LES ARBRES

 

 

"L'arbre et l'Homme coexistent de façon si étroite, ils agissent l'un sur l'autre depuis si longtemps, ils ont tant d'intérêts communs en matière de lumière et d'eau, de fertilité des sols, de calme et de chaleur, qu'on peut les considérer comme de véritables partenaires dans cette entreprise souvent hasardeuse qu'est la vie sur la Terre ... Ce que l'Homme a apporté à l'arbre, sans être négligeable, n'accède à rien d'essentiel : les arbres n'ont pas eu besoin de notre aide pour être ce qu'ils sont ; leur identité n'a jamais dépendu de nous... Ce que l'arbre a apporté à l'Homme ? Voilà une question d'une tout autre ampleur, car les bienfaits qu'il nous dispense sont, au sens strict, innombrables." Francis Hallé, Plaidoyer pour l'arbre, Actes Sud, 2005

 

 

 

 

La présence de quatre arbres s'explique pour diverses raisons :
– au début du 16ème siècle, la couverture forestière est encore importante en Europe.
– l'exploitation du bois tient une grande place dans l'économie.
– la présence d'arbres permet l'introduction de symboles puissants, dans les mythes et les religions, dans les rêves.

les quatre arbres portent à la fois leurs fleurs et leurs fruits. L'artiste évoque ainsi :
- l'immortalité de la dynastie par le renouveau
- et la procréation par la coexistence de la semence (la fleur) et du dauphin tant espéré par Louis XII (le fruit).

– l'arbre symbolise la vie, la croissance, l'évolution ; organisme vivant, il relie la terre au ciel tous deux nourriciers. L'humain doit en prendre exemple en harmonisant en lui les forces chtoniennes et les puissances ouraniennes.
– l'arbre symbolise la longévité : le pin vit environ un siècle ; le chêne pédonculé et le houx, trois siècles ; le chêne rouvre d'Europe peut devenir millénaire. "L'immortalité potentielle ajoute encore à la dignité de ces gardiens du temps " écrit Francis Hallé.
– l'arbre, d'essence féminine, partage avec la femme, depuis la nuit des temps, la charge de transmettre la vie en portant fruit. Il est donc mère, habité par l'anima.
– tout naturellement, l'arbre évoque la généalogie. Dans son sillage, naissent des images ancestrales où se recherche une origine cosmique.
l'Arbre du Monde présent dans maintes mythologies est décliné ici dans l'étagement alterné du chêne, du houx, de l'oranger et du pin, dans leurs symbolismes complémentaires. Les quatre arbres de La Dame sont toujours plantés dans le sol de la même façon, à gauche comme à droite : 4 troncs dont 3 petits et 1 plus gros et plus long puisqu'il porte son ramage jusqu'au haut de la tapisserie (sauf dans La Vue où n'existent que les 3 petits arbres), tout s'affinant et s'épurant en s'élevant. Cette implantation est-elle à rapprocher de l'Arbre du Monde à 3 branches et à 3 racines, " Axe du Monde " ?

Mary, par son homonymie avec la Vierge, par sa haute taille et son attitude verticale, évoque 'l'Arbre de Jessé' du Livre d'Isaïe sur lequel Marie 'se situerait' en tant que descendante du roi David dont le (dernier ?) rejeton serait Jésus. Voyons dans cet arbre biblique l'origine de l'arbre généalogique auquel Antoine Le Viste aimerait ajouter pour sa propre famille quelques rameaux mâles en une filiation ininterrompue.

Il fallait choisir quatre arbres très différents les uns des autres en leurs formes, leurs couleurs, leurs symboliques. Jean Perréal (si c'est bien lui le cartonnier) a tâté de l'alchimie et son langage lui était familier.
Quatre arbres dont le nombre est doublé par celui des troncs (sauf dans La Vue) : de chaque côté, 3 troncs d'une essence et 1 tronc d'une autre : (3+1) x 2 = 8.

 

Le chêne : arbre typique de nos climats, s'imposait. Le climat à forte tendance océanique de l'Angleterre convient parfaitement au chêne sessile. Il porte toute la symbolique de l'arbre : image de nature féminine, maternelle, il représente l'harmonie recherchée entre les aspirations terrestres et spirituelles, la constance de l'amour. Il n'est pas sans lien avec la généalogie : rapports avec les ascendants, désir de descendance dans la procréation.

Il est l'image terrestre des dieux suprêmes (dieux de la foudre, de l'éclair, du tonnerre, de la pluie) dans les mythologies grecque, romaine, germano-nordique, slave, balte… Censé attirer la foudre, il était l'arbre de Zeus-Jupiter et de Thor, dieu du Tonnerre germanique. Les Celtes le vénéraient pour être l'Axe du monde ou le Temple et représenter le pouvoir divin et la sagesse. Le gui (uileiceadh en irlandais et oll-iach en gallois = qui guérit tout) qu'ils y cueillaient avait des vertus thérapeutiques. En Inde (Rigveda : Hymnes V83, VII 101-102), le chêne est nommé Parjanya = qui donne la pluie.

