissance. Depuis la nuit des temps, les humains rêvent de cet animal et de sa corne unique dotée de pouvoirs secrets.
" L'unicorne, comme le lion, est un symbole du Mercurius " écrit Carl Gustav Jung dans Psychologie et alchimie, soulignant ainsi la double nature du Mercurius. " La Vierge représente l'aspect féminin passif du Mercurius, tandis que la licorne et le lion symbolisent la force sauvage, indomptée, masculine et pénétrante du 'spritus mercuriolis' (esprit mercuriel ". Et plus loin : " La licorne n'a pas qu'une seule signification. Elle peut aussi symboliser le mal… Comme elle fut dès l'origine un animal fabuleux et monstrueux, la licorne renferme une opposition intérieure, une coniunctio oppositorum (union des contraires) ; c'est ce qui en fait un symbole particulièrement propre à exprimer le monstrum hermaphroditum (monstre hermaphrodite) de l'alchimie ".

La Loge Heptagone écrit : " si le lion est associé au soufre philosophal, la licorne passe pour être l'un des symboles du mercure philosophal… La licorne participe à la re-création de l'unité divine par l'union du mercure et du soufre, extrait de la 'matéria prima'. Comme 'unicorne minérale', elle peut aussi désigner le vitriol "

Pour les alchimistes, la licorne blanche (liée au symbolisme du blanc) personnifie le mercure philosophal, l'un des éléments de base sans lequel aucune transmutation n'est possible.

Fulcanelli, pour qui La Dame à la licorne constituait le chef-d'œuvre hermétique du 16ème siècle, affirmait que les six tapisseries (successivement La Vue, L'Ouïe, Le Goût, L'Odorat, Pavie, A mon seul désir) représentaient allégoriquement les phases du Grand Œuvre dans l'affrontement répété d'une licorne et d'un lion blanc symbolisant la terre, la matière fixe, le soufre philosophal. L'ouverture du coffret à bijoux par la Dame, image de la sagesse divine, figurerait, dans Le Toucher (La Tente), la réalisation du Grand Œuvre.

Pour Eugène Canseliet, alchimiste du 20ème siècle, " si la licorne, comme son nom l'indique, est la lumière naissante du mercure, elle est encore l'opération par laquelle les alchimistes, en fréquentes réitérations, recueillent et rassemblent cet ''esprit igné'', élevé au sein de la nature mercurielle… Tout l'art [l'alchimie] est basé sur l'amour divin, par lequel le ciel s'unit à la terre, dans le chaste inceste du soufre et du mercure. "

Dans sa préface au livre de Fulcanelli, Les Demeures Philosophales et le symbolisme hermétique dans ses rapports avec l'art sacré et l'ésotérisme du grand œuvre (Pauvert, 1965), Eugène Canseliet écrit à propos du tombeau de Nantes de François II de Bretagne et Marguerite de Foix, parents d'Anne de Bretagne : " on ne saurait être surpris que cet artiste, à bon droit célèbre, eût imprimé un tel sens alchimique à sa merveilleuse composition funéraire… Jean Perréal ne rejoint-il pas Nicolas Flamel et, de celui-ci, le livre fameux d'Abraham le Juif, lorsqu'il nous confie, quant au susdit livret de la Complainte de Nature, qu'il le découvrit dans un trou, au-dessus duquel était peinte une tête de mort, qu''il estoit fort vieil', et que l'écrivit 'ung esperit de terre et soubz terre'. " Il ajoute, en comparant les deux ouvrages : " on est alors très loin de l'extravagant empirisme dont Jean Perréal eut l'évident souci, qu'il fût nettement distingué de l'alchimie traditionnelle. "

[ Observons quand même que Nicolas signifie victoire (du grec niké), Flamel : petite flamme (le Feu) et dame Perronelle : petite pierre (la Pierre Philosophale) ]

Lambsprink, La Pierre philosophale, imprimé tout d'abord en latin (1599) puis en allemand (1625) avec 18 planches du Muaeum Hermeticum. De Lapide philosophorum, 3ème figure : le cerf et la licorne, symboles de l'esprit et de l'âme da la matière première, dans la forêt hermétique.

 

Les philosophes proclament hautement
Que l'on trouve deux bêtes sauvages dans cette Forêt.
La première, alerte, belle et bien bâtie :
Un grand, fort et robuste Cerf.
L'autre, une Licorne, chère au Sage.
Tous deux se cachent parmi les bois,
Mais bienheureux, dirons-nous, l'homme
Qui les piégera dans un filet et les capturera !
Les Maîtres aussi, à mots couverts,
Nous les montrent et font voir qu'en tous lieux
Ces deux animaux errent dans la Forêt.
Toutefois, on doit comprendre par cette Forêt une seule chose
Car si nous considérons vraiment la base,
C'est du Corps que la forêt re&ccediloit son nom.
Alors on trouvera aussi certainement et justement
Que c'est de l'Esprit que provient la Licorne.
Le Cerf ne désire vraiment pas d'autre nom
Que celui d'Ame et personne ne le lui dérobe.
Mais il est juste aussi que soit nommé le Maître
Qui, par l'Art, les conduit et les dompte
Pour les diriger et les faire descendre dans la Forêt
Afin qu'ensemble ils restent unis.
Nous lui attribuerons aussi en partage
D'avoir atteint le Fleuve d'Or
Et de pouvoir maintenant triompher,
Nouvel Auguste, dans son magique empire

Maintenant, il est nécessaire que vous sachiez
Qu'il y a dans notre forêt un Cerf et une Licorne.

Il y a, dans le Corps, l'Ame et l'Esprit.

 

 

Rotulum hieroglyphicum G. Riplaei Equitis Aurati, London, Wellcome Institute MS. 692 : La licorne pourrait être un symbole thériomorphe réunissant le sabot du cheval et la pointe d'une lance. Ainsi le bourdon de ce pèlerin porterait les symboles de s(eau) par le sabot et de r(feu) par la pointe. Le bâton lui-même forme l'équivalent de la tige du caducée d'Hermès et le rouleau représente le double (animus : [Mercurius : Mercure philosophique ou double Mercure, dissolvant des Sages].

le Lion
L'alchimie décline le thème du lion en deux qualités selon la nature androgyne et bisexuelle du vif-argent :
- le " lion vert " désigne le mercure " verd " ou " mercure des philosophes " en tant que prison de " verre " du soufre encore corrompu
- le " lion rouge " désigne le véritable mercure philosophique, issu de la transformation progressive du " lion vert " pour aboutir à la fixation du soufre obtenue dans la dernière phase de l'Œuvre alchimique.

Il symbolise le vif-argent (mercure) dans sa fonction corrosive de principe actif de nature masculine. En opposition, la licorne est le mercure alchimique que reçoit, réceptrice et passive, la jeune vierge.

les couleurs des robes successives de Mary
Selon l'ordre donné aux tapisseries, ces couleurs situeraient l'ordre d'avancement du processus de transformation de la materia prima : L'Œuvre au noir, ou nigredo, suivie de l'Œuvre au blanc ou albedo, l'Œuvre au citrin ou citrinatas et enfin l'Œuvre au rouge ou rubedo, qui conduit au Grand Œuvre. La Pierre Philosophale, réunissant toutes les couleurs, possède toutes les puissances. Derrière la multiplicité des couleurs doit se lire la recherche de l'unité.
" Si la présence centrale de la Dame demeure presque continue d'une scène à l'autre, ses costumes, ses parures, sa chevelure et ses coiffures par contre se modifient sans cesse. La Dame symbolise l'immuabilité de la Vérité à travers les apparences de la vie changeante. Elle représente l'harmonie, la raison, la stabilité et la compétence en matière de Connaissance et de Sagesse. " (Albert Le Normand)

Les Egyptiens représentaient Isis, la mère de tous les dieux, par le milan femelle. Elle était tour à tour déesse rouge, " dame à la robe rouge ", déesse noire, " souveraine et protectrice des morts ", déesse blanche, " Mère et Vierge à la fois ", les trois couleurs primordiales du Grand Œuvre Philosophique. Au 2ème siècle, Hippolyte la nomme " déesse aux sept robes ", ainsi que Mary dans les sept tapisseries initiales de La Dame !

Une belle femme en robe rouge, c'est Isis, Vénus, Hélène, Marie-Madeleine...

la flore
" Il existe une réelle alchimie naturelle des végétaux : la photosynthèse, qui permet aux plantes de transformer l'eau et l'air en matière organique… L'alchimie végétale est la 'spagyrie', terme composé de deux mots grecs spao (séparer, extraire et qui correspond à la phase solve) et ageirein (assembler, c'est la phase coagula). " (La Loge Heptagone).

les arbres
" La 'materia prima' est parfois appelée 'hyle '. Ce terme qui signifie à l'origine 'forêt' nous replace dans le cadre des sous-bois de la tapisserie. L'arbre de vie est par ailleurs le nom donné par les alchimistes à leur élixir parce qu'il ressuscite les morts, autrement dit éveille à la vie en esprit et élève vers la perfection ". Et encore : " Ces quatre arbres inscrivent l'initiation féminine dans le cercle de l'éternité (évoqué par l'île) et dans le cadre de la nature avec laquelle la femme a toujours eu des relations particulières… C'st parce que les qualités des arbres sont devenues siennes que la Dame est placée au centre de l'île ; elle est le point de convergence étant devenue de la nature même de l'arbre : stable, tendue toute entière vers le ciel et nourricière à son tour par le message qu'elle transmet. " (La Loge Heptagone).
Un arbre (ou un poteau) associé à un bétyle (météorite) constituent les lieux sacrés les plus archaïques. L'arbre y représente le devenir et la pierre, la stabilité. A ces deux éléments nés du sol et du ciel est parfois adjoint le glyphe des phases lunaires ; parfois encore, l'arbre est encadré de deux animaux ou de deux colonnes. Cette disposition est celle de chaque tapisserie de La Dame où se retrouvent les arbres, les deux animaux (licorne et lion), les deux colonnes (les lances). L'arbre-colonne se veut totalisation cosmique, du microcosme vertical qu'est l'être humain (Mary) au macrocosmos entier.

Ces troncs d'arbres ne sont-ils pas à regarder comme les colonnes d'un temple, comme les deux antiques colonnes gardiennes du Temple, bornes du sacré et du secret, voire de l'interdit, au seuil d'un autre monde ?

les animaux
" Dans la tenture de La Dame à la licorne, le règne animal, comme le règne végétal et minéral, est représenté avec abondance. Le Moyen Âge se servait du foisonnement de la nature pour exprimer sa pensée spirituelle… Tout ici évoque la paix des origines. Proies et prédateurs se côtoient, les forces " opposées " cohabitent dans un calme serein. Cette harmonie est celle du sanctuaire, le milieu nécessaire pour que la communion avec l'Esprit devienne possible. Les épreuves sont surmontées, les forces de l'âme unifiées, les qualités initiatiques rassemblées. " (La Loge Heptagone).

