DU RELIGIEUX

DANS LA DAME ?

 

 

 


L'œil se ferme aux surprises du regard : il s'arme par avance de catégories qui choisiront pour lui quoi voir et quoi ne pas voir, où voir et où ne pas vouloir regarder.
Georges Didi-Huberman, Fra Angelico, dissemblance et figuration, Flammarion, 1990

 

" Aussi est il trois manieres d'amours :
La première est et se nomme lascive,
Aimable elle est par plaisir excessive ;
La seconde est fictive en faulx semblant,
Qui va les cueurs des bonnes gens emblant ;
Ypocrittes, vestus de noir et gris,
Sont telles gens dont le deul ja m'esgris ;
Mais la tierce est le bon et seur demour,
Qu'on doit nommer la grande et vraye amour :
C'est l'amour grant qui est parfaicte en somme,
C'est l'amour grant de Jesus Crist à l'homme,
C'est l'amour grant qu'on doit bien estimer,
C'est l'amour grant dont l'amy doit aymer ;
Or c'est l'amour que tu vers moys entends.
De celle mesme envers toy je pretends
Pour fruict avoir chacun de nous sa part,
Car vraye amour jamais ne se depart
Jusqu'à la mort ; vray est, mais après tout,
Fault aymer Dieu et l'amys jusqu'au bout. "

Jean Perréal, Epître à Jacques Le Lieur, vers 141-159

 


Doit-on appréhender La Dame comme le préconisaient les exégètes de la Bible selon le schéma du quadruple sens, devenu universel au fil du temps ?

C'est à dire découvrir tour à tour dans La Dame, du simplex au multiplex, de la signification " sensorielle " (livrée par la vue) aux sens " spirituels " de plus en plus mystiques délivrant " l'ombre du futur " selon Saint Augustin :

· une historia (la res gesta) manifeste dans la figura, les éléments représentant des faits, racontant un épisode d'un récit : ce que l'on doit voir : soit les gestes de Mary dans sa courte vie de reine française

· une veritas cachée (le mysterium futurum) sous l'allegoria énonçant une croyance doctrinale : ce que l'on doit croire : soit les cinq sens et leurs significations pour Mary (jusqu'au renoncement chez certains)

· une virtus (le sensum quotidie, vertu morale quotidienne) sous la tropologia annonçant l'antique prophétie biblique à mettre en acte au jour le jour : ce que l'on doit vivre dévotement : soit le désir " pur " de Mary (le chrétien ou l'hédoniste ?)

· enfin un desiderium sous l'anagogia désignant ce que l'on doit espérer : la force de contemplation, l'élévation vers la lumière divine : soit l'espérance de la béatitude éternelle pour Mary et/ou la recherche alchimique (pour l'alchimiste Perréal et sa Dame Nature)

C'est à dire accepter la " multiplication des temporalités à l'œuvre " dans La Dame : d'une " temporalité passée (historique) à une temporalité présente (tropologique) et à venir (anagogique) " ; du " passé commémoré " au " présent virtuel " puis au " futur transfiguré " (Georges Didi-Huberman).
C'est peut-être ainsi que Jean Perréal et Antoine Le Viste contemplaient leur œuvre tant cette lecture du quadruple sens était prégnante à cette époque encore. Les animaux qui nous regardent sont des intercesseurs qui réclament de nous le regard interrogatif qui nous permettra d'accéder à chaque niveau de lecture.


Ce fond garance, qui attire et fixe le regard, est la feuille d'or des œuvres médiévales ; il veut suggérer le lointain, le fond d'éternité et d'immensité sur lequel se déroule toute vie humaine.
Dans la rotonde de Cluny, comment le voyez-vous ? Dans sa verticalité, est-il un " mur " infranchissable, à l'image du mur qui le soutient, obturant l'espace qu'il veut mimer, annihilant tout effet de profondeur ? Ou bien le ressentez-vous comme un ciel profondément immense, constellé de fleurs où s'agite la vie animale, et abandonné à l'éternité du temps ?
Et au centre même de ces lieux flottants que sont les îles, la majestueuse présence de Mary que lui " tissent " la grandeur de sa stature et la magnificence de ses habits. Aux " broderies " du fond garance et des îles de guède, répondent les éclats de ses bijoux et les mille " volutes " et les chauds " reflets " semés dans le brocart, la soie, la moire, l'hermine et le velours de ses atours.

Mary, Marie. Cette identité semblable suffisait pour faire naître un jardin sous les doigts de l’artiste. Jardin-verger (l’ancien hébreu pardès traduit par les Septante par paradeisos, le paradis) installé dans une campagne heureuse (eden). Les cinq sens y trouvent (devraient y trouver) à s’exalter dans un céleste isolement. Apparemment légère et sereine, l’île plane, vogue, flotte. Paix et harmonie, semble-t-il, sans lutte entre animaux, entre personnages… Pourtant, à bien y regarder !
Paradis, certes : quatre arbres en fleurs et en fruits, des fleurs à foison, des animaux nombreux… terre fertile donc.
Leurre, cependant : un paradis sans homme, sans eau, sans bonheur, sans absences de contraintes. Un paradis d’où l’on est chassé après la ‘faute’.

 

La quiétude des animaux et l'amitié qui paraît exister entre eux et entre les deux jeunes femmes et eux pourraient représenter un syndrome paradisiaque. Mircea Eliade (historien des religions, mythologue, philosophe et romancier roumain), note à propos de " la restauration paradisiaque " (Mythes, rêves et mystères, Gallimard, 1957) : " In illo tempore, avant la chute, cette amitié était constitutive de la condition humaine primordiale ". D'autre part, les animaux " connaissaient les secrets de la vie et de la Nature, ils connaissaient même le secret de la longévité et de l'immortalité " (p.83). " L'amitié avec les fauves et la domination spontanée sur les animaux sont les signes manifestes du recouvrement d'une situation paradisiaque. " (p.88)

Je veux lire ces îles flottant(es) dans (sur) un espace végéto-animalier comme la nostalgie du Paradis perdu, quand " le Ciel était, in illo tempore, très proche de la Terre, ou qu'on pouvait facilement accéder au Ciel par le truchement d'un arbre, d'une liane ou d'une échelle, ou en escaladant une montagne " " ou encore en se laissant porter par les oiseaux. " (p.79)

 

Lisons ensemble, voulez-vous, la tente comme " une axis mundi se trouvant au centre du monde et reliant la Terre au Ciel, image attestée déjà chez les tribus les plus primitives. " (pp.79-80)
C'est à ce point précis de bien des naissances mythiques, au Centre du Cosmos, qu'Adam est écrit avoir été créé au Paradis, puis enterré, et que le Crucifié sera mis en croix. La légende chrétienne retrouve ici les traditions archaïques.
Par sa forme, la tente peut être lue comme une Montagne Sacrée qui relie à nouveau sur le même axe le Ciel et la terre, (comme avant la chute) et l'Enfer. Lue comme palais ou sanctuaire royal, la tente (imago mundi) est symboliquement située au Centre du Monde, " c'est-à-dire qu'est possible à la fois la transcendance spatiale (l'élévation au Ciel) et la transcendance temporelle (la réintégration à l'instant primordial où le Monde n'était pas encore venu à l'existence. " (p.145)

Peut-on découvrir ces trois lieux dans Le Toucher (La Tente) ? Un lieu terrestre : l'île en tant que la Terre ; un lieu supérieur et divin : le fond garance, le Ciel ; un lieu souterrain : la tente et/ou le coffret, l'Enfer (la mort ou sa forme euphémisée, la disparition avec espoir de retour ? la sexualité ?).

