La Dame

dans le tissu
des structures anthropologiques
de l'imaginaire

(en hommage à Gilbert DURAND - 1921-2012)

 

Le mythe est le socle anthropologique sur lequel s'élève la signification historique.

Le mythe est la plus scientifique des facultés.
Gilbert DURAND, Le Nouvel esprit anthropologique, Albin Michel, 1996

Ma 'philosophie' est une philosophie reposant avant tout sur l'imaginaire du Sapiens Sapiens, le seul imaginaire qui nous soit connaturel et accessible.

L'Imaginaire (c'est-à-dire le réservoir anthropologique de toutes les représentations possibles) est bien l'identité, donc 'l'indicateur' comme on dit en sociologie, de Sapiens Sapiens.
Gilbert DURAND, Fondements et perspectives d'une philosophie de l'imaginaire

C'est une illusion bien superficielle que de croire qu'il y a des mythes 'nouveaux'. Le potentiel génétique de l'homme, sur le plan anatomo-physiologique comme sur le plan psychique, est constant depuis qu'il y a des hommes 'qui pensent', c'est-à-dire depuis les quinze à vingt mille ans d'existence d'homo sapiens sapiens.
Gilbert DURAND, Introduction à la mythodologie, Albin Michel, 1996

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilbert_Durand

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mythanalyse

http://1libertaire.free.fr/ImaginaireDurand.html


Abordons ensemble, le temps d'un chapitre, aux " rives " que nous présentent les analyses de Gilbert Durand, ce " polythéiste chrétien " et " individualiste " comme il se nomme lui-même, qui s'est " toujours réclamé d'une scientificité à la fois 'rationnelle' et 'empiriste' ", le mieux à même de nous livrer des pistes d'appréhension de La Dame.

Dans Le retour des dieux, un entretien ainsi nommé par Patrice van Eersel qui en a recueilli les propos, Gilbert Durand dit :
" Je pensais à une banque de données sur tous les symboles, avec l'idée que les souches archétypiques sont en très petit nombre, parce qu'elles sont liées à la verbalité humaine. À nos verbes : avaler, rendre, serrer, lâcher, descendre, monter... [verbes qui sont vraiment à l'œuvre dans La Dame] C'est ça la matrice de notre imaginaire…
Ma théorie des structures de l'imaginaire est celle-ci : contrairement à Jung, qui fait entrer dans le symbole archétypal beaucoup d'images qui sont déjà des projections, pour moi l'archétype est verbal, c'est-à-dire, en fin de compte, rattaché à notre gestuelle de base, qui remonte à la verticalité de notre grand-mère Lucy, à la frontalité de sa vision, à l'évolution de sa main, etc., bref à un tas de mouvements qui nous dotent d'une verbalité : le verbe est un son accompagnant l'action - Bachelard l'avait bien dit : tout cela est attaché à notre hominisation. J'en suis arrivé à la notion que, chez les humains comme chez les animaux, il y a des groupes de réflexes - disons des instincts, c'est plus simple -, qui inhibent tous les autres et qui sont dominants…. On a donc une panoplie de réflexes, qui nous donne les trois grands groupes structuraux sur lesquels j'ai fondé tout mon travail. Ce sont des verbes : 1°) se dresser, se tenir debout, tomber, chuter, etc. ; 2°) plus profond : avaler, croquer, déguster, boire, emboîter... (bien sûr, le verbe déborde sur ses attributs : on dira par exemple que la cruche "avale") ; 3°) et finalement copuler : un groupe dans lequel s'introduit toutes les notions de répétitivité et de rythme, comme chez les mammifères en train de copuler. C'est une rythmicité visible, mais il y en a d'autres, comme les palpitations cardiaques, l'inspir et l'expir, des rythmicités qui sont également dominantes-réflexes.
Donc ce sont des verbes qui sont à la base de nos archétypes.
L'homme est resté fondamentalement le même depuis Cro-Magnon. Oui. On a beau le balancer sur la lune ou n'importe où, c'est toujours l'homme de Cro-Magnon ! Il a les mêmes capacités cérébrales, les mêmes formes anatomiques, il ne faut pas se faire d'illusion : c'est le même. Seuls les outils changent. De plus en plus dangereux. On est loin des haches de pierres qu'utilisent encore les Papous - dont les "guerres" se soldent au pire par un mort ! Aujourd'hui le premier gamin d'un pays en guerre auquel vous donnez une mitraillette, peut tuer des centaines de personnes. Les instincts de Cro-Magnon sont toujours là. Les bons et les mauvais... Le progrès est un leurre, mais oui, il peut y avoir un perfectionnement individuel - et pourquoi pas collectif ? "


Le livre de Gilbert Durand, Les Structures anthropologiques de l'imaginaire, dont la première parution date de 1969, suivi linéairement, me servira de canevas pour synthétiser en quelques paragraphes ce que je voudrais dire de La Dame. A la paraphrase maladroite ou malhonnête, je préfère la citation, même longue.
Depuis que ce livre, cadeau somptueux au souvenir inaltérable, est mien, je ne cesse de m'y plonger, accompagnant sa lecture de celle des œuvres de son maître, Gaston Bachelard.
J'axerai essentiellement mes remarques autour de la tapisserie conclusive du Toucher (La Tente), qui est à mes yeux la pièce au symbolisme le plus riche et le plus accompli.

S'y opposeraient selon moi, dans la moitié supérieure, des images du Régime Diurne affirmant une volonté farouche de revalorisation (de Mary, d'Antoine Le Viste, du peintre Jean Perréal) après la " chute " (la non-naissance d'un dauphin, d'un fils, l'éviction officielle) que dévoileraient, dans la moitié inférieure, des images du Régime Nocturne.
Dans cette tapisserie, se confrontent deux moments historiques et psychologiques antithétiques : le Régime Diurne de la psyché " gravitant autour des schèmes ascensionnels et diaïrétiques et promouvant des images purificatrices et héroïques " et le Régime Nocturne convoquant des " gestes de la descente (bijoux et multiples lunes minuscules de la robe) et du blottissement (le chien sur le banc), se concentrant dans les images de mystère et de l'intimité. " (pp. 305-306)

1- Le Régime Diurne est " structuré par la dominante posturale, ses implications manuelles et visuelles, et peut-être aussi ses implications adlériennes d'agressivité " ; il concerne " la dominante posturale, la technologie des armes, la sociologie du souverain mage et guerrier, les rituels de l'élévation et de la purification ".
" Le Régime Diurne de l'image se définit d'une façon générale comme le régime de l'antithèse ". Entre 'Ténèbres' et 'Lumière', fuite devant le Temps et victoire sur la Mort.

1.1- Premier volet : " les visages du temps dévastateur " et de la mort qui seront à découvrir sous les symboles :
· thériomorphes (symbolisme animal) que sont parfois la licorne et le lion agressifs et menaçants, gueule ouverte, au sadisme dentaire (et peut-être, mais si peu car euphémisés, les renards, les lionceaux, les chiens)
· nyctomorphes (symbolisme temporel des ténèbres) à lire dans le regard borgne du roi déchu (l'œil anamorphique du Toucher-La Tente), dans les larmes, le miroir, la longue chevelure de La Vue, le 'lacs' brisé des cordes qui tendent la tente comme un destin coupé par la Parque
· catamorphes : (symbolisme de la chute) présents dans la peur de L'Ouïe et de La Vue ; dans l'euphémisme de la chair, son effacement par l'absence de " nudité " des jeunes femmes ; dans cet intestin-gouffre, ce ventre digestif et sexuel qu'"est" le coffret du Toucher (La Tente).