Les lapins symboliseraient la materia prima et indiqueraient les différentes phases de la lune qui guident l'alchimiste dans ses opérations. Lorsque le lapin est de face, il correspondrait à la pleine lune ; ses oreilles penchées à droite évoqueraient la lune décroissante, et à gauche, la lune croissante ; la nouvelle lune serait symbolisée par la pie.

Le symbolisme du lièvre et du lapin dans l'alchimie.
http://aqua-permanens.blogspot.fr/2012/02/lievre.html#!/2012/02/lievre.html

La pie, convoquée trois fois dans La Dame, était consacrée à Vénus. Cet oiseau était également sacrifié à Dionysos-Bacchus car le vin délie les langues et rend les buveurs indiscrets. Mais Dionysos n'est pas seulement le dieu du vin, c'est aussi celui de la fécondité et de la végétation. Grasset d'Orcet écrit de Hécate qu'elle était déesse triple, triade lunaire : jeune vierge, nymphe et vieille femme. La jeune vierge était représentée par le hiéroglyphe de la pie. " Partout elle est la déesse de la germination et du réveil de la nature " ; appelée " la nouvelle expérience de la vie ", elle représente " la victoire du principe humide sur le principe igné, elle a donné naissance à la légende de la Pie voleuse. "
http://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9cate

 

L'imagerie alchimique use abondamment de l'oiseau, de son aile et de son vol, pour y puiser la symbolique de sa volonté de transcendance.

Le serpent désigne la départ de l'Œuvre et les autres animaux les phases intermédiaires, l'oiseau annonce le couronnement de l'Œuvre.

" Un contresens plus général c'est celui qui consiste à attacher à la représentation de l'agneau une idée de douceur, de sacrifice. La lecture de I'Apocalypse déjà prouvait que le mouton peut jouer un tout autre rôle. Car il est en rapport avec le feu et cela explique pourquoi les chenets sont souvent terminés par sa tête. Puissance redoutable, il est signe de fécondité : Hermès Criophore était célébré en Béotie pour avoir détourné une épizootie emportant un bélier sur ses épaules et faisant le tour de la ville afin d'en écarter le fléau. Comme l'écrit André Virel, le bélier, c'est la puissance il est générateur du troupeau et il donne son nom à la machine qui permet d'abattre les portes et les murs des villes assiégées. " Dans le mythe en question - il s'agit de celui de la Toison d'Or - le bélier représente bien l'initiation: il est doué de verbe et de raison. Il symbolise la force psychique et sacrée, la sublimation". D'où son rôle en alchimie aussi.

 

Animal du dieu Hermès, il est, par un de ces jeux de mots dont les adeptes sont friands, le mercure des expériences. Et, lorsque le bélier, le mouton ou l'agneau, peu importe en l'occurrence, est représenté au fronton des églises du Berry, il s'agit évidemment d'un signe chrétien, mais d'un signe alchimique, le tournoiement solaire des entrelacs de la croix au sein de laquelle il se trouve se voyant répété par les boucles de sa toison. Il y a là une double référence au Grand Œuvre qui a pour but la recherche de l'or, ce qu'il ne faut pas comprendre encore une fois au sens étroitement matériel du terme. C'est une leçon de sagesse qui nous est apportée avant que nous ne pénétrions dans l'édifice et dont l'origine se situe en deçà de la religion actuelle. Premier signe du zodiaque, le bélier, qui se situe au moment de la montée de la sève, apporte la vitalité et il contient tout en lui, non encore révélé par l'épanouissement végétatif. Il symbolise ainsi l'unité du Créateur et de la créature, le chiffre de l'Universel pour reprendre l'étymologie de l'alchimie, c'est-à-dire l'univers de Dieu. "
Paul LEUTRAT, Randonnées et vagabondages - Berry de l'Alchimie, éd. Orionis, 1991

les îles
Que d'îles dans les mers et océans des mythologies ! Îles des Bienheureux, Îles des Pieux. Île flottante dans les marais du Nil où naît et grandit secrètement Horus, l'ancêtre d'Apollon… Île errante d'Ortigye, chantée par les Grecs, où Apollon serait né. Zeus immobilisa cette île pour que Léto, poursuivie sur terre et sur mer par la jalousie d'Héra, trouvât enfin un asile où elle pût mettre au monde ses jumeaux, Apollon et Artémis.

Iles, comme Nicola d'Antonio degli Agli représenta Le mont Hélicon, en 1480, dans un manuscrit de la Bibliothèque vaticane. Cette terre céleste, massif montagneux grec en Béotie, est celle que la légende attribue aux Muses qui se réunissaient dans le bois sacré où leur sanctuaire s'élevait et autour de la fontaine Hippocrène ("la fontaine du cheval", la source que l'un des sabots de Pégase fit naître et où s'abreuvaient les poètes pour y puiser leur inspiration).

 


Friedrich Johann Justin Bertuch (1747-1822)
Livre d'images pour des enfants - 1806

L'Aigle : Symbolisation de la phase de sublimation alchimique

 

astrologue du Moyen Âge
"des étoiles et de leurs liens avec le divin"


Îles si légères qu'elles paraissent flotter, comme flottera plus tard la Pierre Cubique des alchimistes au plafond de la Demeure Philosophale de Dampierre-sur-Boutonne.
http://hermetism.free.fr/Dampierre%20sur%20boutonne%20Modice%20fidei.htm

 

les formes

Le croissant de lune : hiéroglyphe de l'Œuvre au blanc, ou transmutation en argent, qui précède l'Œuvre au rouge.
Jung note : " la 'corne de la lune' et la licorne sont étroitement liées… Le mystère de la coupe est aussi le mystère de la corne, qui, à son tour, est l'essence de la licorne, symbole de force, de santé et de vie. Les alchimistes attribuent les mêmes propriétés à leur pierre qu'ils nomment 'escarboucle' (carbunculus). Selon la légende, cette pierre se trouve sous la corne de la licorne. "
Le carré, le triangle, le pentacle où se lisent les nombres symboliques : 3,4,7… et l'écho atténué de la science "arabe" associée aux turbans.

 

 

 

 

 

 

 

2- Le Toucher (La Tente)

 

C'est la tapisserie où le réseau des symboles alchimiques est le plus dense, comme la tapisserie de La Fontaine de La Chasse à la Licorne des Cloisters concentre la symbolique la plus efficiente.

Le départ de Mary pour l'Angleterre semble apparenté à l'une des phases du Grand Œuvre, voire à sa phase finale. Pour atteindre la Connaissance, il faut descendre au plus profond de soi (visitando interioram terrae) et ignorer les illusions des apparences (rectificandoque). Alors la Dame pourra-t-elle découvrir l'arcane majeur (occultum lapidem) qui, sans l'intermédiaire de ses cinq sens, lui permettra de lire le Réel dans sa simplicité et son intégralité mêmes.

La tente et toute son iconographie, tous ses éléments, offrent des similitudes avec des " scènes " découvertes dans les traités d'alchimie.

Rosarium Philosophorum, Francoforti, Cyriaci Iacobi, 1550

 

A gauche, le Lion représentant le mercure (le vif-argent) dans son principe actif masculin et dans sa fonction corrosive et pénétrante Le principe mâle, au moment de passer à l'état volatile, dans sa lutte avec l'Aigle.
Au centre, Mary - Vierge, dans sa fonction réceptive et passive
A droite, la Licorne ou mercure alchimique.

 

L'union du faucon et de la héronne engendrerait-elle un phénix, animal solaire par excellence avec le lion, qui fréquente maintes images alchimiques. Le phénix, emblème de l'achèvement du Grand Œuvre, symbolise l'or philosophal conçu au cours des noces du principe corporel, actif et masculin (le Soleil) et du principe psychique, récepteur et féminin (la Lune). Il peut se lire aussi comme la représentation des vapeurs ou esprits qui s'élèvent pendant la cuisson vers le sommet de l'alambic.

Une chèvre

Ce caprin au haut gauche du Toucher (La Tente), chèvre ou bouc ?

- La chèvre personnifie Gaïa, Terra. Dans l'iconographie antique, une chèvre est la compagne fidèle de Terra dont elle est l'animal emblématique. La " capra virgulta tondens ", la chèvre broutant est une représentation synthétique du monde de la pastorale qui se retrouve sur les intailles et les monnaies. Elle appartient aussi aux images des sarcophages païens et chrétiens. " L'Annonce aux bergers " des Belles Heures du duc de Berry, de 1410-1413, en donne aussi une représentation.
http://www.parcheminetparpot.com/ducberry3.html

- Vénus était dite Epitragdia, "celle qui est assise sur un bouc". Notre artiste le savait-il en dessinant Mary en déesse de la féminité.

- le bouc des sorciers " a " les cornes et les sabots dorés car ce qui émane du diable est précieux

- l'une des cornes d'Amalthée, la chèvre qui allaita Zeus " fut " corne d'abondance procurant aux nymphes ce qu'elles désiraient

- les deux " boucs émissaires " portant tous les péchés du monde et pourtant sans aucune tache dans leurs toisons sacrifiés le jour le plus solennel de l'année juive, Yom Kippour, le Jour de l'Expiation, appelé plus communément le grand pardon, l'un à Dieu l'autre à Azazel :
Il prendra les deux boucs, et il les placera devant l'Éternel, à l'entrée de la tente d'assignation.
Aaron jettera le sort sur les deux boucs, un sort pour l'Éternel et un sort pour Azazel.
Aaron fera approcher le bouc sur lequel est tombé le sort pour l'Éternel, et il l'offrira en sacrifice d'expiation.
Et le bouc sur lequel est tombé le sort pour Azazel sera placé vivant devant l'Éternel, afin qu'il serve à faire l'expiation et qu'il soit lâché dans le désert pour Azazel.
Lévitique 16.7-10

- Baphomet (la dite idole des Templiers que les jeux vidéo ont fait renaître) dont l'effigie se lit dans le pentagramme maléfiquement pointé vers le bas.
L
e Baphomet présidait l'initiation des chevaliers du Cercle Interne des Templiers. Entrer dans l'ordre signifiait renoncer au monde et à ses désirs. L'Initié devait méditer sur la Baphomet qui représentait sa propre nature animale. La mission du Cercle Interne de l'Ordre fut toujours de soumettre la chair. D'où (?) la dépose des bijoux dans le coffre et le retrait dans " l'isolement " de la tente.
Entre autres sites : http://fr.wikipedia.org/wiki/Baphomet
http://www.guerashel.com/infos/textes/info.php?rub=OTY=

Anonyme, 15ème siècle, Bibliothèque du Vatican, Cod. Pal. lat. 1066, f.223
Le Roi (dont la robe rouge est brodée d'aigles et de lions d'or)
est entouré d'aigles (symboles des sublimations répétées)
En bas : une chèvre devant une dame

- Le bouc symbolise la puissance génésique, la force vitale, la libido et la fécondité. Il est l’un des symboles à l’origine du culte du phallus.