Guy Rosolato, dans La Portée du désir ou la psychanalyse même, Puf, 1996, écrit page 86 : "les découragements, les déceptions et les regrets mobilisent ces fantasmes de retour au sein maternel, comme une protection absolue qui porte en elle, cependant, dans cet attrait pour l'originel, une attente de naissance nouvelle." Puis page 87 : " Le mythe correspondant, on l'aura compris, est celui du paradis." Et de rappeler que l'immortalité de l'âme individuelle est proclamée au Vème Concile de Latran des années 1516-1517, date de la conception de La Dame.

Mais le Paradis (les îles) ne paraît-il pas inaccessible en raison du feu (la garance du fond) qui l'entoure ?

Mircea Eliade rappelle (p.126) que " l'idéologie royale implique bien, sous une forme ou une autre, ascension au Ciel. " En tant que reine, être supra-humain, hors condition humaine, Mary, ayant gagné sa liberté, vogue dans le Ciel à bord de son 'île' qui a abandonné toute pesanteur au profit de la lévitation ou du flottement. " Un tel désir de se délivrer de ses limites, senties comme une déchéance, et de réintégrer la spontanéité et la liberté, désir exprimé, dans l'exemple qui nous occupe, par les symboles du 'vol', doit être rangé parmi les notes spécifiques de l'homme … On peut traduire tous les mythes, les rites et les légendes auxquels nous venons de faire allusion, par la nostalgie de voir le corps humain se comporter en 'esprit', de transmuer la modalité temporelle de l'homme en modalité de l'esprit. " (p.135)

Dans Le Mythe de l'éternel retour (p.143 - Gallimard, 1969), Mircea Eliade note que selon les légendes, il y aurait 7, 9 ou 12 cieux ou niveaux de cieux : " on transcende le monde en traversant les sept cieux et en atteignant le sommet cosmique, le Pôle. " La septième tapisserie de la tenture initiale que je nomme Le Trône 2 métaphorisait peut-être tout cela !

 

Nostalgie, pour l’artiste et le commanditaire. Nostalgie née de l’absence de Mary qui ravive celle, séculaire, du ‘paradis perdu’ d’où Adam et Eve auraient été chassés. Dans La Dame, l’artiste marie les deux thèmes de ‘l’île bienheureuse’ et de ‘jardin édénique’. La Dame devient alors pour Antoine Le Viste hortus conclusus, un refuge pour les jours ‘gris’, son jardin secret, otium où il cueille la mélancolie et la nostalgie, fleurs du souvenir et du manque, en ces temps de Renaissance où les fleurs occupent de plus en plus de place dans la sensibilité et l’art sacré et profane de l’Occident.

Dans la tradition chrétienne, le mot paradisus = paradis est le strict équivalent du mot hortus = jardin. Ce jardin, s'il est fleuri, devient l'eden au perpétuel printemps. Après sa Résurrection, le Christ serait apparu à Marie-Madeleine sous les traits d'un "jardinier", signifiant par là l'accès retrouvé, à nouveau permis, au jardin d'Eden.

Le fond fleuri de chaque tapisserie est le lieu simple de mémoire, celle de nos deux amis. Ce lieu pourrait posséder un caractère presque " divin " car " consacré " par sa fonction de répétition rituelle quasi liturgique. C'est un lieu " mythique " enfanté, tissé par tout le réseau des lieux où Mary vécut à Paris et par tout l'écheveau des images liées à sa personne et à son prénom.

C'est donc un lieu non-naturel où peuvent " flotter ", suspendus aux îles, la pensée et le souvenir. Lieu énigmatique et pourtant familier, auquel n'est attaché aucun événement unique, " toile blanche " où le cinéma du souvenir projette ses images.

En chaque tapisserie, l'île bleue et le fond incarnat, tous deux fleuris, créent un lieu doublement fermé, l'hortus conclusus. " Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée " chante le Cantique des cantiques (4,12). Ce jardin est le lieu d'un Incarnat souhaité dans le corps de Mary (ou de toute femme qui " donnerait " un fils : [" J'entre dans mon jardin, ma sœur, ma fiancée… mangez, amis, buvez, enivrez-vous d'amour " (5,1)] comme le jardin des côtés gauche des Visitations peintes se voulait le réceptacle de l'Incarnation, la figure de Marie.

Lieu où l'une (Claude-licorne) peut enfanter et l'autre (Mary) ne le peut malgré son désir ; lieu de fécondité et profusion florale, animale et minérale mais stérile pour Mary (reine sans dauphin) et pour Antoine (père sans fils).

Lieu ouvert sur l'éternité du temps et l'infini de l'espace mais clos en l'ellipse de ses îles bordées de falaises.

Lieu " féminin " aux qualités apparemment contradictoires, que le peintre voudrait " fécond et virginal tout à la fois (Mary n'a pas enfanté et repart " pure et vierge"), ouvert et fermé (le fond mime le macrocosme que l'île et la verticalité réduisent et closent), énigmatique et familier (lieu unique et extérieur pour des actions multiples et intérieures)" (Georges Didi-Huberman).

Lieu d'où naît le mystère.

Comme la Vierge de l'exégèse, Mary, dans chaque tapisserie, relie par son corps la terre fleurie promesse de vie au ciel " étoilé " de fleurs, c'est à dire pour le croyant l'Eden des premiers jours d'Adam et Eve et le Paradis éternel.
Et notre œil (nos yeux, notre regard) se portera au point de rencontre de ces deux lieux, au nombril qui marque extérieurement le lieu de la conception et de la naissance, de la liaison nourricière, de la médiation. Ce lieu de nouage est marqué extérieurement, en chaque tapisserie, par une pierre précieuse ainsi qu'un germe déposé en ce lieu de gestation, pierre et germe symboles d'immortalité, cœurs d'une fleur garnissant une ceinture ou une bordure de manche.


Jouant sur la renommée biblique de son prénom, Perréal a-t-il voulu suivre Albert le Grand qui, dans son De laudibus Beatae Mariae Virginis, voit en la Vierge Marie un être omnicolore et transcolore, unissant en elle, étant le réceptacle du Dieu supposé, toutes les couleurs de tous les éléments (terre, fleurs, arbres…) du Jardin clos ?
Et tout ce que la mariologie scolastique a pu inventer sur Marie peut-il (doit-il) être repris pour Mary ? Ces assemblages nominaux à base de Maria, assemblages innombrables, extrêmes, voire surréalistes genre " cadavre exquis " ! Ou mieux encore quand Dante commence son chant 23 de Paradiso : " Vergine madre, figla del tuo figlio, vierge mère, fille de ton fils " en soulignant le double paradoxe corporel contre lequel bute toute raison, quand ce n'est pas le Fils qui devient " la mère de sa mère " en La recevant au Ciel en son giron.
Ainsi, Albert le Grand parle-t-il d'un trésor empli de douze espèces de pierres précieuses que Marie (Maria thesaurus) reçoit en son utérus, le corps du Christ. Recevons, nous aussi, le coffre de
Le Toucher (La Tente) comme un ventre fécond, un tabernacle, un temple.