1.2- Second volet de l'antithèse : " le sceptre et le glaive " à découvrir sous les symboles :
· ascensionnels de la verticalité (les arbres, les hampes, les personnages) et de l'ascension (les oiseaux zénithaux, les pointes des lances, des cornes), de la souveraineté ouranienne (roi, père, chef) : gigantisation de Mary (dont la taille égale celle de la tente), présence de Mary reine dans les deux Trônes (assise en majesté, coiffée de ses couronnes)
· spectaculaires de la lumière et du soleil, de l'œil et du verbe (la 'parole' magique de la devise abolit le chaos et redonne mentalement le pouvoir à celle et/ou celui qui la prononce, la clame)
· diaïrétiques (de séparation, de tranchage et de purification) des armes du héros, du baptême et de la purification (les lances Le Viste bien sûr assurent le rôle du 'glaive') (les 'falaises' de l'île sont-elles à considérer comme des enceintes à dessein militaire pour ordonner le chaos alentour, le contenir à l'extérieur du 'temple', du 'jardin clos', comme une protection de Mary, son 'armure' ?)

Les schèmes ascensionnels et diaïrétiques constituent le contrepoint de la chute par une volonté de purification et de reconquête de la transcendance déchue.
Via les lances qui portent ses armes et les pointes levées des croissants multipliés, Antoine Le Viste est porteur des signes de lumière et de résurrection auprès de la Reine-Mère (même si elle n'a que 18 ans) contre Louis XII, " fort antique et débile " selon l'expression de Louise de Savoie, dont il ne subsiste qu'un regard borgne.

1.3- Pour clore le premier chapitre (les symboles ascensionnels) de la deuxième partie (le sceptre et le glaive) consacrée au " Régime Diurne de l'image ", p.162 de la dixième édition de 1984, Gilbert Durand écrit :

" En conclusion, les symboles ascensionnels nous apparaissent tous marqués par le souci de la reconquête d'une puissance perdue, d'un tonus dégradé par la chute. Cette reconquête peut se manifester de trois façons fort voisines et que relient de nombreux symboles ambigus et intermédiaires : elle peut être ascension ou érection vers un au-delà du temps, vers un espace métaphysique dont la verticalité de l'échelle, des bétyles et des montagnes sacrées, est le symbole le plus courant. On pourrait dire qu'à ce stade il y a conquête d'une sécurité métaphysique et olympienne ".
Cette première manifestation pourrait se lire dans les verticalités des personnages, des animaux, des lances, des arbres et des fleurs et dans la tente associable à une " montagne sacrée " par sa forme.

G. Durand poursuit : " Elle peut se manifester, d'autre part, dans des images plus fulgurantes, soutenues par les symboles de l'aile et de la flèche, et l'imagination alors se teinte d'une nuance ascétique qui fait du schème du vol rapide le prototype d'une sublimation de la chair et l'élément fondamental d'une médiation de la pureté. L'ange est l'euphémisme extrême, presque l'antiphrase de la sexualité ".
Cette seconde forme serait à déceler dans le combat aérien du faucon et de la héronne, dans la corne élancée et quasi verticale de la licorne, dans la présence des deux lances dans chaque tapisserie. L'absence d'hommes (si l'on excepte les licornes et les lions dissimulant des personnages historiques) est-elle à son tour euphémisation de l'ange ?

La conclusion se termine ainsi : " Enfin la puissance reconquise vient orienter ces images plus viriles : royauté céleste ou terrestre du roi juriste, prêtre ou guerrier, ou encore têtes et cornes phalliques, symboles dont le rôle magique met à jour les processus formateurs des signes et des paroles. Mais cette imagination du zénith appelle impérieusement, comme l'a bien montré Eliade [Images et symboles], les images complémentaires de l'illumination sous toutes ses formes ".
La tapisserie du Toucher (La Tente) offre à nos regards une " virilité monarchique " par la présence métaphorique de Dieu ou du roi dans l'anamorphose de l'œil et dans la présence haute de la couronne fleurdelysée, l'abondance des " cornes " de lune sur les oriflammes et les mâts. La devise est " la parole " édictée et révélée ; l'or des lettres et des larmes, de la couronne et du sommet de la tente assure " l'illumination " que l'" imagination du zénith " de Perréal a projeté dans cette pièce conclusive des cinq sens.

Sont ainsi réunis, dans cette tapisserie que je ne cesse de trouver la plus symbolique, le " verticalisme ascensionnel " et le symbolisme de la lumière, de la vision et de la parole qui rendent possible une " connaissance à distance ".
Cette "transcendance s'accompagne " ici " de purification " (dans un sens selon moi non religieux) quand Mary abandonne le collier dans le coffret.

Il me semble que Le Goût (tapisserie où Mary est conquérante) et Pavie (en l'absence des deux Trônes manquants) sont les seules représentations d'une transcendance armée où le peintre (et son commanditaire ami) campe à travers l'attitude similaire de la dame, héroïne solaire, (Mary Tudor portant haut le faucon à l'aile et au bec falqués et Anne de France tenant lance et corne) son audacieuse témérité. Les autres tapisseries exposent une dame essentiellement héroïne lunaire, résignée et bien triste, voire en larmes.

" Et l'on peut dire que l'actualisation du Régime Diurne de l'image se fait par le glaive et les attitudes imaginaires diaïrétiques. Le Régime Diurne est donc essentiellement polémique. La figure qui l'exprime est l'antithèse, … et sa géométrie ouranienne n'[a] de sens que comme opposition aux visages du temps : l'aile et l'oiseau s'opposant à la thériomorphie temporelle, dressant les rêves de la rapidité, de l'ubiquité et de l'envol contre la fuite rongeuse du temps, la verticalité définitive et mâle contredisant et maîtrisant la noire et temporelle féminité ; l'élévation étant l'antithèse de la chute tandis que la lumière solaire était l'antithèse de l'eau triste et des ténébreux aveuglements des liens du devenir. C'est donc contre les visages du temps affrontés à l'imaginaire en un hyperbolique cauchemar que le Régime Diurne rétablit par l'épée et les purifications le règne des pensées transcendantes. " (pp. 202-203)


2- A l'opposé, le Régime Nocturne se subdivise " en dominantes digestive et cyclique, la première subsumant les techniques du contenant et de l'habitat, les valeurs alimentaires et digestives, la sociologie matriarcale et nourricière, la seconde groupant les techniques du cycle, du calendrier agricole comme de l'industrie textile, les symboles naturels ou artificiels du retour, les mythes et les drames astro-biologiques. " (p. 59)
" Le régime Nocturne de l'image sera constamment sous le signe de la conversion et de l'euphémisme. " (p. 224)

2.1- la descente et la coupe seront les maîtres - mots des symboles de l'inversion et de l'intimité.