 

- La Chèvre et le Bouc se retrouvent dans le Physiologue (en français) traduit du bestiaire alexandrin du IVe siècle, le Physiologus, lui-même traduit d’un manuscrit original en grec, le Physiologos à la datation difficile. Ce modèle antique en latin des bestiaires médiévaux retient la licorne parmi les quarante-neuf animaux présentés pour l'édification des chrétiens. Traduit dans de nombreuses langues, il a une influence considérable au Moyen Âge.

 La « licorne » du Physiologus et des Bestiaires de la première famille ne figure que dans un seul texte sous le nom de « Caprea », chèvre sauvage ou chevreuil, traduction latine des mots grecs « dorchon » et « dorkas » issus de « derkomai » signifiant « voir » car ils ont la vue très perçante, qualité réelle du chevreuil.

 Nommée « Capra » ou « Caprea », elle est décrite comme « un petit animal, qui ressemble à une chèvre sauvage ou un chevreuil, tout à fait paisible et doux », n’ayant qu’une seule corne au milieu du front.

 Ses qualités sont aussi attribuées au « Caper », le Bouc sauvage, dans les manuscrits latins de la seconde famille des Bestiaires où apparaissent pour la première fois la distinction entre le « Caper » et la « Caprea » dans deux textes séparés. C’est un monstre tout fait sauvage que les chasseurs ne peuvent approcher à cause de sa force indomptable. Pour la capturer, il faut utiliser la ruse, en l'attirant dans le sein d'une jeune fille vierge.

 Leur signification allégorique, entre autres celle du Christ, ne doit pas être confondue avec celle du « Hircus », le Bouc domestique, allégorie du vice et de la luxure.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Physiologus

https://fr.wikipedia.org/wiki/Licorne

 C’est peut-être ces deux dernières explications que je vais conserver pour renforcer la lecture psychanalytique que je fais de cette tapisserie : la « force génésique » et la « vue » qui sont pour moi les réalités cachées dans cette tapisserie du Toucher.

 

La corne de la licorne et la présence d’Athéna dans la tapisserie Pavie rappelle que la corne d’Amalthée qui nourrit Zeus, brisée, devient dans la mythologie grecque la corne d’abondance qui déverse les pommes d’or du Jardin des Hespérides. Voyons dans cette image le symbole de la fécondité.

Cette allusion à la fécondité se retrouve dans les Annonciations chrétiennes où la licorne intervient comme incarnation de Dieu dans le corps de la Vierge. L’exemple le plus explicite est celui de la tapisserie 4 de La Chasse à la licorne.

 

Un chien
En face de la chèvre, un chien qui appartient à une triade de chiens situés sur une diagonale, le bichon maltais du banc placé selon le nombre d'or.

Ce lévrier, chien de chasse, révèle le versant aristocratique donné à La Dame mais appartient peut-être à tout un réseau d'éléments alchimiques réunis dans cette dernière tapisserie des cinq sens de la série initiale. Une chèvre à gauche, un chien à droite et Mary au centre, non-enceinte contrairement à la gravure ci-dessous.
Artéphius, philosophe hermétique et alchimiste juif ou arabe du 12ème siècle, écrit que dans le Grand Œuvre deux chiens s'affrontent, un mâle (représentant un métal) originaire de l'est du Corascène, et une femelle (un minéral) venue d'Arménie, de l'ouest.
Quant à La Tourbe, œuvre célèbre de la littérature alchimique, elle convoque un loup d'orient (la stibine ? ou l'agent de liaison du Mercure ?) et un chien d'occident.
Lambsprinck écrit quant à lui : " Alexandre de Perse écrit librement que le Loup et le Chien se trouvent dans la Vallée. Pourtant il nous est montré par le Sage que chacun des deux a sa propre origine, car c'est de l'Orient que vient le Loup et de l'Occident sort le Chien. Ils sont tous deux pleins de jalousie mutuelle, furieux, enragés, féroces jusqu'à la démence. L'un prive l'autre de sa vie et de leur combat est produit le grand Venin. Mais si, de nouveau, ils retournent à la vie, alors, véritablement, il se fait de leur résurrection la plus haute Médecine et la meilleure Thériaque qui puisse être trouvée sur la terre. Aussi a-t-elle réjoui tous les Sages et ils en ont remercié Dieu lui en rapportant et l'honneur et la louange.
Un Loup et un Chien se battent dans une demeure ; d'eux, finalement, il ne restera pourtant qu'un. "

Ce thème du loup et du chien conduit en alchimie au thème de la Vierge que Mary représenterait dans Le Toucher (La Tente).

Il est peut-être, en troisième lieu, une des " présences " du peintre Jean Perréal. Cet animal, fidèle à son maître à en mourir, est un double de l'artiste, son ombre " signée ", sa " signature " : perro en espagnol. Parmi tous les lévriers qui traquent la licorne dans La Chasse des Cloisters, il en est deux qui suivent un étrange personnage cheminant de gauche à droite en deçà de la rivière, comme étranger aux scènes représentées sur l'autre rive. Ce pèlerin (Perréal-in ; in étant les lettres extrêmes du prénom iehan) ne pourrait-il pas être Jean Perréal lui-même ? Et sa " signature " donc en langage des Oiseaux cher aux alchimistes ? Le mercure alchimique était appelé voyageur et pèlerin du fait de sa mobilité et de sa volatilité.
La métaphore du voyage est des plus utilisées pour décrire le déroulement du processus alchimique et nombre de récits mythologiques (les douze travaux d'Hercule, L'Odyssée), de voyages (pèlerinages, voyage aux enfers), de quête (Saint-Graal, Toison d'Or) et de conquête (ville, trésor) sont des descriptions ésotériques de " parcours initiatiques ", d'une ascèse intérieure s'appuyant sur une activité concrète, la Grand Œuvre alchimique : voyage dans son propre inconscient (le labyrinthe) pour une conquête de soi et une élévation spirituelle agissant sur les plans cognitif, psychique et affectif.

La tente
" Cette tente que nous avons traversée, mon fils, est formée par le cercle zodiacal, qui se compose de signes au nombre de douze, d'une seule nature et de toutes sortes de formes " et encore : " Selon l'ogdoade révélée par Poimandrès, tu te hâtes avec raison, mon fils, de sortir de la tente, car tu es purifié. " Hermès Trismégiste, Livre Premier

Elle représente l'utérus où ont lieu les " noces chimiques " du roi et de la reine (ou du Soleil et de la Lune, du frère et de la sœur, de la mère et du fils), de la licorne et du lion (voyez sa langue rouge et tendue), du soufre-Soleil et du mercure-Lune.
En ce ventre-alambic, s'opère la transformation des substances en or ou en pierre philosophale. L'alchimiste doit observer scrupuleusement les rythmes de la gestation biologique. La tente-athanor acquiert les mêmes fonctions germinatives et nourricières que l'utérus maternel. La tente, la caverne… Cette lecture doublerait celle faite au chapitre " interprétation psychanalytique ".
Le mot laboratoire cumule deux termes : laborare = travailler et orare = prier. Le mot alchimie : la transformation de la matière (chimie) et la prière (Al = Dieu). Mais le chimiste et le moine ont en commun le COU : une porte qui relie le corps (matière) à la tête (pensée). Deux petites clefs l'ouvrent : les clavicules. C'est un rite de passage par le cou qui mène à la compréhension.

 

La tente de La Dame rappelle la figure ci-dessous : espace clos, larmes, l'anamorphose sommitale évoquant cet oiseau.

Image 35 : Le lapis se fait igné lors de la 7e distillation. Johannis Conradi Barchusen (professeur de chimie, 1666-1723), Elementa chemiae, quibius subjuncta est, Confectura lapidis philosophici, imaginibus repraesentata, Leyde, 1718.https://innergarden.org/artwork/elementachemiae

 

« Pour parvenir au lapis, l'alchimiste devait choisir entre deux voies : l'une, la voie courte ou «sèche», où la dissolution de la matière a lieu sous l'effet de la chaleur extérieure et sous celui d'un « feu extérieur », l'autre, beaucoup plus longue, et qui ne menait au but qu'après mainte distillation. C'est cette dernière voie qui est illustrée ici.

C'est Mercure, le mercure philosophal, qui y joue le rôle principal ; mais il ne s'agit pas du métal qui porte ce nom, il s'agit d’une substance mystérieuse dont l'origine est inconnue.

C'est de cette substance qu'on extrait l'esprit matériel, le légendaire Azoth qui, en tant qu'agent de l'opus, prend son vol sous la forme d'une colombe. Tout comme pour les colombes que Noé avait lâchées pour voir si les eaux avaient diminué, son vol ne cesse que lors de l'obtention définitive du lapis.

Dans cette série d'illustrations et dans d'autres encore, la colombe s'envole et se pose vingt-sept fois, et cela correspond au vol des vingt-sept alouettes dans le mythe de William Blake, qui incarnent les idées reçues. Ce n'est que le vingt-huitième vol qui amène l'illumination et l'essor de la pensée hors des limites étroites du creuset, qui se brise dès que le lapis est réalisé.

Les commentaires qui accompagnent chacune des illustrations se réfèrent aux explications que donne Barchusen.

Il ne fut, lui-même, jamais témoin d'une transmutation, et il ne cesse d'insister sur le fait que ce qu'il en dit n'est que spéculation. » Alexander Roob, Le musée hermétique. Alchimie & Mystique, Taschen, 1996. (traduction de Françoise Saint-Onge)

 Mais les vers de sa Complainte de Nature à l'Alchimiste errant  montrent que Jean Perréal ne croit pas à l’alchimie opérative et lui préfère l’alchimie spéculative, c’est-à-dire la quête intérieure et la transformation de soi qui doivent être le but primordial de toute Philosophie.

 L'alchimiste devient un être fait d'or, un être de haute nature spirituelle.