A bien regarder et sous peine d'une lecture plus serrée, pas de croix, d'eau, ni de Christ. Aucun message biblique, religieux. Les textes religieux affirmaient que trois éléments révéleraient la plus grande beauté, celle de Dieu bien entendu : l'intensité de la lumière, la vigueur de la couleur, l'harmonie des proportions. Telle est bien Notre Dame. Mais pour ma part, je n'y ressens aucun souci " pédagogique " : si La Dame m'apparaît agréable à regarder, compréhensible au premier degré, elle ne semble pas éducative, édifiante, inspiratrice de " bonnes " actions. Elle ne participe pas non plus à l'exposition de la misogynie judéo-chrétienne née de la Genèse qui affirme que la femme, être supplétif, secondaire, créée d'Adam, est à l'origine du mal, de la faute. Pas d'Incarnation symbolisée dans La Vue, capture de la licorne par une vierge, ce que Mary n'était plus ; pas d'Annonciation évidente dans L'Ouïe où pourtant les ventres s'arrondissent, la chasse ne concerne que la héronne ou les petits lapins.

http://www.cineclubdecaen.com/peinture/analyse/histoirechretienne.htm

Pourtant, en plein 20ème siècle, des lectures religieuses ou apparentées en ont été données : Bertrand d'Astorg, Le Mythe de La Dame à la licorne, roman, Seuil, 1963 - La Loge féminine Heptagone, La Dame à la Licorne, interprétation symbolique, La Maison de Vie, 2000 - Edouard Finn, La Dame à la Licorne in Question de n°40, Retz, 1981 - Alice Fano, La Dame à la licorne ou " L'Encaminamen Catar ", in Synthèses n°208, 1963 - Albert Le Normand, Sur la symbolique de la tapisserie de La Dame à la Licorne (interprétation alchimique), Cahiers de psychologie de l'art et de la culture, n°6, Paris, 1980 - Simone Hannedouche, La Dame à la Licorne, essai d'interprétation, Cahiers d'études cathares, n°22, 1964 - Yves Monin, Le message des tapisseries de La Dame à la Licorne, Le Point d'eau, 1979 http://e.y.monin.free.fr/index.html - Jean-Noël Cordier, Le Mystère de La Dame à la licorne, analyse symbolique, ésotérique et initiatique, Lacour, 1999.

http://www.amopa.asso.fr/pdf/articles/revue187_cordier.pdf

L'immense toile interplanétaire informatique en livrera certainement d'autres à celles et ceux qui savent chercher et trouver.

http://pagesperso-orange.fr/marc.champommier/galerie0.html

http://avnsg.free.fr/vierge11.JPG

http://theudericus.free.fr/Genealogie/Orcival/Orcival_Vierge_Noire.jpg

http://www.musee-moyenage.fr/images/pages/bitmaps/o_vierge_romane.jpg

Le milieu du 12ème siècle voit l'installation des Vierges en Majesté sur les tympans des églises (à Chartres et Paris, puis à Bourges, Reims, Donzy, Laon) à l'endroit le plus en vue de la façade, marquant l'apparition d'un culte marial plus tendre. Descendantes des statues reliquaires carolingiennes, des Vierges en Majesté étaient également portées en procession sous des dais, comme des personnes royales, et reposaient à l'intérieur de tentes. La résurgence du culte marial au 16ème siècle, après celle du 12ème siècle et avant celle du 19ème siècle, n'est-elle pas apparue pour contrebalancer l'ordre social dominé par le masculin, la monarchie féodale au Moyen Âge, la science à la Renaissance, la technologie à la fin du 19ème siècle ?

Claude de France, deux fois " porteuse de Graal ", est-elle " une des incarnations de la femme souveraine, maîtresse des destins, cette Pistis Sophia de la tradition gnostique toujours présente dans l'inconscient collectif, et qui tente, à sa façon, de reprendre sa place perdue du fait de l'usurpation du dieu mâle et de refaire le monde en y projetant de nouvelles forces vitales " (Jean Markale, Les Dames du Graal, Pygmalion, 1999) ?

 

Dans tous les récits du Graal, la porteuse d'un objet 'saint' est unanimement reconnue comme la fille du Roi Pêcheur et ultime descendante d'une lignée sacrée. Claude, nanisée par sa petite taille par rapport à Mary, est-elle rédimée par le port d'un objet apparenté à un objet 'saint' et pas sa position dans les deux cas 'à droite' de Mary, place privilégiée ? Son statut m'apparaît ambigu aux yeux du peintre : il s'intéresse à elle mais conserve à Mary la place centrale.

Le Goût (détail)
La Chasse à la licorne - tapisserie 1 (détail)

L'attitude de Claude, comme une offrande à l'Enfant - Dauphin attendu. Un dessin comme une copie de l'Adoration des rois mages : les pièces d'or - la coupe - la position fléchie du roi...

Gérard David,  Adoration des Rois Mages

Ancienne Pinacothèque de Munich

 

A tant feuilleter les ouvrages d'art relatifs aux 15ème et 16ème siècles, comment ne pas être enclin à trouver des réminiscences d'œuvres antérieures dans La Dame.

Enguerrand Quarton - La Vierge de miséricorde -1453 - Chantilly - musée Condé

 

Dans L'Ouïe, Mary semble avoir été " fécondée " ainsi que son homonyme biblique le fut, non par le sperme de Joseph mais par le Verbe, souffle divin : " non ex virili semine, sed mustico spiramine, non à partir d'une semence virile, mais à partir d'un souffle mystique " (Albert le Grand). D'où la présence subtile du positif et de ses soufflets, et de la double grossesse représentée avec tant de vérité et de génie.

Pour Le Toucher (La Tente), j'ai déjà présenté une source possible : Piero della Francesca.
Une œuvre se prête aussi au jeu des ressemblances : le panneau central du Retable de Sainte-Colombe, L'Adoration des Mages de Roger van der Weyden hébergé à la Alte Pinakothek de Munich. Notre artiste l'a-t-il vu ?

http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000070826.html

L'étable ou la grotte, lieux clos et ténébreux, métaphore du temple divin prolétarisé, sont très souvent le décor " naturel " des Nativités.
Le Toucher (La Tente) me paraît conçue et agencée comme une Nativité que l'on n'a pas pu célébrer mais qui demeure toujours possible par la représentation sublimée de l'accouplement charnel évoqué plus haut.
Se lit la même disposition spatiale (que le schéma ci-dessous résume) sur une éminence rocheuse/île où se tient la scène ainsi isolée du macrocosme décrit avec force détails. Les mouvements même des personnages me semblent identiques et la position oblique du Christ enfant que retient les mains jointes du Mage central rappelle la coulée des bijoux dans le coffret tenu par Claude. Maternité " attestée " pour Marie, déçue pour Mary.