2.2.1- les symboles de l'inversion
· images de nourriture, de richesse et de fécondité : Le Goût, L'Ouïe, Le Toucher (La Tente) (multitude des éléments, des couleurs et des lignes)
· lenteur de la descente (des bijoux dans le coffret)
· euphémisation du ventre sexuel et du ventre digestif (la tente, le coffret)
· euphémisation du temps : la musique comme nocturne (L'Ouïe)
· antiphrase de la femme fatale : Mary/Marie

2.2.2- les symboles de l'intimité
· euphémisation de la mort : Le Toucher (La Tente)
· le centre paradisiaque (l'Eden), l'enceinte circulaire assimilée au ventre (les îles : œufs cosmiques, la tente), l'enceinte carrée (Jérusalem) assimilée au refuge défensif (les arbres)
· le centre (le nombril de Mary toujours au centre)
· l'isomorphisme du Graal (la coupe du Goût, de L'Odorat)
· l'or (la devise, la couronne et les larmes de la tente)


2.2- le cercle et l'arbre
seront les supports des symboles cycliques (mesure et maîtrise du temps) dans l'espérance de vaincre le temps : les " histoires ", les " récits ", des " mythes synthétiques qui tentent de réconcilier l'antinomie qu'implique le temps : la terreur devant le temps qui fuit, l'angoisse devant l'absence, et l'espérance en l'accomplissement du temps, la confiance en une victoire sur le temps. Ces mythes avec leur phase tragique et leur phase triomphante seront donc toujours dramatiques, c'est-à-dire mettront alternativement en jeu les valorisations négatives et les valorisations positives des images. " (p. 323)
· les trois croissants de lune des armes Le Viste
· le Bestiaire de la lune (le lapin, l'agneau, le serpent)
· les quatre arbres
· les fleurs " mariales "

A demeurer exclusivement dans le Régime Diurne, La Dame aurait débouché " soit sur une vacuité absolue, une totale catharophilie de type nirvânique, soit sur une tension polémique et une constante surveillance de soi fatigante pour l'attention. La représentation ne peut constamment, sous peine d'aliénation, rester l'arme au pied en état de vigilance ... Face aux visages du temps une autre attitude imaginative se dessine donc, consistant à capter les forces vitales du devenir, à exorciser les idoles meurtrières de Kronos, à les transmuter en talismans bénéfiques, enfin à incorporer à l'inéluctable mouvance du temps les rassurantes figures de constantes, de cycles qui au sein même du devenir semblent accomplir un dessein éternel ... Au régime héroïque de l'antithèse va succéder le régime plénier de l'euphémisme ... Et la psychanalyse a génialement mis en évidence que Chronos et Thanatos se conjuguent à Eros. [Marie Bonaparte] " (pp. 219-220)


2.3- Les structures synthétiques de l'Imaginaire " intègrent en une suite continue toutes les autres intentions de l'imaginaire " (p. 399) : structures d'harmonisation des différences et des contraires (par exemple entre le désir de Mary et/ou d'Antoine et celui des licornes et des lions qui sont le Destin entravant le désir de 'nos deux héros'). Cette synthèse dont le but est d'accélérer le temps et de la maîtriser est axée vers le futur. Ainsi apparaît dans les civilisations le mythe du Fils, ce fils que réclame en la béance de la tente/Tente " mon seul désir ".

3- Ces deux Régimes de l'image sont " les deux aspects des symboles de la libido. "
" Tantôt en effet le désir d'éternité compose avec l'agressivité, la négativité, transférée et objectivée, de l'instinct de mort pour combattre l'Eros nocturne et féminoïde… L'énergie libidinale se met alors sous l'autorité d'un monarque divin et paternel, et ne tolère de la pulsion que son agressivité mâle et sa combativité qu'elle assaisonne de purifications ascétiques et baptismales.
Tantôt au contraire la libido composera avec les douceurs du temps, renversant comme de l'intérieur le régime affectif des images de la mort, de la chair et de la nuit, c'est alors que l'aspect féminin et maternel de la libido sera valorisé, que les schèmes imaginaires vont s'incurver vers la régression et la libido sous ce régime se transfigurera en un symbole maternel.
Tantôt enfin, le désir d'éternité semble vouloir dépasser la totalité de l'ambiguïté libidineuse et organiser le devenir ambivalent de l'énergie vitale en une liturgie dramatique qui totalise l'amour, le devenir et la mort. C'est alors que l'imagination organise et mesure le temps, meuble le temps par les mythes et les légendes historiques, et vient par la périodicité consoler de la fuite du temps. " (pp. 223-224)
Je trouve en ces lignes magnifiques de Gilbert Durand " le secret " de La Dame à la licorne, non l'historique mais celui qu'elle possède de nous " posséder " et de nous faire rêver.


4- Cette approche bipartite entre deux régimes du symbolisme recoupe celle, tripartite, des " trois grands gestes … donnés par la réflexologie " qui " déroulent et orientent la représentation symbolique vers des matières de prédilection qui n'ont plus qu'un lointain rapport avec une classification déjà trop rationalisée en quatre ou cinq éléments. Et selon l'équation qu'établit Leroi-Gourhan [L'Homme et la matière] : force + matière = outil, nous dirons que chaque geste appelle à la fois une matière et une technique, suscite un matériau imaginaire et, sinon un outil, du moins un ustensile.
C'est ainsi que le premier geste, la dominante posturale, exige les matières lumineuses, visuelles et les techniques de séparation, de purification dont les armes, les flèches, les glaives sont les fréquents symboles.
Le second geste, lié à la descente digestive, appelle les matières de la profondeur : l'eau ou la terre caverneuse, suscite les ustensiles contenants, les coupes et les coffres, et incline aux rêveries techniques du breuvage ou de l'aliment.
Enfin les gestes rythmiques, dont la sexualité est le modèle naturel accompli, se projettent sur les rythmes saisonniers et leur cortège astral en annexant tous les substituts techniques du cycle : la roue comme le rouet [d'où les industries du textile : filage, tissage…], la baratte comme le briquet, et finalement surdéterminent tout frottement technologique par la rythmique sexuelle. " (p. 55)

Les images les plus belles sont foyers d'ambivalence.
Gaston BACHELARD, La Terre et les rêveries de la volonté


Les entrées qui suivent dans l'ordre alphabétique illustrent sur des points précis l'analyse ci-dessus. Comme une part de " ce jardin des images qui est notre patrimoine intangible ", " images concrètes qui sont en moi et qui sont en l'autre, qui sont en l'un et l'autre " (Gilbert Durand, Fondements et perspectives d'une philosophie de l'imaginaire), forgées par 'Sapiens Sapiens' en réponse à ses désirs.


agneau :
Il appartient au Bestiaire de la lune où il côtoie l'araignée, la cigale, le dragon, l'écrevisse, l'escargot, l'ours, le serpent. Il apparaît cinq fois dans La Dame, dans chaque tapisserie des Cinq Sens initiales (pas dans Pavie où sa présence serait inexplicable).
" Par opposition au conquérant guerrier et solaire ", l'agneau chrétien, emblème du messie lunaire, du Fils, est " doux et inoffensif ".
G. Durand, à la suite de Jung, note le " caractère mixte de l'Hermès alchimique " : " L'alchimie ne tend pas à réaliser l'isolement mais la conjunctio, le rite nuptial auquel succède la mort et la résurrection. De cette conjunctio naît le Mercure transmué, appelé hermaphrodite à cause de son caractère complet. Ces noces sont les Noces de l'agneau, 'forme chrétienne du Hiéros Gamos des religions orientales' … Le Fils est assimilé au Christ, au produit du mariage médiateur dont on retrouve d'ailleurs des traces dans les légendes relatives à la naissance de Bouddha : Mâyâ est engrossée par l'éléphant blanc, l'Esprit, et met au monde le 25 décembre Siddhârtha, le futur Bouddha ".