 « Je me suis engagé sur une voie d’évolution personnelle, d’exploration des archétypes par leurs matières (corps) et dans une sorte de rédemption du monde, c’est-à-dire, d’évolution des royaumes extérieurs (salins, minéraux, végétaux, animaux/humain). Le but étant la Pierre Philosophale. Je découvre de plus en plus d’aspects shamaniques et magiques dans ces pratiques. C’est réellement très riche, très formateur et ceci permet à mon esprit de s’ouvrir sur de plus grands horizons encore. »

http://www.geepi.fr/entretien-avec-un-alchimiste/

 

Comme tout élément est fait d'atomes d'un certain poids contenant des particules qui déterminent sa nature, transformer un atome en un autre reviendrait à entrer dans le cœur de l'atome pour y enlever ou y ajouter quelque chose. Glenn Seaborg,  chimiste et physicien atomiste étatsunien, a réussi à transmuer du bismuth en or en 1980 au laboratoire Lawrence Berkeley en Californie, réalisant ainsi le vieux rêve des alchimistes. Comment ? En utilisant la physique nucléaire, il a éliminé les protons et les neutrons de quelques milliers d'atomes de bismuth pour les transformer en or. Mais le procédé est si coûteux qu’il ne peut être rentable. Aujourd'hui, il est possible d’obtenir de l’or en utilisant des accélérateurs de particule où peuvent être brisées des particules pour les transmuer en or à raison de deux millions d'atomes d'or par seconde, soit 50 millions d'années de bombardement en continu pour en créer seulement 1 gramme.

 

Glenn Theodore Seaborg : 1912-1999 ; pionnier de la physique nucléaire et créateur de neuf nouveaux éléments : le plutonium, l'américium, le curium, le berkélium, et le californium (éléments 94 à 98) ; prix Nobel de chimie en 1951 avec Edwin McMillan pour leurs découvertes en chimie des éléments transuraniens.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Glenn_Theodore_Seaborg

https://en.wikipedia.org/wiki/Glenn_T._Seaborg#cite_ref-23

http://www.drgoulu.com/2013/03/15/comment-transformer-le-plomb-en-or/#.WGv2mlwWk8U

 

 

La tente envisagée comme un sépulcre, le larmier de la tente et la présence conjointe de Mary et de Louis peuvent être rapprochés de l’image ci-jointe extraite de la Turba philosophorum qui illustre la seconde phase de la recherche alchimiste, de albacio ou œuvre au blanc (albedo) qui termine le petit œuvre, la « spiritualisation du corps ». Cette phase, placée sous le signe de la Lune, consiste en une purification par un lavage des « scories » que « l'alchimiste va laver, pendant des mois, à l'eau tri-distillée. Puis il conservera cette eau à l'abri de la lumière et des variations de température... C'est le dissolvant universel [alkaest] et l'élixir de longue vie... » (Jacques Bergier, L'Alchimie, science et sagesse, in Encyclopédie Planète, s.d., p. 222-226). Cette phase succède à l’œuvre au noir (nigredo) et précèdel’œuvre au jaune (citrinitas) puis l’œuvre au rouge (rubedo).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_%C5%93uvre_(alchimie)#Phases_du_grand_.C5.93uvre

Allez voir dans la Turba philosophorum ; vous y verrez le roi et la reine unie, la reine sur deux trônes, des larmes bleues qui tombent sur la reine et le roi accolés et des larmes rouges sur la reine seule, etc… : de quoi asseoir (ou coucher) une explication alchimique.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105380640/f49.item.r=Turba%20Philosophorum

« Il y a trois sortes de pierres et trois sortes de sels qui font notre art : à savoir le minéral, le végétal et l'animal. Il y a pareillement trois sortes d'eaux, à savoir la solaire, la lunaire et la mercurielle.

Mercure est minéral, Luna végétale parce qu'elle prend deux couleurs, la blanche et la rouge ; Sol est animal parce qu'en lui se réunissent trois choses, à savoir fixe coagulation, albification et rubification ; on l'appelle la Bête.

C'est de lui qu'on extrait le sel ammoniac. La lune est appelée plante, et elle donne le sel alcali.

Mais le nom de Mercure, c'est la pierre minérale, et l'on en tire le sel commun. » (Rosarium Philosophorum, Francfort, 1550, éd. Weinheim, 1992)

 

 

L'inscription
" Mon seul désir " peut rappeler la grande mission des alchimistes : re-parcourir les étapes de la naissance de la vie, cosmique et naturelle, et obtenir la régénération spirituelle de la matière et de la psyché.

Les lettres serpentines représenteraient les deux serpents entrelacés du caducée que porte le dieu Mercure. Cette double spirale d'un plus bel effet souligne l'accord des opposés (le ciel et la terre, le nord et le sud…). Le serpent est aussi le représentant patenté de l'arsenic. " Le serpent est aussi, comme la corne de la licorne, un alexipharmaque [contrepoison, antidote] et, de plus, le principe qui amène toutes choses à la maturité et la perfection " note Jung.

Nicolas Flamel
Figure extraite d'Abraham le Juif

 

 

Il est permis également d'établir une relation entre le Caducée et l'Arbre de vie sur lequel viendrait se superposer l'Arbre de la connaissance du bien et du mal. Les deux serpents hermétiques Agathodaimôn et Kakodaimôn représentent respectivement les forces bénéfiques et maléfiques du cosmos (cf. René Guénon, Le Tombeau d'Hermès dans Formes traditionnelles et cycles cosmiques, Gallimard, 1970, p.143, n.1).

"Le caducée était composé de trois parties, de la tige d'or surmontée d'une pomme de fer, et de deux serpents, qui semblent vouloir se dévorer. L'un de ces serpents représente la partie volatile de la matière philosophique, l'autre signifie la partie fixe, qui se combattent dans le vase ; l'or philosophique dont la tige est le symbole, les met d'accord en les fixant l'un et l'autre, et en les réunissant en un seul corps inséparablement." Dom Antoine-Joseph Pernéty, Dictionnaire mytho-hermétique, Edition de 1758, p. 62.

La pomme représente ici le fruit d'immortalité associé à l'homme primordial, figuré par l'étoile à cinq branches, que dessinent les cinq alvéoles des pépins.

 

- Pierre BAYARD, Le symbolisme du Caducée, Trédaniel, 1978
- Jean BOULNOIS, Le Caducée et la symbolique dravidienne indo-méditerranéenne de l'arbre, de la pierre, du serpent et de la déessse-mère, Maisonneuve, 1939.

 

 

L'Ancien Testament : le serpent guérisseur
(comme celui du bâton d'Asclépios)

" Le peuple vint à Moïse, et dit : Nous avons péché, car nous avons parlé contre l'Éternel et contre toi. Prie l'Éternel, afin qu'il éloigne de nous ces serpents. Moïse pria pour le peuple.
L'Éternel dit à Moïse : Fais-toi un serpent brûlant, et place-le sur une perche ; quiconque aura été mordu, et le regardera, conservera la vie.
Moïse fit un serpent d'airain, et le plaça sur une perche ; et quiconque avait été mordu par un serpent, et regardait le serpent d'airain, conservait la vie.
Les enfants d'Israël partirent, et ils campèrent à Oboth. "
Nombres, 21, 7-10

Pour Aby Warburg, qui s'intéresse au mécanisme " typologique ", dès les débuts du christianisme, avec Paul, des figures et des scènes empruntées à l'Ancien Testament sont données comme l'anticipation d'un épisode propre à la nouvelle foi. La Bible hébraïque est ramenée à une fonction prémonitoire et perd du même coup, aux yeux des nouveaux croyants, sa finalité interne.

 

Le Nouveau Testament : le serpent, symbole du Christ en croix

" Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'homme
afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. "
Évangile de Jean (3, 14-15)

 



Le serpent crucifié sur une croix au sommet d'une colline : représentation de la domination de la lumière astrale vivifiant le Cosmos et permettant à l'alchimiste de recréer la vie. Le corps du serpent dessine la lettre hébraïque aleph, symbole de tout commencement. Jung voyait en cet animal un alexipharmaque ou antidote, principe qui porte chaque chose à sa maturité et à sa perfection. Voyons-y aussi le bâton sacré, qui de celui de Moïse au caducée d'Hermès, peuvent se changer en serpent sur ordre divin.

L'Ouroboros, image de la vie et du temps en leur éternel recommencement. En alchimie, l'ouroboros est un sceau purificateur. Il symbolise l'éternelle unité de toute chose, incarnant le cycle de la vie, de la naissance à la mort. Le chimiste August Kekulé a toujours affirmé qu'un anneau en forme d'ouroboros lui a inspiré sa découverte de la structure du benzène.
Fulcanelli écrit : " la lettre S qui emprunte la forme sinueuse du serpent, correspond au khi de la langue grecque et en prend la signification ésotérique. C'est la trace hélicoïdale du soleil parvenu au zénith de sa courbe à travers l'espace, lors de la catastrophe cyclique. C'est une image théorique de la bête de l'Apocalypse, du dragon qui vomit, aux jours du Jugement, le feu et le soufre sur la création macroscopique. " (Le Mystère des Cathédrales et l'interprétation ésotérique des symboles hermétiques du grand œuvre, Fayard, 1925)

« On ne devrait jamais faire du mal à un bon et sage serpent, car il est sacré et bienfaisant pour les hommes, mais ceux qui sont malfaisants et insensés doivent le payer de leur vie. » Don C. Talayesva, Soleil hopi, Plon, 1959, p. 379.

 

Le banc
Peut-être la représentation minimale mais dynamique de l'échelle, de l'escalier ou de la montagne, métaphores du Grand Œuvre, qui indiquent la conquête graduelle de l'élévation philosophique, mystique et ésotérique qui permet l'appréhension du réel.

Le " perro-réal " qui y est assis s'initie à l'alchimie : il n'en est qu'au premier degré de ce voyage initiatique ascensionnel, d'ordre spirituel, qui comprend dans l'ordre la calcination, la sublimation, la solution, la putréfaction, la distillation, la coagulation, la teinture. Matière et être humain en reviendront régénérés, perfectionnés par une merveilleuse, mais parfois douloureuse, palingénésie.

Le singe
Il peut être l'image du profane inconscient, de l'apprenti sorcier.

Par sa symbolique démoniaque d'alors, il est l'aspect négatif du Mercure hermétique. Mi dieu (simia Dei) mi diable, il est le symbole de l'accord paradoxal des opposés (bien et mal, vice et vertu, divin et satanique).

Les deux hampes peuvent rappeler les deux colonnes (de 35 coudées de hauteur, avec un chapiteau de 5 coudées sur leur sommet) qui se dressaient à l'entrée du temple de Salomon, celle de droite nommée Jakîn = Dieu rend stable, celle de gauche, Boaz = en Lui est la force (Chroniques, II, 3, 15-17).
Les deux fois deux arbres (qui se confondent dans leur regroupement spatial) qui les doublent dans leur ascension se retrouvent dans des gravures ésotériques et évoquent l'Arbre de vie.

L'île et le cercle de l'île
Constellée de fleurs comme autant d'étoiles, elle représente le cosmos. Sa forme elliptique (en réalité un cercle en perspective) représenterait :
- le centre mystique du cosmos, l'omphalos ou ombilic spirituel où gît l'illumination.
- la formule En To Pan = un le tout.