 


Symbole de fermeté de la foi, de force morale et physique, de robustesse, de majesté, l'Homme nouveau naîtrait de l'éclatement de son écorce, carapace qui l'en-chaîne encore ! Hieronymus Bosch en donne une illustration saisissante. Le chêne de notre Dame présente des glands remontants et non retombants, merveille de la nature tissée ! Sont-ils, glands dressés, à décrypter comme un signe exacerbé d'érotisme et de fécondité. Dans la haute Antiquité, le gland du chêne nommé en grec phègos était consommé car le plus doux : on le trouvait certes nourrissant mais aussi fécondant et aphrodisiaque. Le fruit du chêne et le gland du sexe de l'homme étaient nommés par le même mot en grec : balanos et en latin : glans-glandis.

Hérodote rapporte (Histoires, II, 52) la légende du chêne de Dodone qu'il avait entendue à Thèbes en Égypte :
" Les prêtresses des Dodonéens rapportent qu'il s'envola de Thèbes en Égypte deux colombes noires ; que l'une alla en Libye, et l'autre chez eux ; que celle-ci, s'étant perchée sur un chêne, articula d'une voix humaine que les destins voulaient qu'on établît en cet endroit un oracle de Zeus ; que les Dodonéens, regardant cela comme un ordre des dieux, l'exécutèrent ensuite. Ils racontent aussi que la colombe qui s'envola en Libye commanda aux Libyens d'établir l'oracle d'Ammon, qui est aussi un oracle de Jupiter. Voilà ce que me dirent les prêtresses des Dodonéens, dont la plus âgée s'appelait Preuménia ; celle d'après, Timarété ; et la plus jeune, Nicandra. Leur récit était confirmé par le témoignage du reste des Dodonéens, ministres du temple. "

Dans L'Odyssée, Homère montre Ulysse se rendre à Dodone pour consulter l'oracle sur les moyens de retourner à Ithaque :
XIV, 327 : " Et celui-ci me disait qu'Odysseus était allé à Dôdônè pour apprendre du grand Chêne la volonté de Zeus, et pour savoir comment, depuis longtemps absent, il rentrerait dans la terre d'Ithakè, soit ouvertement, soit en secret. Et Pheidôn me jura, en faisant des libations dans sa demeure, que la nef et les hommes étaient prêts qui devaient conduire Odysseus dans la chère terre de sa patrie. "

XIX, 296-298 : " Et il me montra les richesses qu'avait réunies Odysseus, de l'airain, de l'or et du fer très difficile à travailler, le tout assez abondant pour nourrir jusqu'à sa dixième génération. Et il me disait qu'Odysseus était allé à Dôdônè pour apprendre du grand chêne la volonté de Zeus, et pour savoir comment, depuis longtemps absent, il rentrerait dans la terre d'Ithakè, soit ouvertement, soit en secret. Ainsi Odysseus est sauvé, et il viendra bientôt, et, désormais, il ne sera pas longtemps éloigné de ses amis et de sa patrie. Et je te ferai un grand serment : Qu'ils le sachent, Zeus, le meilleur et le plus grand des dieux, et la demeure du brave Odysseus où je suis arrivé ! Tout s'accomplira comme je le dis. Odysseus reviendra avant la fin de cette année, avant la fin de ce mois, dans quelques jours. "

Le célèbre " cheval de Troie " qu'Ulysse imagina était en chêne de même que la massue d'Héraclès.
Les Grecs honoraient les Dryades (du grec drus = chêne), trois nymphes, déesses mineures et très timides, liées aux chênes en particulier, et aux arbres en général. Les Dryades sortaient de " l'Arbre des Hespérides ". Certaines protégeaient les pommes d'or dans le Jardin des Hespérides. Eurydice, la femme d'Orphée, est la plus connue. Pausanias écrit que la femme d'Arcas, fils de Zeus et de Callisto, était une dryade.
Les Hamadryades, contrairement aux dryades, étaient attachées spécifiquement à un arbre et mouraient avec lui s'il était abattu.

La Bible cite le chêne dans la Genèse 12, 1-7 : " Abram parcourut le pays jusqu'au lieu nommé Sichem, jusqu'aux chênes de Moré. Les Cananéens étaient alors dans le pays. L'Éternel apparut à Abram, et dit : Je donnerai ce pays à ta postérité. Et Abram bâtit là un autel à l'Éternel, qui lui était apparu. " et dans Juges 9, 36-37 : " Gaal aperçut le peuple, et il dit à Zebul : Voici un peuple qui descend du sommet des montagnes. Zebul lui répondit : C'est l'ombre des montagnes que tu prends pour des hommes. Gaal, reprenant la parole, dit : C'est bien un peuple qui descend des hauteurs du pays, et une troupe arrive par le chemin du chêne des devins. "

 

Le houx : aux feuilles sombres, dentelées, constellées de fruits rouges. Les Romains s'en couronnaient lors des Saturnales et Pline indique qu'en le plantant près des maisons, il les protégeait du mal. Arbre de la vie, de l'espoir et de la joie, il donne ses fruits en hiver. Mais la mort habite la théobromine contenue dans ses baies très toxiques. Symbole de la connaissance, ses feuilles renvoient la lumière du ciel et conservent les perles de rosée et de pluie. Albert Dürer s'est peint une branche de houx à la main. Ses épines rappellent aux Chrétiens la Passion du Christ. Rescapé de la flore tropicale anéantie en Europe par les glaciations du quaternaire, il recherche l'humidité atmosphérique des climats à tendance océanique.