aile :
" Outil ascensionnel par excellence ", elle évoque " l'immortalité ascensionnelle ". Dans son esquisse d'une 'ptéropsychologie', Bachelard convoque à ses côtés la flèche pour évoquer l'élévation, la pureté et la lumière. Dans les lances Le Viste et la corne de la licorne, assimilées au rayon du soleil, sont conjoints les symbolismes de la pureté, de la lumière, de la rectitude et de la transcendance.
Par les idées d'envol, de rapidité et d'ubiquité, les ailes des oiseaux, les oiseaux eux-mêmes et les lances sont un contrepoint à la fuite du temps. Leur verticalité mâle et la lumière solaire à laquelle ils s'allient les opposent aux éléments d'un univers imaginaire beaucoup plus féminin et nocturne : les croissants lunaires par exemple.
L'oiseau est " chargé … du phallisme de la puissance, de la verticalisation, de la sublimation et, si le vol s'accompagne de volupté, c'est, le remarque Bachelard [L'Air et les songes], d'une volupté purifiée. " (p.146)


arbre :

" Toute frondaison est invitation à l'envol " écrit G. Durand (p. 395)

Dans de nombreuses traditions, le serpent et l'arbre sont conjoints, le caducée réalisant leur assemblage dans une " dialectique de deux temporalités : l'une animale, emblème d'un éternel recommencement et d'une promesse assez décevante de pérennité dans la tribulation, l'autre, la végétale verticalisée en l'arbre-bâton, emblème d'un définitif triomphe de la fleur et du fruit, d'un retour par-delà les épreuves temporelles et les drames du destin, à la verticale transcendance " (p. 369).
Les quatre arbres de La Dame, " arbres de vie portant fleurs ou fruits, voire les deux comme les orangers, font preuve à mes yeux d'un " optimisme cyclique " et proclament par leur verticalité proche de celle de l'humain la promesse de résurrection et de triomphe. G. Durand note que " toute évolution progressive se figure sous les traits de l'arbre rameux " assimilés à la destinée humaine ; ainsi ont été dessinés et tissés les chênes, les houx, les orangers et les pins qui dessinent autour de Mary et de Claude, de la licorne et du lion, les limites sacrées du templum où chacun d'eux peut " facilement " représenter " le produit du mariage [du Dieu père et de la déesse mère], la synthèse des deux sexes : le Fils " (p. 394)
G. Durand résume comme suit le symbolisme de l'arbre : " l'archétype temporel de l'arbre, tout en conservant les attributs de la cyclicité végétale et de la rythmologie lunaire et technique aussi bien que les infrastructures sexuelles de cette dernière, voit l'emporter le symbolisme du progrès dans le temps grâce aux images téléologiques de la fleur, de la cime, de ce Fils par excellence qu'est le feu. Tout arbre et tout bois, autant qu'il sert à confectionner une roue ou une croix, sert en dernière analyse à produire le feu irréversible. C'est pour ces motifs que dans l'imagination tout arbre est irrévocablement généalogique, indicatif d'un sens unique du temps et de l'histoire qu'il deviendra de plus en plus difficile d'inverser. " (p. 398)


Athéna :

Son gigantisme est dû à sa qualité de déesse qui fréquente des hauteurs inaccessibles aux simples mortels.
La dame de cette huitième tapisserie post-Pavie en devient ainsi " surhumaine " et associe en elle :
· élévation
· puissance car la lance (tenue de la main droite) demeure l'arme mythologique préférée d'Athéna. La corne-épée qu'elle tient de l'autre main signale, par sa noblesse, sa puissance et sa rectitude morale. Par ce double geste, la dame adoube Antoine Le Viste.
· et lumière, par la présence de cet " or " qui ruisselle depuis la pointe de son diadème qui se veut le casque d'or de la déesse jusqu'au bas de sa robe, cuirasse en feuilles d'or.
Cette tapisserie s'intègre parfaitement dans cette intuition humaine qui incite à représenter le plus souvent la patrie (on devrait dire la matrie) sous l'apparence d'une femme (comme Athéna, Rome Germania, Marianne, Albion), à la fois Grande Mère primordiale (Terre obscure et enveloppante, grottes et fentes diverses, ondes aussi, où naissent les enfants) et Femme rédemptrice et bienfaisante.


Bestiaire
:
G. Durand note que de toutes les images, ce sont les images animales les plus fréquentes et le plus communes. Relevant l'universalité et la banalité du Bestiaire, il souligne sa pugnacité : " l'orientation thériomorphe de l'imagination forme une couche profonde, que l'expérience ne pourra jamais contredire tant l'imaginaire est réfractaire au démenti expérimental " ; ainsi, " le serpent continue à piquer malgré le biologiste " (p. 72).

A l'image de la lune " à la fois luminaire et animal ", " synthèse des hiérophanies opposées " qui "semble avoir recours à la totalité du matériel symbolique " et "annexe tout le Bestiaire " (p.339), Mary, déeesse-lune, tisse un triple rapport avec les animaux (p. 359) :
- elle est l'hostie que les fauves déchirent (dans sa robe du Toucher (La Tente), la multitude des lunes dans les volutes des grandes fleurs évoquent une telle fragmentation)
- elle est dompteuse (La Vue) ou chasseuse accompagnée de chiens (dans Le Goût, Pavie)
- elle pourrait être animal elle-même comme Artémis devenue ours ou cerf, Hécate chien tricéphale, Isis la vache Hator, Cybèle la lionne. En quel animal le peintre l'a-t-il métamorphosée à notre insu ?

Car, G. Durand l'explique ainsi, " en l'animalité, l'imagination du devenir cyclique va chercher un triple symbolisme : celui de la renaissance périodique, celui de l'immortalité ou de l'inépuisable fécondité, gage de la renaissance, enfin quelquefois celui de la douceur résignée au sacrifice. " (p. 360) La Dame expose me semble-t-il ce triple symbolisme.


bijoux :

Nombreux et magnifiques pour parer les deux princesses et reines, ils sont les symboles directs de la sexualité féminine.


centre :
Le Centre de l'espace a un " rôle médiateur et synthétique ". Si l'Est représente " l'aspect vainqueur du soleil levant ", l'Ouest, " l'aspect mystérieux et involutif, " le centre " semble bien donner la clé rythmique et dialectique de l'équilibre des contraires " (p. 58).
Mary, rédimée, rachetée après 'sa chute', en figure centrale d'une triade à caractère thériomorphe, maîtresse d'animaux supports d'armoiries encore terrifiants (surtout le lion). Au centre de chaque composition, elle est bien " l'arbre multicolore " du Codex Borgia surmonté d'un quetzal, oiseau de l'Est. Cet arbre cosmique, né du corps d'une déesse terrestre, symbole de l'Ouest, est entouré par le Grand Dieu Quetzalcoatl qui s'est sacrifié sur un bûcher pour donner naissance au Soleil et à Vénus et par Macuilxochitl, dieu de l'aurore, du printemps, des jeux, de la musique, de la danse et de l'amour.
Dans La Dame, Mary est flanquée des deux animaux qui à la fois la protègent et l'agressent : éléments universels de la triade caducéenne. Mary toujours au centre, équilibre les forces antagonistes que sont l'Est-léonin, pôle masculin du " soleil levant, vainqueur éclatant " du Régime Diurne, et l'Ouest-licornin, pôle féminin de " la lune, mystérieuse et involutive ", du Régime Nocturne.


