L'ODORAT

La perte de la couronne

 

… les larmes étaient belles et édifiantes.
Johan Huizinga, Le Déclin du moyen âge

 

Nous sommes bien ici dans l'évocation du sens de l'odorat :
sur un banc, un petit singe porte une rose à son nez pour en respirer le parfum.
Mais nous savons qu'il nous faut découvrir le sens caché par l'observation patiente des détails.

 

 

 

Le chapel d'œillets et le panier de roses

Avez-vous noté que Mary n'accomplit jamais le geste intimé par le sens évoqué ? Elle ne se regarde pas dans le miroir, elle ne semble pas apprécier sa musique, elle ne goûte pas les friandises, elle ne sent aucune fleur.

Contrairement à ce qui a toujours été affirmé, Mary ne tresse pas une couronne de fleurs. Au contraire, elle enlève à regret les œillets rouges et blancs de la couronne qu'elle tient entre ses doigts pour les remplacer, par la suite, supposons-le, par des roses qui sont dans un panier, sur un banc, à sa gauche.

Elle défait sa couronne de reine (l'œillet est considéré à la Cour comme la fleur de France) pour la remplacer par celle plus modeste de duchesse anglaise (la rose est la fleur de l'Angleterre).

La double couleur des roses, les unes blanches, les autres rouges, que Mary unira dans un nouveau chapel, rappelle à mon avis l'Angleterre, son pays qu'elle va regagner, n'étant plus reine de France.

 

 

 

Les larmes

Tout observateur attentif ne peut que remarquer les larmes qui mouillent les joues de Mary et du singe. Sans être les premières larmes de l'histoire de la peinture, celles de La Dame, deux fois versées, ne peuvent s'expliquer que si est retenue l'interprétation " Mary Tudor ". La Dame appartient aux rares représentations de larmes dans l'art dans ces années autour de 1500.

 

 

 

Claude de France

 

Au musée Condé, à Chantilly, se trouve un portrait d'une femme tenant contre sa poitrine un œillet. Autrefois, ce portrait était identifié comme celui de Claude de France. Est-ce un portrait de mariage ?

Anonyme français du milieu du 16e siècle
Bois - 28 x 21 cm
Selon Nicole Garnier-Pelle et Alexandra Zvereva,
la mode vestimentaire est des années 1560.
(Le cabinet des Clouet au château de Chantilly, Chaudun, 2011)

 

 

La lionne : Louise de Savoie

La mère de François 1er est bien cette lionne : longue crinière soigneusement peignée en arrière, reins cambrés, bouche gourmande (on voit sa langue : elle se lèche les babines !). Lisons dans cette mimique une seconde caricature léonine, après celle de François 1er dans Le Goût

.

Sa belle-fille, Claude de France, va recevoir enfin des mains de Mary la couronne de France.

 

 

Ce n'est pas une erreur de la part de l'artiste ou du maître-licier si, sur cette tapisserie, les armoiries d'Antoine, ceintes par le Lion héraldique, sont à l'envers. Les armoiries n'ont pas été diffamées mais annulées puisque portées symboliquement par une femme et qui plus est, Louise de Savoie qu'Antoine devait assurément peu porter dans son cœur. Les trois croissants et la bande d'azur ne demeurent que pour conserver l'équilibre esthétique de la composition.

Les armes d'Antoine Le Viste

Leur présentation peut soulever quelques interrogations supplémentaires que l'écu de L'Odorat vient de soumettre.

Ainsi, la cape du lion du Goût semblent au premier regard porter la bande bleue et les croissants de la gauche vers la droite, mais il suffit de retourner l'image de 90° pour rétablir la bonne disposition un instant troublée par la position de profil à gauche du lion.

Les oriflammes, agitées par le vent, sont toujours tournées vers la gauche, après un passage devant ou derrière la hampe. Mais il faut que les armes soient imprimées dans le bon sens sur chaque face pour qu'elles apparaissent correctement quelle que soit la position, contrairement au drapeau français que je vois flotter devant moi au moment où j'écris ceci et qui me présente soit "bleu-blanc-rouge" de gauche à droite, soit "rouge-blanc-bleu" de droite à gauche, selon le seul désir facétieux du vent.

Le Goût
L'Ouïe
La Vue
L'Odorat
Le Toucher

Oriflamme
à gauche

Drapeau à droite

Drapeau à gauche

Oriflamme
à droite

Drapeau
au centre

Oriflamme
à gauche

Drapeau à droite

Oriflamme à gauche

Drapeau à droite

L'oriflamme devrait
se déployer
vers la gauche
L'oriflamme devrait
se déployer
vers la droite
-
L'oriflamme devrait
se déployer
vers la droite
L'oriflamme devrait
se déployer
vers la gauche
Passage derrière
la hampe
Passage devant
la hampe
-
Passage devant
la hampe
Passage devant
la hampe


Ce tableau montre que l'artiste a désiré animer ses scènes de mouvements divers que prennent aussi en charge l'ordre et le sens des oriflammes.

 

Un site qui présente une étude sur l'œillet dans la peinture :
http://www.journaldespeintres.com/author/goupito/

Pour lire l'analyse de cette tapisserie :
http://www.quatuor.org/art_gothique_15eme_02.htm

Extrait du site : http://www.quatuor.org/accueil.htm