Aux temps anciens, des branchages de houx, des houssoirs, servaient à ramoner les cheminées. Heureux, à la Renaissance, les houlseurs qui, au sens figuré, utilisaient leur houssoir pour housser ou houlser !

Houlseur, houlseur,
Venez, tandis que suis seulette,
Avecques moy en ma chambrette
Pour veoir que je veulx qu'on face.
C'est ma cheminee qui est basse,
Que je veulx maintenant qu'on houlse.

Sermon joyeux d'un ramoneur de cheminées
Poésie des 15ème et 16ème siècles

 


L'oranger : aux fruits " envoûtants " pour l'époque sous les latitudes plus nordiques, est peut-être l'oranger de Chine, récemment introduit en Europe, que les peintres et les liciers aimaient représenter comme dans La Chasse et dans Vénus et Mai (cette tapisserie du Musée des Arts Décoratifs de Paris peut donner un aperçu d'une des deux tapisseries où Mary était assise en majesté sur son trône).


" Les pommes " du jardin des Hespérides ne pouvaient être des oranges car ces fruits étaient inconnus en Grèce avant le 12è.siècle. Etaient-elles des pêches ? des abricots ?

Paré de ses fleurs et de ses fruits, seuls ou groupés par trois, il est ici représenté dans son cycle complet. Fructus aurantia en latin, narang (= intérieur parfumé) en perse, l'orange, par sa sphéricité solaire, symbolise la perfection et le paradis où la Nature s'offre avec chaleur et générosité. Fruit aux nombreux pépins, l'orange, fruit de Vénus, est symbole à la fois de virginité et de fécondité car la fleur et le fruit cohabitent sur l'arbre ; dans les romans courtois, les amoureux se donnent rendez-vous sous l'oranger. L'oranger de La Dame vient de Piero della Francesca et d'Uccello où il est la vie et la Vierge. La première orangerie en France est construite à Amboise au 15ème siècle.

 

 

 

 

Le pin : son alter ego toujours vert des paysages méditerranéens. Le pin est un arbre célébré quasiment par tous les mythes de toutes les grandes civilisations.

En Extrême Orient, il doit à sa longévité d'être symbole d'immoralité et à sa résine de l'incorruptibilité. Selon la légende, les Immortels taoïstes ne se nourrissaient que de ses graines, de ses aiguilles et de sa résine.

Dionysos est souvent représenté tenant en main une pomme de pin, symbole phallique et de la permanence de la vie végétative. A Rome, le culte de Cybèle, déesse de la fécondité, le mettait à l'honneur dans la célébration du renouvellement éternel de la nature.

Cybèle, divinité d'origine phrygienne, agréée en Grèce et à Rome, personnifiait la nature sauvage. Elle était vénérée comme " Matri Magnæ ", la Grande Déesse, Grande Mère ou encore Mère des dieux. La mythologie grecque la nomme aussi Damia.
Son culte fut introduit à Rome en 204 avant n.è. : elle y devint Idæa mater, " mère de l'Ida ": Tite Live (XXIX, 10, trad. A. Flobert) écrit : " La ville était préoccupée par une question religieuse qui venait de se poser d'une façon imprévue : en consultant les Livres Sibyllins à propos de pluie de pierres particulièrement fréquentes cette année-là, on avait trouvé la prophétie suivante : " Le jour où un ennemi d'une autre race aura porté la guerre sur le sol de l'Italie, on ne pourra le chasser d'Italie et le battre qu'à condition d'amener de Pessinonte à Rome le Mère des Dieux, déesse de l'Ida. " (ennemi = Hannibal, mère des dieux = autre nom de Cybèle) … On se mit donc à songer et à réfléchir aux moyens de transporter la déesse à Rome pour obtenir au plus vite la victoire que les destins, les présages et les oracles annonçaient. " A Rome, le bois de pin fournissait les flambeaux nuptiaux.


La mythologie rapporte les amours malheureux de Cybèle et d'Attis et expliquent pourquoi les prêtres de Cybèle, les Galles, étaient des eunuques et pratiquaient des rituels d'auto-castration, tous les 24 mars, à l'occasion des sanguinaria.

Cybèle est sans doute l'une des déesses les plus importantes de l'Antiquité au Proche-Orient.

