MARY TUDOR BRANDON

duchesse de SUFFOLK

 

La date exacte de la naissance de Mary Tudor, cinquième enfant d'Henry VII et d'Elisabeth d'York, n'est pas enregistrée. On suppose qu'elle est née le 18 Mars 1496.

Ses prénom et nom sont très (trop) souvent confondus avec ceux de sa nièce, Mary 1ère, fille d'Henry VIII et de Catherine d'Aragon, The Bloody Mary, la Sanguinaire ou la Sanglante, ou encore la Catholique, reine d'Angleterre de 1553 à 1558.

Sa mère, Elisabeth d'York (1466-1503), était la fille d'Édouard IV d'York et d'Élisabeth Woodville. Son mariage, le 18 janvier 1486, avec le roi Henri VII Tudor mit fin symboliquement à la Guerre des Deux-Roses.

Son père, Henry VII Tudor (1457-1509) (roi d'Angleterre dès 1485 et qui continuait à revendiquer dans le formulaire de ses actes comme sienne la couronne de France) était :
— le fils d'Edmond Tudor, comte de Richmond, et de Marguerite Beaufort
— le petit-fils d'Owen Tudor et de Catherine de Valois (veuve d'Henry V, roi d'Angleterre), fille de Charles VI le Bien-Aimé ou le Fol (1337-1380) et d'Isabeau de Bavière (1371-1435)
— l'arrière-petit-fils de ce Charles VI (1368-1422), roi de France
— l'arrière-arrière-petit-fils de Charles V le Sage, roi de France, et de Jeanne de Bourbon (1338-1378).

Mary descend donc de la branche dite de Valois de la dynastie capétienne.

 

Blason de Mary, reine de France

" parti, de France moderne, qui est d'azur aux trois fleurs de lys d'or
et écartelé au 1 et 4 de France moderne d'azur aux trois fleurs de lys d'or
et au 2 et 3 d'Angleterre, qui est de gueules aux trois léopards d'or, armés, lampassés d'azur
"

 

Les historiens de Mary lui concèdent le caractère obstiné des Tudors. Son premier et unique acte de défi fut sans aucun doute son mariage avec Charles Brandon, duc de Suffolk, (peut-être) contre la volonté de son frère Henry VIII. Elle mit ainsi sa devise en application : la volonté de Dieu me suffit.
De retour en Angleterre, dans l'ombre de l'Histoire, elle ne réapparaît que pour les grandes cérémonies officielles : réceptions à la Cour, Camp du Drap d'or. L'épisode douloureux de sa petite-fille Lady Jane Grey la rappelle au souvenir des historiens.
Son biographe Walter C. Richardson, (Mary Tudor, The White Queen, éditions Peter Owen, Londres, 1970) la présente comme une personne honnête, moralement droite dans toutes ses actions.

La vie de Mary, sœur préférée d'Henry VIII, est captivante. La naissance d'un fils de Louis XII aurait changé quelque peu le cours de l'Histoire européenne. Son mariage avec Brandon fit de cette princesse destinée à être reine ou impératrice une duchesse oubliée dans son Suffolk où son action fut des plus importantes pour la population.

 

En novembre 1498, Mary, âgée de deux ans, reçut sa première 'proposition de mariage' : le duc de Milan, Ludovico Sforza, dit Le Maure, demanda sa main pour son fils, Massimiliano, comte de Pavie, qui avait à peu près l'âge de Mary. Une alliance anglo-milanaise aurait été alors plus avantageuse pour Le Maure, depuis que l'Italie était sous la menace d'une nouvelle invasion française par Louis XII, qui venait juste d'accéder au trône et s'apprêtait à justifier sa revendication sur le duché de Milan. Le refus d'Henry VII fut courtois mais ferme.
L'éducation de Mary fut interrompue en 1508 par ses fiançailles et son mariage par procuration avec le Prince Charles de Castille, fils de Philippe de Bourgogne et de Jeanne d'Espagne, qui eurent lieu après huit années de négociations difficiles. En raison de la jeunesse de Charles, la 'consommation' de l'union fut reportée pour quatre ans supplémentaires, après lesquels Mary serait conduite à son mari à la Cour de sa tante Margaret, Régente des Pays Bas.
En 1514, ces longues fiançailles de Mary avec le futur Charles Quint sont interrompues par Henry VIII. Un traité de paix séparé est signé avec la France dans lequel le mariage de Mary avec Louis XII est stipulé. Ce mariage diplomatique coûte 400 000 écus au Trésor français. Louis XII, âgé de 52 ans, est malade, le corps maigre et plié par la goutte. Son visage est défiguré par des marques de variole.

"Mary the french quene"

Parmi les cinq femmes retenues, Louis XII, récemment veuf après la mort d'Anne de Bretagne, choisit d'épouser Mary, surtout après avoir contemplé le portrait de Mary peint par Perréal !

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D'après Jean Perréal, Mary Tudor,
Florence, musée des Offices,
Cabinet des Dessins et Estampes, inv. 3911 F.