 

 

 

 

 

tente / étable - grotte = temple

arbres - hampes / colonnes
arbres - hampes / colonnes
lion / Mage 1

Mary / Marie
(sur le seuil)

licorne / Mage 3

coffret - bijoux / J.C.
chien assis / bœuf - âne
Claude / Mage 2

tout autour : macrocosme : faune - flore / ville - campagne

 

Certes, il existe dans La Dame des éléments empruntés :
aux chiffres sacrés : bien évidents, des croissants de lune, par trois ; et des arbres, quatre. Le chiffre 3 pour la trinité, le 4 pour la matrice.

à la Bible :

- les quatre arbres peuvent être lus comme l'armature que forme les quatre Evangiles pour la parole divine. Ou encore le rappel multiplié de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, de l'arbre de Vie, des arbres bons à manger et agréables à voir, de l'arbre de la Croix ou de l'arbre de Jessé, des quatre bras du fleuve d'Eden (Genèse, 2,11-14) ou des quatre piliers du temple de la Déesse-Mère

- les flammes de feu semées sur la tente peuvent évoquer celles de la Pentecôte quand'Esprit se serait descendu sur les Apôtres

à des images pieuses (le trône, le dais, l'homonymie des prénoms Marie/Mary sur laquelle le peintre a dû jouer, l'île-amande comme une mandorle couchée, l'île porteuse de Mary comme le croissant de lune, reflétant "la lumière" du Christ, porte Marie qui hérite d'une partie du symbolisme de la déesse égyptienne Isis dont l'attribut était un croissant de lune dirigé vers le haut.

 

Heures de Rivoire - v. 1465-1470
Donateur devant la Madone
BnF - NAL 3114, fol. 20v

Cette figuration de la Vierge, les pieds reposant sur un croissant de lune, représente l'Immaculée Conception. Selon la légende chrétienne, contrairement à l'Assomption, elle descend du ciel sur la Terre, afin de "racheter" la "faute" (?) d'Eve. Elle a les yeux baissés pour la différencier de la Vierge de l'Assomption qui monte au Ciel.

 

Le croissant de lune est surtout associé aux divinités féminines. Artémis, divinité grecque de la chasse (Diane pour les latins), tient à la main un croissant de lune ou en porte un sur la tête). Par sa forme, le croissant rappelle la 'barque céleste' de la résurrection.

Ishtar fut l'une des divinités les plus importantes de Mésopotamie. Déesse de la lune, elle se nommait encore Inanna, Astarté, Ashtar, avant de devenir Isis dans l'Egypte antique.

Astarté, déesse phénicienne de l'Amour

La reine est guidée par Isis

 

A l'image de la lune et de ses diverses phases, elle représentait les forces de la nature, créatives ou destructrices. Elle est parfois représentée en déesse de la fertilité, poitrine généreuse ou multiple, ventre bien arrondi. Elle est aussi la déesse de l'amour charnel. Et de la guerre, représentée debout sur un lion (symbole de la férocité), parée de serres et d'ailes de chouette. Elle porte parfois un couronne d'étoiles à trois étages ornée de lapis-lazuli et un collier aux couleurs de l'arc-en-ciel qui souligne son lien avec le ciel. La nuit, à travers le ciel, elle conduisait un char tiré par des lions ou des chèvres.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Art%C3%A9mis

http://www.culture.gouv.fr/culture/medieval/francais/vrmar2.htm

à des représentations au cours des processions (fleurs jetées dans les rues de Paris à Florence, tapisseries ornant les murs des édifices, des maisons, tableaux vivants montrés dans un riche décor)

à une symbolique mariale ou christique (le titre de " reine " ; la chasteté à lire dans la capture de la licorne de L'Ouïe ; les fleurs, innombrables : l'œillet, la rose, la pensée, l'ancolie, le muguet, la violette, la pâquerette, la marguerite, par exemple ; la grenade, la licorne et le lion, le houx et l'oranger…)
Ces éléments aideraient à une telle lecture, à laquelle, sans doute aucun, nous convie le peintre. Pour nous leurrer, selon moi. Il y a une coloration massive de toute la symbolique attachée à la Vierge par homophonie des prénoms Marie/Mary, mais délestée de toute signification religieuse, me semble-t-il. Le symbolisme religieux est beaucoup plus lisible et acceptable dans La Chasse à la licorne des Cloisters.

Les roses : symbole des Tudor mais aussi symbole de la Vierge, avec tant d’autres fleurs mariales.
Dans la tapisserie ‘La Fontaine’ de La Chasse, les roses symbolise la Vierge et la licorne, Jésus, la mère et le fils ainsi réunis comme dans ce tableau de Martin Schongauer (1450-1491), La Vierge au buisson de roses de 1473 à voir en l'église saint Martin de Colmar : (les roses rouges et blanches : symboles de l'amour et de la pureté)(deux anges vêtus de bleu apportent une couronne : qui prononce ces mots inscrits ? : « Me carpes genito tu quoque o Sanctissima Virgo - Tu iras, toi aussi, me cueillir pour ton fils, ô très Sainte Vierge » )

http://www.cineclubdecaen.com/peinture/peintres/limbourg/tresrichesheures.htm

 

Ile - jardin clos. Comment le dire et l'imaginer mieux que cette image de 1411-1416, Le Paradis, des Très Riches Heures du duc de Berry du Musée Condé de Chantilly.
Ile-Eden de La Dame d'où Mary fut exclue. Fruit mangé. Fruit qu'elle ne porta pas. Arbres, entre terre et ciel. Semence, graine. Au Nom du Père. 7 scènes, sur 7 îles d'un paradis perdu, qui disent les raisons de cet exil, de ce renvoi. Comme les 7 Douleurs du Christ, les 7 Douleurs et les 7 Joies de sa Mère, les 7 instruments de la Passion, les 7 péchés capitaux, les 7 planètes.
La Vierge Marie se retrouvera au centre de cette immense horlogerie comme elle l'a été, dès le milieu du 12ème siècle, en Majesté au centre des tympans… Puis tournera autour d'elle, en une mandorle cosmique, toute une auréole peuplée d'anges, de saints, de bienheureux.
L'œuf, marial ou trinitaire, crée la vie ou la redonne.
Notre Mary, en Majesté au centre des tapisseries, étend en un somptueux baroque d'un gothique flamboyant les multiples orbes des objets (personnages, animaux, végétaux) qui gravitent ou ont gravité autour de son pouvoir royal. Reine d'un des plus grands et des plus puissants royaumes d'alors, elle avait pouvoir sur toute personne et toute chose. Avant que tout ne fût enfermé dans le coffre étatique.

 

L'œil, l'oreille et la Bible

L'œil et l'oreiIle peuvent désigner la totalité de l'action humaine.

L'œil est l'un des biens les plus précieux de l'être humain.

En témoignent le mot " pupille ", en grec " korè " = " fille de l'œil " et en hébreu " ichôn " = " petit homme de l'œil ".
- " Ouvrir les yeux ", c'est rendre la vue, délivrer des ténèbres spirituelles
- " avoir les yeux ouverts ", c'est reconnaître quelqu'un.
- L'œil s'identifie au cœur pour désigner l'esprit qui saisit quelque chose.
- L'œil trahit l'être intérieur, il est la " lampe du corps " qui, laissant passer la lumière divine, empêche de chuter et permet d'admirer les hauts faits de Dieu ; aussi parle-t-on d'un œil bon et d'un œil mauvais, ainsi que de la convoitise des yeux.
- " lever les yeux ", c'est devenir attentif à quelque chose ou entrer en dialogue avec quelqu'un, avec Dieu lui-même.
- Jésus dont les yeux sont comme une " Flamme de feu " a ouvert les yeux des aveugles pour symboliser l'accueil de la " Bonne Nouvelle ".