Le bateau des Argonautes, Argo, était, selon la légende, en pin.
La nymphe Pitys, pour avoir préféré Borée à Pan, fut écrasée par celui-ci contre un rocher, et métamorphosée en pin noir. Ses larmes sont la résine. Est honor et lacrymis.
Cet arbre-dieu, toujours vert, (en lequel est métamorphosé Attis fuyant le monstre hermaphrodite Agditis né de la semence de Zeus tombée sur une pierre) ne repousse pas de souche et s'auto-féconde ; son hermaphrodisme rappelle l'androgynat primordial

Le pin maritime, celui de La Dame, est appelé aussi arbre de Poséidon. Par ses aiguilles, il évoque, ainsi que le houx, la couronne dont par mépris, est-il écrit, on affubla le Christ. Celui de La Dame est sans doute le pin arole car, parmi les 120 espèces de pins, il est le seul pin européen à faisceaux de cinq aiguilles qui, en présentant leurs faces convexes, ont une silhouette arrondie.
La pomme de pin et en particulier celle du pin pignon ou pin parasol représentait pour les Grecs la reproduction et la fécondité. Pline dans son Histoire naturelle l'a écrit exagérément ainsi : " le plus admirable est le pin pignon : il porte - simultanément - un fruit mûrissant, un qui arrivera à maturité l'année suivante et un autre la troisième. Aucun arbre n'est plus avide de se prodiguer : le mois même où l'on cueille une pigne, une autre mûrit ; la répartition est telle qu'il ne se passe pas un mois sans qu'il en mûrisse. "

Le pin devait intéresser le Christianisme.
Ainsi, Martin signifie " voué à Mars ", dieu de la guerre des Romains. Le père du futur Martin de Tours, né en 316 à Sabaria (actuellement Szombathely en Hongrie), était tribun militaire de l'Empire romain. En tant que fils de magistrat militaire, Martin dut le suivre au gré de ses affectations de garnison. Vers l'âge de 10 ans, Martin veut se convertir au christianisme.

Selon la légende, Merlin, le conseiller du roi Arthur, aurait acquis ses connaissances au sommet d'un pin, ce que les druides faisaient et que les chamans de Sibérie en cours d'initiation font au sommet de l'Arbre Cosmique.

La coutume de " la couronne de pin et des 4 bougies " est rapportée par Pierre Chavot, page 403, dans son précieux livre L'Herbier des Dieux (Dervy, 2009) :
" Le pin fut au centre de processions toutes catholiques afin d'appeler la pluie en période de sécheresse.
On le voit, la volonté de l'Église de rompre avec les cultes anciens, n'empêcha pas la tradition d'adopter l'image du pin, représenté par exemple dans l'art pour symboliser la chasteté et la virginité, héritage de la fécondité antique dont il était le symbole. Autre signe, une coutume, surtout vivante dans le nord de la France, consiste en une couronne de branches de pin portant quatre bougies Elles sont allumées successivement aux quatre dimanches de l'Avent, c'est-à-dire la préparation de Noël. Chacune représente une des étapes du salut : Dieu pardonne à Adam et Ève ; les patriarches et la Terre promise ; le roi David et la perpétuation de l'Alliance avec Dieu ; l'enseignement des prophètes.
A ce propos, on peut s'interroger sur la concordance de dates entre les fêtes romaines de Cybèle et Attis, qui se déroulaient donc en mars, et celle de Pâques qui, sensiblement à la même époque, célèbre la résurrection de Jésus. Mais c'est une autre histoire. "


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Quatre arbres encadrant chaque composition comme un rappel végétal que notre imaginaire profane a été commun à bien des civilisations, structuré sur la quaternité astronomique et météorologique qui rythme les calendriers et même le culte marial, celle des quatre saisons, des quatre parties du jour.
Quatre verts différents, deux paysages opposés à égalité : la force rugueuse de nos bois et de nos forêts, de nos bocages occidentaux et la suavité odorante des vergers et des rivages méditerranéens. Le peintre et son commanditaire, nés dans nos régions tempérées, ont voyagé en Italie, accompagnant les armées de Louis XII ou de François 1er, peut-être encore plus au sud, plus vers l'orient. Ils sont sensibles à l'appel de la Renaissance italienne.
Quatre arbres représentant chacun une saison : l'oranger en fleurs du printemps, le pin dans la chaleur de l'été, le chêne en glands de l'automne, le houx rougi de l'hiver.
Tracy Chevalier, dans son roman, convoque aussi les quatre points de l'horizon : le chêne au nord, le pin au sud, le houx à l'ouest et l'oranger à l'est.
Ces quatre arbres d'essences variées dressés aux frontières du dessin délimitent à mon sens un cadre " européen " que Jacques Le Goff recherche dans son livre L'Europe est-elle née au Moyen
Âge ? (Seuil, 2003) et dont se trouve trace dans le " projet européen " de 1464 de Georges Podiebrad (1420-1471) roi de Bohême (de 1458 à 1471) et hussite modéré. Il proposait de créer une " Confédération des rois et princes chrétiens " regroupés autour de la foi catholique commune et de la paix, avec une force commune d'arbitrage, un lieu propre pour siège, des impôts spéciaux, un blason, un sceau, un trésor, des archives, un syndic, un procurateur fiscal et des fonctionnaires. " Tel est le texte étonnant qui n'eut malheureusement par le moindre début de réalisation " conclut Jacques Le Goff.