 

Charles BRANDON, duc de SUFFOLK

Né vers 1484, Charles Brandon est un 'parvenu' dont le père, William Brandon, fut tué au cours de la Guerre des Deux Roses, à la bataille de Bosworth en 1485, selon la chronique par Richard III lui-même qu'Henry VII allait détrôner. Vers 1494, orphelin, il devint le compagnon du prince Arthur, puis d'Henry, partageant tous deux leur passion mutuelle pour la chasse, l'équitation, la joute, le jeu de paume et toutes les activités physiques de futurs guerriers.

A partir de 1515, Charles Brandon fut, après Wolsey, l'homme politique le plus influent en Angleterre. Son ascension, comme celle de nombreux compagnons d'Henry VIII, fut fulgurante, les faveurs arrivant presque automatiquement et fréquemment sans être sollicitées.

Courtisan préféré d'Henry VIII, il fut fait duc de Suffolk en 1514 en héritant du titre et des terres confisquées d'Edmund de la Pole, emprisonné durant sept ans à la Tour de Londres puis exécuté en 1513 pour les sympathies yorkistes de la famille. Charles Brandon devenait l'un des trois Pairs les plus importants et l'un des propriétaires terriens les plus riches du pays.

L'amour véritable de Mary

pour Charles Brandon

Ce qui a débuté comme le culte du héros d'une jeune fille était devenu une affection sincère et profonde, surtout en ces moments d'effroi et de solitude. Peut-être amoureuse de Charles Brandon, Mary avait accepté, en bonne princesse, d'épouser l'archiduc Charles d'Autriche, le futur Charles Quint. Mais épouser le vieux monarque de 52 ans au bord de la tombe dut à la fois la surprendre et l'angoisser. Aussi obtint-elle de son frère avant de quitter l'Angleterre l'engagement de se remarier à sa guise quand elle serait veuve. Henry VIII qui affectionnait tout autant sa sœur que Brandon accepta.

Brandon, dans une lettre du 5 mars à Wolsey, écrit : " je l'ai épousé de tout cœur, et ai couché avec elle, au point que je crains qu'elle ne soit enceinte " mais, fausse alerte, leur premier fils, Henry, ne naîtra que le 17 juillet 1516, dix mois après leur troisième mariage à Greenwich. Leur intimité étant impossible à dissimuler désormais et les langues commençant à frétiller à la Cour, il était urgent que leur mariage fût public afin d'éviter un scandale international lié à une grossesse possible de Mary. Le second mariage public, approuvé par un évêque, eut lieu le dernier samedi de mars selon le Journal de Louise de Savoie. Elle avait 19 ans et lui 31.

Un troisième mariage eut lieu officiellement le 13 Mai 1515 à Greenwich en présence de toute la Cour. Mais, bigame, Suffolk sentait le soufre : sa première épouse, Anne Browne, était encore en vie et ce n'est qu'en 1528 qu'une bulle papale de Clément VII déclara invalide cette première union et canonique celle avec Mary.

Mary et Charles donnèrent naissance à quatre enfants :

1. Henry Brandon (11 mars 1516 - 1522), en hommage au frère-roi.
2. Frances Brandon (16 juillet 1517 - 20 novembre 1559), née le jour de la saint François. Il semble qu'elle a été la première Anglaise à porter ce prénom. Elle épousera Henry Grey, 3e marquis de Dorset puis duc de Suffolk, et Adrian Stokes en secondes noces. Elle sera la mère de Lady Jeanne Grey.
3. Eleanor Brandon (1519 - 27 septembre 1547), qui épousera Henry Clifford, 2e comte de Cumberland.
4. Henry Brandon (1522 - 1er mars 1534) créé 1er comte de Lincoln en 1525.

 

Westhorpe

Elle y éleva les deux filles que Brandon avait eu de son premier mariage avec Anne Browne, Anne (née en 1507) et Mary (née en 1510).

Mary Tudor, Duchesse de Suffolk, vers 1530
portrait de Johannes Corvus

Mary, malade, vécut ses trois dernières années recluse à Westhorpe, dans le Suffolk. Ses trois enfants et ses deux belles-filles y vivaient avec elle, mais la famille commença à se disperser peu de temps avant sa mort.

Mary meurt le 25 Juin 1533 à Westhorpe à 37 ans, au même âge que sa mère.

Henry a certainement de la peine : Mary était sa sœur préférée, celle qui a tenu, avec Brandon, la première place dans ses affections. Elle fut certainement la seule femme qui captura à jamais son amour spontané et son estime indéfectible ; il ne la désavoua ni ne la renia jamais.

Désormais, Mary Tudor-Brandon, duchesse de Suffolk, sera une des femmes les plus célèbres du monde sous le nom de La Dame à la Licorne, par la grâce d'Antoine Le Viste et peut-être de Jehan Perréal.

La notice biographique de Mary Tudor Brandon dans le Dictionnaire des Femmes de l'Ancienne France du site de la SIEFAR :
http://www.siefar.org/dictionnaire/fr/Marie_d%27Angleterre

Catherine Hermary-Vieille, Le Crépuscule des rois, Reines de cœur, Albin Michel, 2003. Roman.