chasse
:
Dans La Dame, il ne s'agit pas de chasser la licorne. Le peintre a déjà et magistralement traité le thème dans la tenture des Cloisters de mon ami Howard. Il ne peut donc y avoir, comme à New York, mutilation de l'animal, arrachement de sa corne pour en soustraire sa puissance et sa " féminité terrible ".
Dans Pavie, la dame, c'est à dire la France, se réconcilie avec cette puissance féminine en la touchant, elle s'y allie sans hallali, y puise une force nouvelle, s'y reféminise. Pour l'écrire comme G. Durand : " c'est la féminité terrible, c'est la libido destructrice … qui est ici exorcisée par la reconquête des symboles de la virilité [dont la corne fait partie]. " La pensée prend un style héroïque et viril dès l'acte guerrier ou l'exploit cynégétique. " (p.161)
Les symboles " ascensionnels " me paraissent avoir le même dessein dans la série primitive des tapisseries de 1515 et dans Pavie de 1525 : " souci de la reconquête d'une puissance perdue, d'un tonus dégradé par la chute ", celle de Mary (du peintre et d'Antoine) après la mort de Louis XII, celle de la France après Pavie. Cette reconquête se manifeste de trois façons (p.162):
· " ascension ou érection " (la verticalité des arbres et des hampes, des fleurs, de Mary, de la tente, des objets) pour " une sécurité métaphysique et olympienne "
· aile et flèche : dans une métaphore de l'amour (la chasse du faucon, la pie, le faisan, les lances et le penon de la tente) pour une " sublimation de la chair " et " une méditation de la pureté "
· royauté, corne phallique et lumière (la couronne et les fleurs de lys, la licorne-lune, le lion-soleil et les éléments dorés) pour une " souveraineté virile " et des " processus formateurs des signes et des paroles ".


chien :

Les déesses - lune, Hécate, Diane, Artémis, sont escortées de chiens.
Il est le doublet domestique du loup, symbole de la mort.
Il est aussi, sous les traits d'Anubis, de Caron et dans le nom païen de Saint-Christophe, Reprobatus, le " réprouvé " au rôle de passeur de morts sur l'autre rive du fleuve des Enfers.

corne :
Dans chaque tapisserie, la corne de la licorne affiche avec ostentation sa grâce et sa verticalité. Par deux fois, la dame la tient en main/s : dans Le Trône 1 que George Sand a vu et décrit où Mary tient une corne dans chaque main, dans Pavie où Anne de France tient la corne dans sa main gauche.
" Dans l'anatomie animale, c'est la corne, imputrescible et dont la forme oblongue est directement suggestive, qui va symboliser excellemment la puissance virile, d'autant plus que ce sont les mâles d'animaux qui portent les cornes. Marie Bonaparte note qu'en hébreu 'queren' signifie à la fois corne et puissance, force, de même en sanscrit 'srnga' et en latin 'cornu'. La corne non seulement par sa forme est suggestive de puissance, mais par sa fonction naturelle est image de l'arme puissante. C'est en ce point précis que la Toute-Puissance vient s'unir à l'agressivité ", du bien comme du mal. (p. 159)
Pour Mary et Anne, toucher la corne c'est annexer par appropriation de cet objet symbolique la puissance de la licorne, dans un désir de pouvoir pour Mary du Trône, dans un volonté d'exaltation guerrière pour Anne de France. C'est aussi transmettre, dans chacune des occasions historiques évoquées, ce désir et cette volonté aux armes d'Antoine Le Viste qui côtoient l'animal sans la présence d'aucun autre personnage derrière la licorne. La corne de la licorne n'est pas présentée en trophée comme elle l'est dans La Chasse des Cloisters à la suite d'une émasculation ou d'un scalp, mais elle fonctionne dans ces deux tapisseries clunysiennes comme un talisman ou une amulette et, telle une figure d'écu, elle complète les trois 'cornes de lune' des oriflammes et des hampes.


coupe :

Avec le coffre, elle est liée à " la descente digestive " et selon G. Durand, " le creux, comme la psychanalyse l'admet fondamentalement, est avant tout l'organe féminin. Toute cavité est sexuellement déterminée… Le psychanalyste a donc parfaitement raison de montrer qu'il y a un trajet continu du giron à la coupe. "
Elle est aussi métaphore du voyage (Mary venue et repartie) en cumulant " l'intimité du vaisseau et la sacralité du temple " (p. 290).
En unissant dans chacune des tapisseries des cinq sens (excepté donc Le Toucher actuel qui n'appartient pas à la tenture initialement conçue), les lances à des objets creux (coupe : Le Goût, L'Odorat ; miroir et giron : La Vue ; tuyaux du positif et ventres enceints : L'Ouïe ; coffret et tente : Le Toucher (La Tente), La Dame expose " un raccourci, un microcosme de la totalité du cosmos symbolique ". René Guénon (Le Roi du Monde) a montré que la lance et le Graal sont associés par " complémentarité psychologique " et non pour des raisons " historiques ", " comme sont complémentaires le campanile et la crypte, le poteau ou le bétyle et la source ou le lac sacré. " (p. 292)

Fils :
" Le symbole du Fils serait une traduction tardive de l'androgynat primitif des divinités lunaires. Le Fils conserve la valence masculine à côté de la féminité de la mère céleste. Sous la poussée des cultes solaires, la féminité de la lune se serait accentuée et aurait perdu l'androgynat primitif dont une part seulement se conserve dans la filiation. Mais les deux moitiés pour ainsi dire de l'androgyne ne perdent pas par leur séparation leur relation cyclique : la mère donne naissance au fils et ce dernier devient amant de la mère en une sorte d'ouroboros hérédo-sexuel. Le Fils manifeste ainsi un caractère ambigu, participe à la bissexualité et jouera toujours le rôle de médiateur. Qu'il descende du ciel sur terre ou de terre aux enfers pour montrer le chemin du salut, il participe de deux natures : mâle et femelle, divine et humaine. Tel apparaît le Christ, comme Osiris ou Tammuz… " (p. 344) Rien à ajouter !


fleur :

Ces fleurs qui flottent sur l'océan garance de chaque tapisserie de La Dame sont des nefs miniatures.
Le cycle végétal (graine - fleur - fruit - graine ...) est à l'unisson de celui de la lune et de ses phases successives (la 'lune noire' correspondant à l'enfouissement de la graine). L'histoire des religions sur de nombreux exemples montre " la collusion du cycle lunaire et du cycle végétal ". S'y retrouvent la " fréquente confusion sous le vocale de 'Grande-Mère' de la terre et de la lune, toutes deux représentant directement la maîtrise des germes et de leur croissance " (pp. 340/1). On sème à la nouvelle lune, on taille et on récolte à la lune descendante.
L'espérance " d'un retour, par-delà les épreuves temporelles et les drames du destin, à la verticale transcendance " se lit dans " le triomphe de la fleur et du fruit " (p. 369) et dans le symbolisme du serpent et de l'arbre.