Jean Pic de la Mirandole (Oratio de dignitate hominis) citant Zoroastre (ou Zarathushtra) écrit : " Le paradis de Dieu est baigné et irrigué de quatre fleuves ; c'est là que vous devez puiser les eaux salutaires. Le fleuve qui vient du septentrion s'appelle Pischon, ce qui veut dire justice ; celui qui vient de l'occident a nom Gichon [Guihon dans la Bible], c'est-à-dire expiation ; le nom de celui qui vient de l'orient est Chiddekel, ce qui veut dire lumière ; et le nom de celui qui vient du midi Perath [Euphrate dans la Bible] que nous pouvons traduire par piété. " Soit quatre arbres qui tels les quatre bras du fleuve édénique irriguent les tapisseries de La Dame : le chêne septentrional sous lequel se rend la justice, le houx occidental dont les feuilles épineuses évoquent l'expiation du péché originel grâce au Christ, l'oranger oriental aux fruits de lumière solaire, et le pin méridional représentant la piété tenace.

Nos quatre arbres appartiennent aux sept 'arbres chefs' que la mythologie celte avait sélectionnés (avec le noisetier, l'if, le frêne et le pommier) si l'on considère l'oranger comme l'arbre aux 'pommes d'or'.
D'autres arbres eussent été possibles :
– le pommier. Premier arbre fruitier dans l'imaginaire qui rassemble dans les rêves les valeurs oniriques de l'arbre : des fleurs, promesses de renaissance et de vie, et des fruits, réalisation de la maturité. Mais cet arbre, lié au prétendu Péché originel, à la Chute, aurait trop orienté la lecture sur le versant religieux.
– l'épicéa . Son message, lié au loup et au froid, laisse perplexe et apparaît parfois sombre, voire inquiétant et peut dénoter une rigidité et une profonde insatisfaction.
– l'olivier. Il symbolise la paix, la fécondité, la purification, la force, la victoire et la récompense, des valeurs qui peut-être, lors des premiers croquis et au début du tissage, ne se retrouvaient pas aux yeux du peintre dans l'histoire narrée.
– le palmier. Moins connu du peintre, il aurait répondu aux croissants de lune mais aurait égaré nos personnages, et leurs spectateurs, vers des légendes trop orientales. Pourtant, un orientalisme tout vénitien, une turquerie très discrète, déjà lisibles chez Caourcin, Carpaccio et Mantegna, touchent de leur mystère les deux jeunes femmes et la tente.

D'autres sont plus difficiles à accepter car moins représentatifs, difficiles en tapisserie à différencier du chêne et à charge symbolique plus faible : le châtaignier, le noyer, l'orme, le noisetier, le platane, le bouleau, le peuplier, le tilleul.


En résumé, un bon choix.

 

Quatre arbres encadrent les compositions. Le fleuve arrosant l'Eden s'y divisait en quatre bras : Pischon, Guihon, Hiddékel et Euphrate étaient leurs noms bibliques. Sèves, sangs, toutes eaux circulent, porteuses de vie.
Quatre : quatre points cardinaux qui crucifient le monde en leur écartèlement, quatre vents principaux, quatre phases de la lune, quatre saisons. Quatre régions du monde, quatre éléments qui constituent l'univers réel, quatre constitutions physiques humaines. Le cinquième élément de la pensée chinoise, l'élément xylique, la matière de l'arbre contient et résume les quatre éléments de la physique grecque. Le bois est l'allié intime de l'air qu'il matérialise par le chant de sa frondaison, de l'eau et de la terre qui lui donnent asile, sève et nourriture et du feu dans l'embrasement qui le consume.
La Dame conserve aux arbres qu'elle expose la coloration heureuse et numineuse que les païens grecs et latins ou Le Cantique des cantiques leur prêtaient. Le végétal des tapisseries clame en écho, via l'homonymie des prénoms, le triomphe de Marie aux frontons des églises et des cathédrales (ou au cœur du Buisson Ardent) dans l'entrelacs des dentelles 'végétales' des pierre sculptées.
Quatre sont les lettres du nom d'Adam dont le corps, bras ouverts, la largeur égalant ainsi la hauteur, s'inscrit dans un carré. Tétragone est appelé l'homme à la perfection morale accomplie car existent quatre facultés de l'âme.

Le monde est 4 ! Il y a donc quatre arbres ! C.G. Jung a noté (Psychologie et religion) que toute religion évoque la nostalgie d'une quaternité disparue. A la Trinité se conjoint le Cosmos sous son aspect féminin, la Nature. La Vierge médiévale porte le globe, la couronne d'étoiles, la ceinture zodiacale, la tenture stellaire ; renaissante, elle se tient au Jardin, tout sourire et toute chair.

 

L'arbre est l'image du cosmos dont il est le microcosme. Il est " totalité ", " globalité " : Yggdrasil (l'Arbre du Monde dans la mythologie nordique dont le nom signifie littéralement " destrier du Redoutable (Ygg) ", soit le dieu Odin) est à la fois axe du monde, image du destin, symbole du premier être humain assimilé au frêne askr, pont entre le ciel et le monde souterrain, résidence des dieux, indestructible...
Métaphore de l'anthropos, il est mandala vertical qui dessine sur le ciel " l'être humain réalisé ", le Soi. Il est, le symbole ayant deux visages opposés, arbor vitae protecteur et arbre de mort.

L'île de La Dame, où trônent quatre arbres — quadrature du cercle trouvée —, et sur l'une des tapisseries, une tente circulaire. Impérialisme des objets symbolisant la totalité du cosmos dont le désir exprimé en alimente et sous-tend la marche sphérique.