L'Ouroboros avec en son centre les mots En to pan - Codex Marcianus, Venise, 11ème s. MS 299, f188v

Jean Perréal le rime comme suit dans sa Complainte de Nature à l'Alchymiste errant :

En tout, par tout est mesme essence
Auquel pas ne fait difference
Entre animal et vegetal,
Et mineral, fut-ce metal
Qui t'enamoure : je l'ai trait
D'illui limon d'où tu es fait.
(vers 66-71)

Homs ont l'estre comme metaulx,
Vie et augment des vegetaulx,
Instinct et sens comme les bruts,
Esprit comme ange en attributs,
Et s'acompare à toutes choses
Qui sont en macrocosme encloses.
(vers 76-81)

Ung en tout, comme tout en un. (vers 207)

L'île (un œuf par sa forme), " microcentre d'une géométrie sacrée " (Gilbert Durand), est le lieu d'une re-naissance attendue.

Speculum veritatis, 17ème siècle, Bibliothèque du Vatican

 

Mary " mélancolique "
La " Dame Mélancolie ", fille préférée de Saturne, père de l'imagination et de la contemplation intellectuelle, inspirateur des alchimistes et des nécromanciens, protecteur des artistes et des penseurs et de leur génie artistique.
Notre Mary mélancolique signifierait le première phase du Grand Œuvre : la nigredo (
m [Soleil noir] l'œuvre au noir) où la matière purifiée atteint une forme supérieure.

Le caractère ithyphallique de la silhouette de Mary procède-t-il de l'androgyne de l'alchimie et de l'hermaphrodite de l'hermétisme ? Faut-il y lire avant tout le caractère androgyne central dans symbolique chrétienne, que Mary partage avec la licorne, animal doublement identifié au Christ et à la Vierge ? (Dans La Bible, faut-il traduire le texte initial " Adam et Ha-Adam " par " mâle et femelle, il les créa " ce qui rejoint l'androgynie des dieux uniques dans toutes les traditions ; ou bien " il créa l'homme et la femme " ?)

Le coffret (recevant or, argent et pierreries) et la serrure aux deux trous sont-ils les symboles de la bourse et des clés, attributs de Saturne ? Mary avorte-t-elle du lapis (les bijoux rendus au coffre) qu'elle n'a su mener à terme (à hauteur de son ventre) ? D'où sa tristesse devant ce berceau devenu sarcophage dans lequel glisse la mort.

Les deux clés nécessaires à l'ouverture : le Grand Œuvre ne sera réalisé qu'à l'aide de deux clés : la matière et la pensée.

Le sommet de la tente
La comparaison de cette partie de la tente de La Dame et de la fontaine de La Chasse est pleine d'enseignements.
Regardons le sommet de la tente : érigé sur trois niveaux, avec trois " jets d'eau " qui retombent sur Mary, la libérant de toute imperfection et lui donnant une vie nouvelle, la régénérant.

La fontaine alchimique fait référence à la gestation de la materia prima, la matière première, dans l'eau mercurielle.
Les trois niveaux correspondent aux trois ordres du cosmos (céleste, sublunaire et infernal) et aux trois règnes de la nature (animal, minéral et végétal) et aux trois eaux hermétiques où se cacherait la pierre philosophale (solaire, lunaire et mercurielle).

Le triangle et l'œil : le delta en gloire
L'œil qui voit tout et l'œil de la connaissance qui rappelle l'œil tatoué des premiers forgerons, maîtres du feu " transformateur et purificateur ".
" C'est pourquoi, que l'œil incorporel sorte du corps pour contempler le beau ; qu'il s'élève et contemple non la figure, non le corps, non l'apparence, mais ce qui peut tout, ce qui est calme, tranquille, solide, immuable, ce qui est tout, seul et unique, ce qui est par soi-même et en soi-même, semblable à soi-même et non différent. " Hermès Trismégiste, Livre IV

L'œil représente le Soleil, le Verbe (l'Evangile selon saint Jean, le Livre de la Loi sacrée qui avec le compas et l'équerre sont les trois grandes lumières maçonniques), le Grand Architecte de l'Univers à l'échelle spirituelle chez les Francs-Maçons. L'emblème pourra aussi figurer sur la bavette abattue du tablier comme ci-dessous. Le triangle renversé sfigure l'eau, l'âme ou la sensibilité ; le delta rsymbolise le feu, l'esprit, l'activité.

Le tablier de Wolfgang Amadeus Mozart
Musée maçonnique du château de Rosenau, Autriche

 

Le triangle sommital serait-il à lire comme l'œuf philosophal clos et/ou le triangle pré-franc-maçonnique qui se retrouve sur le billet d'un dollar des Etats-Unis ? Avec l'œil (commun au regard divin et à la plume de paon), œil unique sans paupières symbole de la connaissance divine, inscrit dans le triangle divin. Est-ce l'œil droit ? (Cf. David Ovason, The Secret symbols of the dollar bill, Harper Collin Publisher Inc, 2005)

 

 

Dollar étatsunien (détail)

 

La pyramide s´insèret-elle dans un sceau de Salomon
ou croix de David ?
Aux pointes de l'étoile :
les lettres du mot MASON (maçon) ?

 

Le mystérieux sceau des Etats-Unis comporte :
- un œil dans le triangle rayonnant
- la pyramide égyptienne, symbole de mystères initiatiques
- deux devises latines proposées par Charles Thomson, secrétaire du Congrès : " Annuit coeptis " (= " approuver les choses commencées " soit la création des Etats-Unis) et " Novus ordo seclorum " (= " nouvel ordre pour les siècles ").

Les Pères Fondateurs de la jeune République signifiaient ainsi leur volonté de voir la République remplacer la royauté en Europe.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Novus_Ordo_Seclorum

Charles Thomson n'était pas maçon ; c'est un président initié, Franklin Roosevelt qui, en 1935, a fait imprimer ce sceau avec la pyramide sur les billets de 1 dollar.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Thompson

Emblème universel de la civilisation égyptienne, la pyramide n'est pourtant pas un symbole qui apparaît dans les rites fondateurs de la franc-maçonnerie. En effet, dès l'origine, la franc-maçonnerie se revendique de la tradition biblique et son modèle de Temple sacré est celui édifié par Salomon à Jérusalem.

L' histoire du sceau des Etats-Unis :
Il a été créé dès 1776 et utilisé en 1782 par la nouvelle République fédérale.

Il possède deux faces :
— au recto, un aigle tient 13 flèches et 13 étoiles au-dessus de sa tête (le chiffre 13 correspondant aux 13 jeunes Etats américains)
La devise " E pluribus unum " inscrite sous l'aigle signifie " Un à partir de plusieurs " et évoque la nouvelle nation composée de plusieurs Etats.
http://en.wikipedia.org/wiki/E_pluribus_unum

La locution " color est e pluribus unus " est tirée du poème Moretum attribué à Virgile : vers 103-106
It manus in gyrum: paulatim singula vires
deperdunt proprias, color est e pluribus unus,
nec totus viridis, quia lactea frusta repugnant,
nec de lacte nitens, quia tot variatur ab herbis.
http://remacle.org/bloodwolf/poetes/appendix/moretum.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Eug%C3%A8ne_Ducimeti%C3%A8re

Ce sceau serait l'œuvre d'un peintre suisse émigré en Amérique, Pierre Eugène Ducimetière. Certains estiment que la citation latine serait tirée d'un poème de Virgile, d'autres d'une création ex nihilo de l'auteur.

— au verso : se trouvent la pyramide et l'œil. La pyramide non achevée symbolise la construction de la démocratie en devenir et l'œil de Dieu qui veille avec bienveillance.

" En clair, des frères de haut grade, dont le président des Etats-Unis et son futur vice-président, ont réutilisé en 1935 le grand sceau, créé par des non maçons, avec une intention maçonnique évidente. " (Eric Giacometti et Jacques Ravenne, Le Symbole retrouvé, Fleuve Noir, 2009, p. 31)

 

 

 

La pointe triangulaire bleue où niche l'anamorphose représente selon l'ésotérisme le triangle avec l'œil de la conscience, l'archétype de toute création. Le désir créateur passerait par trois phases : la création par laquelle le créateur projette sa pensée, la compassion au cours de laquelle il souffre avec sa création et l'incarnation qui lui permet de mourir et de revivre en elle. La mort du dieu (et de l'homme) serait le passage vers la conscience, vers l'œil intérieur.

Le Triangle, symbole universel d'une dynamique d'où naissent l'existence et le réel : celui de la Trinité chrétienne, de la trimurti védique, de la triade taoïste, du triscèle celtique.

" La pyramide est un symbole de ce que Jung appelle le Soi, le centre divin le plus profond de la psyché. Il s'agit d'une représentation du Soi, pour les hommes comme pour les femmes. Quand le Soi est personnifié par un homme, il prend en général la forme d'un vieux sage et, quand il est personnifié par une femme, la forme d'une vieille femme sage. Mais quand il n'est pas personnifié, quand il se présente sous la forme de ce qu'on appellerait un mandala, il signifie simplement le plus profond de la psyché humaine, au-delà des différences de sexes. Dans notre cas [un rêve], le Soi est représenté par une pyramide à quatre faces, chaque face ayant la forme d'un triangle.
Les pyramides égyptiennes avaient cette forme, et la pierre la plus élevée qui couronnait l'édifice était elle-même une petite miniature de la grande pyramide. Nous ne pouvons plus voir ces pierres faîtières car elles sont tombées, mais elles étaient probablement recouvertes d'or et elles étaient orientées de manière à réfléchir le premier rayon du soleil levant. La croyance voulait qu'au moment où le soleil touchait la pointe de la pyramide le mort ressusciterait. À cet instant, le défunt roi qui reposait dans la pyramide sortirait de son tombeau et suivrait le sentier du Dieu Soleil jusqu'au-delà de l'horizon. La pierre pointue située au sommet des pyramides égyptiennes était appelée Ben Ben. C'était une pierre sacrée, dont l'appellation était également liée au mot Benu, qui signifie le phénix, le symbole de la résurrection. La pyramide est donc toujours associée à l'aspect éternel du défunt. Elle est un tombeau qui survit à la mort et ressuscite le défunt à la vie éternelle, en communion avec le Dieu Soleil. Quand les rayons du soleil levant frappaient la pierre Ben Ben, le pharaon décédé était illuminé dans son tombeau. Il sortait de la mort et s'éveillait à nouveau, hors du monde souterrain. "
Marie-Louise Von Franz, La Voie des rêves, La Fontaine de Pierre, 2008, pp.279-80.

 

Et si cette forme était 'une plume de paon' ?

