LA FLORE

 

 

 

Les fleurs de La Dame ne sont pas là pour déranger. Aucunement. Nombreuses tant en quantité qu'en espèces, elles veulent absolument passer inaperçues. Elles évitent de se toucher entre elles, de frôler le moindre animal, le moindre objet. Timidité bien naturelle. Tout contact serait ou malséant ou aventureux. Elles ont la taille adéquate, ni trop petites ni trop imposantes comme en certaines tapisseries ; elles se sont parées des couleurs qui conviennent au fond de garance (beaucoup de bleus : en Europe, au Moyen Âge et à la Renaissance, le bleu est considéré comme une couleur chaude, voire même comme la plus chaude) ou de guède (le pastel du Midi) (des rouges puissants) ; parfois, dans la rotonde, je m'approche (pas trop près ! me reproche des yeux la gardienne ou le gardien, esquissant le geste de se lever de sa chaise) pour sentir le brin de muguet ou la violette.

 

 

Elles sont vivantes, toutes, même celles qu'une main délicate a séparées de la branche maîtresse qui volent, fièrement droites. Elles n'ont pas oublié que la verticalité est la loi prééminente du végétal. Elles participent encore, elles le désirent ardemment, tant à l'espace aérien qu'au monde souterrain.
Elles sont davantage que fleurs, elles sont graines que le vent disperse pour essaimer, agrandir la famille, faire souche ailleurs, plus loin. Voilà pourquoi tous les quadrupèdes qui habitent la garance peuvent les côtoyer, les humer comme je le fais, leur parler (regardez bien !). Car que seraient ici ces lapins-cosmonautes ? Ces fleurs volantes sont les pollens que leurs mères plantées dans le sol de l'île sèment à tous les vents. La nature, de la terre au ciel, est pleine de promesses de naissances, de régénérations, de fruits, de ventres gravides… d'amours.


Jean Perréal et Antoine Le Viste avaient besoin, tous deux, que les fleurs et les arbres introduisent une dimension beaucoup plus lente du temps alors qu'autour d'eux s'exaspéraient les événements. Cette lenteur végétale du temps a gagné chaque être : Mary et Claude quasi immobiles, les animaux comme ralentis dans leurs déplacements quand ils ne sont pas assis.

Seuls, le plus souvent, la licorne et le lion, ainsi que les oriflammes qu'ils soutiennent, apparaissent plus mobiles car revendiquant les émotions des personnages historiques dont ils sont les masques. Le faucon et la héronne, au zénith de leur amour, battent des ailes car " il faut bien que le corps exulte " !

 

Les fleurs disséminées dans l'espace garance sans aucun contact avec qui et quoi que ce soit dessinent pour qui regarde de loin un labyrinthe pouvant se lire comme :

— l'expression d'une perte : Mary, Jean Perréal, Antoine Le Viste dans un espace qui semble déstructuré, à la recherche d'un centre à partir duquel retrouver le bon chemin

— l'expression d'une communion heureuse dans un Eden retrouvé

— l'occultation ésotérique d'une vérité que le cheminement de l'œil et de la pensée dissimule derrière les fleurs-arcanes semées par 'l'alchimiste' Perréal.

 

LES ROSES

 

Beaucoup de roses sur ces tapisseries ! La plupart des bijoux sont représentés sous forme de roses d'or stylisées : les roses des York et des Lancastre.

 

Mary, était la fille d'Elisabeth d'York et d'Henry VII Tudor, l'héritier des Lancastre.

Ces mêmes fleurs stylisées se retrouve dans le bois d'un mobilier de chêne qu'Henry VII a fait exécuter pour son fils aîné, Arthur, l'un des frères de Mary.
Le tombeau d'Henry VII est également décoré de médaillons ornés de roses de bronze et de roses dorées, en relief, dans la chapelle de Westminter. Ces fleurs, issues de la guerre des "Deux Roses", déjà dans les armoiries des TUDOR, se retrouvent encore de nos jours dans l'Héraldique anglaise.

Voir La Tapisserie des Mille Fleurs dans la version longue.