 

Marie-Louise von Franz, L'Ombre et le mal dans les contes de fées, La Fontaine de Pierre, 1980. Traduction de Francine Saint René Taillandier.

Dans Les Racines de la conscience, au chapitre " L'arbre philosophique ", Jung montre que l'arbre est une image du processus intérieur de croissance de l'être humain, sous son aspect inconscient. Il représente cette poussée naturelle et spontanée qui, dans la psyché, grandit et tend à suivre son propre chemin, que le moi en soit ou non conscient. C'est une poussée instinctive vers l'épanouissement de la conscience, vers l'individuation. Il existe un peu partout l'idée d'une analogie entre la vie de l'arbre et la vie humaine, l'idée que l'arbre est porteur de vie. La coutume voulait que l'on plantât un arbre à la naissance d'un enfant et l'on pensait que, si l'arbre mourait, l'être humain mourait aussi. De nombreux récits mythologiques soulignent la relation entre l'arbre et la vie humaine : les arbres sont des êtres humains métamorphosés, ils fécondent les femmes qui passent sous leurs branches ou encore portent les enfants comme des fruits. Les lumières qui décorent le sapin de Noël ou le soleil qui se lève au sommet de l'arbre évoquent la croissance vers une conscience plus riche et plus diversifiée, et son renouvellement. L'arbre est donc un symbole du Soi et du processus d'individuation, de ce qui transcende le conscient. " p. 69.

 

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Etudions la disposition des quatre arbres dans chaque tapisserie par rapport à Mary, à la licorne et au lion.

le chêne
le houx
l'oranger
le pin
position haute
3
2
2
5
position basse
3
3
4
0
 

 

Le pin est toujours un arbre dominant, le chêne partage les deux positions : en général, ces deux arbres sont, dans la nature, plus hauts que le houx et l'oranger.

 

le chêne
le houx
l'oranger
le pin
près de la licorne
2
3
2
3
près du lion
4
2
3
2
 


Près de la licorne : de préférence, le houx et le pin, deux arbres à aiguilles ou feuilles pointues et situés majoritairement en haut (7 positions). La licorne, un " personnage " à fort caractère.
Près du lion : de préférence, le chêne et l'oranger, 2 arbres aux feuilles aux formes adoucies et situés principalement en bas (7 positions). Le lion, contrairement aux idées reçues, un " personnage " doux et timide, plus accommodant que la licorne.
Dans La Vue, les deux arbres possibles symbolisant l'Angleterre évoquée : le chêne et le houx.

En résumé, des valeurs symboliques inversées et une distribution variée des arbres entre eux sur les axes gauche/droite, haut/bas et par rapport aux animaux.
Cette variété ajoute à l'attrait de La Dame en participant de façon cachée au dysfonctionnement de l'ensemble de la tapisserie perceptible inconsciemment par le spectateur.

 

Etudions aussi la disposition des quatre arbres entre eux selon leur place dans les tapisseries :

horizontalement
le chêne
le houx
l'oranger
le pin
le chêne
-
2
2
2
le houx
-
-
2
2
l'oranger
-
-
-
1
 

 

verticalement
le chêne
le houx
l'oranger
le pin
le chêne
-
2
1
2
le houx
-
-
2
1
l'oranger
-
-
-
2
 

 

Soient les associations suivantes :
chêne - houx : 2 + 2 = 4 houx - oranger : 2 + 2 = 4
chêne - oranger : 2 + 1 = 3 houx - pin : 2 + 1 = 3
chêne - pin : 1 + 2 = 3 oranger - pin : 1 + 2 = 3
Chaque arbre est associé avec les trois autres à la fois horizontalement et verticalement et le houx apparaît comme l'arbre le plus " accrocheur ".

Dans les 4 tapisseries de la série initiale où il apparaît, le pin est toujours en position haute (3 fois à droite, 1 fois à gauche) ; deux fois associé au chêne, 1 fois au houx, 1 fois à l’oranger.
Chaque arbre est associé au moins une fois aux trois autres, en position basse ou haute.

Etudions les permutations des quatre arbres (36 solutions de positions différentes étaient possibles) selon l'ordre que je pense chronologique (la tapisserie Pavie n°6 entre parenthèse car elle n'appartient pas à la tenture initiale).

 

1- Le Goût

oranger

Claude

pin

Mary

houx

chêne

 

 

2- L'Ouïe

chêne

Mary

pin

Claude

houx
oranger
Une permutation diagonale entre chêne et oranger à partir du Goût.
 
 

 

3- La Vue

chêne

Mary seule

houx
-
-
Une permutation diagonale entre houx et pin à partir de L'Ouïe.
 

 

4- L'Odorat

chêne

Claude

pin

Mary

oranger

houx

Une permutation horizontale basse entre oranger et houx à partir de L'Ouïe.
 


5- Le Toucher (La Tente)

pin

Mary

houx

Claude

chêne
oranger
Une rotation complète dans le sens anti-horaire à partir de L'Odorat.
 

 

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(cette tapisserie n'appartient pas à la série initiale et fait suite au second Trône)

6- Pavie

pin

Anne de France seule

houx

oranger

chêne

 

 

 

le chêne
2 - 3 - 4
-
5
1 - (6)
En tous lieux, bien chez lui. Mais de gloire déclinante.
 