Le paon est consacré à la déesse Junon, par les couleurs de sa queue qui peuvent rappeler celles de l'arc-en-ciel. Dans le 'troisième œuvre', l'irisation semble signaler la fin de la phase de putréfaction et même une phase avancée de la 'Grande coction'. L'auteur anonyme d'Huginus à Barma écrit : "Quelquefois le vase vous paraîtra comme doré, c'est là un indice de la mixtion du sperme du Soufre avec le menstrue du Mercure & de l'altération mutuelle que chacune de ces deux substances reçoit de l'autre. Au reste, lorsque le jardin philosophique est en fleurs, on y voit briller différentes couleurs qu'on a comparées à celles de la queue du paon dont elles imitent la variété & la magnificence." (Le Règne de Saturne transformé en siècle d'or, chap XLIV) Et encore : "Lorsque la putréfaction est finie, ôtez le globe de bois, parce qu'il n'est plus besoin d'eau pour le reste de l'ouvrage. Vous mettrez donc le vase dans le globe percé, que vous remplirez de cendres. Votre feu doit être doux, & tel que la main puisse le supporter sans aucune peine ; & en 50 jours, vous verrez paraître les couleurs connues sous le nom de la queue de paon, dont il ne restera enfin que la seule couleur verte."

 

figure XVI : le paon extraite de La Toison d'Or ou Fleur des Trésors (16ème siècle) de Salomon Trismosin.

 

Anonyme, 15ème siècle, Bibliothèque du Vatican, Cod. Pal. lat. 1066, f.218, 224v

A la noirceur du "corbeau" succèdent les couleurs de la "queue de paon" dont se pare la robe d'Isis, messagère de Junon et petite-fille de Pontus (l'eau mercurielle) et de la Terre (la terre philosophique)

Retrouvons dans ce cliché du temple de Philae : Isis, la lune, l'aspic et le vautour soit Mary, les croissants Le Viste, les lettres serpentines et le faucon.

 

 

De Nicolas Famel :
" En cette opération de rubifiement [rubification], encore que tu imbibes, tu n'auras guère de noir, mais bien du violet, bleu, et de la couleur de la queue de paon : car notre pierre est si triomphante en siccité, qu'incontinent que ton mercure la touche, la nature s'éjouissant de sa nature, se joint à elle, et la boit avidement ; et partant le noir qui vient de l'humidité ne se peut montrer qu'un peu sous ces couleurs violettes et bleues, d'autant que la siccité gouverne maintenant absolument. "

De C.G. Jung, dans Psychologie et alchimie (Buchet-Chastel, 1970) :
" à la nigredo - Saturne - succède le lavage - ablutio, baptisma - qui conduit directement à l'albedo - passage au blanc - ou bien alors l'âme libérée de la mort est à nouveau unie au corps mort et détermine sa résurrection, ou enfin l'ensemble des couleurs - queue de paon - conduit à une couleur unique, le blanc, qui contient toutes les couleurs. "

Dans le travail alchimique, les trois couleurs noire, blanche et rouge doivent nécessairement se succéder mais elles ne sont pas les seules à se manifester. Elles indiquent les changements essentiels qui surviennent à la matière tandis que les autres couleurs quasi infinies et comparables à celles de l'arc-en-ciel ne sont qu'éphémères.

 

L'œuf philosophal clos : (le vase, l'alambic, hermétiquement clos)
Sur la tente et dans la gravure : figure XVI : (le paon : les régimes de Philalèthe et la Grande Coction) La Toison d'Or ou Fleur des Trésors de Salomon Trismosin, enrichie des versions en couleurs des 22 gravures de la British Library et de Nuremberg.
Des similitudes existent entre le triangle sommital de la tente et le dessin extrait d'un ouvrage alchimique (J.C. Barchusen, Elementa chemicae de 1718) : le " vaisseau " clos à son sommet, un feu vif (la couronne de cinq fleurs de lys), les 21 flammèches qui s'envolent (18 " larmes " de même forme), l'oiseau qui s'élève (l'anamorphose pourrait être une plume de paon et son œil irisé) indiquant la phase de " sublimation " (l'oiseau qui descend signifierait la phase de " condensation ").

Dans les traditions ésotériques, le paon est symbole de la totalité par la réunion de toutes les couleurs sur l'éventail ouvert de sa queue (pensons à la formule Hen ta panta, en te pan, l'Un en tout) ; mais aussi de la fragilité car elles disparaissent aussi vite qu'il a plu au paon de les faire apparaître.
La queue du paon représente toutes les gammes chromatiques de la materia prima qu'un processus de distillation transformera en or.

La couronne
Elle serait la métaphore à caractère religieux de la phase ultime du Grand Œuvre après un parcours spirituel d'ordre religieux. Sa présence ici serait à rapprocher des couronnements peints de la Vierge.
C.G. Jung (Mysterium Conjunctionis, Albin Michel, 1982) signale qu'elle joue également un rôle dans l'alchimie, venue peut-être de la Kabbale. Le plus souvent, l'hermaphodite est représenté couronné.

Les lys
La fleur de lys pourrait représenter " le schème du calice réceptacle et de l'étamine lancéolée et génératrice. Elle communique sa puissance au sceptre " écrit Eugène Canseliet. Avant d'être l'attribut de la royauté, elle fut l'emblème de la souveraineté de la science. Regardons-la comme le symbole de la supériorité, de la valeur et de la dignité acquises. Il est en rapport avec l'œuvre au blanc.

Les cordes (liens et nœuds)
Elles correspondent aux deux liens d'or de " la chaîne d'or " qui symbolise l'union harmonieuse entre macrocosme et microcosme. Pour les alchimistes, la corde d'or unit les différents règnes du réel.
Elles représentent aussi la quinte-essence (la pure essence résultant de cinq distillations) ou or philosophal.

Les larmes
Elles correspondent à la pluie d'or qui, dans le Grand Œuvre, symbolise la rosée alchimique, l'eau céleste qui donnera naissance au sel philosophique (le salpêtre) capable d'affiner les métaux.
Sous l'artifice d'une pluie d'or, Zeus s'unit à Danaé qui conçut Persée. Voyons dans Danaé l'ancêtre de Marie comme réceptacle virginal qui reçoit la semence divine. Les Anciens ont-ils caché dans cette fable la distillation de l'Or philosophal ?

les losanges de l'inscription
A côté des figures de premier et de deuxième ordres, l'héraldique propose une quantité de figures dites de troisième ordre auxquelles on a donné des noms particuliers : les losanges, les macles, les rustes, les fusées, les trèfles, les billettes, les besants et les tourteaux. Les figures carrées sont le hiéroglyphe de l'homme de bien qui se montre toujours le même sous toutes ses faces. En héraldique le mot losange est féminin.
Les carreaux ou les losanges peuvent exprimer l'idée de la sublimation, de même que les fusées qui procurent davantage l'illusion du sulphur " azoqué ".

La " langue des oyseaulx ", idiome phonétique basé uniquement sur l'assonance, et non sur l'orthographe, sur des jeux de mots à partir des sons qu'ils émettent : l'acrostiche AMSDR (A Mary Suffolk, Duchesse-Reine) + le jeu écrit et sonore autour de Perréal - pèlerin - péréalin.

 

 

 

 

3- Le Toucher

Hermès Trismégiste

 

Hermès voyage by plane
et sort de l'ombre.

 

L'attitude de Mary rappelle celle d'Hermès Trismégiste sur la mosaïque de la cathédrale de Sienne (1488). Dans la main droite : le codex déclinant les principales fonctions d'Hermès Trismégiste : législateur, inventeur de l'écriture, philosophe et prêtre, tendu à un 'Oriental', sous le regard approbateur d'un homme 'Renaissant' (représentant la foule des Philosophes, turba philosophorum). Dans la main gauche : une inscription gravée tirée du Poimandrès, texte du Corpus Hermeticum, relative à la prophétie sur la naissance du Christ.
Dans la main droite de Mary : les armes d'Antoine Le Viste. Dans la main gauche : la corne de la licorne, réceptacle féminin quand renversée elle est calice, et censée cacher l'escarboucle, le lapis à naître.

Les couvre-chefs par leur forme pointue rappellent le casque ailé du dieu Mercure.

Pour Zozime de Panapolis (alchimiste égyptien du 3ème siècle), la licorne était le symbole du premier mercure : " un animal s'appelle l'unicorne, qui reconnaît la pureté des vierges […] Nous avons pris la pierre d'escarboucle sur le front de l'animal, car on la trouve sous la corne. " Le schéma est constant : une femme ou tout symbole féminin porte le Graal, la coupe, la lampe à huile, la pierre.
Dans l'œuvre de Zozime l'escarboucle donne à l'humain " une telle vigueur que ses os et sa chair retrouvent aussitôt leur jeunesse ".
Cette pierre porte aussi le nom de Graal écrit le poète épique allemand Wolfram von Eschenbach (v.1170-v.1220, auteur de Parzival) pour qui la jeune fille est une licorne.

L'origine du motif de l'escarboucle au front de la licorne pourrait être d'origine arabe : Le Livre des 70 et le livre du Poisson de Geber (Jabir Ibn Hayyan, v. 721-815) relate le voyage fantastique à la recherche d'un mystérieux " médecin de la mer " qui porte sur le front une pierre possédant les propriétés de l'élixir et qui s'avère être une jeune fille. Elle porte donc sur le front une pierre qui a les vertus curatives de l'élixir (c'est un " médecin ").

Défilons davantage l'écheveau des ressemblances. Wolfram remplace la jeune fille par la licorne qui, pour Zosime est le premier mercure appelé aussi "mercure de fleuve ". Pour l'alchimie grecque, l'escarboucle est une pierre marine car elle la fabrique à partir de biles d'animaux marins, poissons et cétacés, et l'appelle " pourpre marine ". Cette " Dame de la mer " qui porte la pierre d'escarboucle " pourpre " est structurellement semblable à la Vénus porteuse de la coupe d'or.

Le thème de la pierre portée au front par la femme est un thème courant au XIIè siècle. Alain de Lille dans de Planctu Naturae décrit la Nature comme une femme d'une grande beauté qui descend du ciel, somptueusement parée et vêtue. Elle porte un diadème de pierres précieuses qui symbolisent les planètes et le zodiaque. Sur le devant du diadème (donc sur le front de Dame Nature) brillent trois pierres.
La première est intéressante : " Lapis primus, noctis frigus in luminis incendio pati jubeat exsilium, in quo, ut faceta picturae loquebantur mendacia, leonis effigiata fulminabat effigies. " - " La première pierre, telle que l'éclat de sa lumière enverrait en exil le froid de la nuit, et sur laquelle, en un plaisant trompe-l'œil dans le jeu des facettes, brillait l'image du lion. "
http://www.thelatinlibrary.com/alanus/alanus1.html
Cette pierre est le Soleil car y brille l'image du Lion, signe zodiacal où le soleil a son "domicile". A l'opposé (à 180°) du signe du Lion, le zodiaque place le signe d'hiver du Verseau, où le Soleil est dit, en termes astrologiques, en exil. Le texte d'Alain de Lille signifie que la première pierre du diadème de Dame Nature est comparable au Soleil en exil, capable du réchauffer la nuit froide de l'hiver du Verseau.