Matthieu : 15, 14 : Laissez-les : ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles ; si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse.
Luc : 11, 34-35 : Ton œil est la lampe de ton corps. Lorsque ton œil est en bon état, tout ton corps est éclairé ; mais lorsque ton œil est en mauvais état, ton corps est dans les ténèbres.
Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres.
Matthieu : 20, 15 : Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux ? Ou vois-tu de mauvais œil que je sois bon ?
Luc : 19, 42 : Si toi aussi, au moins en ce jour qui t'est donné, tu connaissais les choses qui appartiennent à ta paix ! Mais maintenant elles sont cachées à tes yeux.
Luc : 24, 31 : Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux.

L'oreille et la Bible

Tout comme l'œil, mais différemment, l'oreille symbolise la compréhension : écouter, c'est obéir.
- Jésus a " ouvert les oreilles " des sourds (Matthieu : 11, 5), pour symboliser l'action de Dieu qui " éveille l'oreille " en sorte que des paroles peuvent " s'accomplir aux oreilles " (Luc : 4, 21) : la parole devient un événement actuel. Ces oreilles peuvent être " béatifiées ", et, jointes aux yeux " (Matthieu : 13, 16) désignent l'être en sa totalité.
Toujours, il s'agit de révélation et de sagesse : l'oreille s'identifie même au cœur.

Rois 1 : 3, 9 : Accorde donc à ton serviteur un coeur intelligent pour juger ton peuple, pour discerner le bien du mal ! Car qui pourrait juger ton peuple, ce peuple si nombreux ?
Proverbes : 23, 12 : Ouvre ton coeur à l'instruction, Et tes oreilles aux paroles de la science.

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Ces emprunts me paraissent totalement profanisés, laïcisés, la femme dans son rôle retrouvé (je pense à la poésie des troubadours) de porteuse de désirs féminins et créatrice de désirs masculins. Ce n'est pas la foi en Marie qui a enfanté La Dame mais l'amour en Mary. Non le Verbe, mais l'événement, le passage fulgurant de Mary dans la vie d'Antoine.
Rupture brutale dans la pensée de l'époque. Si La Dame avait été publiquement offerte à la vue de tous, elle aurait contribué à diffuser la pensée " humaniste " en son siècle. Le peintre, dans La Dame, a mis à mal mille ans de christianisme en refusant un langage qui va disparaître.
La Dame échappe au désir du Dieu et annonce mon désir humain pour des lieux de rencontres où je trouverai un autre regard qui ne soit pas celui que me renvoie le miroir mortifère où Narcisse se noie. Regard d'une autre, d'un autre où sourit déjà la promesse d'une prévenance, d'une amitié, voire d'un amour ; mon corps découvrira alors l'aisance d'être et de faire.

La Dame n'est plus une œuvre du Moyen Âge car elle n'est pas au service de Dieu et de sa religion, de son Eglise. Elle est au service exclusif d'Antoine Le Viste. Attitude nouvelle. A la Renaissance européenne, surtout en Italie, une bourgeoisie pré-capitaliste (industrielle, bancaire, de robe) ne supporte plus le contrôle religieux sur la production symbolique et revendique, en s'alliant aux artistes, un nouveau savoir et une nouvelle représentation intellectuelle du monde, de leur monde.

 

 

Imaginons que notre artiste et son commanditaire Antoine Le Viste aient voulu exposer la voie mystique suivie par Maître Eckhart (1260-1328) et ses disciples, Jean Tauler (v.1300-1361) et Henri Suso (1296-1366) entre autres, dont les écrits leur sont connus.

Les sept tapisseries que je suppose avoir constitué la tenture initiale (2 Trônes + 5 Sens) représenteraient les diverses étapes sur la voie du " détachement " (Abegescheidenheit), du " délaissement ", de l'" abandon ", de la " sérénité " (Gelâzenheit), de l'" anéantissement " recherchés.

Sente ardue où les pleurs et les rires peuvent se succéder avant le dépouillement ultime. Car il s'agit de trouver Dieu, ou plutôt, il faut que Dieu me trouve.

 

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" Les maîtres louent grandement l'amour comme le fait saint Paul quand il dit : " Quelque œuvre que j'accomplisse, si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien. " Quant à moi, je loue le détachement plus que tout amour. Et d'abord pour cette raison : ce que l'amour a de meilleur, c'est qu'il me force à aimer Dieu, alors que le détachement force Dieu à m'aimer. Or il est bien plus noble de forcer Dieu à venir à moi que de me forcer à aller à Dieu, parce que Dieu peut plus intimement s'insérer en moi et mieux s'unir à moi que je ne puis m'unir à Dieu. Que le détachement force Dieu à venir à moi, je le prouve ainsi : toute chose aime à être dans le lieu qui lui est naturel et propre. Or le lieu naturel et propre de Dieu est l'unité et la pureté, et c'est ce que produit le détachement. " (Du détachement)

Voie de négations successives (il me faut tout abandonner) assimilable à la voie des négations, la via negativa, par laquelle les mystiques définissent Dieu.

" Et s'il n'est ni bonté, ni être, ni verité, ni Un, qu'est-il donc ? Il est Néant, il n'est ni ceci ni cela. " (Sermon 23, traduction de Jeanne Ancelet-Hustache - Seuil, 1974) )

" Les maîtres disent que Dieu est un être, un être doué d'intellect, et qu'il connaît toutes choses. Or nous disons : Dieu n'est ni un être ni doué d'intellect et il ne connaît ni ceci ni cela. Ainsi donc, Dieu est libéré de toutes choses et c'est pourquoi il est toutes choses. " (Sermon 52 - Seuil, 1978)


— Voie de " détachement "
par laquelle l'âme se vide des choses et des tendances qui pousse l'être humain vers le créé, par la pauvreté matérielle, " extérieure ", mais surtout la " pauvreté intérieure ", " la pauvreté en esprit " (" l'humilité "), le dépouillement intérieur lié à la noblesse dans la grâce.

" Et lorsque je pénètre tous ces écrits autant que le peut ma raison et qu'elle est capable de le reconnaître, je ne trouve rien que ceci : le pur détachement est au-dessus de toutes choses, car toutes les vertus ont quelque peu en vue la créature, alors que le détachement est affranchi de toutes les créatures. Voilà pourquoi Notre-Seigneur dit à Marthe : Unum est necessarium, c'est-à-dire : Marthe, celui qui veut être en paix et pur doit posséder une chose : le détachement. " (Du détachement)

Un détachement qui ressemble fort à un " anéantissement de soi-même " :

" Les maîtres louent aussi l'humilité plus que beaucoup d'autres vertus. Mais je loue le détachement plus que toute humilité et voici pourquoi : l'humilité peut exister sans le détachement, alors que le parfait détachement ne peut pas exister sans parfaite humilité, car la parfaite humilité tend à un anéantissement de soi-même. Or le détachement est si proche du néant qu'il ne peut rien y avoir entre le parfait détachement et le néant. C'est pourquoi il ne peut y avoir de détachement sans parfaite humilité. " (Du détachement)


— Voie de " délaissement " : " L'homme doit se libérer de lui-même et de toutes choses. ", capacité produite dans l'âme par la grâce de Dieu.