 

le houx

-
3 - 5 - (6)
1 - 2
4
La douleur, de plus en plus haute et vive.
 

 

l'oranger
1
-
4 - (6)
2 - 5
L'amour et le mariage, en leur continu déclin.
 


le pin

5 - (6)
1 - 2 - 4
-
-
Sur son promontoire, il regarde fixement la mer. Il attend. Il sait attendre.
 

 

La simplicité des permutations participe de la symétrie générale qui architecture chaque tapisserie.
Le chêne, le houx et l'oranger n'occupent que trois places (sur quatre possibles) ; le pin, deux seulement. Ces places 'vides' étaient-elles occupées dans les deux tapisseries perdues ? Claude y était-elle présente ?

Mary
Claude
haut
bas
haut
bas
le chêne
2 3
1 5
4
-
le houx
3
2 4
5
1
l'oranger
-
-
1
2 4 5
le pin
1 4 5
-
2
-
 

Le chêne, le houx et le pin apparaissent le plus au plus proche de Mary. L'oranger, fertile et exotique, est toujours du côté de Claude : était-ce son arbre - totem ? De l'oranger comme de la reine, était attendue une fertilité sans défaut ! (Ce n'est qu'en 1549, soit 25 ans après sa mort, que le naturaliste Pierre Belon du Mans (1517-1564), dédiera à Claude de France (1499-1524) un prunier assez rare qu'il avait rapporté de ses voyages en Orient, Egypte et Palestine et qui s'acclimata dans les jardins royaux de Blois ; le fruit portera le nom de prune reine-claude.)

Voir le site : http://www.revue3emillenaire.com/blog/la-dame-a-la-licorne-par-edouard-finn/

 

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Je dois au livre de Jacques Brosse, Mythologie des arbres (Plon, 1989 et Payot & Rivages, 2001), les remarques suivantes.

Jean Perréal a-t-il pensé à 'l'arbre des Sephiroth' de la Kabbale hébraïque qui " est formé de trois colonnes verticales, le Pilier de droite, portant au sommet Hochma, la Sagesse, procédant directement de Kether [la Couronne], et qui est aussi Abba, le Père cosmique ou principe masculin ; le Pilier de gauche, vers lequel, venant de Hochma, se dirige ensuite 'l'Eclair étincelant', est dominé par Binah, la Compréhension, qui est aussi Aïma, la Grande Mère. Hochma et Binah, le mâle et la femelle, constituent la première division, la première dualité du Principe qui est donc par nature androgyne ; quant au Pilier central, couronné par Kether, il constitue le lieu de la synthèse et aboutit à Malkuth, le Royaume, issu d'Yesod, la Fondation. Malkuth est la cime inversée de l'arbre dont Kether est la racine ". (p. 81) Cet 'Arbre de Vie', image de la 'Création', représente l'Absolu, l'Univers et l'Homme.

Reconnaissons dans chaque tapisserie le nemus latin, le nemos grec, qui était " une forêt renfermant des pâturages un bosquet et surtout un bois sacré. Le nemus était entrecoupé de clairières où l'on menait paître les bêtes ". Chaque île serait alors métaphoriquement un résidu assez malingre du 'bois sacré' (un arbre plus haut que trois autres d'une essence différente qui l'entourent) dont Jacques Brosse rappelle l'aspect antique : " le bois sacré formait lui aussi une éclaircie, les arbres objets d'un culte ayant été dégagés pour être offerts à la dévotion des fidèles ". Ces 'bois sacrés' " furent certainement les plus anciens sanctuaires, bien antérieurs à la construction des temples, lesquels s'élevèrent souvent au milieu d'eux ". Et de rappeler, citant Jean Markale, que pour les Celtes, le nemeton semble avoir été " une projection idéale d'une portion de ciel sur la terre, une sorte de paradis, ou plutôt de verger merveilleux ". C'est bien ainsi que je vous ai lu chacune des tapisseries : le fond garance-ciel-forêt et l'île guède-clairière-bois sacré.
Les Romains nommaient ce bois sacré lucus dont le sens premier était 'clairière', une éclaircie dans la forêt, et dont la racine leuk se retrouve dans les mots lux, lucis, la 'lumière', luna, la 'lune', lustrare, 'purifier par un sacrifice', lustrum, 'lieu sauvage, escarpé', et luxuria, 'surabondance, exubérance dans la végétation'.

Mary, telle la Grande Déesse, la Mère universelle, est ici accompagnée d'arbres ; l'arbre est souvent " le lieu par excellence de ses épiphanies " car il " sort des profondeurs, desquelles il puise son existence même. Il apparaît comme le surgissement vertical le plus imposant de la surabondance de la vie chtonienne qui se hausse vers le ciel, attirée par le soleil " (p. 133).