Jean Perréal reprend ces thèmes dans la miniature de Complainte de Dame Nature à l'alchimiste errant, dans La Dame (la tapisserie Pavie) et dans La Chasse (la licorne morte à la corne cassée à sa base).

 

 

Dans son livre, Les Secrets des cathédrales, A. Roversi Monaco désire montrer l'influence de l'alchimie dans l'édification et ls décoration des cathédrales.

" L'union de traditions différentes

Une cathédrale gothique a une signification symbolique complexe le plan en croix latine reproduit à l'évidence la croix de la crucifixion, mais on peut aussi y voir d'autres sens cachés. Il suffit de penser au creuset alchimique, l'athanor, qui doit justement son nom à la croix.

Le creuset alchimique ne doit pas être confondu avec un récipient où sont mélangées des mixtures étranges, comme le creuset des sorcières dans Macbeth de Shakespeare, où trois mégères mélangent les ingrédients nécessaires à l'accomplissement d'un acte magique.

Il s'agit au contraire d'un récipient alchimique, qui a donc une haute valeur symbolique, de représentation du corps humain même, à l'intérieur duquel se vérifient des transformations et des processus particuliers.

Le creuset alchimique symbolise le point central du croisement entre deux directions perpendiculaires, la verticale et l'horizontale. Or, ce point correspond au centre de l'église avec plan en croix latine, où le transept (bras horizontal) croise la nef (bras vertical) et où se trouve le maître-autel. " (p. 25)

A. Roversi Monaco, Les Secrets des cathédrales, traduit de l'italien par Antonella Crispi Bortolini, De Vecchi, 2000


 

 

 

 

4- "Le Livre des merveilles"

Jean Biès, dans son livre important, Les Alchimistes, (Kiron-Philippe Lebaud, 2000, consacre à la tapisserie Le Toucher (La Tente) l'étude suivante (pp.77-78)

" Art visuel, l'alchimie s'exprime beaucoup plus volontiers par des images que par des mots, au point que certains traités comme le Mutus Liber se dispensent de tout texte. Mais à l'inverse de l'homme d'aujourd'hui, passif devant les images qu'il reçoit, l'alchimiste s'appliquait à décrypter ce qui lui était ainsi proposé, à en faire une exégèse, à en tirer les enseignements portant sur les étapes et les opérations de l'Œuvre, occasionnant une fertilisation du regard. Aucun détail n'y est gratuit ou seulement ornemental. Comme pour les icônes et les mandalas, il s'agit d'un art objectif.

Parmi les " merveilleux jardins de laine et de soie " (Y. Caroutch) que sont les tapisseries médiévales, figure la Dame à la Licorne (xve siècle), exposée au musée de Cluny. La sixième, la plus justement célèbre, résume à elle seule la totalité de l'art alchimique.

Sous une tente que dévoilent un Lion et une Licorne, la Dame sort d'un coffret présenté par une servante un trésor de joyaux, matérialisation de la pierre philosophale. Elle-même désigne la Materia prima, la substance universelle qui sert de base au travail de l'alchimiste. Mais elle peut être aussi considérée comme la personnification de la Sagesse, héritière d'Isis, debout entre Terre et Ciel, au milieu des dualités dont elle assure l'équilibre, et des deux animaux sauvages pacifiés et conciliés. Le Lion désigne la polarité mâle, le Soufre, autrement dit le fixe - Force et Lumière -, et la Licorne, la polarité femelle, le Mercure, autrement dit le volatil - Intuition et Grâce - réitéré par les oiseaux volant à l'arrière-plan. Sa corne est l'Axe du monde.

La tente cosmique est un rappel de l'athanor. Elle exprime le vide central, aboutissement ultime de la quête. Elle porte à son fronton une inscription énigmatique: À MON SEUL DÉSIR, aux interprétations variées, mais dont la plus satisfaisante est celle qui insiste sur le rapport desiderium (" désir") et sidera (" astres ") ; d'où le sens " désir des astres", désir de la lumière philosophale, celui qui anime l'" homme de désir", comme l'appellera Louis-Claude de Saint-Martin.

Les flammèches d'or qui descendent en pluie sur le bleu sombre du pavillon correspondent au " larmoir " de l'héraldique et signifient à qui doit tout quitter l'abandon des fausses affections et des folles vanités. La Dame ne prendrait pas alors les bijoux du coffret pour s'en parer, mais, s'en dépouillant, les y déposerait pour s'absorber tout entière dans la divine présence incluse dans la tente. Ces flammèches peuvent aussi symboliser des parcelles de l'Esprit céleste. Les arbres indiquent la profusion de Mère Nature, évoquent l'Âge d'or.

Semées dans le vert de la prairie, des fleurs rappellent les couleurs des étapes alchimiques. Les lapins font allusion aux souterrains qu'il faut visiter, où ils serviront de guides - ce dont se souviendra Lewis Carroll dans Alice au pays des merveilles. Ils peuvent aussi suggérer leur propre fécondité, et par suite, la " multiplication " de la Pierre. Le singe, quant à lui, figure l'alchimiste, imitateur de Dieu. Des éléments orientaux relient l'alchimie à ses origines, plus spécialement arabes : les croissants de lune sur les hampes et les gonfalons, la coiffure à aigrette, la tente de style ottoman.

L'ensemble est circonscrit par un ovale qui sépare du monde profane et forme une " île " : le jardin clos des Philosophes, le " ciel terrestre ", où se trouvent récapitulés les enseignements de l'Art royal. Le plus précieux d'entre eux pourrait bien être celui qu'on ne voit pas, caché entre fil et trame : l'indispensable patience nécessaire à l'alchimiste pour atteindre son but. Le lissier lui rappelle que pour réaliser un mètre carré de tapisserie, il lui a fallu un an de travail. "

 

 

 

5- de l'Alchimie à la Franc-Maçonnerie

L'alchimie est la clef de la franc-maçonnerie.
Eugène Canceliet, in Robert Amadou, Le Feu du soleil, Pauvert, 1978

 

"La Franc-Maçonnerie, en deçà de sa généalogie moderne, véhicule, inconsciemment souvent, une force bien plus fondamentale, bien plus ancienne, bien plus invariante : un vieux naturalisme préchrétien qui lui a permis de récupérer, tout au long de son histoire, les messages des courants qui se sont opposés au dogmatisme inquisitorial de Rome. On trouve, au fil de ses grades, l'hermétisme des alchimistes dans les grades bleus, le kabbalisme juif et le rosicrucianisme dans ses grades rouges, la chevalerie templière dans ses grades noirs". (p.227)
Marc HALÉVY, Philosophie maçonnique, Oxus, 2008

 

Les propos de Jean Perréal sur la symétrie
Par le compas et propre symétrie,
Phizonomye en qui le vif conciste,
La git le point que doit savoir l'artiste

trouvent leur réalisation en particulier dans La Dame. Cet " ordonnancement du chaos " par la mesure à l'aide du compas (symbole de rationalité et de connaissance supérieure) assimile l'artiste, créateur du microcosme, au Dieu architecte, créateur et organisateur du Grand Cosmos.


L'Eternel m'a créée la première de ses œuvres (dit la sagesse)…
Avant ses œuvres les plus anciennes.
J'ai été établie depuis l'éternité,
Dès le commencement, avant l'origine de la terre…
Il n'avait pas encore fait ni la terre, ni les campagnes
Ni le premier atome de la poussière du monde,
Lorsqu'il disposa les cieux, j'étais là
Lorsqu'il traça un cercle à la surface de l'abîme,
Lorsqu'il fixa les nuages en haut…
J'étais à l'œuvre auprès de lui,
Et je faisais tous les jours ses délices,
Jouant sans cesse en sa présence,
Jouant sur le globe de sa terre,
Et trouvant mon bonheur parmi les fils de l'homme.

Proverbes, 8,22-31

L'alchimiste se veut aussi à Son égal après avoir accompli le Grand Œuvre, conquis la Pierre Philosophale et s'être élevé à la compréhension de l'intelligible. Les Francs-Maçons reprendront le symbole du compas à leurs prédécesseurs alchimistes. (Le Grand Architecte créant le Ciel et la Terre à l'aide du grand compas d'appareilleur, dessin d'après une enluminure d'une Bible française, v. 1220, Vienne) (Salomon et l'architecte du Temple de Jérusalem, avec l'équerre et le compas " serpentin ", Cathédrale de Reims, XIIIe siècle.)

Comme ses confrères alchimistes-philosophes, Jean Perréal voulait-il se libérer de la domination de ses sens et (devenu magnum miraculum, grand prodige) parvenir ainsi à l'appréhension par l'esprit de la vie intelligible qui anime l'Univers ?

Les symboles religieux liés à la représentation du " Grand Architecte de l'Univers " dont la Franc-Maçonnerie fait un large usage sont déjà à l'œuvre dans La Dame.

- le compas (symbole de la Vérité et de la Raison qui permettent d'atteindre la compréhension de l'intelligible) que Perréal avoue utiliser dans ses croquis à la recherche de " la divine proportion " nommée dans le Timée de Platon et les écrits d'Hermès Trismégiste. Il appartient aux 3 grandes lumières avec l'équerre et le Volume de la Loi Sacrée.

- les cordons qui tiennent la tente, liés au compas en ce qu'ils délimitent par leur angle une limite sacrée (le templum)

- les croissants de Lune (et la licorne), le Soleil (le lion), l'ensemble de la faune et de la flore, éléments de la Création crées avant l'Humain

- des trois couleurs : blanc qui synthétise toutes les couleurs dans une symbolisme de l'unité et de la pureté ; le rouge du feu de la foi ; le bleu du sacré

- des formes géométriques : le carré, le symbole de la Terre dans bien des cultures ; le triangle qui évoque la trinité originelle : le corps, l'âme et l'esprit, ou encore le Père, le Fils et le Saint Esprit. Le Delta lumineux est le triangle orné d'un œil qui surplombe l'Orient, la partie du temple située à l'est, le lieu symbolique où officient le Vénérable, l'Orateur et le Secrétaire.

- le centre : où peut s'inscrire l'œil divin. C'est le lieu de quintessence où s'opère l'harmonie de chaque être avec le cosmos dont les forces se concentrent en ce point pour l'élévation de la pensée humaine. C'est au (quasi) centre de chaque tapisserie que Mary tient son nombril, omphalos de toute aventure humaine.

- des animaux : le mouton ou l'agneau, évocation de la pureté et de l'agneau pascal.

- les arbres et les lances, comme les deux colonnes du temple de Jérusalem.

- les lettres (les deux barrées et les initiales des mots de la devise) à prendre comme des formules magiques.