Hermès / Mercure :

J'ai cru déceler sa présence ténue dans les larmes de la tente que je rapproche des dessins de sa tunique dans Le Printemps de Botticelli. Divinité lunaire, chtonienne et funéraire, il est un grand voyageur dont les alchimistes empruntent les traits qu'il aura vieillard et donc sage pour représenter le mercure.

Pour lire mon analyse du Printemps : cliquer ici

île :
Elle est l'image mythique de la femme, de la vierge, de la mère. Pour Mary, l'île où elle se tient sept (puis huit) fois :
· le lieu réel de sa naissance, l'Angleterre
· le lieu sacré, le " templum ", lié à sa fonction de reine de France et mère du futur roi
· le lieu symbolique de sa " mort " (c'est à dire de son retour, de son absence pour Antoine et le peintre) mais aussi de sa re-naissance dans la symbolique de l'île = sépulcre, retour à la Terre-Mère, au Ventre
· le lieu symbolique du retour au ventre de la Mère-Patrie dans un isomorphisme de la mort et de l'intimité maternelle, amniotique (Mary-nombril de chaque tapisserie au sein même de l'omphalos cosmique)
· la métaphore de la barque et/ou du berceau, ce lieu clos où le temps s'arrête.
Plus de lieu, plus de temps…
Un océan de rêve sur le mol océan des eaux. (Lamartine)

lapin :
Jacques Soustelle (La Pensée cosmologique des anciens Mexicains, Hermann, 1940) note la liaison étroite entre la lune et les nombreuses divinités de l'ivresse appelées " les 400 lapins ", l'ivresse symbolisant les diverses phases de la lune. Pour certains peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique, les taches et ombres sur la lune sont nommées " les empreintes du lièvre " et le lièvre y est animal héros et martyr comme l'agneau est l'emblème du messie lunaire du Fils dans la mythologie chrétienne.


larmes :

Liées à l'eau nocturne, aux cauchemars, Bachelard (L'Eau et les rêves) voyait en elles la " matière du désespoir ". Dans La Dame, elles n'apparaissent pas spécialement liées à la chevelure défaite de Mary (dans L'Odorat où elle pleure, sa chevelure est contrainte par sa coiffe ; dans La Vue où ses yeux sont gros d'avoir tant pleuré, sa chevelure est longue et libre).


lien :

Le fil, premier lien artificiel, est le symbole de la destinée humaine. Il est lié au labyrinthe, au temps, à la mort.
Par antiphrase, le lien est devenu le symbole de l'union heureuse et de l'amour : les fameux 'liens du mariage', les 'lacs d'amour' de certaines tapisseries.
Par le tissage de La Dame, Antoine Le Viste a voulu se lier à Mary. Croisement désiré de la chaîne et de la trame éternellement solidaires. Dans une relation étroite avec la nature animale et végétale à travers la laine, la soie et les teintures, le tissu présente son unité sans rupture, 'continue' la vie, prolonge la relation. Par le toucher, la palpation, Mary est encore 'vivante' sous les doigts. Pliée en ondes successives ou roulée, Mary se prêtait, inconsciemment bien sûr, à toutes les manipulations.
" La technologie des textiles … est dans son ensemble inductrice de pensées unitaires, de rêveries du continu et de la nécessaire fusion des contraires cosmiques " (p. 372).
Il existe également dans l'art du filage d'abord, par le mouvement même, circulaire du rouet, de la quenouille ; du tissage ensuite, par le rythme de passage (va et vient) alternatif de la navette, une dimension érotique.


lion
:
Dans La Terre et les rêveries du repos (José Corti, 1948), Gaston Bachelard (pages 62-63) oppose " une chimie de l'hostilité " (qu'habitent loups et lions dévorateurs, vipères et chiens, prouvant ainsi " l'animalisation des images en profondeur " et révélant " une psychologie de la violence, de la cruauté, de l'agression ") et une douce " chimie de l'affinité " et des Noces Chymiques : " Tout au long de l'alchimie, on a l'impression que le bestiaire métallique appelle le belluaire alchimiste."
Le Goût et Le Toucher (La Tente) montrent un lion ulcéré, aux dents sadiquement acérées, lançant (je l'entends distinctement ! et vous ?) un cri mordant. A mes yeux, il n'est pas le diable thériomorphe, mais François 1er et Wolsey fort mécontents. Mais Mary, telle Circé (la magicienne, " la drogueuse " aux " belles boucles " qui fréquente les Enfers où Ulysse retrouve sa mère Anticlée), maîtrise tout à la fois les chants, les loups et les lions (" Ils trouvent dans un val, en un lieu découvert, la maison de Circé aux murs de pierres lisses et, tout autour, changés en lions et en loups de montagne, les hommes qu'en leur donnant sa drogue, avait ensorcelés la perfide déesse ", Homère, Odyssée).


loup :

Il est en Occident, de l'Antiquité à nos jours encore, l'animal féroce par excellence. Comme le lion, il peut représenter le diable sous la forme du loup-garou.


lune :
Les croissants de lune sont très nombreux dans La Dame. Ils appartiennent certes aux armes de la famille Le Viste mais le peintre a su exploiter leur présence avec un art consommé du symbolisme. Mary n'est-elle pas elle-même lune quand sur sa robe du Toucher (La Tente) se disséminent tant de minuscules croissants blancs ?
La lune est depuis les temps lointains " horloge et calendrier par excellence " : elle est la première mesure du temps que les humains ont compté en suivant ses diverses phases.
Les croissants des hampes et des bannières rappellent que cette phase lunaire était due dans certaines légendes à la dévoration de la lune par le soleil 'léonin', cette "agression thériomorphe du lion " que Le Goût et Le Toucher (La Tente) évoquent.
Car à la vérité, la lune, liée depuis la nuit des temps à la mort et à la féminité, et ainsi au symbolisme aquatique, " apparaît comme la grande épiphanie dramatique du temps " (p. 111) contrairement au soleil qui ne change pas d'aspect.
La lune sera donc liée aux menstrues : faut-il voir dans cette constellation de lunes minuscules de la robe du Toucher (La Tente) la venue des règles sans qu'il y ait allusion à une féminité néfaste et inquiétante, à une faute ?
Selon Plutarque, Pausanias et Dion Casius, le serpent, dont je signale la présence dans le S de la devise, passait pour s'accoupler avec les femmes. Cette légende est universelle. G. Durand relève que " la plupart des déesses lunaires ou de la végétation ont une double sexualité : Artémis, Attis, Adonis, Dionysos, divinités indiennes aussi bien qu'australiennes, scandinaves ou chinoises ont une sexualité très variable. " (p. 334)
" La lune, non seulement est le premier mort, mais encore le premier mort qui ressuscite. La lune est donc à la fois mesure du temps et promesse explicite de l'éternel retour. " (p. 337) La lune est à la fois " mort et renouvellement, obscurité et clarté, promesse à travers et par les ténèbres et non plus recherche ascétique de la purification, de la séparation " (G. Durand, p. 338). Et pour le dire avec M. Eliade : " tout comme l'homme, la lune connaît une histoire pathétique … La multiplicité des hiérophanies lunaires … révèlent la vie qui se répète rythmiquement : la lune est vivante et inépuisable dans sa propre régénération " (Traité d'Histoire des religions, p. 142).
Dans La Dame, tout comme dans les légendes et les mythes, le " rythme cyclique a un autre support symbolique que le support astronomique lunaire : c'est le cycle naturel de la fructification et de la végétation saisonnière " (p. 339). La 'graine' française enfouie au ventre de Mary et qui n'a pas germé a promesse de fleurs et de fruits en terre anglaise, Antoine et le peintre le savaient à l'heure de concevoir la tenture. D'où à mon sens le calme et la lenteur qui rythment la suite des tapisseries et leur message d'espoir.
Certaines mythologies font part de la " désolation de la déesse " devant la mort du fils qu'elle n'a pas causée : Mary, dans Le Toucher (La Tente), pleure certainement de n'être plus reine mais aussi je pense de n'avoir pas su ou pu engendrer ce Fils attendu et dont elle dépose le 'corps mort' dans un coffre. Ce coffre n'est pas de bois qui va germer une fois en terre (comme dans les légendes d'Osiris, Attis, Adonis) mais en fer, annihilant toute espérance de dauphin français. Dans Le Toucher (La Tente), 'l'aventure' française de Mary est bien terminée mais toute " espérance résurrectionnelle " est encore possible par l'entrée de Mary en tente-angle-terre anglaise.