" Tu dois savoir que jamais encore personne ne s'est assez renoncé en cette vie qu'il ne trouve à se renoncer davantage encore. Peu de personnes prennent vraiment cela en considération et s'y maintiennent. C'est une équitable compensation et un juste échange dans la mesure où tu quittes toutes choses, dans cette même mesure, ni plus ni moins, Dieu pénètre en toi avec tout ce qu'il a, tout comme tu as quitté complètement toutes choses qui sont en toi. Commence par là et paye pour cela autant que tu peux. C'est là que tu trouveras la véritable paix, et nulle part ailleurs. " (Instructions spirituelles, 4. De l'utilité de l'abandon que l'on doit accomplir intérieurement et extérieurement. (Les Traités - traduction de Jeanne Ancelet-Hustache - Seuil, 1971)

Pour Maître Eckhart, il faut se libérer de tout, même de " Dieu ", pour pouvoir enfin recevoir Dieu :
" Nous disons donc que l'homme doit être si pauvre qu'il ne soit ni n'ait en lui aucun lieu où Dieu puisse opérer. Tant qu'il réserve un lieu, il garde une distinction. C'est pourquoi je prie Dieu qu'il me libère de " Dieu ", car mon être essentiel est au-dessus de " Dieu " en tant que nous saisissons Dieu comme principe des créatures. " (Sermon 52)

" Or je demande ici quel est l'objet du pur détachement. Je réponds ainsi : ni ceci ni cela n'est l'objet du pur détachement. Il repose sur le néant absolu et voici pourquoi il en est ainsi : le pur détachement se situe au sommet. Or celui est au sommet en qui Dieu peut agir selon son absolue volonté. Or Dieu ne peut agir dans tous les cœurs selon son absolue volonté, car bien que Dieu soit tout-puissant, il ne peut cependant agir que s'il trouve ou opère la disponibilité. " (Du détachement)

 

" Eckhart est un maître rigoureux dans l'exigence d'abandon à la volonté divine :

" Ceux qui sont complètement sortis d'eux-mêmes, qui ne cherchent absolument rien qui leur soit propre en aucune chose, quelle qu'elle soit, grande ou petite, qui ne considèrent rien au-dessous d'eux, ni au-dessus d'eux, ni à côté d'eux, ni en eux, qui ne visent ni bien, ni honneur, ni agrément, ni récompense, ni royaume céleste, et qui sont sortis de tout cela, de tout ce qui leur est propre : ces gens rendent honneur à Dieu, ils honorent Dieu véritablement et lui donnent ce qui est à lui. " (Sermon 6 : Iusti vivent in aeternum).

" Quel que soit le nom donné à cette attitude de l'âme acceptant le bon vouloir de Dieu sur elle, détachement, " laisser-être ", libération, dépossession, renoncement, désappropriation, dépouillement, abandon, tous ces mots traduisent avec quelques nuances la même réalité. " (Sermons I, introduction générale, p. 33)

" Son invitation constante au détachement, son insistance sur la " percée " jusqu'au " grunt ", l'abîme divin, le désert, la nuda essentia dei, font de lui l'interlocuteur tout désigné des spirituels asiatiques pour qui la " vacuité " et le " néant " marquent l'aboutissement de l'expérience religieuse. " (p. 36)


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Ce " détachement " auquel doit parvenir le mystique est celui de Dieu, du Christ et de la Vierge :

" Or tu dois savoir que, de toute éternité, Dieu a été et est encore dans cet immuable détachement, et sache-le : lorsque Dieu créa le ciel et la terre et toutes les créatures, cela ne concerna pas plus son immuable détachement que si aucune créature n'avait jamais été créée.

Je dis en outre toutes les prières et les bonnes œuvres que l'homme peut accomplir dans le temps troublent aussi peu le détachement de Dieu que si jamais prières et bonnes œuvres n'avaient pas été accomplies dans le temps, et Dieu n'en est pas moins généreux ni bien disposé envers l'homme que si celui-ci n'avait jamais prié ou accompli de bonnes œuvres.
Je dis davantage : lorsque le Fils dans la déité voulut devenir homme, le devint et subit le martyre, le détachement immuable de Dieu ne fut pas plus troublé que s'il ne s'était jamais fait homme. "
[…]

" Or quelqu'un pourrait dire : Le Christ était-il aussi dans un détachement immuable lorsqu'il dit : " Mon âme est triste jusqu'à la mort ? " et Marie, lorsqu'elle était au pied de la croix - et on parle pourtant beaucoup de sa lamentation - comment tout cela peut-il s'accorder avec le détachement immuable ?

Ici, tu dois savoir ce que disent les maîtres : dans chaque être humain sont deux hommes différents ; l'un se nomme l'homme extérieur, c'est l'être sensitif ; les cinq sens le servent, et pourtant l'homme extérieur agit par la puissance de l'âme. L'autre homme se nomme intérieur, c'est l'intériorité de l'homme.

Or tu dois savoir qu'un homme spirituel qui aime Dieu ne fait pas appel aux puissances de l'âme dans l'homme extérieur, sinon quand les cinq sens en ont absolument besoin, et l'intériorité ne se tourne vers les cinq sens que dans la mesure où elle est un chef et un guide des cinq sens et veille sur eux pour qu'ils ne se livrent pas à leur objet selon l'animalité, comme le font certaines gens qui vivent selon leur volupté charnelle comme le font les animaux sans raison, et de telles gens se nomment plus véritablement des animaux que des hommes.

Et toutes les puissances que possède l'âme au-delà de ce qu'elle donne aux cinq sens, ces puissances, l'âme les donne entièrement à l'homme intérieur, et quand cet homme se tourne vers quelque chose de haut et de noble, elle tire à soi toutes les puissances qu'elle a prêtées aux cinq sens, et l'homme est privé de ses sens et ravi, car son objet est une image intellectuelle ou quelque chose d'intellectuel sans image. Mais sache que Dieu attend de tout homme spirituel qu'il l'aime avec toutes les puissances de l'âme.

Il a dit en effet : " Aime ton Dieu de tout ton cœur. " Or certaines personnes consument absolument toutes les puissances de l'âme dans l'homme extérieur. Ce sont celles qui tournent tous leurs sens et leur raison vers les biens passagers et qui ne savent rien de l'homme intérieur. Or tu dois savoir que l'homme extérieur peut avoir une activité, alors que l'homme intérieur demeure totalement libre et insensible.