- les larmes de la tente, rappel de la condition humaine

 

Assemblée des Francs-Maçons pour l'admission au grade de Maître
gravure anglaise de 1812

"Le récipiendaire est couché sur le cercueil dessiné dans la Loge, le visage recouvert d'un linge teint de sang. Et tous les assistants ayant tiré l'épée lui présentant la pointe au corps."

http://www.bmlisieux.com/galeries/maconnerie/maconn01.htm

http://www.eburgmasons.com/25gallery.htm

http://expositions.bnf.fr/franc-maconnerie/grand/frm_115c.htm

 

Pour découvrir le trésor caché (dans les contes et légendes), pour atteindre la Sagesse (la Pierre Philosophale enfouie en soi), il faut mourir à la vie profane (du latin profanus = hors du temple), descendre en la terre pour renaître immortel. Le terme ésotérique V.I.T.R.I.O.L. le dit expressément : Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem = Visite l'intérieur de la terre et en (te) rectifiant, (en mourant, en te dépouillant de ta vieille peau d'ignorant) tu trouveras la pierre cachée. Cette phrase est encore utilisée de nos jours dans les rituels symboliques de certaines sociétés initiatiques comme la Franc-Maçonnerie.

 

Peut-on suivre l'explication de Louis Charbonneau-Lassay dans Le Bestiaire du Christ pour comprendre la présence des larmes sur la tente de la tapisserie du Toucher ?
Dans le chapitre 11, "la langue et les lèvres humaines", il écrit que la théologie égyptienne, plusieurs milliers d'années avant l'ère chrétienne, prêtait une grande part au rôle de la Parole, du Verbe Eternel de la Divinité dans son action créatrice et vivificatrice. Les Grecs adorèrent aussi le Logos, le Verbe divin, la parole créatrice. L'Evangile de Jean célèbre aussi Le Verbe éternel. " Dans le symbolisme, c'est la langue humaine qui fut l'emblème matériel, de ce Verbe éternel, le Christ. " Les langues de feu qui 'descendent' sur les Apôtres lors de la Pentecôte symbolisèrent la descente de l'Esprit-Saint. " Aux approches de la Renaissance, les artistes donnèrent communément à ces langues la forme de gouttes ou de larmes de feu posées sur le front des Apôtres, un peu comme ces flammes que les enlumineurs et les peintres d'avant eux, les Byzantins par exemple, attachaient au front de quelques anges, ou de personnifications idéales des grandes vertus, ainsi que fit Giotto quand il peignait la charité. " (p.107)

Les larmes de la tente sont peut-être les ancêtres des larmes de la symbolique franc-maçonnique visibles par exemple sur certains tapis et tableaux de Loges.

 

 

 

 

 

Ces larmes apparaissent pour évoquer bien entendu la mort :
- une mort symbolique : toujours présente dans chaque cérémonial, puisqu'il s'agit de quitter une façon de vivre pour renaître à une autre existence. Mort du 'vieil homme' qui vivait dans les ténèbres pour renaître dans la lumière d'une nouvelle vie. Renaissance dans un nouvel état de conscience des valeurs fondamentales. Recherche de l'immortalité.
- un rappel de la légende du meurtre de Maître Hiram Abif (qui paraphrase la Passion du Christ) : lors de la cérémonie centrale de l'élévation à la maîtrise, 'l'Atelier' est tendu de noir, souvent les tentures sont parsemées de larmes blanches. Des symboles de la mort ornent la Loge : un cercueil ou une plaque funéraire, un crâne et des tibias entrecroisés. Seule une branche d'acacia, verdoyante, symbolise la vie. Partout, le rituel est fondé sur la légende d'Hiram.
[ http://fr.wikipedia.org/wiki/Hiram_(maçon) ]

 

L'acacia est à la source de mythes fondateurs en Egypte et au Proche Orient (Osiris fut enfermé dans un coffre en acacia.
C'est un des arbres emblématiques de la Bible. Sa dureté et sa quasi-imputrescibilité font de lui un symbole d'immortalité, de renaissance et de connaissances cachées. L'Arche d'Alliance, de mesures très précises, sera en acacia, intérieurement et extérieurement plaqué d'or pur, pour contenir les Tables de la Loi.
Exode 26, 15-30
Tu feras des planches pour le tabernacle ; elles seront de bois d'acacia, placées debout.
La longueur d'une planche sera de dix coudées, et la largeur d'une planche sera d'une coudée et demie.
Il y aura à chaque planche deux tenons joints l'un à l'autre ; tu feras de même pour toutes les planches du tabernacle.
Tu feras vingt planches pour le tabernacle, du côté du midi.
Tu mettras quarante bases d'argent sous les vingt planches, deux bases sous chaque planche pour ses deux tenons.
Tu feras vingt planches pour le second côté du tabernacle, le côté du nord,
et leurs quarante bases d'argent, deux bases sous chaque planche.
Tu feras six planches pour le fond du tabernacle, du côté de l'occident.
Tu feras deux planches pour les angles du tabernacle, dans le fond ;
elles seront doubles depuis le bas, et bien liées à leur sommet par un anneau ; il en sera de même pour toutes les deux, placées aux deux angles.
Il y aura ainsi huit planches, avec leurs bases d'argent, soit seize bases, deux bases sous chaque planche.
Tu feras cinq barres de bois d'acacia pour les planches de l'un des côtés du tabernacle,
cinq barres pour les planches du second côté du tabernacle, et cinq barres pour les planches du côté du tabernacle formant le fond vers l'occident.
La barre du milieu traversera les planches d'une extrémité à l'autre.
Tu couvriras d'or les planches, et tu feras d'or leurs anneaux qui recevront les barres, et tu couvriras d'or les barres.
Tu dresseras le tabernacle d'après le modèle qui t'est montré sur la montagne.

Les Francs-Maçons, au 18è.siècle, choisirent l'acacia pour asseoir le mythe fondateur d'Hiram.

 

 

De son côté, Victor Magnien, dans Les Mystères d'Éleusis (Payot, 1950), écrit :
" Par les initiations, l'âme humaine remonte au point d'où elle est partie au début […] Par conséquent l'initiation fait accomplir à l'initié les mêmes démarches que la mort. Ceux qui reçoivent l'initiation à Eleusis se comportent comme des morts ; et les morts, d'après les récits mythiques, se comportent comme des initiés […] En affirmant que des âmes, avant la naissance, ont été dans le même état que les mystes, époptes, holoclères, Platon admet implicitement que les mystes, époptes, holoclères, reviennent, grâce aux cérémonies mystérieuses des initiations, à un état de perfection tout pareil à celui qui existe pour l'homme avant sa naissance, et doit exister de nouveau après sa mort. Il reconnaît que l'initié ressemble à celui qui est débarrassé du corps (l'organe ostréique) et de ses influences, et que l'initié du grade qu'il envisage se livre à des transports sacrés, n'a plus aucune crainte, est dans une clarté pure […] Inversement, la mort se compare à une initiation. '' (pp.114sq)
" Pour devenir un homme 'parfait', il faut mourir d'une mort symbolique et renaître d'une vie meilleure. Déméter et Coré président à cette mort et à cette renaissance. " (p.200)

 

 

Quelques citations extraites du livre de Jules BOUCHER, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1998 :

" L'œil symbolise, sur le plan physique, le Soleil visible d'où émane la Vie et la Lumière ; sur le plan intermédiaire ou 'astral', le Verbe, le Logos, le Principe créateur ; sur le plan spirituel ou divin, le Grand Architecte de l'Univers. "

" Le triangle évoque l'idée de la Trinité mais pas propre à la religion chrétienne. La Trinité se retrouve dans la plupart des religions. " (p.91)

" Les larmes d'argent symbolise excellemment les rayons 'lunaires' qui vont aider l'impétrant à s'abstraire de l'influence 'solaire' physique, de l'activité factice. C'est dans la nuit, dans la 'noirceur très noire' des hermétistes, c'est-à-dire dans le silence et la méditation que l'âme s'albifie. Après la phase dite 'caput corvi', 'tête de corbeau', vient la phase de la blancheur éclatante. " (p.287)

" Les lacs d'amour : en héraldique : 'cordon entrelacé dont les bouts traversent le centre et ressortent par le bas à dextre et à sénestre, en forme de houppe.' En formant ce nœud (lacs d'amour), on figure bien les organes mâles et femelles, comme dans tous les nœuds. " (p.173)

La grenade : Jean Boucher relève qu'elle symbolise la charité (graines nombreuses), l'humilité (graines sous l'écorce), l'union des Chrétiens dans l'Eglise (graines serrées), la fécondité de la génération et de la richesse, la vulve (si ouverte), la sexualité (dans l'ésotérisme antique : Babylone, Grèce, Syrie ; dans les cultes lunaires indien et tantrique).
La grenade a été reprise par la Franc-Maçonnerie : " les graines noyées dans une pulpe transparente " désignent les Maçons unis entre eux par un idéal commun. De plus, l'écorce de la racine est toxique : " les Maçons, issus d'un monde mauvais par essence, s'élèvent à un état d'excelsion. " (pp.142/3)

 

Pour conclure, cette citation de Claude-Gilbert Dubois (Isomorphisme de deux constructions imaginaires : le Grand Œuvre alchimique et la Grande Œuvre de Dieu in Mots et règles, jeux et délires, p.221) à propos de l'alchimiste et l'historien de la Renaissance : "Or que découvre-t-il de lui sans le savoir, et que découvre-t-il à ses lecteurs modernes ? L'histoire de la matière ? L'histoire du monde ? Certainement pas. Il découvre la structuration de son psychisme en état de travail. Du magma originel des idées à l'édification méthodique d'une cohérence, en passant par les diverses opérations nécessaires à son développement : il rencontre le quatre ou l'exigence de totalité, il découvre le trois ou la démarche dialectique de l'esprit inventif, il rencontre l'alliance de l'animus et de l'anima, le sphinx œdipien et les interdits structurants du Nom-du-Père."

" L'œuvre alchimique a pour essentielle mission de revaloriser ce qui est dévalué " écrit Gilbert Durand (Les Structures anthropologiques de l'imaginaire, Dunod, 1969), aussi bien la materia prima que Mary bien décriée de toutes parts. Sublimation alchimique, sublimation artistique, il s'agit du même processus.

 

Site sur : La Dame à la Licorne, une tapisserie alchimique
http://le-miroir-alchimique.blogspot.fr/2011/09/lat-la-dame-la-licorne.html

un site à visiter : http://herve.delboy.perso.sfr.fr/maison_tours.html


Un autre exemple de " lecture alchimique " d'une œuvre d'art : Michel CAUTAERTS, Un couple et ses miroirs. Les Arnolfini, miroir d'alchimie, couple d'individuation ? (Société Belge de Psychologie Analytique)
http://www.jung.asso.fr/articles/Couple_miroirs.PDF

 

 

 

 

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