Marie :
" Sur un ascétisme dualistique exacerbé dans lequel l'enthousiasme, l'Eros divin, aboutit à l'amour de l'amour, à un désir vide d'objet qui, par haine de la chair, se retrouve face à face avec la mort, vient peu à peu se greffer une doctrine de l'amour qui va euphémiser le contexte charnel et progressivement renverser les valeurs ascétiques promulguées par les 'Parfaits'. Du 'fuir d'ici' platonicien à l'Eros platonique et finalement à la courtoisie et au culte de la Dame, le trajet psychique est connu. L'orthodoxie catholique elle-même ne pourra pas rester en marge de cette 'révolution psychique' inaugurée par l'hérésie [cathare au 12ème siècle] et finira par habiliter le culte de la Vierge-Mère, le culte de la femme exorcisée et sublimée " (pp. 220-221)
Dans Le Toucher (La Tente), Mary (que Pierre Gringore présentait lors de son entrée à paris comme l'incarnation de la Vierge en ce distique final : Acquis avons, pour nous nul n'en varie, / Marie au Ciel et Marie en la terre " campe devant le pavillon largement ouvert comme la Vierge des Nativités occupait le devant d'une grotte, d'une caverne ou d'une masure, images du ventre maternel.
L'androgynat de la 'Nature parfaite' se retrouve dans la contemporanéité historique de la chevalerie aux comportements mâles et de la courtoisie, du culte de la Dame et la mariolâtrie.

miroir :
Allez, n'ayons pas peur des mots : Dans La Vue, Mary, sa quarantaine terminée, peut épouser Charles Brandon car elle n'est pas enceinte. Ses règles sont venues annonçant aux yeux de tous la fin de l'attente. Ses menstrues sont à l'image de sa longue chevelure s'écoulant dans son dos. " L'eau " du miroir en est aussi une métaphore, qui permet à la Licorne-Brandon, tel Narcisse charmé se souriant, de prendre la place du roi défunt.
Le peintre a su magistralement convoquer en cette tapisserie de La Vue tous les éléments associés à la féminité : les menstrues et les croissants de lune, l'onde de la chevelure et du miroir. Dans cet univers essentiellement féminin, le lion a perdu son apparence thériomorphe.


musique :
Il nous est difficile d'imaginer que la scène de L'Ouïe se déroule dans l'obscurité de Cluny que seules trouent les lueurs de quelques bougies. Mais la tapisserie livre quand même son message : " le symbolisme de la mélodie est, comme celui des couleurs, le thème d'une régression vers les aspirations les plus primitives de la psyché mais aussi le moyen d'exorciser et de réhabiliter par une sorte d'euphémisation constante la substance même du temps. " (p. 256)
La ronde des animaux (onze, douze ?) tout autour de Mary mime le cycle du temps et du zodiaque et la relation qui conjoint macrocosme et microcosme. Au centre de ce cercle, en son foyer même, le ventre de Mary est métaphore du chaud et protecteur foyer maternel dont Mary a été chassée très jeune. Son chant est celui de son enfance, le rythme est celui qui la berçait et la rassurait. Jeune femme feignant une grossesse, elle est redevenue enfant au giron de l'obscurité et de la musique, en une douce et apaisante érotique.


nombre :
Les trois croissants de lune dans les armes des Le Viste peuvent rappeler les trois phases du cycle lunaire si l'on confond les phases ascendante et descendante ou si l'on omet 'la lune noire' (car en réalité la lune connaît quatre phases)
Si le chiffre 3 qui compte les croissants est un chiffre lunaire, le chiffre 7 qui est le nombre de tapisseries de la série initiale est un chiffre solaire issu " autour de l'antique sept planétaire ".
Le 'nombre d'or', qui instaure l'équilibre dans le déséquilibre, est partout présent dans La Dame : dans la composition elle-même et dans la corne spiralée de la licorne.


œil :
En mythologie et en psychanalyse, l'œil ou le regard sont liés à l'élévation et à la transcendance. Lisons-le comme l'expression du Surmoi : œil du Père (le chef de famille), du roi (l'autorité politique), de Dieu (l'impératif moral). " La vision est inductrice de clairvoyance et surtout de rectitude morale " écrit Gilbert Durand page 171.


oiseau :

Les oiseaux de La Dame, essentiellement le faucon et la héronne (mis à part le héron et la pie posés sur le sol manquant de La Vue), volent haut au-dessus de Mary, prolongeant ainsi la verticalité de sa posture debout. " L'imagination continue sur la lancée posturale du corps … l'aile est déjà moyen symbolique de purification rationnelle " écrit G. Durand (p.144). Et plus loin : " les images ornithologique renvoient toutes au désir dynamique d'élévation, de sublimation " pour souligner que G. Bachelard (L'Air et les songes) " esquisse une ptéropsychologie où convergent l'aile, l'élévation, la flèche, la pureté et la lumière " (p.145), tous éléments que chaque tapisserie de La Dame offre aux regards et à l'imagination.
Pour de nombreuses peuplades, le feu est isomorphe de l'oiseau. La colombe, le corbeau, le faucon, le roitelet sont pyrogènes. Le feu est souvent assimilé à la parole et au sommet. La tente de La Dame ne convoque-t-elle pas elle aussi ces éléments ?

or :
L'or inaltérable fréquente à la fois la pensée diurne en étant la couleur solaire et céleste et la pensée nocturne comme " quintessence cachée, trésor de l'intimité " (p.54).
Certains trouveront osée sa correspondance alchimique et psychanalytique avec les excréments liés avec la digestion, dans le chaud athanor de l'estomac ou du laboratoire. Mais à quelle fonction relier la lente descente des bijoux dans le coffret du Toucher (La Tente) ?