Or dans le Christ aussi étaient un homme extérieur et un homme intérieur, de même en Notre-Dame. Et quand le Christ et Notre-Dame parlaient de choses extérieures, ils le faisaient selon l'homme extérieur, tandis que l'homme intérieur demeurait dans un détachement immuable. Ainsi lorsque le Christ dit : " Mon âme est triste jusqu'à la mort ", et lorsque Notre-Dame se lamentait et quoi qu'elle pût dire ou faire, son intériorité demeurait dans un détachement immuable." (Du détachement)

Ainsi : " Notez-le bien, gens de raison. Nul n'est plus joyeux que celui qui se trouve dans le plus grand détachement. " (Du détachement)

 

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Dans son sermon " Comment l'âme suit sa propre voie et se trouve elle-même ", Eckhart montre que, lors de son union à Dieu, l'âme subit trois morts :

la première mort est celle où l'âme perd son être de créature.

— la deuxième mort est celle où l'âme perd l'image incréée elle-même :
" C'est pourquoi le quelque chose de Dieu n'est point trouvé par l'âme, tant qu'elle n'a pas été réduite à néant, où qu'elle se trouve ou puisse se trouver, créée ou incréée, ainsi que nous venons de le dire de l'image éternelle. Telle est donc la deuxième mort et la deuxième sortie, quand l'âme sort de l'être qu'elle a dans l'image éternelle pour chercher le royaume de Dieu. Et c'est pourquoi un maître dit " Celui qui veut venir à Dieu doit venir avec rien. "

— la troisième mort est celle où l'âme perd ce qu'Eckhart nomme " la nature divine primitive qui est opérativement dans le Père ". Ainsi dit-il : " Il faut que l'âme meure à toutes les opérations que l'on attribue à la nature divine, si elle veut arriver à l'essentialité divine où Dieu s'abstient de toute opération. "

L'âme connaît alors la béatitude par sa déification, par la " grâce d'inhabitation ". Par la venue de Dieu dans l'âme, la déification de l'âme se produit : Dieu naissant dans l'âme, l'âme se déifie. Dieu demeure en l'âme et l'âme demeure en Dieu. L'âme est une image de Dieu, quasiment Dieu (Got - Dieu trinitaire et créateur) elle-même (la Déité, diu Gotheit, "abîme sans fond, désert, origine, qu'il nomme cause première").

" Quand l'âme reçoit un baiser de la déité, elle acquiert toute sa perfection et sa béatitude, alors elle est embrassée par l'Unité. " (Sermon 10 : In diebus suis placuit Deo)

" La volonté veut la béatitude. On m'a demandé quelle est la différence entre la grâce et la béatitude. La grâce, alors que nous sommes maintenant dans ce corps et la béatitude que nous aurons plus tard dans la vie éternelle, se comportent l'une envers l'autre comme la fleur par rapport au fruit. " (sermon 21 : Unus deus et pater omnium, Aux Ephésiens, 4, 6)

 

Deus et homo : Dans ma naissance [éternelle], toutes choses naquirent et je fus cause de moi-même et de toutes choses, et si je l'avais voulu je ne serais pas, et toutes choses ne seraient pas et si je n'étais pas, Dieu ne serait pas non plus. Que Dieu soit "Dieu", j'en suis une cause ; si je n'étais pas, Dieu ne serait pas "Dieu". Il n'est pas nécessaire de savoir cela." (Sermon 52)

 

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Considérons l'ensemble de la tenture à l'aune de cette mystique rhénane :

 

La dame au fil des tapisseries (depuis la première, Le Trône 1) qui tracèrent pour elle la voie du " détachement ", a vidé son âme, s'est débarrassée de tous ses biens externes et internes et refuse dès lors tous les appels de ses sens.

La tapisserie " Mon seul désir " est l'étape du " délaissement ", propice à l'entrée de la Déité dans son âme vide (que peut représenter la tente, tente-âme parfaitement unie au monde extérieur (le millefleurs et ses animaux).

Considérons l'œil du triangle frontal de la tente comme la conscience de notre dame mystique ou de notre pèlerin mystique, ouverte sur son " âme " (où Dieu est né) et le Monde. Âme et Univers unis dans un Soi illuminé par sa récente expérience numineuse. Âme et Univers unis dans la synchronicité de l'unus mundus, selon les termes de C. G. Jung. L'île-Terre au centre du Cosmos.

La septième tapisserie, celle que George Sand a vue et que je nomme " Le Trône 2 ", pourrait évoquer cet état d'union si forte entre l'âme et l'Univers dans l'unus mundus.

C'est cette voie que suit celui que je nomme " le Pèlerin " dans La Chasse. Son cheminement est pour lui une quête d'évolution psychique et de réalisation de soi ; une recherche d'harmonisation de sa conscience et de son inconscient ; un " processus d'individuation " : hériogamie au porte de la Cité de Dieu.


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Jeanne Ancelet-Hustache, présentant sa traduction du traité de Maître Eckhart De l'homme noble, écrit :

" Suivant saint Augustin dans De vera religione, mais avec plus d'ampleur, en développant les images, surtout avec une passion contenue qu'on ne trouve pas dans son modèle, Eckhart indique ensuite les six degrés d'ascension de l'homme noble, les six étapes qu'il doit parcourir dans son voyage. L'homme noble imite d'abord les personnes pieuses, comme un enfant qui ne se tient pas encore bien debout et se nourrit de lait. Au second degré, il tourne le dos à l'humanité et cherche la face divine. Au troisième, il rejette la peur et s'applique aux choses de Dieu, uni à lui dans l'amour. Il s'enracine ensuite tellement en lui qu'il est prêt à accepter les souffrances de toute nature : tel est le quatrième degré. Au cinquième, il repose en silence dans la surabondance de la suprême sagesse. Parvenu au sixième degré, transformé au-delà de lui-même dans l'éternité de Dieu, il oublie totalement la vie temporelle, il est devenu l'enfant de Dieu.

Augustin avait indiqué un septième degré qui est le repos suprême et ne se distingue pas de la béatitude éternelle. Eckhart ne parle pas d'un tel septième degré, seulement de repos et de béatitude éternels, avec des termes équivalents â ceux d'Augustin, " car la fin de l'homme intérieur et de l'homme nouveau est la vie éternelle ."

 



" Notre-Seigneur dit dans l'Évangile [Luc 19, 12] : " Un homme noble partit pour un pays lointain afin d'y obtenir un royaume et il revint ensuite. " Notre-Seigneur nous enseigne pat ces paroles à quel point l'homme est créé noble en sa nature, à quel point est divin ce à quoi il peut parvenir par grâce et aussi comment il doit y arriver. "

" Le premier degré de l'homme intérieur, de l'homme nouveau, dit saint Augustin, c'est quand l'homme vit selon le modèle de personnes bonnes et saintes, mais il s'appuie encore sur les chaises, reste près des murs et se nourrit de lait.

Le second degré, c'est quand désormais il ne regarde plus seulement les modèles extérieurs ni les personnes de bien, mais court en hâte vers l'enseignement et le conseil de Dieu et de la sagesse divine, tourne le dos à l'humanité et son visage vers Dieu, échappe aux genoux de sa mère et sourit au Père céleste.

Le troisième degré, c'est quand l'homme échappe de plus en plus à sa mère, s'éloigne toujours davantage de ses genoux, fuit le souci, rejette la peur, si bien que, même pouvant agir mal et injustement sans scandaliser personne, il n'en a cependant pas le désir ; car il est uni à Dieu par l'amour et le bon zèle, jusqu'à ce que Dieu le mène et l'introduise à la joie, la douceur et la félicité où il ne peut supporter ce qui est dissemblable et étranger à Dieu.