Puis vint un autre mythe, le christianisme. " De même que d'anciens arbres sacrés, au lieu d'être abattus, étaient christianisés et dédiés à la Vierge et aux saints, de même les divinités de la nature, ou bien devenaient des démons, ou bien se convertissaient en saints, lesquels reprenaient à leur compte les services que leurs prédécesseurs rendaient à leurs fidèles " (p. 227). Le folklore garde encore traces des croyances que le culte rendu aux arbres sacrés avait engendrées et que le christianisme n'a pu anéantir totalement, épaulé par les défrichements entrepris pour gagner des terres cultivables, souvent par des moines à partir des monastères parfois construits sur l'emplacement de bois sacrés. " Ainsi donc, après le triomphe de l'Eglise, il n'y eut plus qu'un seul arbre que l'on pût vénérer, celui, équarri, sur lequel mourut le Rédempteur. Tous les autres cultes étaient prohibés, et l'on a vu le zèle que mirent à les extirper les évangélisateurs. A un système cosmique complexe et articulé, fondé sur la diversité, la complémentarité mutuelle, qui avait été celui du 'paganisme', succéda un monothéisme dogmatique, intolérant et manichéen. Au nom da le distinction du Bien et du Mal, et par réaction contre l'ancien état d'esprit, l'âme fut séparée du corps et l'homme de la nature. L'âme appartenait de droit à Dieu, la nature comme le corps s'en trouvèrent nécessairement réprouvés. Puisqu'ils incitaient à la tentation, ils ne pouvaient être que les instruments du diable, l'antique Serpent de l'arbre de la connaissance, responsable de l'expulsion de l'Eden…
Ainsi, en effet, se trouva rompu un équilibre vital, fondé sur la communion de tous les êtres vivants, de cette rupture, nous subissons aujourd'hui les conséquences ". Parce qu'il a perdu la signification que la nature avait jadis, " l'homme aujourd'hui la détruit et par là se condamne " (pp. 383-4).

Jacques Brosse écrira à ma place la conclusion : " Longtemps, l'homme a vécu en une telle symbiose avec l'arbre, protecteur et nourricier, qu'il lui semblait tenir de lui son existence, qu'il y voyait même l'origine de l'univers " (p. 38).

La paléobiologie enseigne que les premiers êtres vivants sur la Terre furent des plantes car tout animal ne peut vivre sans elles. La plante seule ne dépend que des éléments naturels qu'elle est capable de transformer pour les assimiler, et elle fabrique l'oxygène qui était nécessaire à l'apparition de la vie animale qu'elle continue d'entretenir. " De cet ample processus vital, l'arbre cosmique des légendes est le symbole. Comment l'humain des premiers âges n'aurait-il pas eu une vénération reconnaissante, une admiration profonde pour cet être énorme qui survivait, pas seulement à lui, mais à ses descendants " (p. 42). Elle enseigne encore que les animaux procèdent des plantes : les " cellules animales ne sont que des cellules végétales transformées ". Rappelant les travaux de Jagadis Chandra Bos, Jacques Brosse écrit : " Toute cellule, quelle qu'elle soit, jouit d'un certain degré d'autonomie, elle possède son propre système régulateur d'équilibration et de défense, et donc, en puissance, le principe même du psychisme. Que les plantes soient pourvues d'une sensibilité réactive, capable de s'inscrire en elles sous forme de souvenirs, qu'elles puissent présenter des manifestations de bien-être, ou, comme l'ont prouvé des expériences répétées, de peur, donc de mémorisation, n'est-ce pas ce qu'exprimait, à sa manière qui est allégorique, la 'pensée sauvage' ? … la mentalité traditionnelle dotait les arbres, comme tous les êtres vivants, d'une 'âme' qui, en certaines occasions, pouvait se manifester " (pp. 216-7).

 

 

Janvier : L'extraction de l'argile sous la neige

Février : L'épandage de la fumure animale

Mars : La taille de la vigne

Avril : La tonte des moutons

Mai : La chasse au faucon

Juin : La fenaison

Juillet : La moisson

Août : Le battage du blé

Septembre : Les semailles

Octobre : Le foulage du raisin

Novembre : La glandée

Décembre : L'égorgement du cochon

 

Le calendrier des travaux agricoles du Rustican ou Livre des proffiz champestres et ruraulx
Traité d'agronomie du bolonais Pietro de Crescenzi -1459 - Ms 340 - Musée Condé - Chantilly

 

Ouvrage célèbre au XIVe siècle (133 manuscrits nous en sont parvenus), ce Traité d'Agriculture a fait l'objet de plusieurs traductions, dont une en français, effectuée en 1373 à la demande du roi Charles V et intitulée Rustican ou Livre des proffiz champestres et ruraulx.

Il en existe 8 exemplaires, tous enluminés, qui sont conservés à : Chantilly, Londres, New York, Paris, Rouen et Vienne, mais le plus beau de tous est celui de Chantilly. Il fut peut-être commandé par René d'Anjou, beau-frère du roi Charles VII, et enluminé dans l'ouest de la France par le Maître du Boccace de Genève, entre 1459 et environ 1470.

Divisé en douze livres portant sur les principaux secteurs de l'agriculture et la conduite d'un domaine modèle au XIVe siècle, le Rustican était avant tout un beau livre d'images destiné à des personnages de haut rang, rois, grands seigneurs, dignitaires ecclésiastiques ou riches notables citadins.

 

 

 

 

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