phallus :
Obsédé plus que de raison d'après certaines et certains, je le devine à bien des endroits dans La Dame.
Les diverses cornes de la licorne en sont la métaphore. Dans Le Trône 1, Mary, selon George Sand, en tient une en chaque main, qui sont le sceptre et la main de justice remis lors du sacre à Saint-Denis. Pour G. Durand, ce sont " les attributs de la paternité, de la souveraineté et de la virilité. C'est ce qui se produit en Occident pour le sceptre qui surmonte son autoritaire verticalité d'une main de justice ou d'une fleur de lys, attributs nettement phalliques " ajoutant : " Il semble qu'il y ait glissement de la paternité juridique et sociale à la paternité physiologique et confusion entre l'élévation et l'érection. " (p. 153)
Dans Pavie, je tiens la corne tenue par la dame comme le " glaive d'or " lié à la notion de justice tranchant entre le bien et le mal, renforçant l'allusion sexuelle qui évoque la puissance saine.
Dans Le Toucher (La Tente), l'apparence ithyphallique de Mary renvoie à l'hermaprodisme, à l'androgynie. (Cf. entrée Fils). Ainsi cette statue de bois de deux mètres qui vous accueille au Musée du quai Branly ( http://www.quaibranly.fr/fr/ ), statue androgyne de style Djennenke, peut-être pré-Dogon-Soninke, créée au Mali au 10ème ou 11ème siècle. Statue d'un roi-de-la-pluie ou de-la-paix et d'une reine-de-la-maternité, barbe et seins réunis au même corps xylique, cinq ou six siècles avant la Dame du Toucher (La Tente) ! Symbolise-t-elle le mode de succession matrilinéaire qui existait au Sahara ? L'idée de la perfection et de l'immortalité ?

http://www.rfi.fr/actufr/articles/078/article_44566.asp

roi :
Je le vois, comme il me voit, au fronton de la tente, dans cette anamorphose vincienne. Ce roi est le vieux roi Louis XII, " fort antique et débile " comme l'écrit Louise de Savoie dans son Journal à la date du 22 Septembre 1514. C'est le " Vieux Roi " des folklores, le " Roi aveugle ou borgne " dont l'infirmité signale " l'aveuglement " c'est à dire la perte de la raison et de l'intelligence. C'est l'œil qui symbolise l'inconscient.
L'œil royal de la tente rappelle que " toute puissance souveraine est triple puissance : sacerdotale et magique [Louis XII roi-prêtre, lieutenant de Dieu, guérit les écrouelles] d'une part, juridique [la 'loi salique' : Mary doit s'effacer] de l'autre et enfin militaire [la tente à l'aspect militaire, le coffret métallique]. " (p. 155)
La devise qui est celle d'Antoine mais aussi du roi défunt rappelle que la parole est l'homologue de la puissance et que la moitié de la puissance royale consiste en la faculté de bien dire, à l'instar d'Odhin, le dieu borgne, appelé parfois " le dieu du bien dire ". Ecrite en lettres d'or, elle rappelle aussi que la parole est " isomorphe dans de nombreuses cultures de la lumière et de la souveraineté d'en-haut ". (p. 176)
De plus, " il faut signaler une anastomose possible du langage et de la sexualité. Souvent en effet le verbe est assimilé au symbolisme du fils, ou par l'intermédiaire du symbolisme sexuel du feu, au dieu du feu lui-même, Gibil assyrien ou simplement déesse masculinisée comme Athéna. " (p. 176)


serpent :

Il est " le plus important des symboles de l'imagination humaine " et " sous les climats où ce reptile n'existe pas, il est difficile pour l'inconscient de lui trouver un substitut aussi valable, aussi plein de foisonnantes directions symboliques. " (p. 363)
Il est le symbole triple :
- de la transformation temporelle : il mue tout en restant lui-même. Il est " également pour la conscience mythique le grand symbole du cycle temporel, l'ouroboros " (le serpent s'avalant lui-même) qui porte au paroxysme sa capacité d'avalage et qui, " lieu de réunion cyclique des contraires, peut-être le prototype de la roue zodiacale primitive, l'animal-mère du zodiaque ". Il est " pour la plupart des cultures le doublet animal de la lune, car il disparaît et reparaît au même rythme que l'astre et compteraient autant d'anneaux que la lunaison compte de jours. "
- de la fécondité : " totalisante et hybride puisqu'il est à la fois animal féminin car lunaire, et aussi parce que sa forme oblongue et son cheminement suggèrent la virilité du pénis : la psychanalyse freudienne vient ici compléter une fois de plus l'histoire des religions. "
- de la pérennité ancestrale : dans bien des légendes, il est l'ancêtre. " Vivant sous terre, le serpent, non seulement recèle l'esprit des morts, mais encore possède les secrets de la mort et du temps : maître de l'avenir comme détenteur du passé, il est l'animal magicien ... il assume une mission et devient le symbole de l'instant difficile d'une révélation ou d'un mystère : le mystère de la mort vaincue par la promesse de recommencement ... Il tient donc une place symboliquement positive dans le mythe du héros vainqueur de la mort … il est au Bestiaire de la lune, l'animal qui se rapproche du symbolisme cyclique du végétal. " (pp. 368-369)

spirale :
Liée au nombre d'or, logarithmique, " elle possède cette remarquable propriété de croître d'une manière terminale sans modifier la forme de la figure totale et d'être ainsi permanence dans sa forme ", elle est le " glyphe universel de la temporalité, de la permanence de l'être à travers les fluctuations du changement " (p. 361).


tisser :

Antoine Le Viste aurait pu se contenter d'un portrait peint de Mary. Mais la commande d'une tenture de sept pièces installe son désir dans la symbolique du devenir à laquelle sont universellement liés les instruments et les réalisations du filage et du tissage, eux-mêmes assujettis à la lune et à ses phases par le rythme cyclique du rouet. Les Moires ou Parques, divinités lunaires, tissent, nouent ou coupent les fils de nos vies.
Chacune des tapisseries, trame chaîne étroitement entrelacées, n'offrait aux regards d'Antoine nulle déchirure mais une surface unie et rassurante. L'accrochage linéaire des sept tapisseries originelles en son appartement ne montrait aucune discontinuité ni rupture, recréant ainsi le lien qui s'était rompu par le départ de Mary. L'histoire reprenait son cours, riche de possibles rêvés. A la fois végétal (par les teintures) et animal (par la laine et la soie), " Mary " était palpable, pliable en vagues, enroulable à souhait. Ce que G. Durand écrit de la roue (et du cercle) peut être repris par La Dame : " elle se révèle comme archétype fondamentale de la victoire cyclique et ordonnée, de la loi triomphante sur l'apparence aberrante et mouvementée du devenir. " (p. 378)

zénith :
" les schèmes ascensionnels s'accompagnent toujours de symboles lumineux, de symboles tels que l'auréole ou l'œil " (p. 42) soit dans Le Toucher (La Tente) : les lettres d'or et les larmes (symboles lumineux), la couronne (l'auréole) liés au symbolisme du soleil et l'anamorphose (l'œil), tous ces éléments condensant l'isomorphisme de la lumière et de l'élévation et manifestant la transcendance politique, voire religieuse.


Je clos cet index sur cette merveilleuse citation (p. 268) de Gilbert Durand que je remercie de tout le plaisir qu'il me procure et qui excusera, je le lui demande, les longues citations de ses propos :

" La femme - aquatique ou terrestre - nocturne aux parures multicolores réhabilite la chair et son cortège de chevelures, de voiles et de miroirs. "



 

 

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