Le quatrième degré, c'est quand il croît et s'enracine de plus en plus dans l'amour et en Dieu, de telle sorte qu'il est prêt à accepter tout ce qui est contrariété, tentation, adversité, et à supporter de souffrir de bon gré et volontiers, avec désir et joie.

Le cinquième degré, c'est quand il vit enfermé de toutes parts en lui-même, reposant paisiblement dans la richesse et la surabondance de la suprême et inexprimable Sagesse.

Le sixième degré, c'est quand l'homme est détaché des images et transformé au-dessus de lui-même par l'éternité de Dieu, quand il est parvenu à l'oubli total et parfait de la vie éphémère et temporelle, transformé en une image divine, devenu enfant de Dieu. Il n'existe pas au-delà de degré plus haut, là sont le repos et la félicité éternels, car la fin de l'homme intérieur et de l'homme nouveau est la vie éternelle. "

[…]

" … Notre-Seigneur a tout à fait raison de dire qu'un homme noble partit pour un pays lointain afin d'y obtenir un royaume et il revint ensuite. Car l'homme doit être un en lui-même et chercher cet un en soi et dans l'Un, et le recevoir dans l'Un, c'est-à-dire uniquement contempler Dieu et " revenir ", c'est-à-dire savoir et reconnaître que l'on a un savoir et une connaissance de Dieu. "

[…]

" Un avec l'Un, un de l'Un, un dans l'Un et, dans l'Un, un éternellement. Amen. " (De l'homme noble)

 

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Pour atteindre la page "Le Pèlerin" de La Chasse : cliquer ici

Équipe de Recherche sur les mystiques Rhénans
http://www.chez.com/eckhart


Site "Bible Gateway " permettant
- de retrouver des traductions de la Bible
- et de faire des recherches par extraits ou par mots clés
http://www.biblegateway.com/

 

Bulle sur parchemin de Jean XXII : " In agro dominico " du 27 Mars 1329 où sont condamnés 28 articles de Maître Eckhart - Vatican, A.A. arm. I-XVIII, n. 3226
http://www.pileface.com/sollers/IMG/pdf/In_agro_dominici.pdf

 

 

 

Trouvés sur Internet

— Assemblée Générale - Résumés des conférences - Session n°3 : La Dame à la Licorne - The Lady with the Unicorn

Mme Lise Warburg, Copenhague, Danemark - La Dame à la Licorne - une nouvelle lecture iconographique

C'est ici un résumé de mon livre à paraître : Danzen med enhjornigen - et ikonograflsk gensyn. La base poétique des tableaux est le Cantique des Cantiques, figurant les rapports du Christ avec I'Eglise, son épouse, souvent sous la figure de la Vierge. Les tapisseries présentent un cycle triomphant de la Vierge du Rosaire, lié à la Fête-Dieu. Elles présentent les grandes déesses de l'antiquité, que la Vierge a conquises et absorbées, représentant les six sacrements dont elles-mêmes sont les sources. Des lignes "invisibles" peuvent être tracées entre les animaux "parlant" ; elles constituent les symboles du message essentiel de l'œuvre.

 

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Pourtant, malgré ma certitude, je veux coller ici le texte suivant. Ce dimanche 22 Novembre 2009, je termine le livre de Jean Markale, Rennes-le-Château et l'énigme de l'or maudit. Les deux dernières pages (pp.317-8) m'invitent à les comparer à l'histoire narrée par La Dame et à la tapisserie Le Toucher (La Tente) qui la conclut. Une femme, belle et jeune, nommée Marie/Mary, un serpent, un coffret et son trésor, l'amour, le désir d'Amour, de Perfection…

" A bien examiner l'œuvre de Saunière, on parvient à une conclusion très simple s'il a laissé un message - et cela paraît indéniable - ce ne peut être que dans l'image qu'il a donnée de Marie de Magdala, image trop forte et trop aveuglante pour qu'on l'ait prise en compte jusqu'à présent.
La répétition du thème est une indication en soi, même si cette répétition est logique dans une paroisse dédiée à la Magdaléenne. Sa figuration, on l'a remarqué, prend la place d'ordinaire réservée à la Vierge Marie, et elle n'est pas tout à fait représentée comme ailleurs. C'est surtout la scène où Marie de Magdala se tient agenouillée dans la grotte, face à la croix rustique, avec la tête de mort trouée, qui est révélatrice. La présence de ce crâne troué constitue un aveu : la tête de mort est en quelque sorte un élément symbolique et magique placé traditionnellement auprès d'un Trésor. Il fait sombre dans cette grotte, mais la lumière extérieure vient inonder le visage de la femme dans sa méditation. " J'ai méprisé le royaume du monde et tout ornement du siècle", fait-on dire à la Magdaléenne. Est-ce à dire que ce Trésor qu'elle semble garder n'appartient pas à ce monde, et qu'il acquiert ainsi une importance exceptionnelle dans le message global du Christianisme ? Le Serpent de la Connaissance qui grimpe sur la robe de Marie de Magdala, au tympan de l'église, ne fait que renforcer cette idée, et l'arche, ou le coffre, à ses pieds peut aussi bien signifier sa navigation vers la Gaule que la conservation d'un objet précieux caché aux regards des autres.
Marie de Magdala est l'image de la Féminité dans sa plus haute expression. Elle est la " révélatrice " de Jésus ressuscité. Elle est celle qui accomplit l'onction royale sur le Christ. Elle est celle qui aima Jésus, et que Jésus aima, entre toutes les femmes, celle qui lui donna la seconde vie, celle de l'Esprit et du Corps glorieux. C'est un message d'Amour, mais d'un Amour qui peut transformer le monde. Les troubadours occitans le savaient, eux qui répétaient sans cesse que c'était à travers la Femme qu'on atteignait Dieu. Mais la Magdaléenne symbolise aussi la Beauté "convulsive", qui peut être également " explosante-fixe ", c'est-à-dire génératrice d'un éternel devenir vers la Perfection. Mais, pour l'instant, dans un monde qui n'est pas encore capable de comprendre le message suprême, la Beauté se cache dans une grotte. C'est Gérard de Nerval qui le dit :

Reconnais-tu le temple au péristyle immense,
Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents,
Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
Où du dragon vaincu dort l'antique semence ?

L'Or maudit de Rennes n'est-il pas en définitive la semence du dragon vaincu, mais seulement endormi? Le message de Saunière n'est-il pas de réveiller le Dragon ? C'est là que la quête peut se révéler dangereuse, fatale même pour celui qui n'est pas préparé à ce genre de confrontation. Il faut oser pénétrer dans cette grotte, car, comme l'avoue Nerval, décidément bien initié, " la Sainte de l'Abîme est plus sainte à mes yeux " (Artémis). C'est incontestablement une invitation à chercher non pas l'Or de Rennes, mais l'Or de la Reine, enfoui dans cette grotte où dort l'antique dragon, dans un coffre que Marie de Magdala tient précisément entre ses mains de fée... "

 

 

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